Les fanstories de Sierra Jack-115 (Halo, Naruto, Evangelion et Warhammer 40.000)
Il y avait quelque chose dans ce bar qui me mettait particulièrement mal à l'aise. Je ne me souviens plus si c'était le bruit, l'odeur, ou le simple fait que ce genre d'endroit puisse exister sur la sainte planète de Hullerstorm, monde-capital du sous-secteur Hullorden. Constitué d'une gigantesque salle assez basse de plafond, très peu éclairée, à l'atmosphère embrumée par la fumée des diverses substances légales et illégales, l'Avis de Recherche était parmi les lieux les plus sombres de la cité-ruche Hullerstorm Prioris. Sa clientèle était cependant un peu particulière par rapport aux bars habituels, car elle était constituée principalement de chasseurs de primes, de leurs embaucheurs potentiels et d'informateurs plus ou moins douteux.
C'était cependant cette raison qui m'avait poussé à me rendre dans un tel endroit.
Cela faisait plus de huit mois que, aidé de Franck et d'Eric, j'enquêtais sur le responsable des évènements de Dunerre, sans jamais réussir à obtenir plus de renseignements. Sur cinq mondes différents du sous-secteur Hullorden, des soulèvements semblables à celui de la cité-ruche Secondus avaient été menés, à chaque fois dans le simple but de créer une diversion. A chaque fois, aucun des participants de ces rebellions ne savaient qui était derrière tout cela, ni même quels étaient les évènements qui étaient couverts par leurs actions hérétiques. Assassinas, sabotages, génocides et tellement d'autres atrocités étaient commises uniquement pour brouiller les pistes, ne laissant à chaque fois aucun moyen de retrouver la moindre trace de ce qui importait réellement. La seule chose que je savait était que tout ceci était organisé par un seul homme, à l'influence et aux ressources tout simplement colossales, qui commerçait avec des contrebandiers, des cultes hérétiques et également des races xenos. Il était prêt à dépenser des fortunes pour camoufler ses opérations, dont la nature m'était toujours totalement inconnues. Ignorant tout de cet homme, j'avais fini par l'appeler Xonius, un surnom courrant sur Eridios utilisé pour désigner quelqu'un que l'on ne connaît pas.
Ne pouvant me fier à des techniques de recherches conventionnelles, j'avais décidé de me tourner vers l'une des branches de la société spécialisée dans la traque et la neutralisation des personnes dangereuses : les chasseurs de prime. Pour une cible comme Xoniuss, je voulais engager quelqu'un de particulièrement doué, et il ne m'avais pas fallut rechercher longtemps pour entendre parler de Fidge et Rayne Klaw.
C'était un duo d'ancien chasseur de prime qui avaient accompli des contrats sur toutes les planètes du sous-secteur Hullerstorm, avant de se mettre à la retraite avec la petite fortune qu'ils avaient gagné. La rumeur disait qu'ils n'avaient jamais échoué à aucune mission, bien qu'ils sélectionnaient minutieusement les offres. Ils s'étaient frottés à des hommes, des clans, des organisations particulièrement dangereuses, accomplissant à chaque fois leur devoir avec brio. C'était exactement le genre de personnes qu'il me fallait.
Afin de me faire passer pour un chasseur de prime, je portais des habits de civils surmontés de quelques plaques de protection, avec deux pistolets lasers dans des holsters à ma ceinture. Je voulais passer le plus possible inaperçu. Apparemment, cela avait l'air de marcher plutôt bien, et je me noyais dans la foule sans trop de difficulté, à la recherche de l'homme dont on m'avais parlé.
J'abordai le barman et lui donnai le nom de Fidge Klaw. Il me désigna d'un infime mouvement de tête une table situé dans l'un des coins de la vaste pièce enfumée. Alors que je m'approchais, je commençais à distinguer plus clairement l'homme qui y sirotait une bière en observant l'agitation autour de lui. Il avait une véritable stature de soldat, avec sa haute taille et ses larges épaules sculptées par les combats, la traque et les interrogatoires musclés. Les yeux bruns, le visage dur, les cheveux roux coiffés en une longue queue de cheval, je fut surpris de constaté qu'il semblait aussi jeune que moi alors que, d'après les fichiers, il devait avoir plus de deux fois mon âge. C'était sans doute grâce aux opérations anti-vieillissement qu'il s'était payé avec ses primes, afin de conserver le visage d'homme mûr dans la pleine force de la trentaine. Sa femme et partenaire Rayne Klaw devait alors être dans le même cas.
