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Qui suis-je ?

Hughel 2
 

Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 30 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Saint-Paul Trois Châteaux, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture

 

M'ECRIRE

 

LIEN VERS MON NOUVEAU BLOG

Citation du jour

  « On ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires,

  et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être. »

 (Charles de Gaulle)

Ma Muse personnelle

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 17:56

Bonjour à tous,

 

Cet article est un peu différent de ceux que j'ai l'habitude de vous proposer car il ne contient aucune création personnelle, simplement une petite vidéo que je trouve assez appropriée par rapport à ce blog et au message que je cherche à y faire passer.  

 

Il s'agit d'un montage de plusieurs extraits d'un même film datant de 1976, Network, écrit par Paddy Chayefsky et réalisé par Sidney Lumet. Il a été récompensé de quatre oscars en 1977 :

  • Meilleur acteur (Peter Finch)
  • Meilleure actrice (Faye Dunaway)
  • Meilleure actrice dans un second rôle (Beatrice Straight)
  • Meilleur scénario original (Paddy Chayefsky)

Dans ce film, un présentateur de télévision qui est sur le point d'être licencié pour cause de chute d'audiences se mets à lâcher ce qu'il pense au fond de lui en critiquant violemment le monde de la télévision et de la société en général. Cela fait tellement remonter son audimat que les producteurs de sa chaîne, au lieu d'accélérer son départ, décident de le garder pour mettre en scène ses discourts de protestation dans le cadre d'une émission à grand public.

 

Quelque peu tombé dans l'oubli au fil des presque quatre décennies qui se sont écoulées depuis sa sortie, il est pourtant plus que jamais d'actualité et fait partie des films que je recommande vivement à tous ceux qui se demandent dans quel genre de monde nous vivons. Je vous mets l'extrait ci-dessous en version originale sous-titrée car la performance de Peter Finch est réellement superbe et même si vous n'êtes pas amateurs de la langue de Sheakespear, vous ressentirez l'émotion qui passe au travers de l'intonnation de sa voix.

 

Bon visionnage !

 

 

 

"I'M AS MAD AS HELL, AND I'M NOT GOING TO TAKE THIS ANYMORE!"

(Perter Finch, dans le rôle de Howard Beale)

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 21:53

LA SINCÉRITÉ

 

« Le don de vérité est un don qui surpasse tous les autres. »

Bouddha

 

 

Nous abordons ici un sujet particulièrement délicat. Il est délicat pour deux raisons principales : d’abord parce que de très nombreuses autres vertus de la Voie que je décris ici son dépendantes de la Sincérité, et ensuite parce que, comme le disait George Orwelle, « Dans les temps de tromperie générale, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire ».

 

Car oui, nous sommes actuellement dans un monde grandement dénué de vérité sur de nombreux niveaux. Mais avant de continuer, je tiens à établir un petit lexique temporaire pour vous définir clairement ce que j’entends derrière chacun des mots que je vais utiliser dans cet article :

 

Réalité : c’est la vérité vraie, absolue, divine si vous le souhaitez. Elle rassemble tout ce qui existe réellement, tout ce qui a existé et tout ce qui existera dans l’univers. Pour une (très) grande partie, elle est totalement hors de notre portée car nous ne pouvons pas tout savoir ni même percevoir dans l’univers qui nous entoure. De plus, il est certain que d’innombrables choses trop complexes sont au-delà de notre niveau de compréhension actuel et le resteront peut-être à jamais (c’était d’ailleurs l’une des visions offertes par Howard P. Lovecraft au travers du Mythe de Cthulu). La réalité existe et nous dépasse, que nous en ayons conscience ou non, c’est un fait immuable et nous devons l’accepter.

 

Vérité individuelle : c’est l’ensemble des connaissances, savoirs et souvenirs d’un individu en particulier (vous, moi, n’importe qui). Ils peuvent être faux dans le sens où ils ne correspondent pas à la réalité mais sont considérés vrais par l’individu en question, c'est-à-dire qu’il est persuadé de leur véracité. Cette vérité individuelle peut donc comporter non seulement des visions erronées de la réalité à cause d’un défaut d’interprétation, mais aussi des faits inventés de façon inconsciente (le plus souvent par pathologie mentale).

 

Vérité vraie : c’est l’ensemble de toutes les connaissances humaines qui se rapprochent le plus de la réalité. De ce fait, il s’agit de fragments de vérités individuelles car elles sont détenues par des personnes bien précises et plus ou moins nombreuses selon la valeur de l’information : par exemple, beaucoup de gens connaissent les trois principaux états de la matière (solide, liquide, gazeux), mais il y en a beaucoup moins qui savent qu’il en existe au moins quatre autres (plasma, condensat, supercritique et superfluide).

 

Vérité officielle : c’est l’ensemble des informations qu’une personne déclare comme étant sa vérité individuelle, et c’est donc ce que les autres individus savent de cette personne. Elle peut donc contenir des mensonges ou des informations déformées, volontairement ou non et pour différentes raisons. C’est de cette vérité officielle que peuvent découler des fautes morales telles que l’hypocrisie, la tromperie ou la dissimulation.

 

 

Maintenant que nous avons défini ces quelques concepts de base, passons aux choses sérieuses en faisant directement un parallèle entre la vie en société et la guerre moderne.

 

Parmi les nombreuses joyeusetés morbides apportées par la guerre moderne (armes chimiques, bactériologiques, nucléaires, etc.), il y a un concept qui a pris une importance capitale dans notre monde : la guerre de l’information. Dans l’ancien temps, les armées se déplaçaient lentement et étaient difficilement camouflables, ce qui faisait qu’il n’était jamais trop difficile de connaître les mouvements ennemis en utilisant de bons éclaireurs, et c’est ce qui justifiait que deux camps adverses pouvaient éventuellement se donner rendez-vous en un lieu et à un jour précis pour s’affronter. Cela amenait un peu de noblesse à ces boucheries en plein air et les vérités officielles de chaque nation se rapprochaient assez bien de la vérité vraie. Mais c’est lors de la première guerre mondiale que la tendance commença à réellement s’inverser, selon moi, lorsque les troupes françaises partirent au combat avec des uniformes bleus et rouges tandis que les armées britanniques, allemandes et états-uniennes s’étaient mises au kaki pour mieux se dissimuler.

 

Aujourd’hui, on cherche rarement à vaincre par des épreuves de force ouvertes et clairement annoncées, préférant prendre l’adversaire par surprise pour le poignarder dans le dos, et c’est pourquoi il est si crucial de garder secret tous les renseignements concernant ses propres troupes ou de faire de la désinformation. La vérité officielle de chaque nation est alors créée selon ce qui l’arrange. Certes, cela réduit sensiblement le taux de pertes humaines du camp qui emploie ce genre de stratégie, mais cela réduit également la légitimité de sa victoire, si l’on peut dire. Car plutôt que d’accepter la force du vainqueur, le vaincu aura l’impression que la victoire lui a été volée par un procédé ignoble d’une grande bassesse. Et depuis quelques années, on a même créé la cyber-guerre pour paralyser complètement les infrastructures militaires et civiles d’un pays et le laisser s’effondrer sur lui-même ou le rendre le plus vulnérable possible, ce qui est loin d’être très chevaleresque.

 

Aujourd’hui, dans notre société civile moderne, le concept de la guerre d’information est utilisé massivement par des personnes qui ne cherchent que leur profit personnel. Cela se traduit par une augmentation phénoménale du nombre de faux diplômes, de comptes cachés, de secrets industriels douteux et de systèmes de surveillance ou d’espionnage. Il n’y a qu’à voir le remarquable travail des agences de publicités pour collecter des informations sur chacun d’entre nous pour envoyer des annonces les plus adaptées possibles à nos « profils clients » pour se rendre compte à quel point nous sommes démunis, nous simples citoyens, contre ceux qui utilisent le concept de la guerre d’information. Aujourd’hui, il est impossible de gagner le tour de France sans dopage mais ceux qui essayent de révéler cette réalité sont vite réduits au silence pour le bien de la vérité officielle, et bientôt il sera également impossible d’obtenir certains postes de haut niveau dans une organisation sans mentir sur son CV parce que « tous les autres font pareil ». Et comme résultat, nous obtenons un monde basé sur des mensonges, des dissimulations et des semi-vérités, autant de défauts qui le fragilisent de deux manières : d’abord parce que chaque mensonge réduit l’efficacité du système dans lequel il opère, et ensuite parce qu’il décrédibilise ledit système lorsqu’il est découvert.

 

Comme apparemment l’être humain est incapable d’être parfaitement sincère, nous avons mis en place tout un éventail d’outils, de lois et de protocoles faits pour faire fonctionner la société en dépit de ce terrible défaut plutôt que de chercher à le corriger. On cherche donc à protéger les vérités vraies individuelles même si elles sont en désaccord avec la bonne éducation ou même avec la loi. Les patients d’hôpitaux ont honte d’avouer certains de leurs actes pouvant avoir un lien avec leur maladie, alors on a inventé le secret médical. Les accusés en justice qui  sont coupables doivent être capables de payer des avocats avec lesquels ils pourront établir une défense, alors on a mis en place le secret professionnel juridique. Une entreprise qui possède un brevet technologique miraculeux doit avoir le droit d’être la seule à vendre son produit le plus cher qu’elle veut, alors on a créé le secret commercial.

 

Beaucoup disent qu’il est parfois nécessaire de cacher la vérité à quelqu’un parce que cette vérité peut faire mal ou l’amener à réagir de façon dangereuse pour lui ou pour les autres, en prétextant que « toute vérité n’est pas bonne à dire ». Mais comment pouvons-nous corriger nos erreurs si nous ne les admettons pas ? Comment une société peut-elle évoluer si elle n’expose pas ouvertement les problèmes qui la rongent de l’intérieur ? Cette situation malsaine est la conséquence directe de la concurrence, qu’elle soit entre les individus, entre les sociétés ou entre les états. Nous tâchons de faire que notre vérité officielle individuelle soit la plus reluisante possible parce que celui d’en face fait de même, et si nous osons avouer nos défauts en premier, rien n’oblige l’autre à faire de même. Il sera alors en position de force pour négocier un emploi, un contrat ou une transaction, nous laissant sur le carreau. Ce phénomène crée un phénomène de prédation sociale terrible où il n’y a que deux types de personnes qui peuvent gravir des échelons : les menteurs et les personnes irréprochables. Tous les autres ne sortent pas assez du lot pour s’en sortir.

 

L’absence de sincérité nous rend prisonniers des vérités officielles individuelles que nous avons créés pour nous sentir mieux et échapper au sentiment de honte face au regard des autres. Dès lors, nous ne sommes plus nous-mêmes, et au lieu de faire progresser spirituellement notre véritable personnalité, nous faisons progresser un étranger que nous avons invité à l’intérieur même de notre tête pour vivre à notre place parce que la vie elle-même nous est insupportable. Peu à peu, nous ne faisons plus partie de la réalité et le monde devient une gigantesque scène de théâtre où chacun joue un rôle qu’il a perfectionné au fil des années.

 

Voilà pourquoi la sincérité est importante. Elle nous permet de rester nous-mêmes, de reconnaître nos défauts pour pouvoir réfléchir à comment les corriger, et de partager la réalité avec ceux que nous rencontrons plutôt que de fabriquer du virtuel. En définitive, contrairement à la plupart des vertus que je défends dans mes articles, je n’ai pas tellement besoin de dire pourquoi la sincérité est bénéfique à l’humanité, car les conséquences de son absence démontrent déjà suffisamment que la sincérité est une condition sine qua non du bonheur personnel et collectif. Est-il besoin d’en dire plus ?

 

 

Prochain article : LA COMPRÉHENSION

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 18:11

LA CULTURE

 

« Une culture naît au moment où une grande âme se réveille. »

Oscar Spengler

 

 

Qu’est-ce qu’une culture ? Attention, je ne parle pas ici du procédé de faire pousser des plantes ou des champignons dans un quelconque objectif alimentaire ou pharmaceutique, mais bien de culture spirituelle. Le dictionnaire définie une culture spirituelle comme étant «l’ensemble des aspects intellectuels, artistiques et idéologiques d’une civilisation ou d’un groupe particulier ».  En clair, une culture est composée avant tout par des savoirs, des tendances artistiques et des pensées. Quand je parle de pensées, il s’agit de pensées profondes, lourdes de sens et fermement ancrées dans la mentalité de la population partageant une même culture, comme par exemple les pensées de Confucius qui ont fondé la culture du confucianisme très présente en Chine et au Japon, pour ne citer qu’eux. Dans de nombreux milieux littéraires, religieux, scientifiques ou autres, il existe plus ou moins officiellement une hiérarchisation spirituelle qui s’établie directement sur l’étendue des connaissances de chacun sur les éléments composant la base de sa propre culture. C’est ce genre de hiérarchie qui différencie les maîtres des novices ou les experts des apprentis.


