0836 unités de temps du 52ème jour de la quatrième ère de la Reconquête, Marche du Silence/ transporteur de troupe en route vers Yvalos V, système Irulan.
La navette de transport vibrait intensément alors qu’elle pénétrait dans l’atmosphère de la planète. Les sangheilis de l’escouade Delta attendaient tous patiemment que le débarquement commence, quelque part aux abords de la ville principale de ce monde, où ils mèneraient la plupart de leurs missions avec Elda Kutumee.
La sangheile était sanglée à une extrémité d’une des rangées de sièges, et la seule personne à être assise à côté d’elle était Irul. Celui-ci ressentait une tension permanente au sein de son escouade, et des regards amplis de mépris s’abattaient continuellement sur Elda, qui tentaient de ne pas y faire attention. Elle savait qu’il faudrait beaucoup de temps pour gagner le moindre respect auprès de ces mâles endoctrinés depuis leur plus jeune âge dans une tradition guerrière interdite aux femelles.
Le capitaine Arko songea qu’il était nécessaire de préparez les troupe pour cette première mission un peu particulière, et prit soudain la parole depuis son siège posé au centre de la navette :
- Soldats ! Comme vous le savez, nous avons reçu pour ordre de nous emparer d’une base de ravitaillement humaine afin de diminuer le rayon d’action de leurs blindés postés dans cette zone. Ce sera notre première mission ensemble, alors je veux que ce soit rapide et implacable. Montrez-moi de quoi vous êtes capables, et faites honneur à votre race pour terroriser ces humains pathétiques.
« Pour cette mission, nous agirons seuls sans aucune autre escouade pour nous soutenir, ni aucun appui d’aucune sorte. Exceptionnellement, notre force ne comportera aucun ungoy ou autre combattant de classe inférieure, et cela pour deux raisons : la première est que nous serons plus discrets si nos effectifs sont limités à nous seuls, sangheilis ; la seconde est qu’afin de tester au mieux les capacités de cette escouade et de votre nouvelle coéquipière, il est mieux de lui faire affronter un défi suffisamment important.
« Nous devrons infiltrer la base ennemie avant de l’attaquer de l’intérieur. Notre premier objectif est de détruire les réserves de carburants. Le second est d’éliminer toute présence humaine dans le secteur pour préparer l’arriver des troupes d’occupation. Soyez sans pitié envers vos ennemis et ne gênez pas Elda, c’est tout ce que je vous demande.
La navette cessa brusquement de vibrer, ce qui signifiait qu’ils avaient atteint la basse atmosphères et approchaient de leur objectif. De nombreux autres débarquements étaient organisés à divers endroits de la planète pour occuper la plus grande partie de l’armée humaine. Peu de personnes savaient que la seule raison pour laquelle la flotte n’avait pas immédiatement vitrifié ce monde était qu’il avait été choisi comme lieu de test pour le programme Séraphine.
Lorsque le vaisseau ouvrit finalement sa trappe de débarquement, les sangheilis purent voire qu’ils se trouvaient dans une zone montagneuse au climat tempéré. Ils mirent pieds à terre pour se fondre immédiatement dans la végétation dont la densité offrait un couvert parfait pour progresser jusqu’à leur objectif. Les communications des humains dans ce secteurs étaient perturbées par les croiseurs de combat en orbite, ce qui réduisait le risque que des éclaireurs donnent l’alerte par radio, et le transporteur de l’escouade Delta avait bien prit soin d’approcher en rase-motte du versant opposé à celui au pied duquel s’étendait la base de ravitaillement humaine.
Le cheminement de l’escouade Delta à travers la montagne se passa sans accros jusqu’à ce que la base soit en vue. Cela ressemblait plus à une forteresse miniature qu’à une simple installation militaire, avec son énorme muraille bardée de tourelles automitrailleuses, les multiples bunkers dispersés à l’extérieur, et les pièces d’artilleries postées au sommet d’une grande tour centrale. Des tranchées protégées par plusieurs rangées de barbelées avaient même été creusées dans l’urgence, et de nombreux soldats y patrouillaient en permanence. Ca ne va pas être simple d’y entrer discrètement, se dit Irul. Ces humains semblent diablement bien organisés, et leurs effectifs sont certainement cent fois plus nombreux que nous. Même une escouade de commando n’aurait pas été envoyée seule sur une telle base. C’est à croire que cette mission n’a pour but que de faire tuer Elda… mais je ne laisserais jamais cela arriver. Pas tant que je serais en vie.