Il portait une armure légère d'un vert sombre, qui était l'uniforme militaire des combattants Jalviens dont on m'avait dit qu'il faisait partie autrefois. C'était un excellent équipement. Avec ses plaques d'armures composites accrochées par des sangles à une combinaison bien serrée, elle le protégeait assez efficacement tout en lui permettant de conserver son excellente agilité. A sa ceinture étaient accrochés deux longs sabres aux lames fines et légèrement courbées, et un pistolet à munitions solides se trouvait dans un holster sur sa cuisse droite. Il était aussi impressionnant qu'on me l'avait dit, et je l'abordai donc avec prudence et respect :
- Peut-on parler un instant, monsieur Klaw ?
- Et de quoi ? répliqua-t-il sans même me regarder.
- Disons que j'aimerais que vous m'aidiez à résoudre un problème.
- On t'as pas dis, fiston ? Je suis rangé. La chasse, c'est fini pour moi.
- Pourtant vous venez régulièrement ici.
L'ancien chasseur de prime ignora mes paroles. Pendant un instant, je songeai à abandonner et à quitter cet endroit sordide, mais je devais aller jusqu'au bout. Montrant clairement mes deux mains non armées, je pris place sur la chaise devant Fidge Klaw. Celui-ci dirigea alors enfin ses yeux sur moi et m'observa un long moment, avant de lâcher :
- Tu es soit très courageux, soit très stupide.
- L'un ou l'autre, quelle différence ?
- Comment t'appelles-tu ?
- Gidio Durennos. Je suis nouveau dans le métier, et je suis sur un gros coup.
Bien sûr, il s'agissait d'une fausse identité. J'en avais conçues plusieurs pour passer incognito lors de certaines enquêtes, et j'avais créé celle-ci spécialement pour cette rencontre. Apparemment, cela semblait convenir à Klaw. Une certaine confiance parut s'infiltrer lentement en lui car il me confia :
- J'aime l'ambiance de ce bar. Ca me rappel des souvenirs. La traque, les primes, la concurrence entre chasseurs... toutes ces choses qui faisaient de ma vie une aventure. Mais ce genre de choses n'est plus pour moi.
- Pourquoi ?
- Ce n'est pas le genre de raison que je dévoile à n'importe qui, fiston. Si tu vis assez longtemps et bosse comme j'ai bossé pendant des décennies, tu en découvriras les raisons par toi-même. En tout cas je n'accepte plus de contrats, et surtout pas de la part d'un inconnu.
- Je ne veux pas que vous vous impliquiez directement dans une traque, avouais-je. En fait, j'ai simplement besoin de renseignements. Et on m'a dit que vous êtes le meilleur pour cela.
Soudain, le visage de Klaw fut tranché par un sourire de satisfaction qui me mit mal à l'aise. D'un signe de la main, il me demanda de m'approcher de lui, et j'obtempérai avec précaution. Du bout des lèvres, il me chuchota en riant :
- Oh ça oui, pour cela je suis le meilleur... inquisiteur Asphar Silverstein.
Mon sang se glaça brusquement. Je ne l'avais pas quitté des yeux un instant, et il n'avait pas esquissé le moindre geste que j'aurais pu qualifier de suspect. La seule hypothèse qui me venait était qu'il connaissait déjà mon identité avant même notre rencontre, mais c'était presque impossible. Je me demandai alors ce qui allait suivre. Est-ce qu'il allait dégainer son arme et me descendre froidement, ou me demander de foutre le camp en menaçant de divulguer mon nom à l'assemblée ? De grosses gouttes de sueurs coulant sur mon visage, j'attendis.
Klaw se mit soudain à sortir son pistolet, d'un geste lent par lequel il me montra clairement qu'il n'avait pas l'intention de s'en servir. Il posa l'arme sur la table, a équidistance entre nous deux et le canon pointé vers lui, comme pour me défier.
- Si vous pensez pouvoir m'éliminer, allez-y, essayez. Mais à votre place, je me lèverais et foutrais le camp. C'est pas parce que je n'ai tué personne depuis dix ans que ça m'empêchera de me défendre.
