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Les fanstories de Sierra Jack-115 (Halo, Naruto, Evangelion et Warhammer 40.000)

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Les Enfants de la Raison, chap8

8. Les Enfants de la Raison
         Jamais je n’aurais penser que cela pouvait aller aussi loin. En à peine trois semaines, plus de cinq cent élèves nous ont rejoint, et tous sont aussi déterminés que nous dans notre action. Ils sont intelligents, sages, et tellement motivés qu’on les croirait enragés contre la société. Des dizaines de salons de discussion ont lieu chaque semaines à travers toute la région parisienne, dans des cafés, des restaurants, ou même des clubs de sport, et nos membres situés en périphérie de la capitale sont déjà en train de diffuser l’adresse de notre site dans les régions alentours. Notre association grandit à une vitesse incroyable, de nouveaux membres arrivant chaque jour.
          En conséquence, nous avons décidé Constance et moi d’utiliser une administration de type grande entreprise : notre fac de science constitue notre structure principal, et tous les autres établissements y sont reliés par notre site, chaque structure-filiale possédant ses propres dirigeants qui restent tout de même sous notre contrôle à tous les deux. Nous avons aménagé des salles dans chaque ensemble scolaire et universitaire pour les réunions, et nos membres ne sont désormais plus jamais seuls durant leurs journées.
           Ayant remarqué que la grande majorité de nos membres étaient souvent habillés en noir, nous avons proposé Constance et moi une sorte d’uniforme pour les Enfants de la Raison, consistant uniquement au fait de ne s’habiller qu’en noir durant nos journées de travail et de réunion. L’idée de représenter dans cet habillage notre deuil de la Raison que nous tentons de ressusciter chez les gens a beaucoup plue à nos adhérents et la proposition a été immédiatement acceptée.
           Voyant que notre association marchait très bien, et aussi qu’elle participait grandement au bon fonctionnement de la faculté, l’administration a mis à notre disposition une nouvelle salle et un amphithéâtre à titre permanent. Nous les utilisons actuellement aux réunions et travail en commun, mais je pense pouvoir leur trouver un emploi un peu plus spécifique. Grâce aux donations hebdomadaires que nous fournissent nos membres les plus motivés, et dieu sait qu’ils sont nombreux, nous disposons d’un petit budget pouvant servir pour les éventuels dépenses à venir.
            Toutes ces pensées me font légèrement tourner la tête vers le ciel, alors que je pénètre une fois de plus dans le campus de l’université en ce froid matin de Décembre. Il n’a toujours pas neigé, et je ne crois pas que cela ce produira cette année encore. Cela fait maintenant trois ans qu’il ne neige plus à Paris ; trois ans que je n’ai pas vu un de ces magnifiques flocons blancs autrement qu’à travers un écran illusoire de télévision. Quand on parle de réchauffement de la planète, les scientifiques rigolent ; pourtant l’évolution du climat est nette : on récolte le blé plus tôt à chaque année, l’été tire de plus en plus sur l’automne qui tend à disparaître, les feuilles tombant presque instantanément en une semaine de Décembre, et le printemps commence presque en même temps que la nouvelle année désormais. Sont-ils illusionnés eux aussi ou pensent-ils qu’on ne peut déjà plus rien faire ?
           Le bâtiment du troisième cycle m’ouvre docilement ses portent qui ne sont jamais fermées, et j’y pénètre une fois de plus, comme si c’était un automatisme acquis après des années d’études. Il n’y a encore personne à l’intérieur, car personne ne vient à six heures et demi du matin ici, sauf moi. J’aime beaucoup venir aussi tôt dans cet établissement, afin d’entendre résonner mes seuls pas sur le carrelage des couloirs dont je n’allume jamais les lumières. Ces moments de solitude dans un lieu abritant d’habitude le vacarme de centaines de gens sont pour moi des instants de quiétude régénératrices, un moyen de restaurer mon calme et mon sérieux.
           Lentement, je parcours les couloirs menant jusqu’à l’amphithéâtre qui abritera mon premier cour de la journée d’ici… une heure et demi, et entre. Evidemment, il n’y a personne. Même Constance n’arrive jamais avec une telle avance, se contentant de venir avec une précision chirurgicale à sept heures et demi précis. Rapidement, je prends place sur un siège de la zone où seuls les Enfants de la Raison viennent, c’est à dire dans les quatre premiers rangées de devant.
           Après avoir déballé mes affaires, je décide de sortir également mon baladeur afin d’écouter un peu de musique. Mes écouteurs me transmettent le son immortalisé des meilleurs morceaux de Blues, et je ferme les yeux pour augmenter ma sensibilité auditive. C’est comme si j’étais dans une bulle que je m’étais fabriquée pour m’isoler du monde. Là, rien de sonore ne peut m’atteindre, mes oreilles ne se préoccupant que des voix tristes ou gaies des chanteurs noirs morts ou vivants.
