Les fanstories de Sierra Jack-115 (Halo, Naruto, Evangelion et Warhammer 40.000)
LA JUSTICE
« Le bonheur est le résultat de l’action juste »
André Compté-Sponville
Nous attaquons là une des qualité plus délicates de ma Voie, et probablement celle qui est la plus compliquée à acquérir malgré qu’elle soit assez simple à comprendre dans son ensemble. Ayant déjà quelque peu abordé le sujet dans mon article sur le Courage, nous avons déjà une petite idée de ma notion globale de justice : savoir discerner ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Bien que, dans notre monde actuel, elle ne puisse probablement être suivie que de manière partielle, je ne pense pas qu’il me soit possible d’atteindre l’idéal de ma Voie sans une compréhension parfaite de la justice et une application la plus large possible. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette qualité sert de lien entre le Courage et la Droiture dans mon cercle du Soi, car la justice se doit d’être impartiale mais surtout constante, sans quoi elle devient circonstancielle et perd définitivement toute vertu.
Entendons-nous bien, je parle ici uniquement de justice dans son aspect idéologique, c'est-à-dire dans la phase d’analyse des faits se rapportant à un problème ou à une situation donnée. L’action de défendre ce que l’on pense être juste suite à cette première phase relève du Courage qui a absolument besoin du discernement de notre justice intérieure pour ne pas dériver dans une oppression malsaine. On insiste trop de nos jours sur l’action punitive ou menaçante de la justice en raison du pouvoir presque fascinant qu’elle renferme, mais on a tendance à oublier que cette justice est avant tout un concept : celui de ce qui est juste. Nous devons d’abord savoir dans nos cœurs et dans nos esprits ce qu’il est bon de faire et ce qu’il est bon de ne pas faire avant de condamner qui que ce soit. Pour ceux qui auraient du mal à trouver leur propre mesure de la justice en eux-mêmes, je ne peux que conseiller de réfléchir sur cette parole de Gandhi : « A chaque fois que vous êtes dans le doute, faites le test suivant : souvenez-vous de la personne la plus pauvre et la plus faible que vous ayez rencontrée dans votre vie et demandez-vous si ce que vous vous apprêtez à faire lui sera d’une quelconque utilité ». Le sentiment de justice doit cependant nous être inculqué à travers une certaine éducation, et tout comme la qualité de l’Education que je traiterai dans un prochain article, cela doit se faire en trois temps bien distincts : savoir être jugé, savoir se juger soi-même, et savoir juger les autres.
Personne ne peut comprendre la nécessité de la justice s’il n’en a ni bénéficié ni exprimé le profond besoin à un moment de sa vie, et dans les deux cas cela signifie avoir été jugé. Il s’agit donc de la première étape dans l’apprentissage de cette qualité, et bien qu’elle fasse énormément appel à l’Ecoute que je décrirai également plus tard, elle possède assez de particularité pour que je m’y attarde un peu ici. En effet, contrairement au simple fait d’écouter les idées des autres, écouter leurs jugement est beaucoup plus difficile car cela nécessite d’accepter la possibilité qu’ils nous rabaissent, dont qu’ils rabaissent notre égo. Or, un jugement peut porter sur absolument tout et c’est ce qui rend notre égo si vulnérable, car il n’a nulle part où se réfugier s’il vient à se présenter devant la justice des autres. Même le meilleur des hommes ne saurait être parfait, et il aura toujours quelque chose que l’on pourra lui reprocher. C’est cependant par la considération calme et sincère des avis et jugements de nos semblables que nous pouvons savoir si nous agissons justement ou non lorsque nous ignorons ce qu’est la justice. Toute la difficulté est de ne pas être influencé par de mauvaises pensées durant cette première phase d’apprentissage, car beaucoup de personnes prétendent ou croient exercer la justice vraie alors que leurs esprits raisonnent de telle façon qu’ils ne voient pas ce qui est juste, et comme le disais le Duc de Lévis, « Ne comptez pas sur la justice de ceux dont l’esprit manque de justesse ».
C’est par cette difficulté non négligeable que la qualité de Justice rejoint à nouveau celle de l’Education, car elle nécessite la présence d’individus la possédant déjà pour nous l’enseigner. Il existe de rare cas où une personne peut développer ces deux qualités par elle-même si elle a suffisamment de volonté, mais cela demande aussi très souvent d’avoir beaucoup souffert comme le montre cette belle phrase de l’auteur et journaliste Louis Veuillot, « Il y a des choses qu’on ne voit comme il faut qu’avec des yeux ayant pleuré ». La vie est notre éducatrice la plus sévère qui puisse exister, mais je m’étendrai plus en détail sur cette notion dans mon article sur l’Education.