Au-dessus du concept de culture se trouve celui de culture générale. Pour beaucoup de personnes, la culture générale est considérée comme l’ensemble des connaissances dites « essentielles » pour comprendre notre monde actuel et sa société. Grâce aux livres et à la technologie de l’information, il est extrêmement plus facile d’étendre ses connaissances générales aujourd’hui qu’il y a deux ou trois siècles seulement. Mais le problème, c’est que chaque communauté tend à définir sa propre culture générale selon ses préférences, ses croyances et ses intérêts. Pour ma part, je fais parti de ceux qui, comme Charles Taylor, estiment que «  toutes les cultures humaines qui ont animé des sociétés entières durant des périodes parfois considérables ont quelque chose d’important à dire à tous les êtres humains », qu’il s’agisse de messages positifs, d’enseignements philosophiques ou de mises en garde sur des erreurs qu’ont commises ces sociétés.


Cette manière de penser ne veut par dire qu’un individu possédant beaucoup de culture générale appartient systématiquement à plusieurs cultures ou même qu’il accepte ces différentes cultures comme justifiées, agréables ou détenant la vérité universelle. Par exemple on peut très bien connaître la culture du christianisme tout en étant profondément athée, ou à l’inverse être profondément chrétien et connaître les théories scientifiques évolutionnistes. De la même manière, il peut être utile d’étudier l’histoire et la théologie du nazisme hitlérien lorsqu’on possède un regard suffisamment critique afin d’en analyser les raisons de sa naissance et de son expansion, car cela nous permet d’apprendre des leçons qui nous permettront de nous assurer qu’une telle monstruosité ne reprenne plus jamais le pouvoir nulle part. Car comme l’a si bien dit Winston Churchill, « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », et nous sommes tous autant humains que les allemands des années 1930.


Malheureusement, selon l’avis assez pessimiste de Tristan Bernard sur le sujet, « L’Humanité, qui devrait avoir six mille ans de sagesse, retombe en enfance à chaque génération », et je partage pleinement son avis. Souvent, dès qu’on commence à parler de culture, les gens ont tendance à se renfermer ou à n’écouter qu’à moitié, voir même à mépriser ceux qui en parle en les  qualifiant d’ « intellos », de « grosse tête » ou de « bouffons ». Je connais au moins deux séries télévisées américaines très connues dans lesquelles on voit un genre de stéréotype du mec cultivé qui se fait remballer sévèrement par ses amis dès qu’il a une conversation un tant soit peu évoluée (c'est-à-dire qui ne concerne ni les filles, ni le sport, ni le travail, pour être simple). Je ne sais plus qui a dit la phrase « Lorsque j’entends parler de culture, je sors mon revolver », mais je sais que Francis Blanche y a formulé une réplique à laquelle je m’identifie bien mieux : « Je suis un non-violent : quand j'entends parler de revolver, je sors ma culture ».


Pour beaucoup de personnes, la culture générale est donc synonyme de prise de tête, d’ennuie et de mal de crâne, alors qu’elle est en réalité l’une des clés du dialogue et de l’harmonie entre les personnes. En effet, comment pouvons-nous converser pleinement avec une personne qui fait partie d’un peuple ou d’une communauté dont nous ignorons le passé, l’art, les traditions et les philosophies de pensées ? Je ne parle pas uniquement des communautés comme celles des religions ou des nations, mais aussi de communautés plus proches de nous comme celles des enseignants, des ouvriers, des rappeurs ou encore des centristes. L’ignorance de  ce genre de chose mène inévitablement les communautés à s’isoler les unes des autres, à ne pas se comprendre et plus ou moins inévitablement à se haïr. Une blague que j’avais lue il y a longtemps disait que pour être un bon psychiatre/philosophe/essayiste, il ne faut lire que des ouvrages qui vont dans le même sens que nos propres pensées, mais cela ne m’a plus vraiment l’air d’une blague aujourd’hui.


Actuellement, nous sommes dans une logique de communautarisme extrême. Je ne saurais dire quelle part de responsabilité possèdent respectivement les médias, les politiciens, les lobbys et les communautés elles-mêmes dans la mise en place de cette logique, mais je peux dire que c’est ce communautarisme extrême qui nous empêche de progresser aussi bien socialement que spirituellement. Tout d’abord, cela limite l’échange des richesses culturelles entre les communautés, mais plus grave encore cela les rends impuissantes à faire entendre leur voix à toute forme de pouvoir. Au fond, on peut facilement comprendre que cette situation arrange tout particulièrement le pouvoir en question, que celui-ci se présente sous la forme d’un gouvernement politique, de chefs religieux ou de dirigeants d’entreprises. Car selon la logique de « diviser pour mieux régner », les revendications d’une communauté sont généralement contestées, jalousées ou ignorées par le reste de la population qui constitue presque toujours une écrasante majorité, ce qui permet aux dirigeants de rejeter plus facilement ces revendications. Tant que l’esprit du plus gros de la population est occupé par « du pain et des jeux », tous les problèmes des minorités tombent rapidement dans l’oubli et deviennent des causes perdues. Comme l’avaient dit un jour les guignols de l’info, « l’important, ce n’est pas le nombre de bouches qui crient, c’est le nombre d’oreilles qui écoutent ».


Cela fait des décennies que l’on nous parle de mondialisation, mais cela se limite essentiellement à des domaines économiques, politiques, militaires, judiciaires, en bref, institutionnels et à intérêts financiers. Cette mondialisation par l’argent n’a pas permit de faire disparaître le communautarisme et a même tendu à le renforcer car « La culture n’est pas une marchandise. Les peuples veulent échanger leurs biens mais ils veulent garder leur âme », expliquait Jacques Chirac. La juste nature de la mondialisation n’est pas encore apparue : la naissance d’une conscience planétaire rassemblant toutes les communautés à travers le globe dans une réflexion multiculturelle pour le bien commun. C’est un projet ambitieux et je ne suis même pas certain d’en voir l’accomplissement de mon vivant, pour autant que l’humanité parvienne à l’accomplir, mais c’est ce qui me semble être le mieux pour faire progresser notre société dans la bonne direction. Au lieu de nous assoir confortablement sur nos acquis, nous devons sans cesse chercher à rendre le monde meilleur, à le faire évoluer. Selon Constantin Stanislavski, « La jeunesse doit non seulement assimiler tout ce qu'a créé la vieille culture, mais élever la culture à une hauteur nouvelle, inaccessible aux gens de la vieille société ». L’étape supérieur de notre culture, quelle qu’elle soit, devra passer par la mise en commun des efforts de toutes les communautés. Mais je m’égare.


Dans mon cercle du Soi, j’ai opposé la Culture à l’acédie. Tiens, même mon correcteur orthographique de Microsoft Word 2011 ne connaît pas ce mot. Ce n’est qu’à moitié étonnant car il n’est plus employé depuis longtemps, sauf peut-être dans certains cercles hautement cultivés en matière de langue française. Qu’est-ce que l’acédie ? Pourquoi est-elle dangereuse ? Et bien pour une fois, je vais laisser la parole à quelqu’un d’autre : Charles Consigny, un jeune homme de 22 ans, a émis un réquisitoire très intéressant sur le sujet sur le site du journal Lepoint et a déclenché une vague de commentaires très intéressants eux aussi. Je vous mets le lien ci-dessus et, si jamais le texte venait à disparaître pour une raison ou une autre, prévenez-moi et je le remettrai aussitôt en toutes lettres : je l’ai archivé dans mes dossiers personnels au cas-où.

 

Simple consigne pour lire cet article, ne vous laissez pas avoir par l'instrumentisation effectuée par le journal pour l'utiliser afin de critiquer le gouvernement actuel (ce qui est plus facile que de chercher des solutions, soit-dit en passant). Ce problème ne concerne pas uniquement la politique de gauche ni même seulement les deux derniers présidents, mais une période de temps bien plus étendue selon mon point de vue. Bonne lecture à tous.


http://www.lepoint.fr/invites-du-point/charles-consigny/la-jeunesse-francaise-est-elle-frappee-d-acedie-13-05-2013-1665859_1449.php


Je vous donne rendez-vous à très bientôt pour la suite.


 

Prochain  article : LA SINCÉRITÉ

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 10:29

L’ECOUTE


« Parler est un besoin, écouter est un art. »

Goethe

 

 

Nous ne pouvons pas forger notre propre personne de manière respectable et juste par nous-même, car c’est au contact des autres, de leurs pensées bonnes ou mauvaises, que l’on peut éprouver la justesse de nos choix. Ainsi, le premier pas vers la compréhension des gens entre eux, et donc de l’harmonie au sein d’une société, est de savoir écouter. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, cette action est beaucoup plus difficile qu’on puisse le penser à première vue, du moins dans notre monde actuel. Ceux qui ne sont pas tournés vers les autres ont tendance soit à refuser le dialogue, soit à n’écouter que de manière très distraite et subjective, le plus souvent avec comme seule pensée l’attente du moment où ils pourront parler à leur tour. Certain parmi les plus égocentriques ou les plus ignorants des justes manières n’ont même pas cette patience et ont à la place tendance à couper la parole à leurs interlocuteurs de manière aussi fréquente que brutale.

 

Pourtant comment dialoguer et progresser sans écouter ? La société du « dialogue de sourds », comme on dit, néglige totalement la nécessité de la compréhension des points de vue divergents, cependant nous devons réaliser que le fait de comprendre l’autre ne signifie pas forcément être d’accord avec lui. Avons-nous peur d’abandonner nos convictions face à l’argumentation ? Je ne crois pas. Pour moi, la véritable peur dans un dialogue se trouve plus loin que la simple disparition de nos certitudes : celle de devoir réaliser que, par nos paroles ou par nos gestes, nous avons commis une erreur, car cela apporterait aussitôt un sentiment de honte plus ou moins important selon la gravité de cette erreur, blessant ainsi notre égo. Notez que j’ai bien dit « réaliser » notre erreur, et non pas l’admettre publiquement devant une autre personne, car rien que le fait de s’apercevoir d’une erreur est déjà un sérieux coup que nous donnons à notre égo. Mais ce n’est qu’en admettant nos erreurs avec Sincérité que nous pouvons renforcer notre Honneur et celui des communautés auxquelles les gens nous associent, au détriment de notre égo personnel. C’est ainsi que les personnes orgueilleuses sont très souvent de mauvaise foi et ne peuvent pas permettre un véritable dialogue enrichissant.

 

Pourtant nous ne pouvons pas grandir spirituellement ni même espérer participer à l’évolution de notre société sans l’écoute des autres, une chose que l’écrivain essayiste irlandais George Bernard Shaw avait très bien compris lorsqu’il disait que « Le progrès est impossible sans changement, et ceux qui ne peuvent jamais changer d’avis ne peuvent ni changer le monde ni se changer eux-mêmes ». Comme je l’ai expliqué dans mes précédents articles, lorsque nous sommes jeunes et que nous devons être éduqués, nous devons écouter les maîtres car nous leur devons le Respect qui est dû aux plus expérimentés que nous. Mais aujourd’hui les enfants apprennent de plus en plus tôt à contester l’autorité des adultes, voir à développer une totale indépendance de pensée qui les rend hermétiques au dialogue éducatif et à toute forme d’enseignement. Et même ceux qui écoutent les maîtres dans leurs plus jeunes années ont tendance à remettre en cause la supériorité intellectuelle et culturelle de leurs éducateurs au fur et à mesure qu’ils accumulent du savoir et de l’expérience. La philosophie est d’ailleurs le domaine où c’est le plus facile de contester les éducateurs, étant donné que cette discipline permet l’existence d’absolument tous les modes de pensée, même les plus stupides. De ce fait, notre écoute envers les éducateurs se met à diminuer et, afin de protéger notre égo, nous diminuons d’autant plus notre écoute  envers le reste des gens qui sont, dans notre esprit, inférieurs aux éducateurs que nous n’écoutons déjà plus.

 

Ecouter, c’est d’abord accepter la contradiction ou tout du moins la différence d’opinion. L’écoute doit servir de temporisation au jugement qui, s’il est fait trop rapidement, peut fausser notre interprétation des paroles de l’autre et donc nous mettre dans l’erreur quant à ce qu’il pense. Car il faut également reconnaître que toutes les pensées ne sont pas faciles à exprimer, et que même des idées qui peuvent sembler simples et compréhensibles dans l’esprit du penseur le deviennent moins dès que celui-ci cherche les mots pour exprimer ces pensées. Sur ce point, nous rejoignons d’ailleurs la problématique abordée dans l’article sur la Raison au sujet de la divergence de raisonnement des gens, que ce soit entre les communautés ou au sein d’une même communauté.

 

D’un point de vue personnel, je pense que la lecture est un excellent outil pour ouvrir son esprit aux pensées extérieures, car au travers de cette activité nous écoutons sans cesse les mots que nous lisons à l’intérieur de notre tête et nous invitons en nous les idées que véhiculent ces mêmes mots. Toutefois je ne parle pas ici de lecture d’ouvrages de fiction dans lesquels nous suivons la progression d’une histoire imaginaire pour nous évader momentanément de la réalité, ni de livres éducatifs renfermant principalement des informations brutes et plus ou moins irréfutables. Ce sont les livres philosophiques, politiques ou d’essai qui nous apprennent le plus à écouter intérieurement les avis argumentés d’autres personnes alors qu’il est extrêmement facile de « stopper la discussion » puisqu’il suffit de refermer le livre. A titre personnel, je peux témoigner que mon éveil spirituel a réellement commencé à partir du moment où j’ai cessé de lire des fictions pour passer à des ouvrages plus idéologiques tels que Bushido, l’âme du Japon de Izano Nitobe, Le Pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle, ou encore le très enrichissant rapport de La Grande Implosion de Pierre Thuillier. Depuis, je fais beaucoup plus attention à ce que disent les gens autour de moi et je prends le temps d’analyser ce qu’ils me disent, même si leurs paroles ne sont pas toujours aussi sophistiquées que je le souhaiterais.