           J’ai souvent été intrigué par le fait qu’énormément de jeunes écoutent de la musique étrangère sans comprendre ce que chantent leurs musiciens préférés. Je comprends qu’essayer de traduire une chanson en l’écoutant est une chose souvent difficile, mais les paroles sont toujours écrites quelque part, il suffit juste de les trouver. Internet est d’ailleurs là pour ça : l’échange d’information. On peut trouver textes et traductions de chanson en deux clics de souris, et ainsi comprendre ce qu’il y a derrière une musique. Si on ne prends pas cette peine, on n’aime alors une chanson uniquement pour le son qu’elle développe, jamais pour le message qu’elle souhaite transmettre. C’est une chose un peu dommage, mais je sais que je ne peux pas y faire grand chose.
           Soudain, mes visions de Ray Charles sont interrompues par le contact d’une main sur mon épaule. C’est Constance. Elle est en avance d’une demi-heure. Pourquoi ?
              -   Salut, fait-elle. Je ne suis pas encore venu assez tôt à ce que je vois.
              - Si tu veux savoir à quelle heure je viens chaque matin, tu n’a qu’à me le demander.
              -   Non. Je préfère le découvrir par moi-même. Mais depuis combien de temps fais-tu cela ?
              -   En fait, cela fait cinq ans. Mais cette année, j’ai eut du mal à démarrer au début. Tu as donc l’intention de venir aussi tôt ?
              -    Pas vraiment, mais je pourrais.
              -    Pourquoi ?
              -    Pour la même raison que toi : le calme, la paix intérieure, la quiétude absolue dans une solitude momentanée à l’intérieur d’un lieu hautement public.
         Nous restons alors longtemps assis là, sans dire un mot, sans même nous regarder. Les yeux fermés, nous ne nous concentrons que sur l’instant présent et le vide qu’il renferme par son absence d’évènements. Je n’ai plus mes écouteurs sur les oreilles, et désormais je ne perçois plus que la respiration de Constance, si faible qu’on pourrait croire la rêver. Immobile comme une statue de chaire, ses yeux de saphir fermés et le visage apaisé, elle m’apparaît dans mon esprit comme une incarnation de tous ces sentiments que je n’ai jamais réussi à exprimer, que je n’ai même jamais réussi à définir.
         Et là, alors que je la regarde sans aucune contrainte, sans ma timidité habituelle, tous ces sentiments me semblent être aussi clairs que de l’eau de source : je l’aime, et je n’aimerai jamais personne d’autre. Elle est mon image, ma jumelle, mon âme sœur, et elle est parfaite. Sa beauté dépasse celle de toutes les merveilles de l’univers et son âme vole sur les nuages spirituels d’où elle contemple patiemment le monde. Est-elle aussi inaccessible que je le crois ? Ai-je une chance de lui être cher un jour ?
               -   C’est vrai que c’est apaisant, dit-elle lentement alors que je sors de mes rêveries.
               -   Et toi, comment fais-tu pour garder ce calme imperturbable que tu as toujours ?
               - Je fais du yoga et de l’apnée. Cela relâche complètement l’esprit, et te rend on ne peut plus calme. Mais cela me semble un peut trop brutale comme méthode ; la tienne me plait mieux.
        Brusquement, la porte de l’amphithéâtre s’ouvre et une demi-douzaine d’enfants de la raison entrent en silence, tous entièrement vêtus de noir, comme des ombres. Nous ayant vus, ils s’approchent et nous saluent avant de s’assoire tout autour de nous. C’est toujours comme cela : on se reconnaît, on se respecte, et on reste ensemble.
        Grâce à notre rassemblement maintenant quasi-permanent, nous n’avons plus peur des autres, mais c’est plutôt les autres qui ont peur de nous. Lorsqu’ils voient nos groupes compactes d’individus sérieux et sûrs d’eux en uniformes noir, ils les évitent, car ils savent désormais que s’attaquer à l’un d’entre nous signifierais s’attaquer à tous les autres enfants de la Raison. Nous appartenons à un collectif bien plus soudé que l’on pourrait le laisser croire, et cela nous donne de la confiance pour affronter chaque jour nouveau qui se présente. Et je suis réellement fier de ses jeunes hommes et femmes ayant vécu tant d’années seuls et se rassemblant enfin aujourd’hui, à l’image du petit groupe qui nous entoure.
          Rapidement, une jeune enfant de la Raison est tentée de nous questionné :
              -    Célestin ! Quelles sont les dernières nouvelles ?
              -   L’administration a mis à notre disposition exclusive l’amphithéâtre n°1 dans le bâtiment du second cycle, ainsi que la salle E41 en face de notre bureau. Sinon, dix nouvelles personnes nous ont rejoint depuis hier. C’est tout ce que je sais.
              -    Et vous avez l’intention d’aller jusqu’où ?
              -    Aussi loin qu’on le pourra, fais-je avec une grande confiance.
           Oui. Les Enfants de la Raison doivent être le plus nombreux possible pour ce que j’envisage de faire. C’est le seul moyen.
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