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Les fanstories de Sierra Jack-115 (Halo, Naruto, Evangelion et Warhammer 40.000)

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Les Enfants de la Raison, chap6

6. Démarrage difficile
                  - Célestin ? Tu dors ?
    Je me réveille en sursaut, effrayé par ma propre faiblesse. Je me suis assoupis au bureau, puisque c’est ainsi que nous appelons notre local syndical. Le bruit répété et mécanique de la photocopieuse débitant à plein régime des dizaines d’affiches m’a probablement rendu peu à peu apathique. Assis derrière le bureau, je regarde Constance qui m’observe d’un œil dubitatif, comme si elle pensait que je m’étais déjà rendormi. Pourtant c’est vrai : je dors éveillé, et je rêve d’un monde alternatif, mon passe-temps favori, consistant à imaginer un monde où la réalité serait légèrement différente de celle-là.
     Dans ce monde parallèle, je nous vois, Constance et moi, dans une situation quelque peu différente. Il y a quelques jours, j’ai trouvé sur Internet une très jolie phrase lancée anonymement, et depuis je ne cesse de me la répéter lorsque je pense à Constance : « J’ai rêvé que le feu gelait, j’ai rêvé que l’eau brûlait, j’ai rêvé l’impossible… car j’ai rêvé que tu m’aimais ». Si seulement la réalité pouvait être celle de ce monde alternatif où je nous vois enlacés comme tous les amoureux dans un tendre baiser…
                   -   Célestin ? fait Constance pour la deuxième fois. Tu m’entends ?
                   -    Hein ?… oh, oui. Je réfléchissais.
                   -   Tu réfléchissais les yeux perdus dans le vide avec un sourire particulier sur les lèvres ?
     Mince ! J’ai peut-être un peu trop forcé sur ma rêverie. Mon égarement m’a fait oublier que l’objet de mes vagabondages imaginatifs est aussi mon observatrice en ce moment même où je la voyais dans mes bras. Qu’a-t-elle vu sur mon visage ? Qu’a-t-elle lu en moi alors que j’étais sans défense ? Je voudrais être sûr qu’elle ne sait rien de tout l’amour que je lui porte, mais comment le puis-je ? Même si elle parvient sans difficulté à connaître mes pensées à certains moment, ce pouvoir n’est pas réciproque, loin de là.
    Je commence à avoir du mal à cacher mon amour pour Constance. Beaucoup de mal. Je me demande ce qui arriverai si elle fouillait dans mon sac et se mettait à lire le poème que j’ai écrit hier soir en pensant à elle :
 
 
Les faux espoirs
 
Comment puis-je résoudre l'insomnie de mes nuits,
Quant je n’obtiens de toi que des regards de glace ?
N’y a-t-il rien d’autre de réalisable qui me fasse envie,
Plutôt que de toujours chercher à me voiler la face ?
 
Oh ma brune rêvée que la nuit rend si belle !
Toi qui m’envoûta sans magie ni sorcellerie !
Rien que de ton charme que chaque jour embellit,
Tu as ravivé la flamme des amants éternels.
 
Si mourir pour mon audace il me faut,
Je voudrais qu’avant de fertiliser les pleurs,
Je puisse te dire tout ce qui me fait défaut,
   Lorsqu’à mes yeux tu t’épanouie telle une fleure.
 
Rarement nos regards se croisent avec insistance.
Et lors de ces trop courts instants d’espoirs,
Je cherche toujours à faire durer jusqu’au soir,
Mon espérance qu’un jour tu m’aimes,
                                                             [ Constance.
 
