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Les fanstories de Sierra Jack-115 (Halo, Naruto, Evangelion et Warhammer 40.000)

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Les Enfants de la Raison, chap9

          9. Appartenir à une société contraint à l’accepter, elle, ses erreurs, et ses problèmes :
       Les cours de la matinée se sont déroulés comme à leur habitude : à un train d’enfer et sans aucun temps de répit pour ceux qui veulent réussir. Maintenant qu’il est midi, Constance et moi avons décidé d’aller manger tranquillement à un petit restaurant très discret qu’elle m’a fait découvrir. C’est ici qu’elle se réfugiait chaque midi pour échapper aux autres, lorsque je ne la connaissais pas encore suffisamment bien. Une agréable petite bâtisse, décorée à l’Alsacienne, où l’on sent bon l’odeur du four à pain. Nous sommes assis non loin d’une belle cheminée ornée d’une énorme tête de sanglier empaillée et d’un fusil, qui est certainement celui qui a servit à récolter un tel trophée. Dans un musé, la cause et la conséquence ne sont jamais très éloignées.
         C’est drôle, mais cela fait maintenant trois mois que je connais Constance, et je n’ai toujours pas eut le courage de lui dire ce que j’ai sur le cœur, craignant peut-être une réaction violente de sa part. Je ne voudrais pas que l’on arrête de se voir pour une simple histoire de sentiments, ce serait trop bête. Mais cela ne m’empêche pas de rêver à un futur alternatif où nous vivrions heureux…
       L’inspiration m’est venue le soir dernier, et ma plume a encore embrassé le papier de sa plus douce manière pour donner naissance à un nouveau poème :
 
Le testament de l’amant
 
Jamais nos deux cœurs ne se sont rencontrés,
Jamais nos regards ne se sont vraiment croisés,
Pourtant je sais qu’en quelque endroit irréel,
Un amour c’est formé entre nos âmes de mortels.
 
C’est pourquoi maintenant que la mienne vacille,
Il me faut te léguer ce que j’ai gardé si chèrement,
Tous ces jours durant laquelle la Mort et sa faucille,
Guettaient l’instant où il me faudrait respecter mon serment.
 
Si j’avais été plus courageux ces dernières années,
Je t’aurais dit que je voulais vivre auprès de toi,
Pour des années, des siècles, pour l’éternité.
Et advenait que pouvait, selon ma bonne foie.
 
Car rien d’autre que l’amour ne me retenait à ce monde,
Et maintenant que je sais t’avoir à jamais perdu,
Le dernier fil de ma triste vie est rompu,
Et j’emporte mon amour dans l’abîme ou la tombe.
 
Ne pouvant plus rien faire pour toi désormais,
Je souhaite simplement que de moi tu puisses te rappeler,
Comme un souvenir, un instant, une possibilité,
Et qu’avec celui que tu aimes sois heureuse à jamais.
 