 

Cependant, dans la définition de ma Voie, porter de l’attention aux dires des autres n’est que la partie la plus évidente de l’Ecoute. En effet, pour beaucoup de gens, l’harmonie se limite uniquement aux autres êtres humains que nous rencontrons, mais ce faisant ils négligent tout le reste de leur environnement. Nous revenons ici à ce que j’ai présenté comme l’état de « supra-sensorialité » dans mon article sur l’Amour, et qui me permet de ressentir plus intensément et plus précisément ce que ressent mon corps à chaque instant. Il est dit que les aveugles et autres non-voyants ont tendance à développer des facultés sensorielles considérées comme largement au-dessus de la normalité, cependant ils n’en restent pas moins des êtres humains parfaitement normaux. De ce point de vue on peut dire que n’importe qui peut accéder aux mêmes facultés s’il possède suffisamment de volonté mais surtout aussi suffisamment de capacité d’Ecoute.

 

Avant tout il est impératif de comprendre que nous sommes actuellement dans une société essentiellement audio-visuelle, ce qui signifie que la très grande majorité de nos activités nous obligent à nous concentrer sur ce que nous voyons et entendons, négligeant ainsi les trois autres sens (le goût, l’odorat et le toucher). Notons toutefois que dans le télévisuel actuel, l’image est très grandement privilégiée par rapport au son puisque, alors que l’on développe continuellement des écrans de plus en plus perfectionnés, le format informatique sonore reste globalement très pauvre. Ce règne absolu de l’image participe à la dégradation lente de nos autres facultés sensorielles, ce qui au final nous fait perdre pied avec la réalité en nous obligeant à nous concentrez uniquement sur des images qui ne font pas partie de notre environnement immédiat.  J’ai plusieurs fois eu l’occasion de ressentir le désagréable résultat d’un travail intense sur ordinateur ou de jeux vidéo pendant plusieurs heures sans interruption : il devient subitement très difficile de marcher jusqu’à ce que le corps redécouvre le sens de l’équilibre et de l’orientation propre à la réalité. C’est du moins le symptôme qui m’a le plus frappé, mais je suis certain qu’il en existe de très nombreux autres plus graves et plus inquiétants.

 

 Tout cela pour dire que, à mon sens, il est absolument nécessaire de cultiver chacun de nos cinq sens pour ressentir pleinement le monde qui nous entoure et pour l’apprécier à sa juste valeur. Nous devons apprendre à être aussi attentif avec chaque partie de notre corps, que ce soit nos yeux, nos oreilles, ou la moindre parcelle de peau qui délimite notre enveloppe charnelle. Ainsi, nous pouvons mieux nous connaître nous-mêmes et mieux connaître notre environnement, ce qui réduit nos erreurs de jugement lorsque cela est combiné avec les autres vertus que je vous présente à travers ces articles.

 

 

Prochain article : LA CULTURE

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 11:09

POLITESSE

 

 

« Celui dont la crainte et le respect sont conforme aux lois de la politesse éloigne de lui la honte »

Confucius

 

Pendant un certain temps après la rédaction de mes réflexions sur le Respect, je me suis posé la question « est-ce vraiment nécessaire de faire un article complet sur la politesse ? ». En effet, le Respect et la Politesse sont deux choses très étroitement liées de par le fait que la première est un état d’esprit qui amène plus ou moins inévitablement vers la deuxième. En quelque sorte, on peut dire que la politesse consiste en un comportement particulier né de pensées respectueuses envers quelqu’un ou quelque chose. C’est une conséquence directe et volontaire du Respect. Donc si l’on suit ce raisonnement, à partir du moment où nous savons faire preuve de respect, le plus dur serait déjà fait, n’est-ce pas ?


Malheureusement, la réalité n’est pas aussi simple dans notre monde actuel. Pour vous faire comprendre la difficulté que nous devons soulever ici, je vais prendre un exemple que j’aime beaucoup et qui est issu du livre Dune, de Franck Herbert. A un moment de cette histoire de science-fiction, un entretien se déroule entre la famille noble des Atréïdes originaire de Caladan, une planète aux vastes océans, et un chef du peuple indigène de Dune, qui est un monde totalement désertique où la pluie n’existe pas et encore moins les océans. Lors de cet entretien, le chef frémen crache par terre. Les Atréïdes réagissent aussitôt avec dégoût, pensant qu’il s’agit d’un geste d’offense, alors qu’en fait il s’agit d’une marque de très grand respect dans la culture frémen car l’homme fait don d’un peu de l’eau de son corps.


Comme nous venons de le voir au travers de cet exemple, la Politesse présente autant de formes différentes qu’il n’existe de séparations culturelles au sein de l’humanité, car elle découle directement de notre éducation culturelle à chacun. De ce fait, le communautarisme tend à multiplier la diversité des formes de politesse et rend d’autant plus difficile les relations entre des individus de communautés différentes. Les communautés les plus fermées ont d’ailleurs tendance à créer des codes plus ou moins complexes (et parfois même secrets) dans la manière de se saluer ou de s’adresser la parole pour limiter ou empêcher toute intrusion d’individus étrangers. Ce sont des différences qui sont utilisées par beaucoup pour se protéger et qui amènent à un sectarisme très dangereux lorsque cela est associé à de l’intolérance primaire.


A partir de là, il existe deux solutions : soit trouver des formes de politesses universelles qui conviennent à toutes les cultures, soit accepter nos différences culturelles et adapter notre comportement pour chaque interlocuteur. Personnellement, je pense que la première solution est totalement irréalisable à ce jour mais que, sur le long terme, il s’agit probablement de la meilleure possibilité en ce qui concerne l’évolution de notre société. La politesse nait donc du Respect mais doit être aidée par un sens profond de la Compréhension pour éviter les « incidents diplomatiques » du genre de celui des Atreïdes. Il est d’autant plus difficile de savoir comment se comporter face à une culture étrangère lorsqu’on en ignore les principes, et c’est ce qui provoque beaucoup des problèmes de société dans notre civilisation actuelle : les différentes cultures se sont mélangées bien plus vite qu’elles n’étaient capables de se comprendre, de s’apprécier et de se respecter mutuellement.


Je vais laisser ici l’aspect Compréhension pour plus tard, car un article complet lui sera accordé le temps venu. Pour en revenir plus précisément sur la Politesse, je souhaiterais faire remarquer que cette vertu présente un élément essentiel qui en fait un pilier extrêmement important de ma Voie : c’est la vertu qui, pour pouvoir être exprimée pleinement et le plus naturellement possible, nécessite de savoir effacer son égo en toute circonstance. Car l’égo ne cesse de nous hurler intérieurement que nous sommes meilleur ou plus important que les autres afin de justifier un comportement égoïste, et c’est en le faisant taire ou en n’y prenant plus attention que nous pouvons agir selon la plus grande politesse possible. Cet exercice est d’autant plus difficile que notre égo est grand, soit parce que nous présentons des qualités physiques ou mentales, soit parce que nous occupons une position importante dans la société. Il s’agit pourtant de l’épreuve qui, si elle est passée avec succès, nous fait gravir la plus grande et la plus importante marche vers la perfection morale. Le baron Goswin Joseph Augustin, homme politique et écrivain belge du 19ème siècle, disait d’ailleurs à ce sujet que « La beauté comme le talent, pour avoir toute sa perfection, a besoin que la politesse lui serve de verni ».


La Politesse est la clé des cœurs. Elle est la meilleure preuve de l’Eveil spirituel car cet éveil ne peut se faire que par l’effacement partiel ou total de l’égo, cette bête intérieure dont les orgueilleuses ambitions sont incompatibles avec la courtoisie sociale. Comme disait Montaigne, « La politesse coûte peu et achète tout », et ce concept est d’autant plus vrai dans un monde où cette vertu est d’une effarante rareté. Ceux parmi la population déçue des mœurs d’aujourd’hui, presque désespérés de recevoir un tant soit peu de civilité lorsque l’on s’adresse à eux, expriment généralement la plus grande reconnaissance envers les quelques personnes qui font preuve d’une telle noblesse d’âme. Et pour les sceptique je tiens à dire que ces mots ne proviennent nullement d’un espoir utopique ou d’une imagination naïve, mais de mes propres expériences personnelles : en de très nombreuse fois dans mon travail ou ailleurs, j’ai rencontré des gens qui ont été immensément ravis de rencontrer quelqu’un qui sache faire preuve de Respect, de Compréhension et de Politesse.


Malheureusement, tout comme la vraie Politesse est l’un des principaux piliers de ma Voie, son contraire en est l’un des pires ennemis. Car comme le dit si bien Jean-Jacques Rousseau, « Le plus malheureux effet de la politesse d’usage est d’enseigner l’art de se passer des vertus qu’elle imite. » Autrement dit, l’hypocrisie est le moyen parfait de dissimuler les pires immoralités derrière une image de façade plus ou moins respectable afin de faciliter les dissimulations, les mensonges et les trahisons. La chose malheureuse ici est qu’il n’existe aucune arme parfaite contre l’hypocrisie, aucun remède miracle, aucun outil révélateur capable de nous prémunir de ceux qui en font usage pour les forcer d’une manière ou d’une autre à changer. Ceux qui ont lu mon article sur la Loyauté savent à quel point j’exècre les traitres, dont l’hypocrisie et la dissimulation sont les deux meilleures protections dans leur ignoble arsenal. Ce sont des lâches, des profiteurs et des parasites qui exploitent les autres avec une politesse de façade pour mieux servir leurs intérêts ou ceux des individus dont ils dépendent. A défaut de pouvoir se prémunir d’eux, il faut savoir appliquer des sanctions les plus sévères dans la limite des moyens dont nous disposons en tant que simples citoyens, de manière à faire des exemples et montrer notre refus de ce vice parmi les plus honteux.


La Politesse véritable, lorsque l’on sait l’exprimer volontairement, est donc la plus évidente et la plus incontestable des marques de notre potentialité à l’Eveil. Elle est celle qui demande le plus grand sacrifice : celui de notre égo, de notre orgueil, de notre amour-propre. Cela consiste à ne plus nous considérer comme le centre du monde, à ne plus voir les autres comme des êtres inférieurs, et à ne pas chercher par tous les moyens à satisfaire d’abord notre plaisir personnel. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, les gens ne sont polis que pour trois raisons : soit par obligation (par exemple les vendeurs de magasins qui doivent parfois supporter des clients imbuvables), soit parce qu’ils attendent ou espèrent quelque chose en échange (la pseudo-séduction d’une certaine partie de la population masculine actuelle doit être une assez bonne illustration), soit pour se protéger d’attaques physiques ou morales. Bien que ce soit des raisons parfaitement compréhensibles dans le monde d’aujourd’hui, elles n’en deviennent pas pour autant des raisons acceptables et encore moins respectables. La politesse ne devrait pas être forcée, mais naturelle.


Cette vertu ne peut atteindre sa dimension réellement bénéfique et puissante qu’à partir du moment où elle n’est plus réfléchie ou calculée vis-à-vis d’un éventuel bénéfice personnel, et qu’au contraire elle devient un réflexe comportemental permanent appliqué en toute occasion selon notre définition de la Justice. A l’inverse du Courage qui demande souvent d’accomplir des actions difficiles, souvent épuisantes et parfois à la vue d’un grand nombre de personnes, la Politesse s’exprime avant tout dans des gestes ou des paroles très simples s’intégrant parfaitement dans la vie de tous les jours. Laisser une place assise à une personne âgée, faire attention au volume de sa voix lorsqu’on répond à un appel dans un lieu publique, aider quelqu’un qui peine à accomplir une tâche, s’adresser aux gens de manière courtoise et posée… les exemples sont extrêmement nombreux.


Mais aucun de ces gestes ne peuvent être accomplis par véritable politesse s’ils ne sont pas accompagnés de la marque la plus sincère de cette vertu spirituelle : le sourire. Pour ceux qui craignent que les gens se méprennent sur la signification de ce sourire et n’y voit une marque d’ironie, de mépris ou d’autre sentiment malsain, je leur propose de s’exercer dans la glace en faisant particulièrement attention à leur regard. Si vous parvenez à afficher un vrai sourire de politesse, franc et entier, un sourire de gentillesse profonde et de bienveillance universelle, vous constaterez que votre regard ne peut en aucun cas être pris pour autre chose. Ce regard, cette attitude, ce rayonnement de votre âme, tout cela vous apporte une dignité et une grandeur qui ne peut être contestée, en dehors des aveugles, que par les individus de mauvaise foi ou par certains de ceux qui n’ont jamais connu la politesse et qui sont donc effrayés par elle. Reste à savoir si cet état d’esprit pourra être changé un jour lorsque cette vertu aura suffisamment réapparu dans la vie de tous les jours.


