CHAPITRE VINGT-CINQ
2256 heures, 13 octobre 2542 (calendrier militaire) / quartier général du secteur de Zankym , colonie humaine Alkador, système Telarius.
Dès le début de la guerre contre les covenants, il avait été clairement établi par les services de renseignement de l’ONI que les intentions de ces extraterrestres belliqueux étaient d’un ordre religieux. Plusieurs indices dans leurs communications laissaient penser qu’ils agissaient sous les ordres d’une caste dirigeante spéciale, mais cela n’avait jamais été prouvé jusqu’à ce jour.
Jack considéra longuement l’opportunité que représentait la capture de l’un de ces « prophètes » ennemis. Cela pourrait nous permettre d’obtenir un moyen de pression sur l’ennemi afin de le forcer à nous laisser évacuer la planète. Et cela offrirait aussi une incroyable source de renseignement pour le SRN sur l’organisation covenante et ses croyances. Mais si nous voulons le capturer, nous devons agir vite, avant que les renforts de l’ennemi ne l’atteigne.
- Savez-vous de quel groupe de combat ce covenant faisait allusion ? demanda-t-il au spécialiste des communications.
- Négatif, monsieur. Nous n’avons repéré aucune force ennemie dans ce secteur.
- Alors soit ils sont plus loin que ça et c’est très bien, soit ce sont des unités commandos que nous n’avons pas repérées et c’est très mauvais.
- Nous devrions hâter notre départ, proposa Rei derrière lui.
- C’est ce à quoi je pensais.
Les spartans se dirigèrent alors vers le bâtiment de commandement, où plusieurs officiers organisaient l’envoie des troupes et la logistique de l’opération. Tous se mirent immédiatement au garde à vous, quel que soit leur grade, en voyant entrer les deux soldats en armure. Jack ne perdit pas de temps et leur exposa la nouvelle situation :
- Messieurs, le plan de bataille va devoir être légèrement modifié car un élément nouveau est apparut à l’instant : il semblerait que nous ayons abattu une navette transportant un haut représentant de la religion covenante, un prophète, et qu’il serait toujours en vie. Nous allons donc mettre sur pied un groupe de combat qui aura pour mission de la capturer et de le ramener ici avant l’ennemi.
- De quoi avez-vous besoin, spartan 115 ? demanda immédiatement un lieutenant près de lui.
- Il me faut au moins une quarantaine de marines, et cela le plus vite possible.
- Dans ce cas, laissez-moi venir avec mes hommes. J’ai deux pelotons d’infanterie sous mes ordres, et je peux vous réquisitionner une escouade de TCAO dans la minute.
- Parfait. Quel est votre nom ?
- Lieutenant Eliot Bravery, monsieur.
- Alors préparez vos troupes, Eliot. On se retrouve à la sortie de la base.
Les Premières Lames étaient retranchées à l’intérieur de leur navette. Trois des sangheilis d’élite de l’escouade montaient la garde à l’extérieur, tandis que les autres attendaient patiemment que les communications avec la flotte soit rétablie. Mais les minutes s’écoulaient, et l’étrange brouillage qui avait envahi les fréquences de l’Alliance ne faiblissait pas. Irul commençait à se demander si la flotte ne les avait pas tout simplement abandonné. Peut-être sont-ils partis ? Ou alors ils vont délibérément refuser de nous envoyer de l’aide…
C’est alors que l’un des sangheilis d’Arko pénétra dans la navette :
- Capitaine ! Les humains font mouvement !
- Combien sont-ils ?
- Une cinquantaine environ, dont quinze membres de leurs troupes de choc.
Irul et Arko se dévisagèrent comme pour voir qui avait l’air le plus inquiet, mais s’aperçurent qu’aucun d’eux ne montrait la moindre faiblesse d’esprit. Les Premières Lames avaient déjà relevé des défis bien plus dangereux, et celui-là n’allait pas être une exception.
- Rassemble tout le monde pour la bataille ! Nous allons les prendre en embuscade avant qu’ils n’arrivent ici.
Mais alors qu’Irul se relevait pour sortir de la navette, Arko l’arrêta d’un signe de la main :
- Non, Irul. Tu restes ici avec Elda.
- Mais capitaine, je veux me battre moi aussi.
- Je le sais. Mais les Première Lames sont très bien capables de remplir cette mission tous seuls. Nous avons besoin de quelqu’un pour surveiller les fréquences radio, et je ne peux pas me priver d’un seul soldat d’élite. Tu resteras donc avec Elda pour demander du secours, des que les liaisons seront rétablies.
Irul n’aimait pas ça. Non parce qu’il était frustré d’être laissé derrière, mais parce qu’il avait un très mauvais pressentiment. L’intuition était quelque chose que les sangheilis avaient l’habitude de ne pas écouter, ne faisant confiance qu’à la rationalité et au raisonnement stratégique. Mais quelque chose au fond d’Irul semblait essayer de le prévenir, l’avertir d’un évènement grave. Ce sentiment permanent d’un danger tout aussi inconnu qu’immense lui conseillait d’enfreindre les ordres et de suivre le capitaine.
Mais Irul en oubliait sa place. Il n’était qu’un simple soldat, une recrue avec à peine trente jours d’expérience du terrain, alors qu’Arko était le chef de la garde d’élite du commandant suprême. Il y avait trop de différence entre eux. C’est donc avec regret qu’il obéit aux ordres, et regarda les Premières Lames partir à la rencontre des humains.
Rei rattrapa d’un geste rapide et précis la pierre qu’elle était sur le point de faire dévaler la crête rocheuse où elle se tenait. Provoquer un éboulis n’était pas une bonne chose si elle voulait conserver sa furtivité ainsi que cette de Jack. Posant la pierre délicatement derrière elle, la spartan continua de surveiller la pente de la montagne où progressaient les hommes du lieutenant Bravery. Leur poste d’observation surplombait largement cette partie de la montagne, offrant une vue sur presque tout le terrain environnant ainsi que le plateau où s’était crashé la navette ennemie. Et c’est de là qu’ils s’assurait qu’aucune mauvaise surprise n’arrive.
Les spartans avaient préféré servir d’unité de reconnaissance et de soutient longue portée plutôt que de devoir disperser les marines et les rendre plus vulnérables à une embuscade. D’autant que les TCAO ne semblaient pas trop apprécier leur présence. Les vieilles blessures sont toujours ouvertes, pensa tristement Rei.
- Mouvement détecté, annonça Jack. Trois contacts à dix heures. Distance : vingt mètres.
- L’ennemi essaye de prendre les marines par le flanc.
Rei et Jack se mirent à couvert pour éviter d’être détecté par l’ennemi en approche. Il ne leur fallut pas attendre longtemps pour voir les impressionnants élites dont les armures blanches éclatantes scintillaient sous la lumière des astres nocturnes. Ils se déplaçaient en silence, dans un calme terrifiant pour des guerrier de leur espèce, se dirigeant droit vers le détachement humain qui arrivait en contrebas.
- Peut-être y a-t-il d’autres covenants sur l’autre flanc, fit Jack.
- S’il s’agit de la garde rapprochée du prophète, il ne faut pas s’attendre à des enfants de cœur. Ces gars-là sont certainement capables de ravager notre force d’assaut sans problème.
- Ouais ! Mais il ont oublié un petit détail.
- Deux petits détails, corrigea Rei.
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