- Vous n'avez rien compris, fis-je en reculant ma chaise pour m'éloigner du pistolet. Je ne suis pas là pour vous arrêter. Je suis là parce que j'ai besoin de vous.
- Allons, allons. Pourquoi un homme comme vous aurait besoin de quelqu'un comme moi ?
- Parce que je suis confronté à une situation qui m'impose de faire appel à un spécialiste.
Fidge Klaw se pencha alors vers moi pour me regarder droit dans les yeux, aussi profondément qu'il le pouvait. Je pouvais voir dans son regard toute l'expérience qu'il avait au niveau de l'observation de la psychologie humaine. C'était un interrogateur de talent, qui pouvait tirer beaucoup d'informations de quelqu'un sans même de l'avoir questionner, avant de le déstabiliser profondément pour obtenir tout ce qu'il voulait d'autre. Je lui laissais voir en moi l'honnêteté de mes paroles, et il se détendit soudainement. Retombant contre le dossier de sa chaise, il me lança un sourire amusé pour me dire :
- Je pense qu'on ferait mieux de discuter de tout cela chez moi, fiston.
La demeure des Klaws était une superbe maison construite à l'ancienne dans l'un des hauts quartiers de la cité-ruche Prioris. Elle était entourée d'un somptueux jardin avec une terrasse d'où on pouvait contempler les immenses plaines verdoyantes qui entouraient la ville, tout en prenant un thé autour de la longue table en bois de Troyas qui s'y trouvait. J'étais assis face à Fidge qui avait retiré sa tenue de chasseur de prime pour revêtir une tenue plus noble en riches tissus de soie verte. Par contre, je portais toujours mes pauvres habits, et j'avais l'impression de faire un peu tâche dans un tel décor.
- Alors si j'ai bien compris, commença Fidge, vous avez besoin de mon aide pour localiser un dangereux hérétique que vous nommez Xonius. C'est ça ?
J'acquiesçai d'un simple hochement de tête, préférant garder un profil bas devant l'ancien chasseur de prime.
C'est alors que Rayne Klaw sortit de la maison pour nous rejoindre.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'épouse et ancienne partenaire de Fidge était une femme magnifique. Car même si elle était aussi âgée que son mari, elle avait bénéficié des mêmes opérations anti-vieillissement, conservant à merveille sa peau de pêche, son visage fin et délicat illuminés par ses yeux d'un vert émeraude. Ses cheveux noirs coupés à hauteur de la nuque étaient très soignés, et sa fine silhouette enveloppée dans une longue robe bleu ciel était d'une grâce absolue. Ses mains étaient gantées de blanc, son annulaire droit portait une superbe bague ornée d'un minuscule saphir qui brillait aussi intensément qu'une étoile. Elle se contenta de me saluer en inclinant respectueusement la tête, sachant apparemment elle aussi qui j'étais réellement.
Fidge se leva aussitôt de sa chaise et alla enlacer Rayne tendrement. Il y avait tant de douceur dans leur relation que j'admet en avoir été touché, et je m'étais même autorisé un léger sourire alors que je détournais le regard. Finalement, je me levai et marchai vers le rebord de la terrasse pour observer la ville en contrebas, et réfléchir un peu.
- Hé, Asphar ! me fit soudain Fidge avec une familiarité presque amicale. Dis-nous en un peu plus sur ton boulot.
- Et bien... j'espère que vous avez du temps pour écouter.
- On a toute la vie devant nous.
Pendant plus d'une heure, je leur parlai de Xonius. Je décrivais l'ensemble des terribles actions qu'il dirigeait depuis des mois dans tout le sous-secteur Hullorden. Je parlais de ses complices, de ses moyens et des soutiens qu'il semblait s'être attaché auprès des ennemis de l'Imperium. Je faisais mon possible pour rester concis et objectif, mettant de côté mes sentiments pour ne donner que les faits, ce qui me prit tout de même une bonne demi-heure. Lorsque j'eut enfin fini, je vit que le couple Fidge et Rayne Klaw me regardaient avec un intérêt beaucoup plus grand. Brusquement, Fidge se tourna vers sa femme :
- Qu'est-ce que tu en pense ?
- Tout cela est très intéressant, je dois dire.
La voix de Rayne était aussi douce que le miel le plus délicat, chacun de ses mots vibrant comme une légère brise d'été en diffusant un calme profondément apaisant. J'eut du mal à croire qu'elle avait été cette chasseuse de prime si impitoyable qu'on m'avait décrite.