Et avant de terminer cet article, je tiens à préciser que le prochain traitera d’une qualité qui est une forme de politesse particulièrement importante et utile dans nos relations avec les autres mais aussi dans notre cheminement vers l’éveille spirituel, ainsi que pour aider les autres à accomplir ce même éveille s’ils le souhaitent.

 

Prochain article : L’ECOUTE

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 22:58

 

 

dd8a74a24c89369a477fa70028edc231.jpgLe titre de cet article peut paraître surprenant pour certains, mais je pense que ceux qui pratiquent les arts martiaux orientaux traditionnels et/ou le zen comprendront facilement le lien que je vais tenter d’établir ici. Pour dire vrai, je ne m’intéresse à ce sujet que depuis très peu car en cherchant à augmenter ma sérénité, mon calme et ma patience, j’ai voulu en savoir plus sur la pratique du zen. Mon père m’a alors conseillé un livre en sa possession : Zen & arts martiaux, écrit au travers d’entretiens avec le maître zen Taisen Deshimaru (décédé en 1982). Pour ceux qui s’intéressent à l’un ou à l’autre des deux sujets, je vous conseille très vivement cet ouvrage car il n’est pas très long et vous donne une vision posée et limpide sur la manière d’utiliser le zen dans nos actions, que ce soit dans le combat ou dans la vie de tous les jours. C’est suite à la lecture de ce livre et à une longue analyse personnelle que m’est apparu l’intéressant parallèle dont je souhaite vous parler dans cet article.

 

Alors pour la petite anecdote, le mot « zen » est le terme qui a été retenu par la civilisation occidentale pour diverses raisons littéraires et culturelles, le vrai mot utilisé par les orientaux pour désigner cette attitude étant Do. Il s’agit du même Do utilisé dans les noms tels que le kendo, le judo, l’Aikido et le Kyudo (tir à l’arc) ou encore Bushido, car à chaque fois il signifie en japonais « la Voie, la méthode, l’enseignement pour comprendre parfaitement la nature de son propre esprit et de son Moi ». C’est une philosophie de vie qui doit être exprimé en chaque instant, ce qui rejoint en quelque sorte ce que je présente au travers des articles que je poste à propos de ma propre Voie.

 

Maintenant rentrons dans le vif du sujet. Aussi original et intéressant que puisse être le concept des jedis dans l’univers de Star Wars, il faut se rendre à l’évidence que George Lucas a très peu inventé sur ce sujet. En effet, le combat éternel entre les chevaliers jedis et les siths, entre le côté « lumineux » (désolé je n’ai pas de terme officiel) et le côté obscure de la Force, n’est finalement qu’une représentation légèrement mystique et futuriste de deux écoles d’arts martiaux. J’aurais même tendance à dire qu’il représente plutôt l’opposition entre la conception orientale des arts martiaux et la conception occidentale de ces mêmes arts, mais n’allons pas trop vite. Commençons par introduire quelques concepts de base très importants avant d’entrer dans la comparaison elle-même. Par contre, ne considérez surtout pas cela comme un cours accéléré car je ne suis absolument pas maître en la matière.

 

Tout d’abord, il faut savoir que dans des arts martiaux tels qu’ils étaient enseignés au japon, la valeur d’un combattant se mesurait selon trois critères : Taï (le Corps), Wasa (la Technique), et Shin (l’Esprit).

Taï englobe toutes les aptitudes physiques pures telles que la puissance musculaire, l’endurance ou la résistance à la douleur. Il se cultive par l’entraînement purement physique sans faire intervenir les méthodes de combat. La musculation, la course, le massage, et bien d’autres choses permettent de cultiver le corps pour en faire l’outil principal du combat, car c’est lui qui devra accomplir le geste avec force et/ou rapidité et/ou précision.

Wasa regroupe l’ensemble des connaissances de l’individu sur les mouvements propres au style de combat qu’il pratique, impliquant les geste d’attaque, de défense, de parade, de feinte, d’enchaînement et bien d’autres. Ces techniques s’apprennent non pas au travers du combat, mais par la longue répétition de séries de mouvement sans la présence d’un adversaire. Dans de nombreux films d’arts martiaux, on voit des combattants accomplir des enchaînements de gestes, des successions d’attaques et de postures : on appelle cela des katas, et ils constituent la base de l’enseignement des techniques de combat. Nous y reviendrons un peu plus tard.

Shin représente l’intuition, l’action inconsciente, la maîtrise de soi. Il est cultivé par le zazen (la méditation zen) pour obtenir discipline, sagesse et sérénité afin que, dans un combat, l’égo et la peur soient endormis pour laisser l’intuition diriger notre corps.

 

Au début du livre Zen & arts martiaux, il est question de savoir quel aspect est le plus important : le Corps, la Technique ou l’Esprit ? De manière générale, il est admis qu’un Corps fort est inférieur face une Technique forte car, comme on le dit si facilement, « sans maîtrise la puissance n’est rien ». Mais la Technique est-elle supérieure à l’Esprit ? Un combattant possédant un nombre infiniment plus grand de techniques de combat est-il meilleur qu’un combattant ayant accompli la parfaite maîtrise de soi ? C’est là que se créent deux écoles divergentes avec d’un côté celle qui estime que l’Esprit est aussi important que la Technique, et de l’autre celle qui pense que la Technique est plus importante. Alors, sans vouloir intentionnellement classer ces deux écoles d’après les notions de bien et de mal, nous allons voir que cette différence de vision des arts martiaux peut être, d’une certaine manière, comparée à la différence d’utilisation de la Force entre les chevaliers jedis et les guerriers siths.

 

Mais revenons un instant sur les katas brièvement évoqués dans notre description du wasa. En japonais, le mot kata signifie « forme », car il consiste à reproduire avec notre propre corps des postures qui sont le plus souvent dessinées et qui représentent des techniques éprouvées par les maîtres, d’où leur importance dans le wasa. Selon que l’on est d’une école ou d’une autre, les enchaînements des katas sont exécutés soit rapidement, soi lentement : ceux qui trouvent l’Esprit inutile exécutent les gestes rapidement car ils s’entraînent à les réaliser comme s’ils étaient en situation de combat, tandis que ceux qui le considèrent comme important effectuent ces mêmes gestes plus lentement pour laisser le Corps et l’Esprit s’en imprégner. Quel est l'intérêt de le faire lentement ? Et bien pour que, lors d’un vrai combat, sans que l’on ait besoin de réfléchir, ce soit l’Esprit inconscient qui guide le Corps pour accomplir le bon geste au bon moment en saisissant l’occasion, l’opportunité, que l’on nomme suki en japonais.

 

474idsicPour vous donner un exemple culturel moderne, dans le film Le dernier samouraï (2003) le personnage occidental joué par Tom Cruise souhaite apprendre le maniement de l’épée, mais il se fait constamment battre par son entraîneur jusqu’à ce que le jeune guerrier qui l’héberge lui explique pourquoi au travers d’une simple phrase : « Too many mind » (en français : « trop de pensées »). L’occidental comprend alors que, dans le maniement de l’épée, il ne faut pas réfléchir mais laisser l’intuition guider notre corps, car sinon cela crée un temps d’attente que l’adversaire peut mettre à profit pour nous pourfendre (d’autant que, contrairement à ce que l’on voit dans les films, la plupart des combats entre sabreurs se jouaient en un ou deux coups, rarement plus). Ce concept est visible principalement dans la scène où le même personnage de Tom Cruise, ayant maîtriser l’art du sabre, fait face à une demi-douzaine d’épéistes : d’abord il vide son esprit, se mets en position, puis pendant tout le combat il laisse son intuition guider son corps en choisissant les techniques les mieux adaptées à chaque instant, et ce n’est qu’une fois le combat fini, lorsque sa conscience reprend le dessus, qu’il revoit dans son esprit les mouvements qu’il a accompli. Cette scène représente assez bien ce que dit Deshimaru lorsqu’il explique qu’un maître du combat peut vaincre une douzaine d’adversaires sans difficulté s’il laisse son esprit le guider : « C’est ce que l’on voit dans les films japonais. Pour les Européens, cela a l’air impossible. En fait, ce n’est pas du théâtre. Car dix personnes ne peuvent pas toutes attaquer la même personne en même temps, elles viennent l’une après l’autre. Quand un maître de judo est attaqué successivement par dix élèves, son esprit change rapidement et se concentre vite sur chaque nouvel adversaire ».

 

Et maintenant, après cette longue mais nécessaire introduction aux arts martiaux, venons-en aux jedis et à leurs adversaires siths. Quelle est la différence fondamentale entre eux ? Ils utilisent tous deux la Force, mais cette Force n’est ni bonne ni mauvaise en elle-même, c’est l’usage que chacun en fait qui détermine son alignement. Alors qu’est-ce que c’est ? Et bien pour faire simple, les jedis et les siths se différentient principalement dans la manière dont ils parviennent à maîtriser la Force : les premiers le font par la méditation tandis que les autres utilisent la colère et la haine. Or, à quoi sert le zen dans les arts martiaux ? A faire le vide pour laisser notre corps être dirigé par notre esprit inconscient, mais pourquoi est-ce aussi important ? Parce que dès que nous réfléchissons en utilisant notre cerveau frontal, non seulement nous perdons du temps à réfléchir alors que le cerveau profond (l’intuition) peut réagir plus vite, mais surtout nous ouvrons ainsi une porte par laquelle les émotions et en particulier la Peur peut nous envahir.

 

yodaJustement, lors de son entraînement sur Dagobah dans l’Empire contre-attaque (1980),  Luke Skywalker doit descendre dans une grotte pour y affronter sa peur. Car quand il demande à Yoda ce qu’il y a dedans, celui-ci répond « Seulement ce que tu y apportes », mais Luke échoue à cette épreuve car il répond à sa peur en tentant de la détruire physiquement alors que c’est à l’intérieur de lui-même qu’il doit la combattre. C’est la première étape de la maîtrise de soi dans le cadre des arts martiaux et que Deshimaru explique très bien de la façon suivante : « tous les samouraïs et les Maïtres japonais savaient qu’avant d’être digne de tuer quelqu’un, il leur fallait d’abord savoir se tuer soi-même : avec l’épée, ils apprenaient non seulement à trancher l’adversaire, mais surtout à trancher leur propre conscience. S’ils ne pouvaient le faire, ils ne réussissaient pas à gagner ». En clair, si vous laissez la peur contrôler votre Esprit, vous hésitez, et par votre hésitation vous perdez le contrôle de votre Corps et c’est ainsi que vous échouez. Dans le même film, on voit d’ailleurs Luke tenter de sortir son chasseur X-Wing des marécages en utilisant la force et échouer. Puis, lorsque Yoda le fait à sa place, le jeune apprenti dit qu’il n’arrive pas à y croire et c’est là que Yoda explique « Voilà pourquoi tu échoue ». Il ne croyait pas en la Force et surtout il ne croyait pas en lui-même, donc il hésitait. Dans le film suivant, Le retour du Jedi (1983) on voit le même Luke complètement transformé, marchant sans peur dans le repère de Jabba le Hutt, car il a terminé sa formation et possède la maîtrise de soi.

 

Les jedis doivent faire preuve d’une concentration absolue et ne pas laisser la peur ou d'autres émotions violentes les envahir afin de garder le contrôle de la Force, ce qui rejoint le principe de la méditation zen pour atteindre la maîtrise spirituelle de soi. Dans la célèbre phrase de Yoda « fais-le… ou ne le fais pas, mais il n’y a pas d’essai » (que mon père m’a sortie des centaines de fois sans que j’en comprenne réellement le sens) le vieux maître jedi cherche à montrer que chaque action doit être accomplie comme si notre vie était en jeu. Car si nous ne considérons pas un acte comme étant important, même vital, nous acceptons quelque part dans notre esprit la possibilité d’échouer, ce qui nous empêche d’utiliser toutes nos forces dans la réalisation de cet acte et nous fait finalement échouer. C’est l’autre enseignement très important du zen : agir en chaque instant comme si notre vie était en jeu pour rassembler toute notre énergie dans la dans chacun de nos gestes et dans chacune de nos pensées avec la plus grande discipline. On peut d'ailleurs facilement imaginer que le Ki, l'énergie spirituel de l'individu dans la culture orientale, est en quelque sorte l'un des meilleurs équivalent de la Force dans notre monde.

 

Mais alors qu’en est-il du côté obscure ? Lorsque, dans l’Empire contre-attaque, Luke Skywalker demande à Yoda si le côté obscure et le plus fort, celui-ci répond simplement « Non. Plus rapide, plus facile, plus séduisant ». Alors quel est le secret des siths ? Comment maîtrisent-ils la Force plus rapidement et plus facilement que les jedis sans utiliser la méditation. La réponse est donnée par Yoda dans la même scène un peu plus tôt : « La colère, la peur, l'agression forment le côté obscur de la Force ». Pour les siths, la peur fait partie intégrante de leur mode de pensée, car ils l’utilisent pour pousser leur égo à toujours se surpasser et ainsi devenir plus forts, plus puissants. Ils sont en permanence guidés par un esprit de compétition égocentrique, si l’on peut dire, alors que la compétition est un concept totalement absent chez les jedis, tout comme la jalousie ou même simplement le désir. Les apprentis siths ne vivent que dans l’ambition de vaincre leur maître, et ce n’est pas pour rien que l’Ordre des sith a été détruit par Darth Bane pour en refonder immédiatement un nouveau en imposant la fameuse Règle des Deux : « Deux ils doivent être. Ni plus, ni moins. Un pour incarner le pouvoir, l'autre pour l'implorer ». En effet, auparavant lorsqu’un maître possédait plusieurs disciples, même s’ils étaient beaucoup moins forts ces derniers pouvaient s’allier momentanément pour le vaincre, et les siths devenaient alors de plus en plus faibles à chaque génération. En imposant la règle des deux, l’apprenti unique doit obligatoirement être plus fort que son maître pour pouvoir le vaincre, et les siths gagnent alors progressivement en puissance.