      Seulement, je ne sais rien de la vie amoureuse de Constance. Elle ne m’a jamais parlé d’un éventuel petit ami, mais au fond de moi je me dis que c’est très probable. Est-ce que je me dit ça parce que je le pense ou parce que je pense que cela va me convaincre d’abandonner ? Aucune idée. Tout ce que je sais c’est que la fontaine de mes passions n’est pas prête de se tarire.
       Dans la grande salle de restauration, plusieurs personnes sont en train de discuter tout en mangeant. Elles discutent de tout et de rien, participant au brouhaha ambiant qui règne toujours dans les lieux publics. C’est un désordre auditif que je n’apprécie pas trop, non pas pour la légère gêne qu’il provoque, mais pour la bizarrerie des personnes qui le crée. Aujourd’hui, tout le monde parle de sa petite vie personnelle sans chercher à savoir si les autres en sont intéressés. Certains se contentent même de « hurler » leur vérité intérieure sans aucune précaution ou délicatesse. Dans de telles discussions, c’est le chaos : personne n’y voit d’intérêt commun, se contentant de survivre parmi les tirs croisés sur les oreilles neutres en attendant le moment de placer ses affirmations sans écouter celles des autres. Où est l’aspect bénéfique dans tout cela ?
         La discussion n’est qu’un champ de bataille orale où les armes sont des métaphores, des ironies, des satires. On n’essaye plus de comprendre, on convertie. Personnes n’accepte de remettre en cause sa vérité propre et de chercher le vrai chez les autres. On se veut intellectuellement indépendant et idéal, ne devant rien à personne quant à sa perfection apparente. Mais personne n’est parfait, on veut juste le croire.
          Avoir l’impression d’être un model de société est le sentiment qui nous permet de nous sentire bien, confiant, sûr de soi-même. Pourtant, la réalité est souvent contradictoire avec les impressions humaines, et dévoiler la vraie nature d’un être, avec ses faiblesses, ses défauts, qu’il voulait oublier et cacher au fond de soit. Et personne ne peut oublier qui il est, encore moins cacher ses défauts. Certaines personnes y arrivent faiblement, mais elles deviennent alors fragile, comme des châteaux de cartes moraux basés sur des mensonges, qui peuvent être balayés par une simple brise de vérité. Si la discussion permet de mentir aux autres pour modifier l’image que les autres se font de nous, elle est aussi par conséquent l’origine de notre sentiment d’invincibilité qui conduit à notre auto-destruction morale à rebours. C’est pourquoi je fuis ce genre de discussions, me contentant de les écouter de loin.
         Alors que je réfléchis à notre emploi du temps de la journée, j’entends le son d’une télévision dont on augmente brusquement le volume, comme pour couvrir le silence qui a soudainement envahi toute la salle, et mon regard se dirige donc vers l’appareil agressif. Je regarde rarement la télévision, et encore ce n’est que pour regarder des films ou des documentaires. Jamais de séries, d’émissions abrutissantes ou encore moins de journal télévisé enduit de peur n’a parcouru devant mes yeux depuis deux ans au moins, et je considère cela comme un bien. La télévision de divertissement ne fait que nous abrutir pour nous rendre réceptifs aux messages publicitaires qui n’en finissent pas d’augmenter en durée, et les infos ont plutôt pour but de nous faire peur dans le sens que veulent les médias, et peut-être les dirigeant politique. Tout cela relève pour moi de la manipulation d’esprits et me déprime, tout comme les nouvelles d’aujourd’hui sont en train de me déprimer :
         A l’écran, un journaliste en directe d’un sommet non prévu du G10 ainsi que de plusieurs pays industriels nous annonce :
             - En effet les membres du G10 et les pays invités à cette table ont longuement discuté à propos du problème de plus en plus pressant de la surpopulation. La semaine dernière, la population mondiale a dépassé les treize milliards, principalement à cause du fort taux de natalité d’un grand nombre de pays pauvres. Même si les suppositions vont bon train sur le but de cette réunion imprévue, aucune information n’a été diffusée durant la conférence, les journalistes n’ayant pas été autorisés à pénétrer dans le bâtiment situé derrière moi. Cependant cette conférence n’est pas encore terminée, et on s’attends d’une minute à l’autre à ... tenez, voici les dirigeants qui sortent, le président américain se dirige vers le micro pour faire une annonce.
        Dans le restaurant, c’est le silence total. Il semble que tout le monde désire savoir ce qu’une poignée d’hommes ont décidé pour eux, dans leur bien ou leur mal. Le président américain paraît sûr de lui et même fière de la décision qu’il est sur le point d’annoncer, comme un général qui présente à ses troupes le plan de bataille qu’ils vont exécuter au péril de leur vie tandis qu’il suivra les événement par CNN :