- Cette base ne présente strictement aucun point faible, lâcha le capitaine Lipumee sans le vouloir. Il faut que je prévienne le haut commandement que la mission est impossible.
- Ne le faites pas ! lui dit énergiquement Irul. Certains pourraient considérer cela comme un signe de faiblesse dû à Elda. Nous allons réfléchir et trouver un moyen de pénétrer cette installation.
Arko était impressionné par l’optimisme et la volonté de son subalterne. De toute sa vie de sangheili, il avait rarement vu quelqu’un comme Irul, prêt à tout pour remplir ses objectifs. Sauf que ce n’étaient pas vraiment des objectifs pour le jeune novice. Il abaissa la visière tactique de son casque et activa ses macro-jumelles pour observer la zone.
La base humaine se trouvait au beau milieu d’une vaste pleine qui n’offrait strictement aucun couvert, et elle n’était reliée au reste de la colonie que par une petite route de béton. Les seules autres installations que l’on pouvait apercevoir depuis la colonie constituaient en une petite ville portuaire située à plusieurs dizaines de kilomètres de là, et où des forces d’assaut de l’Alliance étaient déjà en train de débarquer pour faire diversion. Peut-être que l’attaque de leur cité va forcer les humains à envoyer des renforts ? pensa Irul. Cela pourrait affaiblir les défenses ennemies… mais rien n’est encore sûr, et cela signifierait d’attendre peut-être longtemps avant d’être fixés sur les ordres de mouvement des humains. Il faut trouver autre chose…
C’est alors qu’Irul aperçut un nuage de poussière apparaître à l’horizon, pour se diriger vers la base de ravitaillement. Il pointa son regard dans cette direction… et put clairement apercevoir les dizaines de camions transporteurs de troupes, appuyés par plusieurs chars de combat Scorpions et de quelques jeep Warthog. D’après la carte tactique… ces troupes proviennent de la base principale de cette région. Comment se fait-il qu’ils n’aient pas été stoppés ? C’est le premier endroit où notre armée aurait dû commencer l’assaut. Ils ont sans doute l’intention de se ravitailler en carburant avant de se diriger vers la ville. Nous devrions peut-être attendre qu’ils soient partis pour…
Soudain, un plan se dessina dans l’esprit d’Irul. Après avoir longtemps réfléchit sur chaque détail, il l’expliqua au capitaine. Celui-ci accueillit cette idée avec une certaine réserve :
- C’est un pari très risqué, Irul. Nous pourrions bien être tous massacrés… mais j’aime ça. Ce plan est tout ce qu’il y a de plus audacieux, et c’est justement ce que nous devons montrer à ces humains. Tout le monde ! Approchez ! Irul a un plan pour nous faire entrer.
Le convoi en provenance du Quartier Général avançait lentement. Cela était dû à la présence des chars Scorpion, dont l’allure n’était pas aussi grande que celle des véhicules de transport, et encore moins des jeeps. Le colonel Franck Rosten aurait préféré confier la garde de la colonne aux seuls véhicules légers pour éviter d’être ralenti par les tanks, mais le haut commandement avait jugé qu’il valait mieux offrir une couverture total aux troupes envoyées en renfort pour la ville de Passadonis. Quel crétin, ce général Halley ! jura intérieurement le colonel. Les scorpions nous obligent à avancer en formation resserrée. Même si nos warthogs fournissent une bonne couverture contre les chasseurs ennemis, nous sommes une cible bien trop tentante pour des bombardiers ou de l’artillerie. J’espère que nous ne croiserons ni l’un ni l’autre avant d’arriver à Passadonis…
La base de ravitaillement était enfin en vue, ce qui rassura quelque peu l’officier. Les véhicules avaient un besoin urgent d’être réapprovisionnés pour qu’ils puissent rester complètement opérationnels dans la défense de la ville. Personne ne veut de chars qui ne possèdent que dix heures de mobilité.