 

La colère et l’agression sont également très importantes pour le côté obscure dans un combat, car ces sentiments permettent de museler la réflexion pour laisser plutôt agir l’intuition instinctive. Par la fureur, on « by-pass » (on court-circuite) la phase de réflexion pour obtenir la même absence de peur qu’avec la méditation zen. C’est en cela que le côté obscure est plus rapide et plus facile, car au lieu de s’entraîner longuement et continuellement à la maîtrise de soi, on laisse simplement s’exprimer sa rage intérieure pour agir instinctivement et pour employer toutes ses forces dans la bataille. Sur la notion de ne pas se laisser envahir par la peur, Deshimaru parle d'ailleurs d’un entraînement qu’aurait donné le célèbre épéiste Miyamoto Musashi à un disciple samouraï : après un long entraînement physique accompli en remplissant de nombreuses et éprouvantes tâches quotidiennes, il l’obligea à s'entraîner pendant un an à marcher sur le bord extrême du tatami de son dojo (le lieu d’entraînement), puis il le mena dans la montagne là où se trouvait une poutre de bois traversant un ravin d’une profondeur inouïe, terrifiante. Le disciple hésita devant le précipice jusqu’à ce qu’un aveugle vint à passer et à traverser sans hésitation sans tenir compte de la présence des deux hommes. Le disciple comprit alors que l’épreuve finale était d’utiliser dans une situation de danger mortel le même mouvement de déplacement qu’il avait perfectionné sur le tatami où il ne risquait absolument rien. A cette histoire on pourrait ajouter l’image d’un homme qui, voyant son ennemi juré de l’autre côté du ravin, enjambe l’obstacle sans réfléchir par la seule force de sa fureur.

 

Maintenant, je pense que vous avez compris le parallèle entre les jedis, les siths, et les deux écoles d’apprentissage des arts martiaux. Je finirai simplement sur cette citation du maître Deshimaru qui résume assez bien le concept que je cherche à vous transmettre ici : « Dans les tournois modernes, on ne lutte pas pour sa vie ou pour sa mort, mais pour gagner des points : force de corps et de la technique suffisent alors. Dans les temps anciens, il en était tout autrement puisque la vie se trouvait en jeu : alors l’intuition décidait de tout, en dernier ressort. Aujourd’hui, on devrait retrouver cela ; dans chaque combat, faire comme si la vie se trouvait engagée, même avec des sabres de bois. Alors, les Arts martiaux retrouveraient leur vraie place : la pratique de la Voie. Sinon ce n’est qu’un jeu… ».

 

JediSithCodes

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 18:12

RESPECT

 

 

« Le respect comporte l’estime de soi-même autant que le sentiment de la dignité d’autrui. »

Lucien Arréat

 

 

Nous abordons ici une notion qui, paradoxalement, est extrêmement employée dans notre société et qui est considérée comme assez simple à exprimer mais que bien peu de personnes présentent réellement. Le respect est une condition sine qua non de l’entente entre les gens, car le manque de respect est déjà une agression en lui-même, et à partir du moment où il y a agression il ne peut pas y avoir d’entente et encore moins de dialogue. Mais le respect tel qu’il est exprimé aujourd’hui en règle général est très éloigné de sa notion véritable, se rapprochant plus de celle de tolérance : plutôt que de montrer du respect à quelqu’un, on se montre moins agressif envers lui et on affiche face à son comportement une tolérance plus ou moins crédible, plus ou moins hypocrite, et derrière laquelle s’accumule progressivement nos mauvaises pensées. Notons d’ailleurs au passage que, contrairement à la notion de respect, celle de tolérance n’est en aucun cas incompatible avec celle de mépris qui ne fait que rajouter plus de mauvais sentiments dans les rapports humains. De ce fait, les gens ont de plus en plus de mal à exprimer un vrai respect plein et entier envers quoi que ce soit qui ne fait pas partie de leur sphère personnelle, même s’il s’agit de quelque chose de parfaitement justifié et honorable. Pourtant, comme le disait Goethe en son temps, « La tolérance ne devrait être qu’un état transitoire : elle doit mener au respect ».


En effet, le respect d’une personne envers une autre se gagne généralement avec le temps, cependant il existe des formes de respect qui devraient être systématiques mais qui ne le sont plus : le respect des aînés, le respect des parents, le respect des anciens et le respect des maîtres. Mais quel est le point commun entre toutes ces formes ? C’est qu’elles sont exprimées envers des personnes qui sont plus âgées que nous, et donc qui possèdent plus d’expérience que nous. Remarquez que je n’ai pas parlé du respect dû à un supérieur hiérarchique car celui-ci peut être plus jeune que nous dans certaines circonstances, toutefois même là ce respect est parfois justifié et peut donc exister à côté des formes présentées précédemment. En toute logique, si l’on regarde bien ce que nous venons de voir, la période de la vie où nous devons présenter le plus de respect est l’enfance, que ce soit envers nos parents ou envers nos enseignants ou toute autre personne adulte que nous rencontrons. Je vous laisse juger par vous-même si c’est le cas de la jeunesse française en général.


Aujourd’hui dans notre société, chaque geste, chaque discussion, chaque échange de regard est un combat spirituel où nos égos mutuels s’affrontent dans une sorte de lutte pour la survie ou pour la domination sur la meute. Car en général les hommes, quelle que soit leur classe sociale, veulent être le mâle dominant de leur petite meute personnelle, et j’imagine qu’il doit exister un phénomène similaire chez les femmes mais que je ne me risquerai pas à analyser ici. On pourrait donc d’une certaine manière comparer la vie de tous les jours à un champ de bataille spirituel,  et par conséquent je pense que nous pouvons appliquer ici les célèbres paroles du grand stratège chinois Sun Tse : « Connais ton adversaire et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent combat à soutenir cent fois, vous serez victorieux. Si tu ignores ton adversaire et que tu te connais toi-même, les chances de perdre et de gagner son égales. Si tu ignores à la fois ton adversaire et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. » Dans notre présente étude des relations humaines, se connaître soi-même revient en quelque sorte à se respecter de soi-même afin de s’accepter tel que l’on est, et le fait de connaître l’autre revient à le respecter malgré ses différences pour l’aider à avoir une meilleure opinion de nous. Une fois ces deux conditions remplies, le véritable échange social peut commencer.


Ainsi donc, comme pour la Confiance traitée précédemment, commençons par les bases avec le respect de soi-même, que l’on peut également appeler l’estime de soi. Car en effet il est totalement illogique d’exiger de quelqu’un qu’il nous apprécie si nous ne nous apprécions pas nous-mêmes, vu que dans une telle situation nous ne saurions même pas pourquoi quelqu’un d’autre pourrait nous apprécier. Cela demande une certaine honnêteté et un effacement de l’égo devant l’autocritique, ce qui n’est pas toujours facile et plusieurs éléments parmi les plus sombres de notre personnalité peuvent rester dissimuler en offrant d’innombrables petits défauts en pâture à ce jugement interne. Il faut donc faire cela en plusieurs séances d’introspection, éventuellement avec l’aide d’un véritable ami pour vous donner un point de vue extérieur et faciliter la traque de vos défauts les plus subtiles. D’une certaine manière, la confiance en soi et l’estime de soi sont deux choses intimement liées car il est très difficile de posséder la première sans présenter d’abord la seconde, vu que, pour être sûr de ses propres compétences, il faut d’abord les avoir acceptées en premier lieu. Cela implique donc d’abord de se connaître intimement, d’accepter ses bons et ses mauvais côtés, ses forces et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts, pour ensuite déterminer si l’image finale que nous avons de nous-mêmes est bonne selon nos critères personnels. Le principal problème de ce procédé, c’est que si les critères personnels d’un individu sont déjà corrompus alors il se confortera dans son opinion de l’idéal de vie et deviendra un peu plus perdu sur le mauvais chemin, rendant son retour à la raison d’autant plus difficile voire même impossible. Quoi qu’il en soit, pour un individu raisonnable et sain d’esprit, le simple fait de se respecter soi-même est une étape essentielle pour survivre dans notre société actuelle.


Suivant le même parallèle du précepte ancestral de Sun Tse, l’étape suivante de notre stratégie de l’échange social est de savoir respecter les autres, non pas pour lui imposer nos idées et notre mode de pensée, mais pour assurer un échange courtois où ce sont les meilleures idées qui sont valorisées et non pas celles qui sont lancées avec le plus de force. Là encore, notre situation sociale actuelle étant ce qu’elle est, il est souvent essentiel de savoir faire le premier pas et à maintenir notre position le temps que la personne en face réalise que nous sommes sincères. Cette étape permet de faire disparaître les tensions et de faciliter l’échange autant que la compréhension, car comme le disait Molière, « On voit l’ardeur dont une âme est saisie bien mieux dans le respect que dans la jalousie ». En effet, l’un des aspects les plus viciés par lesquels peut s’exprimer l’égo n’est autre que la jalousie, qui est intimement lié à l’envie que j’ai précédemment opposée à l’Amour dans l’article concerné. Par le même mécanisme, la jalousie n’est souvent qu’une pulsion primitive qui nous rend étroits d’esprit en focalisant nos pensées sur l’objet de notre convoitise, et les personnes non éveillées ont alors tendance à vouloir assouvir cette jalousie par des moyens peu respectueux et donc peu respectables.


Il y a une cependant réplique de l’acteur Louis De Funès dans le film Les bons vivants (1965), de Gilles Grangier et avec des dialogues de Michèle Audiard, qui me fait très peur à ce sujet : « Les gens parfaits sont des emmerdeurs ». Or, le sens de cette phrase ne se trouve pas dans le premier degré, car il est illogique que des gens parfaits soient emmerdants par eux-mêmes puisqu’ils sont respectueux envers les autres. Non, la vérité derrière cette phrase est que le commun des mortels ne supporte pas les gens parfaits, car en les côtoyant ils réalisent à quel point ils n’évoluent pas dans les mêmes sphères spirituelles et au final ils ont l’impression d’être vus de haut avec mépris. Mais le révérant Jesse Jackson disait justement à ce sujet : « Ne regardez jamais quiconque de haut, sauf si c’est pour l’aider à s’élever », un enseignement que les gens « ordinaires » considèrent souvent comme impossible à trouver chez qui que ce soit, à l’exception éventuellement des saints religieux des temps anciens. Il faudra probablement des années (voir même des décennies) d’intense respect de certaines personnes envers les autres pour faire peut-être changer cet état d’esprit, car plus le temps passe et plus j’ai l’impression qu’il est quasiment impossible de changer certains modes de pensée de notre population.


Je me prends cependant à espérer que Goethe avait raison lorsqu’il disait que « Si vous traitez un individu comme il est, il restera ce qu’il est. Mais si vous le traitez comme s’il était ce qu’il doit et peut devenir, alors il deviendra ce qu’il doit et peut être  ». Ce procédé est très facilement applicable pour les pires principes imaginables comme l’esclavage, le machisme et d’autres modes de pensée tyranniques, mais c’est extrêmement plus compliqué pour ce qui concerne les bons sentiments et l’élévation de la personne sur le plan spirituel. De ce fait, l’Education est très fortement concernée par ce problème, car le respect entre l’élève et le maître est une porte par laquelle peut passer l’enseignement beaucoup plus facilement que tous les autres moyens connus.  C’est un effort qui doit être fait par tous à tout moment, donc avant de reprocher  quelqu’un qu’il vous manque de respect, demandez-vous d’abord si vous lui avez montré le moindre signe d’estime.


Par contre, le respect ne s’applique pas forcément à tout. En effet, il existe des choses qui ne sont dignes d’aucun respect pour des raisons de morale et de justice, des choses qui doivent absolument être condamnées dans nos esprits et dans nos actes car le simple fait de ne pas les réprimer sert à justifier leur existence. C’est là que, encore une fois, intervient notre sens de la Justice. Si vous avez lu l’ensemble des articles précédents, vous avez pu vous rendre compte à quel point cette vertu influe sur de nombreux aspects de notre personnalité, et celui de Respect y est profondément lié car on ne peut pas respecter quelque chose que l’on considère comme injuste. Lorsqu’on ne peut pas le combattre d’une manière ou d’une autre, on peut tout juste le tolérer et, derrière cette tolérance, le haïr ou le mépriser. C’est un chemin très sombre et très dangereux car à partir du moment où on ne respecte plus rien, on se met progressivement à tout détester jusqu’à être totalement intolérant et, pour les cas les plus extrêmes, vouloir tout détruire autour de soi. C’est ainsi que l’on devient progressivement un agent du Chaos.