Venons-en maintenant à la capacité de se juger soi-même qui est, selon moi, indispensable pour espérer être traité avec justesse car, comme le disait très bien le dramaturge grec Ménandre, « Tu veux qu’on te rende justice : sois juste ». Pour en parler, prenons un instant l’image classique d’une coure de justice nationale. Dans un tribunal, l’accusé, l’accusateur, le juge et les membres du jury sont tous des individus différents, mais lorsque nous devons estimer la justesse de nos propres intentions dans notre vie de tous les jours, nous sommes toutes ces personnes à la fois. Durant ces jugements internes, savoir reconnaître ce qui est juste demande donc beaucoup d’effort sur soi car il faut mettre de côté toute implication personnelle en se considérant soi-même comme un étranger. Nous devons devenir quelqu’un d’autre, devenir un observateur silencieux à l’intérieur de nous-mêmes pour incarner mentalement notre propre conscience, et ainsi juger de manière impartiale ce que nous faisons chaque jour. Si nous prenons en compte que notre propre existence dans l’équation, notre égo est seul maître à bord et peut donc se permettre tous les débordements que son imagination lui permet. Le dialogue mental entre notre égo et notre conscience, dirigée par la Raison, sert à apprendre ce qu’il est juste de faire en toute circonstance, tandis que la Droiture nous permet de cristalliser cet apprentissage en l’appliquant continuellement. Ainsi nous nous rapprochons peu à peu de la vision qu’avait Confucius lorsqu’il disait que « L’homme supérieur fait de l’équité et de la justice la base de toutes ses actions ».
J’en viens enfin à la capacité de juger les autres qui, bien qu’elle soit indispensable à la vie en société, doit être modérée en fonction de notre capacité à nous juger nous-mêmes, car les jugements de ceux qui ne savent reconnaître leurs propres erreurs ont en effet bien moins de valeur que les jugements de ceux qui s’efforcent d’être eux-mêmes justes dans leur propre conduite. Nos paroles ont d’ailleurs plus de poids lorsque les gens savent que nous appliquons rigoureusement les principes que nous défendons, mais je parlerai plus longuement de ce phénomène de l’exemplarité dans mon article sur la Droiture. Juger les autres est loin d’être chose facile car, même si cette fois-ci le juge et l’accusé sont bien deux personnes distinctes, cela ne nous donne pas pour autant le droit, les capacités et encore moins l’autorité pour diriger un quelconque petit tribunal privé à l’improviste. Ce genre de chose ne doit pas se faire à la légère, et je pense que nous pouvons trouver un premier élément de mesure pour ce genre de jugement dans les paroles de Confucius lorsqu’il dit « Sois exigeant envers toi-même et indulgent envers les autres ». Selon moi, nous devons vivre en exerçant une indulgence face aux autres au moins égale à notre exigence face à nous-mêmes, ce qui présente deux avantages principaux : d’abord nous ne concentrons nos efforts que dans la correction d’injustices suffisamment importantes pour dépasser notre niveau d’indulgence, ce qui économise notre énergie mentale et facilité la Sérénité, et ensuite nous faisons déjà un grand pas vers la Compréhension que je traiterai plus tard et qui représente une étape importante pour le respect de l’exemplarité que je défends.
Mais n’oublions pas que tout sentiment de justice doit, au final, pouvoir aboutir sur une action au travers du Courage. Par expérience personnelle, je peux vous affirmer que le fait de savoir que l’on a agit de façon juste apporte une immense satisfaction personnelle. Cela ajoute également à l’honneur des communautés auxquelles les gens nous identifient, du moins lorsque la justesse de notre action est reconnue comme telle. Cette reconnaissance est toutefois bien optionnelle si notre sentiment de justice est profond et sincère, car de doute façon comme l’expliquait parfaitement Confucius, « l’homme supérieur ne s’afflige pas d’être ignoré et méconnu des hommes ». Il ne s’agit pas là d’un mépris, mais d’une certaine compréhension des méfiances et de l’indifférence générale que peuvent exprimer bien des gens face à la justesse de certaines actions ou de certains propos. L’important est de pouvoir se dire que, malgré tout ce que peut dire votre entourage et tous les risques que cela peut comporter, si vous étiez replacés dans la même situation vous referiez le même choix sans hésiter.
L’architecte américain Franck Lloyd Wright disait que « La simplicité, c’est l’harmonie parfaite entre le beau, l’utile et le juste… ». Je trouve que cette phrase s’applique aussi bien au comportement d’un individu qu’à un édifice, car notre comportement construit notre personnalité ainsi que nos relations avec les gens et tout ce qui en découle. Mais personnellement, et en accord avec ce que disait l’écrivain japonais Inazo Nitobe dans son magnifique ouvrage Bushido, l’âme du Japon, je préfère remplacer le terme de « simplicité » par celui de « grâce ».
Prochain article : LA RAISON