2259 unités de temps du 53ème jour de la quatrième ère de la Reconquête, Marche du Silence/ fabrique de munitions humaines, zone industrielle de la ville assiégée de Passadonis, Yvalos V, système Irulan.
Le jour commençait à tomber sur cette partie de Yavlos V. La forêt entourant la ville en ruine de Passadonis commençait doucement à s’éveiller alors que les oiseaux chantaient et que les petits rongeurs sortaient de leurs terriers à la recherche de nourriture. L’un d’eux, une petite musaraigne, s’aventura jusqu’au pied d’un chêne plusieurs fois centenaire pour y rechercher quelques glands à grignoter. Courrant au milieu des énormes racine de l’imposant végétal, il inspecta minutieusement les graines tombées à terre, avant d’en apercevoir une particulièrement grosse qui attira immédiatement son regard.
Le petit animal se précipita alors vers ce formidable repas qui s’offrait à lui… et se cogna contre quelque chose, tombant à la renverse sous la force qu’avait donné sa vitesse à l’impact. Il se releva aussitôt, craignant qu’un autre animal ne se soit interposé, mais ne vit rien. Le gland était toujours là, encore plus gros qu’il ne l’avait crut à première vue. Il s’approcha alors plus doucement cette fois, mais là encore il rencontra un obstacle, apparemment invisible. Quelque chose se dressait entre lui et son festin. Quelque chose de grand.
La musaraigne gratta prudemment ce mur invisible de ses petites pattes griffues, tentant de comprendre de quoi il s’agissait. Mais soudain, il reçut un puissant choc, si fort qu’il l’envoya voler à plusieurs mètres de l’objet de ses désirs. Faiblement blessé et terrorisé par cet ennemi invisible, le petit être renonça à son repas et préféra fuir.
Irul se demanda comment cet animal avait put le repérer alors qu’il était resté parfaitement immobile. Peut-être que son odeur l’avait trahit ? Ou peut-être était-ce un pur hasard qui avait conduit le rongeur jusqu’à lui. En tout cas, il valait mieux faire attention à la faune environnante, car elle pourrait contenir des dangers inconnus dont Elda et lui n’avaient pas vraiment besoin. Le fait d’avoir des ennemis dans les deux camps de la guerre réduisait déjà de beaucoup leur espérance de vie, et être les proies d’un éventuel prédateur local serait faire s’acharner le sort contre eux.
Les deux sangheilis avait courut autant qu’ils l’avaient put, loin à travers la forêt qui, et loin de toute position tenue par l’Alliance. Une fois arrivés à bout de souffle, ils s’étaient résolu à se reposer un peu, avant de décider de ce qu’ils allaient faire.
C’est alors qu’un vaisseaux de transports et plusieurs chasseurs Séraphins traversèrent le ciel, et Irul surveilla leur trajectoire à travers le feuillage de la forêt. Il alla se perché sur une haute branche d’un arbre centenaire afin d’observer la zone industrielle à la jumelle, attendant que l’escouade Delta sorte de l’usine. Le terrain tout autour de la grande structure humaine n’était plus qu’une vaste étendue de cratère et de débris à moitié volatilisés sous le bombardement, et déjà de nombreuses troupes de l’Alliance étaient en train de s’y regrouper pour inspecter les quelques décombres fumantes. Les sangheilis de l’escouade Delta surgirent brusquement de l’usine, deux d’entre eux soutenant le corps inconscient du capitaine Arko, et furent immédiatement transporté par le vaisseau Phantom jusqu’au croiseur de combat positionné en orbite basse. Espérons que le capitaine se remettra rapidement…
Irul descendit alors de son poste d’observation improvisé pour rejoindre Elda. L’énergie de leurs armures allait bientôt s’épuiser à force d’user autant de leur système de camouflage, et il décida donc de les désactiver. Même si c’était un risque à courir, la probabilité qu’on les retrouve immédiatement restait assez faible. Par contre, si l’armée entamait des opérations de recherche à grande échelle, le problème serait totalement différent.
- Nous devons quitter cette planète, annonça calmement Irul. Si nous restons ici, tôt ou tard, il nous trouverons.
- A quoi est-ce que tu penses ? fit Elda à moitié inquiète.