Il restait encore vingt kilomètres à parcourir avant d’attendre l’installation, mais d’après les éclaireurs, aucune force ennemie ne se trouvait dans les environs immédiats, et tout le monde était en alerte jaune. Seule la ville était attaquée pour le moment, encerclée par tout un bataillon de covenants disposants de lourds appuis blindés et aériens, sans compter le croiseur de combat qui stationnait au large. En réponse à cette menace, des forces de renforts avaient été envoyées par diverses bases militaires et avant-postes. Celle du colonel Rosten était la plus importante, et se constituait de quinze jeep, vingt-cinq chars, et trente transporteurs de troupes, dont l’ensemble de la cargaison représentait en tout quatre cent soldats prêts à défendre leur monde.
Ces énormes camions légèrement blindés étaient capables de transporter en tout une escouade complète de dix hommes ainsi que leur matériel et munitions. Et bien qu’ils soient des cibles faciles pour des unités anti-blindage, leur efficacité avait été démontré sur de nombreux fronts. Equipés d’un poste de mitrailleuse au niveau du poste de copilote, ce véhicule était tout à fait capable de se défendre contre l’infanterie ennemie. Le colonel savait que ces transporteurs allaient être vitaux pour la défense de Passadonis et l’évacuation de ses habitants. Mais d’abord, il faut qu’on fasse le plein.
Cependant, il n’existait aucune route directe entre le quartier général et la base de ravitaillement, ce qui faisait que la colonne devait progresser à travers la végétation. Du fait de la présence d’autant de véhicules, ils avaient été obligé d’éviter les forêts, mais le chemin le plus rapide passait par une longue clairière séparant les deux parties d’un grand bois, et au milieu de laquelle courrait une petite rivière facilement franchissable pour les véhicules. Large de vingt bons mètres, cette clairière avait été créer par les nombreux passages de troupeaux d’animaux qui longeaient le cour d’eau pour se rendre vers les terres intérieures, et le colonel Rosten avait trouvé que c’était le point de passage idéal pour ses propres troupes.
Mais alors qu’ils longeaient la forêt qui bordait les montagnes environnantes, la colonne s’arrêta brusquement. Franck ordonna au conducteur de la jeep qui le transportait de sortir du convoi pour aller voir ce qui se passait à l’avant, et il y vit un bien triste spectacle : l’un des warthogs était écrasé contre un arbre, son équipage mort.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-il au soldat qui conduisait le premier transporteur.
- Je ne sais pas, colonel. Ils étaient en train de patrouiller sur notre flanc droit, lorsque j’ai entendu le warthog foncer dans l’arbre.
Franck mis pied à terre et s’approcha du véhicule crashé avec quelques hommes pour y chercher des survivants. Le tireur posté à la mitrailleuse lourde avait été projeté contre un rocher, et avait éclaboussé ce dernier avec sa cervelle. Quand au copilote, il avait reçut suffisamment d’éclats du pare-brise pour transformer son visage en un porc-épique de verre sans vie.
Mais le pilote n’était pas dans le véhicule. Il était tombé peu avant l’impact, et était étendu face contre terre à quelques mètres du crash. Son crâne avait été perforé par un tir, dont la chaleur avait cautérisé la plaie instantanément. Un tir de plasma… oh merde !
- Tout le monde en état d’alerte ! hurla Franck. Tireurs embusqués ennemis dans la zone ! Débarquez les troupes !
Les trois cent marines confinés dans les transporteurs jaillirent des véhicules, et la moitié se dispersa à travers la forêt pour rechercher l’ennemi. Mais ils eurent beau fouiller chaque recoin sur plusieurs centaines de mètres, il n’y avait rien, et aucune autre attaque ne fut déclenchée. Préférant ne pas s’attarder dans cette zone, le colonel Rosten ordonna à la colonne de se remettre en marche. Mais personne ne remarqua le sang qui coulait faiblement en dessous de l’un des camions de transports.