Le respect est l’un des aspects les plus humains de notre existence et c’est pourquoi nous devons le préserver. Tout comme l’honneur, un homme sans respect n’est plus un homme mais une bête sauvage qui agit uniquement dans son propre intérêt égocentrique, prenant tout ce que le monde mets à sa portée sans montrer en retour le moindre signe de gratitude ou de considération. Comme nous l’avons vu, il ne doit pas s’agir d’un comportement systématique devant tout et n’importe quoi, mais dans un monde idéal nous n’aurions pas besoin de nous demander quels aspects de nos vies méritent notre respect ou non. La première chose à reconnaître est que nous sommes nés dans un monde qui a été bâti par de nombreuses générations qui nous ont précédé et auxquelles nous devons être reconnaissantes, comme l’explique si bien ce proverbe chinois : « En buvant l’eau du puits, n’oubliez pas ceux qui l’ont creusé ». Ensuite nous devons réussir à nous montrer respectueux envers ceux de nos contemporains qui le méritent, en oubliant les principes de rivalités reproductives qui sont propres aux animaux.


Mais le respect n’est en réalité qu’un état d’esprit qui doit ensuite s’exprimer au travers d’actes et de paroles justes qui forment ce que nous appelons la Politesse, et qui sera l’objet du prochain article sur ma Voie.

 

 

Prochain article : LA POLITESSE

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 00:00

SPOIL ALERT

Le texte qui suit contient de nombreuses révélations à propos du film The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan, et fait appelle également aux deux films qui le précèdent dans la trilogie. Si vous n’avez pas vu un ou plusieurs de ces films, il est fortement conseillé de le faire avant de lire cet article.

 

 

Je m’écarte un instant des articles publiés jusqu’ici pour présenter une analyse quelque peu dérangeante, non pas à cause de sa complexité, mais du message qu’elle véhicule. Depuis que je me suis « éveillé », comme je le dis assez souvent autour de moi, je jette un nouveau regard sur beaucoup de choses et en particulier les œuvres de cinéma. Car au-delà de l’objectif financier pour faire marcher l’industrie du septième art, certains réalisateurs et scénaristes cherchent à en profiter pour faire passer des messages aux spectateurs ou en tout cas à faire réfléchir ces derniers sur des sujets plus ou moins précis. J’ai énormément été touché en revoyant Seven, de David Fincher, dans lequel je vois nettement une critique de la normalité : dans notre société actuelle, un péché ne serait plus un péché à partir du moment où tout le monde l’accomplit ou le tolère.  Dans Braveheart j’ai vu un avertissement à tous ceux qui souhaitent guider les gens de par leur seul charisme, même pour une juste cause, car s’ils sont suffisamment influents alors les personnes du pouvoir établi chercheront d’abord à se le mettre dans la poche et, s’ils n’y arrivent pas, ils le détruiront purement et simplement pour conserver leur propre pouvoir. Peut-être avons-nous eu un exemple en France avec notre très regretté Michel Colucci, mais je ne souhaite pas lancer de polémique à ce sujet. Cette introduction était nécessaire pour entrer dans le vif de mon exposé, et qui concerne le dernier film de Christopher Nolan, The Dark Knight Rises, ainsi que les deux autres films de la trilogie qu’il conclue. Avant de continuer, je précise que l’analyse qui va suivre est personnelle et n’engage que moi, mais je vous encourage vivement à vous faire votre propre opinion et à échanger sur ce sujet pour mieux en visualiser toute la portée.


Je pense qu’il faut être vraiment étroit d’esprit ou très superficiel pour ne pas voir que cette trilogie n’est pas uniquement une trilogie sur le héros de Batman, ni même une trilogie de simples films d’action ou de fantastique. Il y a quelque chose de plus profond que ça derrière ces images, quelque chose de palpable et de vivant. Vivant car nous sommes peut-être déjà en train de le vivre aujourd’hui, et je ne parle pas de la tuerie d’Aurora (Colorado) pour ceux qui réfléchiraient plus vite que leurs neurones, même s’il s’agit d’un acte aussi abominable qu’incompréhensible selon mon propre point de vue. Le véritable lien se situe par rapport à un mouvement nommé Occupy Wall Street, apparut en septembre 2011, et qui consiste en des manifestations de protestation le plus près possible des structures financières telles que les bourses ou les banques, mais cela dévie parfois vers les comités d’entreprise et même les universités. Selon leur point de vue, les spectateurs américains disent que Nolan soutient ou au contraire condamne les actions d’Occupy Wall Street au travers de son film, mais si l’on prend en compte le fait qu’il a écrit le scénario en 2008 on peut voir qu’il s’agit plutôt d’une coïncidence ou d’une anticipation incroyablement lucide. Personnellement je n’avais encore jamais entendu parler de ce mouvement avant de lire des critiques de des spectateurs sur The Dark Knight Rises, cependant c’est la découverte de cette réalité qui m’a fait comprendre toute l’urgence de notre situation. Mais laissons de côté ce mouvement contestataire et revenons plus en détail au film lui-même, ou plutôt à la trilogie car elle présente un schéma d’évolution de situation sociale (celle de la ville fictive de Gotham City) qu’il vaut mieux présenter ici dans l’ordre chronologique pour éviter toute confusion.

 

 

 



 

BATMAN BEGINS (2005) : LA NAISSANCE

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“I seek… the means to fight injustice. To turn fear… against those who prey on the fearful.”

(Bruce Wayne)

 

Le premier film, Batman Begins, débute avec une société en apparence semblable à la nôtre, mais en mettant l’accent sur les aspects sombres et malsains de notre civilisation : le crime, la pauvreté, le désespoir et la corruption pour n’en citer que quelques-uns. Il n’y a en apparence rien qui différencie Gotham City de n’importe quelle ville de taille similaire, le rapprochement le plus simple étant la ville de New York qui a d’ailleurs servi en grande partie pour le tournage du troisième film. L’environnement dans lequel se trouve le héros Bruce Wayne, avant qu’il ne disparaisse pour étudier les criminels, est sans aucun doute celui qui dans toute la trilogie se rapproche le plus du monde réel que nous connaissons. On peut donc imaginer ici que, jusqu’au moment où le héros découvre la Ligue des Ombres (et que nous la découvrons par la même occasion), nous sommes dans une représentation plus ou moins fidèle de notre réalité. Il s’agit d’une situation « normale ». Triste, noire, mais normale.


Devant cette première vision très sombre du reflet notre propre réalité, la Ligue des Ombres apparaît comme une réponse potentielle pour tenter de rendre ce monde meilleur.  Le cycle de destruction présenté par le personnage de Ra’s Al Ghul sert à purger l’humanité de ses vices en faisant tomber des empires se trouvant au sommet de leur décadence (Constantinople, Rome et Londres sont présentés en exemples). Mais même s’il s’agit d’une solution extrémiste que le héros et le spectateur refuse naturellement (du moins c’est ce que j’espère), nous ne pouvons pas ignorer le fait que ce genre d’organisation puisse exister réellement sous une forme ou sous une autre. Il y a donc là selon moi une sorte d’avertissement lancé à ceux qui participent à la décadence de la société, car cette décadence pourrait appeler un jour à l’apparition ou à la réapparition d’une force purificatrice qui frapperait de manière aussi puissante qu’inattendu. Bien entendu, le personnage de Ra’s Al Ghul et la Ligue des Ombres existait depuis bien longtemps dans les comics de Batman, mais le fait que Christopher Nolan ait choisi cet ennemi bien précis parmi tous ceux qui étaient à sa disposition (les fans pourront attester ici qu’il y en a un sacré paquet) est en soit un fait des plus importants pour montrer le besoin de « réalisme maximum » dans ce film tout en gardant le meilleur pour la suite.


Dans cette version de l’histoire de Batman, Bruce Wayne décide de devenir un super-héros (mais personnellement je préfère largement le terme anglais de vigilente) par réaction à cette vision extrémiste qu’il a vu chez la Ligue des Ombres. Il cherche alors à sauver l’âme même de Gotham City en combattant le crime avec des sentiments nobles et un code de l’honneur exemplaire pour inspirer les citoyens de la ville à devenir meilleurs ou pour les dissuader d’enfreindre la loi. On assiste donc à la naissance d’un défenseur ultime de la justice : fort, incorruptible, intolérant, et doté d’une détermination apparemment sans limite. Dès lors, à part quelques péripéties fâcheuses lorsqu’il doit refaire face à la Ligue des Ombres et à son produit psychotrope, la victoire d’un tel héros dans ce genre de situation devient plus ou moins certaine. En effet, ses ennemis ne sont pas préparés à affronter un tel adversaire car ils croyaient n’avoir qu’à utiliser les faiblesses de la société contre elle-même pour la faire s’effondrer. De ce fait, ils sont totalement dépassés et impuissants à mettre leur plan à exécution.


Lorsque ce premier film se termine, nous nous trouvons dans une situation de paix forcée, où la légende qui entoure le Batman constitue une puissante dissuasion contre le crime. Malheureusement, comme nous le montre le deuxième film, cette paix forcée ne peut être que temporaire et déboucher inévitablement sur une situation bien pire, une situation qui est déclenchée par un phénomène prophétisé inconsciemment par le commissaire Gordon dans la dernière scène de Batman Begins : l’escalade. Il explique dans cette scène que lorsque les forces de l’ordre utilisent des armes semi-automatiques les criminels achètent des armes automatiques, que lorsque les policiers portent du kevlar la mafia se paye des munitions perforantes, mais que par contre ils ne peuvent pas surmonter ou contrer le problème que présente le Batman car il est trop nettement au-dessus d’eux et totalement en-dehors de leurs méthodes d’action habituelles. Selon lui, il est impossible pour la mafia de continuer l’escalade maintenant que Gotham possède son chevalier noir, mais le destin va lui prouver le contraire.


 

 


 

 

THE DARK KNIGHT (2008): L’ESCALADE

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“Those mob fools want you gone so they can go back to the way things were.

But I know the truth: there’s no going back. You changed things… forever.”

(Joker)

 

La situation de départ de Gotham City dans ce second film semble relativement positive. De par son action, Bruce Wayne semble avoir réussi son pari : la mafia se fait beaucoup plus discrète, beaucoup de petits criminels sont terrorisés à l’idée de se retrouver face-à-face avec le Batman, et de nouvelles personnes aux vertus chevaleresque font leur apparition pour protéger la Justice. Il a réussi à encourager de nombreuses personnes à suivre son exemple, à s’inspirer de ses actions pour défendre la justice. Certains le font dans l’ombre, comme les imitateurs de Batman qu’on voit dans la scène du parking où apparaît également le docteur Jonathan Crane (l’Epouvantail du premier film), tandis que d’autres le font au grand jour comme le maire de la ville ou le procureur Harvey Dent.


Le personnage de Dent apparaît suite aux actions du Batman, donc il fait partie en lui-même de l’escalade dans le combat entre les forces de l’ordre et la mafia. Jusque-là, ces deux camps ne représentaient pas forcément le bien d’un côté et le mal de l’autre, mais simplement d’un côté les défenseurs d’un système et de l’autre ceux qui cherchent à le contourner ou à le changer à leur avantage. Je ne dis pas que les notions de bien et de mal sont complètement absentes dans cet affrontement, mais simplement qu’elles ne sont pas aussi clairement séparées qu’à partir du moment où intervient le personnage du Joker. Dès sa première apparition devant les dirigeants de la mafia, alors qu’on pense qu’il n’est qu’un fou, il montre très lucidement le ton du film : « Remontons les pendules d’un an : ces flics et ces avocats n’auraient jamais osé vous contrarier. Alors quoi ? Vous avez perdu vos couilles ? […] Je sais pourquoi vous faites vos petites… thérapies de groupe en plein jour. Je sais pourquoi vous avez peur de sortir la nuit : le Batman. Vous voyez, Batman a montré à Gotham votre vrai visage, malheureusement. Dent, ce n’est que le début. […] Si nous ne réglons pas cela maintenant, bientôt notre petit Gambol ci-présent ne pourra même plus donner un sou à sa grand-mère. » En quelques phrases, il montre que la situation est en train d’échapper au contrôle des mafieux car Batman les a présenté comme de véritables agents du mal, ou du moins de l’injustice, obligeant ainsi les plus courageux habitants de Gotham à combattre le crime pour finalement se présenter comme les défenseurs du bien.


Mais tout comme Bruce Wayne a refusé de voir sa ville tomber dans la corruption, la mafia refuse de voir ses bénéfices diminuer à cause de l’action d’un quelconque justicier masqué. Et tout comme Bruce Wayne a décidé de devenir le Batman pour rétablir une certaine justice à Gotham, les criminels vont se retrouvé dans un tel état de désespoir qu’ils font appel à un individu tout aussi dangereux pour tenter de reprendre le contrôle de la ville. On assiste donc à une radicalisation des deux camps : la pègre qui essayait seulement de tirer son épingle du jeu va devenir de plus en plus violente et donc mauvaise, tandis que les forces défendant l’ordre de la société vont par répercussion devenir de plus en plus idéalistes. Il y a une cassure nette et franche entre les deux partis, ce qui ne peut déboucher que sur la guerre totale, mais pendant un instant on entretient l’espoir que cela puisse être évité. La solution que présente le Joker au départ, à savoir tuer le Batman, constitue à faire redescendre l’escalade d’un cran pour rétablir une sorte d’équilibre des forces et éviter la guerre. Par la suite, le schéma d’attaque du Joker conserve une certaine retenue : il tue, certes, mais de manière ciblée, méthodique et intelligente, comme aurait pu le faire la mafia elle-même si elle en avait eu le courage. Il est important de voir que, durant toute cette première partie du film, nous n’avons pas encore assisté à la véritable escalade.