- Nous pourrions nous emparer d’une navette de transport pour aller jusqu’en orbite, puis tenter de trouver un vaisseau humain en état pour un voyage en sous-espace parmi les épaves de la bataille spatial.
- Est-ce que tu réalises les probabilité que cela se réalise, Irul ?
- Oui, parfaitement. Mais c’est notre meilleure chance de survivre plus d’une journée.
Elda aurait voulu le contredire, mais aucun argument ne lui vint. Irul avait vu juste : c’était leur seule porte de sortie, aussi folle qu’elle soit.
- Mais si nous volons une navette de l’Alliance, remarqua-t-elle, ils saurons que c’est nous.
- C’est pourquoi nous avons besoin d’un appareil humain. Il y a une base aérienne ennemie à quelques kilomètres d’ici, enfouie sous cette montagne.
Irul désigna du doigt un énorme massif montagneux qui se dressait non loin de leur position, et dont le sommet enneigé reflétait faiblement les derniers rayons du soleil couchant. Elle parut soudain à Elda comme une impressionnante forteresse naturelle, ce qui n’était pas loin de la vérité.
- L’Alliance a préféré concentrer ses forces au niveau de la ville, et n’a envoyé que quelques troupes établir un blocus autour de cette base. Nous devrons donc nous y infiltrer et voler une navette spatiale aux humains, ce qui sera beaucoup plus difficile que de passer le blocus.
- Alors nous devons nous mettre en route immédiatement, fit Elda. Si nous perdons trop de temps ici, nous risquons d’être découverts.
Les deux sangheilis prirent alors soin de recouvrir leurs traces, comme ils avaient l’habitude de faire sur leur planète d’origine lors des chasses, puis prirent la direction de l’énorme montagne. La végétation promettait de leur offrir un épais couvert jusqu’à leur objectif, ce qui empêcherait d’éventuelles patrouilles aérienne de les repérer, et permettrait d’éviter facilement des troupes de recherches terrestres.
Alors qu’ils marchaient à pas rapide, d’un rythme qui donnait le meilleur rendement vitesse/dépenses énergétiques, Elda tourna la tête vers son coéquipier pour lui dire :
- Au fait, Irul. Je ne t’ai pas encore remercié pour m’avoir sauvé tout à l’heure.
- Ce n’est rien. Le fait de te voir en vie suffit à me récompenser.
- Mais pourquoi as-tu pris autant de risque ? Tu aurais put te faire tuer ! Et maintenant encore tu risque de mourir à cause de moi. Pourquoi ?
Irul ne comprit pas tout de suite le sens de cette question. Pour lui, il était normal de protéger Elda, même au prix de sa vie. Après tout, c’était la mission qu’on lui avait confié. Le capitaine Arko avait placé toute sa confiance en lui, et le fait d’échouer serait d’une honte impardonnable. Mais plus il réfléchissait, plus il sentait que ce n’était pas la vraie raison. Je voudrais croire que ce n’est qu’une question d’honneur quant à la réussite de ma mission… mais il y a autre chose. Quelque chose de plus profond, que je ne parviens pas à définir clairement.
Le sangheili se sentait perdu. Les mâles de sa race avaient l’habitude de ne pas laisser leurs sentiments les envahir sur le champ de bataille, car cela laissait place à la confusion, mettant en danger leur vie et celles de leurs coéquipiers. Il était de coutume parmi les sangheilis d’effectuer de profondes méditations pour se purifier de ces pensées inutiles, tout comme il était de coutume de prononcer les litanies de haines avant le début d’une bataille. Tout ceci n’avait pour but que de laisser place à la seule ardeur du combat et à la férocité guerrière qui avait fait la réputation de leur race.
Pourtant, Irul doutait. Il doutait de la nécessité de tout ceci. De tout cet endoctrinement qui leur apprenait que seul comptait l’honneur, qu’ils n’existaient que pour servir les prophètes, et que seuls les mâles sangheilis étaient dignes de participer à la Sainte Croisade. Tous ces dogmes lui semblaient subitement absurdes, tandis que ses émotions longtemps enfouies au fond de lui remontaient lentement à la surface. Ses sentiments lui apparurent de plus en plus clairement à mesure que les brumes de son endoctrinement se dissipaient, et il finit par trouver un semblant de réponse à la question d’Elda :
- Peut-être que… je me suis attaché à toi.
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