            - Aujourd’hui, nous avons réagis au problème que se posent beaucoup de nos citoyens : la peur de la surpopulation. Il est clair que si les choses continuent ainsi, nos peuples seront dans une bien mauvaise situation, mettant en péril la survie même de l’humanité. C’est pourquoi le G10 ainsi que les autres pays présents ici ont décidé de s’unir en un rassemblement de pays, nommé l’Organisation des Pays Industriels. A partir d’aujourd’hui, les pays membre de l’OPI ferment leurs frontières à tous les pays étranger et appliqueront sur leur territoire une nouvelle juridiction permettant le maintient de la société que nous connaissons. Juridiction dont vous connaîtrez les détails ces jours prochains. Toutes les armées des pays membres de l’OPI sont désormais unies sous la nouvelle bannière des Troupes de Maintient de la Paix Nordique, qui seront chargé de surveiller les frontières de l’OPI. Que cela soit bien clair, nous compatissons à la souffrance de nos amis des pays pauvres, mais nous sommes dans l’incapacité de leur venir en aide. Nous devons donc protéger notre propre société afin qu’elle ne soit pas détruite par une vague déferlante de pauvreté, et permettre à l’Homme de survivre à ses propres misères. Ce sera tout, aucun autre commentaire ne sera fait aujourd’hui, merci.
          C’est ... bizarre... comme sensation. On a l’impression d’être... impliqué... coupable... et victime en même temps de ce qui vient de se passer. C’est comme si quelque chose d’incroyablement bouleversant venait de surgir pour nous sortir de notre train-train quotidien et douillet afin de nous faire voir le vrai visage du monde. De la haine, encore, et de la peur. Que de souffrance dans ce monde ! Voilà que notre nation vient de devenir membre d’une organisation à la limite du racisme. Jamais l’opposition Nord/Sud ne m’a parut aussi forte qu’aujourd’hui.
            - Je n’arrive pas à y croire, m’avoue Constance. Ils ont osé !
        Nous restons ainsi longtemps là, immobiles, silencieux, impuissants. La notion même de temps commence à nous échapper, nos esprits filant dans un espace de réflexion où le temps est sans importance, où seuls les faits peuvent attirer nos pensées et donner une impression de durée. Au bout d’un moment, je me secoue pour revenir à moi, comme si je sortais d’une hibernation ou d’un tube cryogénique, et regarde Constance. Elle semble avoir également repris ses esprits, et m’observe avec une inquiétude terrifiante dans le regard. Qu’allons-nous faire ?
            - On ferait peut-être mieux de retourner en cours, remarque-t-elle.
            - Oui, tu as raison. Ca nous changera les idées.
       Pourtant, malgré tout le mal que je me donne pour être attentif et réceptif devant les enseignements de l’après-midi, je n’arrive pas à m’empêcher de penser à ce bouleversement diplomatique. De vieilles habitudes paranoïaques de mon enfance refont surface, créant dans ma tête milles et un scénarios possible à partir d’une telle décision, et mille et une possibilité de complot derrière tout ça. Mais j’ai certainement tord en me disant que rien de bon ne sortira de tout ça. Les politiciens ont fait ce qu’attendaient leurs électeurs potentiels, et la part de la population la plus visée semble être les radicaux de droite : en effet, ces trois dernières années, le nombre d’adhérents à des partis d’extrême droite est passé du simple au quintuple. Le message était clair : les gens avaient peur des autres, des étrangers. La peur nourrit le monde d’aujourd’hui, et personne n’y échappe. C’est la peur qui nous éloigne d’un certain mal, qu’elle vienne d’une loi naturelle ou humaine.
       En fait, la seule chose qui me permette de penser à autre chose, c’est Constance. Bien qu’elle soit aussi bouleversée que moi, elle a toujours cet air de neutralité froide et distante qui me donne presque l’impression qu’elle n’existe pas, et que je suis en train de m’inventer une femme parfaite à qui je ne déplait pas. J’ai souvent essayer d’imaginer le grand amour dans mes moments d’oublis, parfois en un coup de foudre réciproque, parfois en une séduction digne d’un Roméo et Juliette des temps modernes. Mais je reconnais aujourd’hui que je ne connaissais rien à l’amour. L’amour, tel que je le vie désormais, est synonyme d’une chose que j’avais toujours fuis : la souffrance. Si un jour on me demande « Peut-on accepter de cesser d’aimer quelqu’un ? », je répondrais que non, quoi qu’il se soit passé entre-temps. Car même si je souffre de toute mon âme de ne pas être aimé de Constance, je ne vois pas ce qui me permettrait de ne plus la voir comme LA femme de ma vie. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », dit un ancien proverbe. Je sais que je n’ai aucune chance, mais mon cœur ne veux rien entendre. Il continue de me pousser vers elle, m’oblige à me rapprocher d’elle, à entrer dans sa vie pour essayer d’y jouer un rôle, même un petit…
       La fin des cours survint sans que je m’en rende compte. Contrairement à d’habitude, où je manifeste ma phobie de la perte de temps, je n’ai pas regardé l’horloge de la salle une seule fois. Ces quatre heures de cours m’ont semblé n’en faire qu’une seule. C’est alors que Constance se tourne vers moi et propose :
            -   Et si on mangeait chez toi ce soir pour parler de tout cela ?