Ce n’est qu’après son premier affrontement réel contre Batman que le Joker cesse soudain d’être l’outil de la pègre pour suivre son propre but. Durant leur discussion dans la salle d’interrogatoire du commissariat, il explique bien que même si la pègre voudrait se débarrasser du Batman pour retourner au bon vieux temps, les choses ont été changées à jamais et aucun retour en arrière n’est possible. De plus, le Joker n’avait pas réalisé quel était son véritable potentiel chaotique jusqu’à ce qu’il ait besoin d’affronter Batman, et il trouve ce niveau d’affrontement tellement amusant qu’il souhaite le faire durer pour toujours. Il explique un peu plus ce changement d’objectif quelques scènes plus loin « Cette ville mérite une meilleure classe de criminels, et je vais la lui donner. […] J’ai eu une vision d’un monde sans Batman. La pègre faisaient de petits profits et la police essayait de l’arrêter un quartier à la fois. Et c’était tellement… ennuyeux. ». C’est à partir de ce moment que le Joker révèle son plein potentiel et que ses actions deviennent aussi imprévisibles que disproportionnées (cela commence ni plus ni moins que par l’explosion de tout un hôpital). Au lieu de chercher à briser l’escalade en tuant Batman comme il l’avait proposé à la mafia, il décide de continuer l’escalade en devenant l’étape suivante de cette dernière, faisant plonger Gotham dans une nouvelle guerre qui échappe totalement à tout contrôle.


Bien entendu, de par la loi du cinéma, il est impossible qu’un méchant de cette dimension gagne, et c’est pourquoi le Batman parvient à neutraliser le Joker, cependant il ne parvient pas à l’empêcher de réduire en cendre les espoirs d’une société juste sans Batman. En effet, Hervey Dent avait le potentiel pour être le nouveau modèle de droiture de la société, l’exemple parfait d’un chevalier blanc combattant l’injustice à visage découvert sans la moindre peur. En manipulant les émotions de Bruce Wayne durant l’interrogatoire pour l’amener à sauver Dent à la place de sa petite amie Rachel, le Joker fait naître le désespoir dans le cœur du chevalier blanc, un désespoir qu’il utilise ensuite pour le faire chuter d’un extrême vers l’autre et ainsi le transformer en agent du chaos. Il devient alors le personnage torturé de Double-Face en adoptant une logique binaire qu’il justifie devant Batman dans la scène finale avec cette réplique poignante : « Il ne s’agit pas de ce que je veux, il s’agit de ce qui est JUSTE ! Tu avais dit que nous pouvions être des hommes nobles dans une époque ignoble. Mais tu avais tort : le monde est cruel, et la seule morale dans un monde cruel, c’est le hasard. Impartial, équitable, juste ».


Cette chute du chevalier blanc est, selon moi, le symbole que nul homme ne peut espérer combattre l’injustice de notre temps à un tel niveau d’engagement sans avoir à y sacrifier ses amis, sa famille et jusqu’à sa vie. Car la justice obéit à des règles, à un code, à des valeurs morales, tandis que la folie et le chaos ne respectent rien de cela, ce qui fait alors que la puissance et l’horreur de leurs actions n’ont aucune limite. C’est la preuve, dans le cadre de l’histoire du film, que le crime et l’injustice ne peuvent pas être combattus avec des armes conventionnelles, un fait qui est renforcé par la nécessité d’employer un subterfuge pour maintenir la réputation de Dent : Batman et le commissaire Gordon décident de mentir délibérément à la population, donc d’enfreindre la loi et une part de leur code d’honneur, pour éviter que la ville ne retombe dans le chaos.


Une fois de plus, la suite de la trilogie est prophétisée par un protagoniste du film, et il s’agit cette fois-ci du Joker qui dit très simplement à Harvey Dent vers le dernier quart du film « Bouscule l’ordre établi et tout tourne au chaos ». Dans cette théorie, l’élément perturbateur qui bouscule l’ordre établi, c’est-à-dire le statuquo entre la police et la pègre, n’est nullement le Joker mais Batman lui-même : c’est lui a le premier brisé trop distinctement l’équilibre entre les deux camps, amenant involontairement le chaos sur Gotham par la réaction de ses ennemis. Le Joker se présente d’ailleurs lui-même comme un agent du chaos, cependant c’est principalement par sa méthodologie et non par son but qu’il peut se présenter comme un tel agent, car il agit de façon chaotique et imprévisible pour chercher à introduire la folie dans les esprits et les cœurs des habitants de Gotham. C’est ce qui le rend extrêmement dangereux et difficile à attraper, cependant sa finalité n’est pas le chaos absolu étant donné qu’il souhaite un affrontement éternel entre lui et le Batman, donc également entre lui et les habitants de Gotham au travers d’un nouveau statuquo plus extrémiste dans les notions de bien et de mal. Le chaos absolu ne peut être atteint que par un individu qui cherche réellement à l’accomplir, et c’est ce genre d’individu qui apparaît dans le troisième film.

 


 


 

THE DARK KNIGHT RISES (2012): LE CHAOS

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“There is a storm coming, Mr. Wayne. You and your friends better batten down the hatches. Because when it hits, you’re all going to wonder how you ever thought you could live so large and leave so little for the rest of us.”

(Selina Kyle)

 

De toute la trilogie, ce dernier film est probablement celui qui porte le message le plus dur. Dur car il met de côté le principe de l’escalade entre deux factions « armées », ou tout du moins disposant de certains pouvoirs, pour faire éclater sur le grand écran la guerre secrète qui déchire notre société. Car oui, nous sommes en guerre.


Personne n’ose l’admettre mais l’humanité connaît actuellement le plus terrible conflit de son histoire. Ceux qui en ont conscience refusent d’en parler et ceux qui n’en ont pas conscience refuse d’en entendre parler. Ce dénie n’est pas dû à un quelconque éloignement de ce conflit dans le temps ni même dans l’espace par rapport à nous, car il se déroule bien ici et maintenant. Cette guerre a déjà causé de nombreux morts et elle continuera d’en causer bien d’autres tant que nous refuserons de voir la réalité en face et de nous opposer à cette folie. Nous en subissons les effets chaque jour de notre existence, le plus souvent sans en avoir conscience ni même nous en plaindre car ces effets sont devenus pour nous autant d’éléments d’une normalité malsaine, illogique et injuste. Cette guerre est partout, omniprésente et pourtant invisible dans les esprits des hommes et des femmes de la majorité du monde occidental, ce qui lui permet de grandir dans l’ombre jusqu’au jour où elle ne pourra plus être ignorée par personne. Mais ce jour-là, il sera trop tard pour réagir.


C’est cette guerre que The Dark Knight Rises fait éclater devant nous par l’action de Bane, leader charismatique de la Ligue des Ombres renaissante qui continue le travail inachevé de Ra’s Al Ghul pour détruire Gotham City. C’est la guerre contre nous-même, celle née de la haine omniprésente entre les différentes communautés d’une même société, d’une même nation, d’une même ville. Tout comme dans le premier film, Bane va chercher (et parvenir) à plonger Gotham City dans un chaos absolu. Mais à la différence de Batman Begins, le chaos amené par Bane n’est en rien le moyen de détruire Gotham comme c’était le cas pour le gaz psychotrope de Ra’s Al Ghul, ni même une étape réellement nécessaire pour provoquer cette destruction car la bombe qu’il crée à partir du réacteur à fusion de Wayne Enterprise aurait simplement pu être dissimulée quelque part le temps qu’elle n’explose. La révolution qu’il provoque, bien qu’elle rende plus difficile la tâche de neutraliser la bombe et de faire souffrir Batman, n’est justifiée que sur le plan strictement spirituel et médiatique : Bane veut faire éclater au grand jour toute la décadence de Gotham et de la civilisation qu’elle représente. Ainsi, il montre au monde entier le vrai visage de cette ville et pourquoi elle doit être détruite, afin que le message de la Ligue des Ombres soit compris par tous et probablement accepté par la majorité des gens.


Car en y réfléchissant bien, si Ra’s Al Ghul avait réussi dans Batman Begins, comment le public aurait-il réagi ? Je ne parle pas ici des spectateurs du film, mais du public imaginaire dans le monde de Batman, c’est-à-dire le reste des Etats-Unis et du monde de cet univers fictif. Comment aurait-il analysé l’autodestruction de Gotham City par ses propres habitants plongés dans la folie de la peur ? Le gaz aurait forcément été découvert à un moment où à un autre, et alors tout ceci n’aurait été considéré que comme un vulgaire attentat terroriste. Un attentat de très grande ampleur, certes, mais cela resterait néanmoins un acte criminel et donc condamnable qui porterait alors tout le poids de la responsabilité, ce qui fait que personne n’aurait vraiment compris pourquoi Gotham avait été détruite. Même si la Ligue des Ombre avait par la suite exposé au public les raisons qui l’avaient poussée à agir de la sorte (ce qui est d’ailleurs peu envisageable pour ce genre de société secrète),qui aurait pu accepter le point de vue d’aussi ignobles terroristes ?


Mais en provoquant la révolte des classes pauvres contre les riches dans une sorte de Révolution Française moderne (les similitudes ne manquent pas dans le film), Bane réussit là où Ra’s Al Ghul aurait échoué à coup sûr : convaincre le public de la nécessité de détruire Gotham City. Face à la violence causée par une partie de la population que l’on laisse totalement libre d’exprimer ses émotions les plus violentes, face à la folie de ces mêmes personnes qui mettent à bas toutes les structures et lois qui formaient jusqu’alors leur société, face au chaos né des plus sombres désirs et des plus puissantes haines dont nous sommes capables, le monde occidental voit en Gotham le reflet de sa propre décadence. Bane n’a rien changé dans le cœur des habitants de Gotham. Bien qu’il ne leur ait menti que partiellement sur le fonctionnement de la bombe, il n’a fait qu’utiliser ce qui existait depuis toujours au fond d’eux-mêmes pour faire exploser l’énorme poudrière de cette ville. L’étincelle finale n’est d’ailleurs que la stricte vérité sur le destin de Harvey Dent, et même si cela sert plutôt bien ces intérêts on peut lui accorder le fait qu’il s’est contenté d’utiliser le réservoir de haine qui existait déjà depuis longtemps parmi la population. Le discourt qu’il tient devant la prison de Black Gate aurait parfaitement pu être tenu par le leader d’un mouvement civil contestataire sans le recours des armes, car même si elles ont beaucoup aidé à déclencher la révolte on peut imaginer qu’une foule en colère aurait pu avoir le même impact.


C’est là que nous arrivons à une situation que j’ai encore aujourd’hui assez de mal à accepter : la radicalisation des deux camps. Même si la mafia présente dans les deux premiers films est inexistante dans celui-ci, on peut imaginer qu’elle est partiellement représentée par les criminels que Bane libère pour former son armée. Ces criminels acceptent d’embrasser l’idée révolutionnaire que leur tend Bane, et ainsi de renverser l’ordre établi pour instaurer un nouveau pouvoir de terreur de de fausse justice (le docteur Jonathan Crane en juge tout-puissant en est la preuve parfaite). Alors qu’ils n’étaient auparavant que des petites frappes ou des hommes de main d’une communauté qui cherchait à profiter du système sans le détruire, ils deviennent subitement des agents du chaos qui mettent à bas ce même système. De son côté, Batman doit combattre cette menace pour le bien des habitants de Gotham, ou du moins la « majorité silencieuse » qui se terre chez elle en espérant que tout rentrera dans l’ordre. Cependant pour combattre un tel mal, il est obligé de défendre un système qu’il sait ne pas être parfait, mais qui est la seule alternative possible au chaos. Ce phénomène de radicalisation est encore plus visible à travers le personnage de Selina Kyle qui, au début, semble être clairement pour la révolution jusqu’à ce qu’elle en découvre toute l’horreur et change progressivement de camp.