- Alors, chérie ? continua Fidge. Est-ce que c'est le bon cette fois ?
- Oh oui. Tout à fait.
- Le bon quoi ? fis-je tout étonné.
- Le gros coup, expliqua Fidge. La grande aventure. Le défit ultime.
- Je... ne comprends pas.
- Vous savez, fit Rayne en levant les yeux pour perdre son regard dans le ciel, quand on pratique un métier comme le notre pendant aussi longtemps, on finit par se poser des questions sur l'existence, la vie, la mort, et tout ce qui s'y rattache. Ce serait stupide de risquer sa vie bêtement pour des contrats classiques, et de mourir sans avoir connu une mission vraiment palpitante. Une mission qui demanderait de se surpasser, de dépasser ses limites pour atteindre un nouveau niveau d'existence. C'est ce que Fidge et moi avons décidé de chercher lorsque nous nous sommes arrêté. Et grâce à vous, nous l'avons enfin trouvé.
Je me sentais incroyablement soulagé, et également honoré de cette confidence. J'étais en présence des deux plus célèbres chasseurs de prime du sous-secteur Hullorden, qui m'exposaient librement leur vie et acceptaient de m'aider dans mon enquête. Lorsque j'avais eut l'idée de les contacter, je pensais seulement utiliser leur incroyable don pour la récolte d'information, mais apparemment ils souhaitaient s'impliquer beaucoup plus que cela.
- Combien d'hommes as-tu avec toi, Asphar ? me demanda Fidge toujours aussi familièrement.
- Deux. Vous savez, je ne suis inquisiteur que depuis...
- Quatorze mois, me coupa-t-il en se balançant sur sa chaise pour poser. Je sais. Mais t'as quand même été la main droite de l'inquisiteur Kantores pendant huit ans, alors je ne me fais pas de bile pour ce qui concerne tes compétences.
J'étais estomaqué. Normalement, obtenir de tels renseignements prendrait des semaines, ne serait-ce que pour trouver les rares endroits où ils étaient conservés dans les titanesques archives de l'Inquisition. Je commençais à croire que je ne me ferais jamais à cette incroyable faculté. Sans me laisser le temps de me remettre de cette nouvelle démonstration, Fidge continua :
- Deux hommes, c'est très bien. Moins il y a de monde, mieux c'est. En général, les trop gros groupes de chasseurs se font vite repérés, et c'est rarement bon dans le métier.
- Alors quelle est votre décision ? Vos conditions seront les miennes.
Ce fut Rayne qui répondit, se levant de sa chaise et s'approchant de moi en me regardant droit dans les yeux. J'avais du mal à rester stoïque face à sa merveilleuse beauté.
- Nous nous joindrons à votre équipe en tant qu'associés le temps du contrat. Nous mettrons à votre profit l'ensemble de nos ressources, mais nous ne serons jamais à vos ordres.
- Je ne m'attendais pas à autant, avouai-je. Et combien voulez-vous en récompense ?
Rayne Klaw me lança soudain un sourire amusé qui me troubla profondément. C'était comme si j'avais dit une vulgarité ou quelque chose d'incroyablement bête. A l'évidence, il ne s'agissait pas d'argent, et j'aurais du l'avoir compris avant.
- Nous n'avons plus besoin de rien, inquisiteur, me déclara-t-elle. Mais qui sait de quoi nous aurons besoin lorsque tout ceci sera fini ? Alors voilà ce que nous allons faire : nous déciderons de notre prix lorsque le contrat sera achevé. D'accord ?
C'est là que je me suis dit qu'il fallait peut-être que je négocie un peu plus. J'étais un inquisiteur impérial et, de ce fait, je pouvais réquisitionner à peu près toute sorte de richesse disponible dans l'Imperium, si ce n'est les ressources privées des Adeptus ou des plus hautes instances de certaines planètes. Mais quelque chose me disait que ce que désirait surtout le couple Klaw, c'était une grande aventure. La récompense était superflue pour eux.
Je me levai alors de ma chaise et serra la main que me tendait Rayne. Sa peau était tellement douce que j'eut peur de la serrer trop fort, mais elle ne sembla pas être gênée par mon geste, et se contenta de dire :
- Nous avons un accord.
- Nous avons un accord, répétai-je.
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