            -   Oui, fis-je sans aucune hésitation. On peut se le permettre.
        Depuis que l’on travaille ensemble, Constance est déjà venue chez moi de nombreuses fois, que se soit pour manger entre ami ou plancher ensemble sur quelques exercices complexes. Seulement ce soir, nous n’avons pas de devoirs pour occuper notre soirée, seulement un énorme problème politique.
         Mon appartement est nettement mieux rangé depuis que Constance vient l’illuminer de sa présence de temps en temps. J’ai tenté de lui redonner un aspect sympathique mais je n’arrive pas à faire partir le côté sombre dont je l’avais doté pendant si longtemps. Pourtant, j’ai l’impression que Constance ne l’a même pas remarqué, peut-être à cause de sa propre noirceur habituelle.
        Pendant que je prépare le repas, car je possède tout de même quelques notions de cuisine hérités d’une mère exigeante dans le domaine, nous discutons :
             -   Crois-tu que cela va faire empirer la situation, commence Constance.
             -   Oh ! Moi, tu sais, je n’ai pas regardé les infos depuis des années, alors comme je ne savais même pas comment était la situation auparavant…
              -   Je vois. Mais à ton avis, quelle sera la réponse des autres pays ?
              -   On peut avoir deux cas de figure extrêmes : soit les pays du Sud vont imiter l’OPI et s’unir pour devenir plus forts et indépendants, soit…
        Je reste longtemps ainsi avec ma phrase en suspens, me demandant si ce que je dis n’est pas un peu exagéré ou si c’est tout à fait possible. Après une légère attente, Constance se décide à me demander :
              -    Soit quoi ?
              -    … soit ce sera la guerre, pure et simple.
         Son visage se fige tout à coup d’un sentiment étrange. Cela ressemble à de la peur, mais aussi à de la résolution, comme devant un événement prévu depuis des siècles, inévitable. Je cherche alors un moyen de la rassurer :
               -   Mais ce ne sont que les suppositions d’un gamin resté un peu trop longtemps seul et avec un reste de paranoïa infantile ; des choses à ne pas prendre au sérieux.
               -   Tu as tort de dire ça, remarque-t-elle sans aucun signe d’émotion dans la voix. C’est parfaitement possible, et tu le sais.
         Comment pourrais-je réagir ? Constance a très bien compris que mes peurs sont parfaitement fondées mais que je souhaiterai les oublier. Durant le reste de la soirée, nous ne parlons presque pas, et en évitant de parler des mauvaises nouvelles de la journée. Au bout d’un grand moment de silence, je me décide à mettre un film pour relancer l’ambiance. Nos esprits sont alors détournés un instant de nos soucis pour se plonger dans Microcosmos, l’un de mes documentaires préférés. Quand le repas est fini, vers dix heures du soir, Constance s’apprête à partir mais je lui propose :
                 -    Dis … il est tard. J’ai une chambre d’ami si tu veux… dormir… ici. Si cela te dit…
          Elle me regarda alors avec un sourire comme j’aime qu’elle arbore, d’un air balançant entre l’amusement et ce que je traduis comme… du regret.
                 -    Désolé, Célestin, ce sera pour une autre fois. Mais c’est très gentil de ta part, et je t’en remercie. Il faut que je retourne chez moi ou mes parents vont s’inquiéter. Salut !
           C’est vrai. Elle habite chez ses parents, et non toute seule comme moi. Au début je croyais qu’elle avait également réussi à s’isoler, mais j’avais tort. Je ne suis jamais allé chez elle et je n’ai jamais rencontré ses parents. De toute façon elle ne m’en a jamais parlé. Sa maison, a ce que j’ai put comprendre, est située dans le centre Paris, mais je ne sais rien de plus pour l’instant. J’espère pouvoir y aller un jour avec elle. Mais ce n’est pas pour aujourd’hui.
           Constance s’approche subitement de moi et me donna une bise sur la joue droite. Elle ne m’avait encore jamais fait la bise, et cela ne m’avait pas surpris, contrairement à maintenant. Le contact de ses lèvres tendres sur ma peau fut comme un souffle de léger vent tapissant mon cœur d’une pluie de pétales de roses. Un instant bref mais d’une infinie délicatesse, avant qu’elle ne se dirige vers la porte de mon appartement, comme à chacun de ces soirs où j’aurais voulu tout lui dire. Mais ce soir, je n’en peux plus, je ne tiens plus. La nervosité due aux évènements de la journée m’ayant affaibli, je n’arrive pas à empêcher ma passion de faire surface, comme appelée par cette tendre bise. Il faut que je fasse le premier pas maintenant ou je le regretterais certainement toute ma vie. Avant qu’elle ne referme la porte, je prends le courage de la rappeler :
                  -    Constance !
                  -    Oui ?
                  -   Je voudrais… je voudrais te poser une dernière question, a… avant que tu ne partes.
                  -    Laquelle ?
                  -    Voilà. Est-ce… est-ce que… est-ce que tu as un petit ami ?
                  -    Tu connais sûrement la réponse, Célestin, fit-elle dans un magnifique sourire avant de refermer la porte derrière elle.
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