        Bien sûr, je n’ai pas tenté de me soumettre à telle ou telle règle de poésie, me contentant de faire ce qui me semblait beau sans me limiter avec des obligations absurdes faites pour les mathématiciens que sont les poètes actuels. Ce poème m’est venu comme si je le connaissais par cœur, et je doute que ce soit le dernier que j’écrive.
        Cela fait trois jours que nous avons monté l’association, ou du moins sa base. Il ne nous manque plus que les adhérents. Nous avons placardé quelques affiches dans les bâtiments des premières années, mais cela n’a pas donné de résultat jusqu’ici. Je pensais franchement que cela marcherais mieux que ça. Il va falloir que je demande l’autorisation d’en afficher d’avantage. Faire des annonces dans mes classes ne serviraient certainement pas à grand chose, car les élèves intéressés n’oseraient jamais montrer aux autres qu’ils sont seuls.
                     -   Tu veux que je te dise ? commence Constance.
                     -   Quoi ? soupire-je sans bouger de ma chaise.
                     -   Je crois que l’on a oublié un point important du problème.
                     -   Lequel ?
                     - Les étudiants qui voudraient avoir recours à notre association ont probablement peur d’être considérés autrement à cause de cela. Ils craignent que le fait d’adhérer soit considéré par les autres comme une preuve d’handicap.
                     -   Alors que faire ? Tu as une solution ?
                     - Oui : bien préciser que nous nous engageons à ne pas divulguer leur appartenance à notre syndicat à qui que ce soit. Ils doivent se sentir à l’abris chez nous, anonymes.
                     -   Excellente idée ! fais-je en me levant brusquement. Je dirais cela à ma prochaine classe.
                     -     Excusez-moi… fait une voix étrangère.
     Comme une seule personne, Constance et moi nous retournons vers la porte et voyons un jeune homme appartenant à une de mes classe, debout sur le palier. Je le reconnais immédiatement : Paul Pierroit, qui pourrait parfaitement faire office d’adhérent model tel que je le connais. Sous ses cheveux blonds coiffés à la Beatles, son visage exprime une gêne qui me semble immense. Son dos est légèrement voûté, comme plié sous le poids de la timidité, et sa tête légèrement rentrée entre ses épaules tel une tortue prête à rentrer dans sa carapace protectrice. Tout en lui sent l’embarras, comme je l’ai toujours senti chez lui. En classe, il a toujours peur de répondre à une question, même lorsqu’il pense avoir juste, simplement pour ne pas se faire remarquer. Rassemblant la volonté qui l’a mener ici, il demande lentement :
                     -     C’est bien ici l’aide à l’insertion ?
                     -     Oui c’est ici, répond Constance, vous ne vous êtes pas trompé.
     Elle a bien fait attention a utiliser une voix douce et rassurante, en se gardant bien d’employer le mot « monsieur » qui fait tellement peur à se genre de personnes. Ce mot ramène tout le monde au même niveau et élimine toute autre considération inconsciemment. Au moment de sourire à Paul, je me rend compte que mes jouent souffrent atrocement de cette expression que je veux leur donnée. Depuis combien de temps n’ai-je pas rit ou sourit ?
       Voyant que Paul reste sur le palier, Constance essaye de le faire réagir :
                     -    Vous… cherchez quelqu’un ?
                     -    Non, je suis venu m’inscrire. C’est juste que… je ne voudrais pas qu’on me vois ici.
                     -   Une fois que vous serez entré et aurez fermé la porte, personne ne pourra savoir que vous êtes là.
      Le jeune homme s’empresse aussitôt de claquer la porte derrière lui.
                     -      Je… je ne sais pas trop si je souhaite réellement adhérer. Je ne suis là qu’en tant que personne intéressée, mais pas décidée, vous comprenez ?
                     -      Tout à fait, dis-je. Puis-je savoir quelles sont les raisons qui vous ont poussé à venir ici en curieux ?
                     -   Et bien… en fait… vous devez déjà en connaître une parti, monsieur Monteaut. A moins que je soit tellement discret que je n’ai pas attiré votre attention…
                     -    Mais vous l’avez attiré, Paul ; et même plus facilement que les grandes gueules de votre groupe. Vous êtes timide, effacé et réservé. J’aimerai juste savoir pourquoi ?
                     -     Vous voulez jouer au psychiatre ? Désolé, mes parents m’en ont déjà fait voir deux, alors vous perdez votre temps.
                     -     Je ne cherche pas à vous soigner puisque vous n’êtes pas malade. Votre comportement n’est pas du tout étrange et a forcément une explication, une origine, que je voudrais connaître afin de pouvoir trouver une réponse à votre situation. Si vous acceptez, asseyez-vous et racontez-moi.
       L’espace d’un instant, je crois voir de la méfiance dans les yeux de Paul, qui n’a jamais montrer une quelconque forme de naïveté. Mais au bout du compte, une confiance peut-être fragile mais présente le guide vers le siège en face de moi.
       Durant une bonne demi-heure, Paul me narre les éléments forts de sa vie : un éveil culturel très précoce grâce à un père cultivé, un apprentissage rapide des bonnes manières avant le collège où il s’est heurté à des individus beaucoup moins fréquentables. La simple différence existant entre lui et eux, qui constituaient la partie majoritaire et dominante des enfants de son âge, a suffit à lui attirer des ennuis aussi nombreux que divers : exclusion sociale, humiliation, injures… chaque jour de classe était pour lui une bataille où il devait survivre. Mais une fois rentré chez lui, il s’enfermait dans sa chambre et après avoir fait ses devoirs, ils se replongeait dans ses livres. Il s’intéressa de prés aux écrits philosophiques grâce auxquels il développa une grande sagesse.
       Cette sagesse lui a permit de développer un regard nouveau sur le monde et ses habitants, sur la société et ses fondements, sur sa vie et celles des autres. Il refuse de se soumettre à la mode de la majorité juvénile sous toutes ses formes, et veux suivre son propre chemin. C’est pourquoi il se retrouve ici, en train de me raconter sa vie dont je note les éléments percutants sur un carnet.
       En entendant le récit de Paul, j’ai l’impression d’écouter ma propre histoire. Dans les grandes lignes, le tracé de sa vie est à peu prés le même que le mien. Je comprends maintenant très bien les raisons pour lesquelles il est là devant moi à me parler de lui comme à un ami. Ce sont les mêmes raisons qui m’ont mener là où je suis aujourd’hui, et le fait de les entendre de la bouche d’un autre me fait balancer entre la joie d’avoir encore trouver quelqu’un qui me ressemble et de succomber à la tristesse de son récit.
        Quand il a terminé, il reste un moment immobile à réfléchir sur ce qu’il vient de dire, comme s’il se demandait quelle utilité cela pourrait avoir. Je me lève donc et tends les notes que j’ai prises à Constance, puis je me concentre à nouveau sur Paul :
          -   Merci Paul, c’est très bien ce que tu viens de faire.
          -   Mais à quoi cela va-t-il vous servir ?
          -   Nous étudions chacune des personnes qui souhaite adhérer à notre association, afin de pouvoir mettre en relation celles qui se ressemblent. Actuellement nous n’avons pas suffisamment de membres pour créer des relations, mais cela ne saurait tarder. Je vais juste te demander un numéro de téléphone auquel on peut te joindre si cela ne t’ennuie pas.
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