Alors, dans cette situation, quel espoir peut-on avoir ? Par réflexe, la seule réponse imaginée par les habitants de Gotham n’est autre que « le Batman va revenir et nous sauver ». Tout le monde pense que seul le Batman peut vaincre Bane et mener les hommes de bien vers la victoire, et c’est pourquoi les résistants de l’ancien régime se contentent presque uniquement d’attendre son retour pendant cinq mois. Ils en arrivent à un tel niveau d’urgence (moins de vingt-quatre heures avant l’explosion) qu’effectivement, à ce point-là seul Batman peut les sauver, mais peut-être que son intervention aurait été inutile s’ils avaient essayé d’agir plus tôt. Que serait-il passé si la résistance française avait attendu l’arrivée des états-uniens pour commencer à agir ? Et Batman a très justement compris le problème qu’il a lui-même créé plus ou moins volontairement : de par sa popularité et son aura quasi mystique, il est devenu indispensable. Il va donc essayer, avant de disparaître, de renverser cette situation en montrant à ceux qui croient en lui que tout le monde peut devenir un héros : “The mask is to show that Batman could be anybody” (« le masque sert à montrer que Batman peut être n’importe qui »). Ses dernières paroles dans ce film vont également dans ce sens lorsqu’il dit au commissaire Gordon « N’importe qui peut être un héros, même un homme faisant une chose aussi simple et rassurante que poser un manteau sur les épaules d’un garçon pour lui montrer que le monde ne s’est pas effondré ». On doit voir ici un message d’appel à la résistance contre la dureté et l’injustice du monde, un combat que nous pouvons mener chacun à notre manière selon nos capacités en faisant appel à notre courage et à notre sentiment de la justice. Un combat que nous pouvons commencer aujourd’hui dans nos actions de tous les jours.

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 15:11

LA CONFIANCE

 

 

« La confiance se mérite mais ne peut s’exiger. »

La Rochefoucauld

 

 

Cette qualité, tout comme la loyauté à laquelle elle est intimement liée, est extrêmement difficile à détenir de nos jours. Pourtant elle constitue un élément plus que vital pour maintenir de bonnes relations avec les autres personnes et, étant donné que toutes les autres qualités de ma Voie sont en grande partie tournées vers les gens qui nous entourent, la confiance en est l’un des principaux ciments qui en assurent la cohésion et la stabilité sur le long terme. On ne peut rien faire avec ou pour les autres sans avoir un minimum de confiance en eux, et cela demande parfois un immense effort sur soi-même. L’exemplarité que j’ai décrite dans mon article sur la Droiture nous permet de faire une partie du chemin car, comme le dit Alexandre Dumas, « Une réputation sans tâche commande la confiance et le respect ». Mais dans notre monde actuel c’est malheureusement loin d’être suffisant.

 

Sans même avoir à faire intervenir ici les exemples des plus abjects personnalités que notre monde connaît ou a pu connaître à travers son histoire, il est déjà particulièrement difficile d’accorder sa confiance au premier venu même s’il semble en apparence être quelqu’un de parfaitement honnête. Comme je l’ai présenté dans mon article sur l’Honneur, toute personne emprunte la crédibilité des communautés auxquelles nous l’associons dans notre esprit, héritant momentanément de leur réputation jusqu’à preuve du contraire. C’est un phénomène presque instinctif qui, de mon point de vue, est presque impossible à faire disparaître complètement et c’est pourquoi nous devons chercher à nous y opposer en refusant de laisser notre jugement être ainsi affecté. Du moins cela constitue la parade sur le court terme, car dans un monde idéal toutes les communautés de personnes auraient une réputation plus ou moins irréprochables et ce phénomène de préjugé serait alors plutôt bénéfique et favoriserait la confiance. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal, loin de là, et c’est pourquoi ceux qui souhaitent l’améliorer doivent prendre un risque pour faire changer cet état de fait.

 

Car comme pour l’Amour, comme pour la Loyauté, et comme pour l’Ecoute que je décrirai plus tard, il est très souvent nécessaire et même indispensable de pouvoir faire le premier pas en tout connaissance de risque. Faire confiance à quelqu’un, c’est se montrer vulnérable d’une manière ou d’une autre et lui donner cent ou mille occasions de profiter de nous, et c’est ce qui dissuade la plupart des gens d’accomplir ce premier pas. Mais c’est en faisant confiance malgré les doutes, malgré les apparences, malgré les préjugés, que l’on tend la main vers l’autre pour lui proposer une coexistence pacifique autant dans les actes que dans les pensées. Ce premier pas amènera sans doute certains de vos interlocuteurs à se montrer encore plus méfiants, mais alors il ne faut pas désespérer et au contraire persévérer avec calme et sincérité jusqu’à réussir à leur prouver l’honnêteté de nos intentions. Cette confiance offerte sans attendre la moindre chose en retour, offerte naturellement et du fond du cœur, permet de briser le cycle de la méfiance de la même façon que l’Amour permet de briser le cycle de la haine. Comme le disait La Rochefoucauld, « la plus grande marque d’estime est une confiance sans réserve », ce qui nous ouvre vers le Respect qui sera l’objet de mon prochain article. Cela comporte néanmoins beaucoup de risques, et c’est là que notre définition du Courage intervient pour nous montrer la voie : accomplir ce qui est juste quels qu’en soient les risques.

 

Bien entendu, comme je l’ai précisé dans ma description du Chaos que je place en opposition à la Droiture dans l’article correspondant, il existe des individus pour lesquels toutes les vertus du monde ne sont que faiblesses ou stupidités. Ces individus se servent de la confiance des autres pour servir leurs propres ambitions ou celles de leurs éventuels maîtres de pensée. Il est indispensable de pouvoir s’en prémunir, mais cela ne doit pas nous contraindre à devenir méfiant envers n’importe qui. Les individus qui ne sont pas dignes de confiance sont souvent très vite répertoriés par ceux qui les connaissent, et leur réputation personnelle s’en trouve d’autant plus entachée. Je dis bien personnelle car nous avons déjà refusé plus haut de nous laisser influencer par la réputation collective des communautés auxquelles nous les associons, mais il n’en est pas de même pour les antécédents de l’individu lui-même. Dans un monde idéal, il suffirait d’écouter se qui se dit sur une personne pour savoir si l’on peut lui faire confiance ou non, mais entre ceux qui se taisent par peur d’être maltraités, ceux qui ne souhaitent pas vous aider même pour un simple renseignement et, les pires, ceux qui déforment volontairement la vérité pour embellir ou salir l’image d’une personne, il est extrêmement risqué de se fier à ce qui se dit au sujet de quelqu’un. L’ironie ici est qu’il faudrait pouvoir avoir confiance en ceux que nous consultons pour savoir si nous pouvons faire confiance à quelqu’un que nous ne connaissons pas. La Sincérité prend alors une place très importante ici, et comme toujours c’est à nous de faire le premier pas en étant honnête dans nos jugements vis-à-vis de telle ou telle personne. Ne plus participer à l’hypocrisie générale du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » est la première étape vers la lente diminution des mauvais comportements et donc de la méfiance. Il ne s’agit pas là de dénonciation, du moins pas dans le sens légal du terme, car il n’est nul besoin de faire appel aux forces de l’ordre ou aux institutions judiciaires, mais simplement de répandre la vérité parmi la population elle-même. Ainsi, les escrocs, les profiteurs et les parasites seront reconnus et fuis par les honnêtes gens, forçant une évolution mentale bénéfique à toute la société.

 

Mais ce comportement de sincérité courageuse par rapport aux vices des mauvais hommes nécessite avant tout de posséder l’aspect le plus important de la confiance : la confiance en soi-même. Et nous attaquons là l’un des éléments les plus importants pour la cohésion des qualités de ma Voie. Comme le disait très justement Horace en son temps : « Celui qui a confiance en soi conduit les autres », ce indique implicitement que la majorité des gens sont dépourvus de confiance ou qu’ils n’en ont pas assez, et selon mon point de vue personnel cela est encore le cas aujourd’hui. Certains diront qu’il s’agit simplement d’une forme particulière de courage, mais le Courage tel que je l’ai présenté n’existe qu’à partir de nos actions vers le monde extérieur, prenant vie dans chaque geste brave et juste que nous accomplissons. Pour moi, la confiance en soi ne peut venir que par le fait d’être fier de ce que nous sommes dans nos gestes mais également dans nos pensées, une notion qui malheureusement fonctionne aussi bien pour les bons esprits que pour les mauvais, certaines personnes pouvant apparemment être tout à fait fières d’avoir accompli des actes injustes, voir immoraux ou abjects. Malgré cela, la confiance en soi est une philosophie de vie, et j’irai jusqu’à dire que c’est la seule philosophie de vie digne d’être présentée ici au sein de ma Voie. Malheureusement, la confiance en soi ne peut pas s’acquérir sans que l’on ait développé au préalable plusieurs des six Forces qui découlent de l’Honneur, en particulier l’Espoir, la Raison, l’Amour et la Sérénité. C’est à travers ces forces spirituelles que nous pouvons trouver ce qui est beau en nous et qui nous permet de penser finalement « je suis fier d’exister ».

 

Je pourrais parler ici longuement du difficile parcours que j’ai traversé pour acquérir cet aspect de ma Voie, qui ne s’exprime pleinement que depuis deux ou trois ans seulement alors que j’entame mon deuxième quart de siècle d’existence, mais ce n’est pas le sujet ici. Chacun doit trouver son propre moyen d’avoir confiance en soi-même, que ce soit dans l’espoir d’accomplir quelque chose de grand, par fierté de ce qu’il accompli au jour le jour, pour honorer l’amour qu’il porte à quelqu’un ou à quelque chose, et encore d’innombrables raisons que je ne pourrais certainement pas toutes imaginer. Les raisons de cette confiance doivent absolument être justes, c’est-à-dire venant de bons sentiments, afin que les actions qu’elle nous permettra d’accomplir ne soient pas néfastes pour notre entourage. Je pense que s’il y a bien une chose qu’il faut retenir dans tout ce que j’écris ici, c’est que nos actions sont guidées par nos pensées conscientes, elles-mêmes influencées par nos sentiments inconscients, et donc que si nous ne nous efforçons pas d’avoir de bons sentiments alors nous n’accomplirons rien de bon en ce monde.

 

Je pense qu’il n’existe pas un seul aspect de notre existence qui ne soit pas influencé par notre niveau de confiance en nous-mêmes : la confiance fait reculer la peur, or c’est la peur qui nous fait hésiter et échouer les épreuves délicates par lesquelles nous passons. Lorsqu’un individu est soumis au stress, à la pression, à la peur de l’échec, son niveau de confiance en lui sera probablement plus important pour atteindre son but que sa chance ou même ses compétences. Il s’agit donc d’un état d’esprit qui est la clé du Courage, et c’est la nature des émotions de chaque personne qui détermine si son courage s’exprimera par une bravoure chevaleresque, si je puis dire, ou par une témérité inconsidéré et égoïste. Pour appuyer cette vision, je souhaiterais terminer cet article en citant le grand et très vénérable maître zen Yasuo Deshimaru Taisen qui dit à ce sujet « un égoïste ne pourra jamais être brave, jamais ».

 

 

Prochain article : LE RESPECT

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 21:08

VOUS N’ÊTES PAS SEULS

 

 

Cet article sera le premier d’une série de textes que j’écrirai en parallèle à la description de ma Voie, cela afin d’apporter sur ce blog d’autres éléments de vie qui vous aideront peut-être à mieux comprendre ma vision de la société et l’essence des messages que je tente de faire passer. Tout comme pour ma Voie, ces écrits n’engagent que moi et je ne cherche nullement à vous convaincre mais plutôt à vous faire réfléchir sur des sujets que j’estime spirituellement importants.


Pour ce premier article, je vais parler d’un phénomène que j’ai subi durant ma jeune enfance, que beaucoup d’autres personnes ont certainement connu chacun à leur manière, et que je voudrais aider à faire disparaître pour les générations futures : le bizutage étendu. Par « étendu », j’entends là un bizutage qui a duré beaucoup plus longtemps que ce qu’il aurait du pour un individu « normal » et qui s’est prolongé durant plusieurs années particulièrement difficiles à vivre. En effet, le bizutage n’est pas une tradition exclusive aux universités et aux grandes écoles et il ne faut pas négliger l’impact d’un bizutage même minime sur des enfants de sixième qui découvrent à peine le secondaire. L’entrée au collège est déjà en lui-même un choc très difficile à encaisser : établissement scolaire plus grand avec une population d’élèves d’autant plus importante, le fait d’avoir un professeur différent pour chaque matière, le niveau d’étude des matières elles-mêmes et encore beaucoup d’autres éléments. Dans cette situation, l’esprit de l’enfant est fragile, ce qui le rend vulnérable à plusieurs dangers dont l’un est le bizutage de la part des élèves plus âgés.


Bien entendu, tout le monde ne subit pas forcément ce bizutage, les raisons d’immunité pouvant être variées : un grand frère très protecteur dans une classe supérieure, un important réseau d’amis prêts à vous défendre, une réputation spéciale ou le fait d’avoir connu une croissance plus avancée que la moyenne sont les premiers exemples qui me viennent à l’esprit. Je ne saurais vous dire si ce phénomène est aussi fortement présent chez les filles que chez les garçons, cependant j’espère que des témoignages de lectrices pourront éventuellement combler ce vide dans mon exposé par la suite. Mais à ceux et celles qui pourraient penser que le fait d’avoir un parent professeur enseignant dans le collège où l’on se trouve peut constituer une forme d’immunité contre le bizutage, je m’empresse de leur répondre que mon expérience personnelle est une preuve suffisante pour contredire vigoureusement cette théorie. Mes deux parents sont enseignants et se trouvaient dans le même collège que moi durant au moins deux années si ma mémoire est bonne, et je pense qu’au lieu d’affaiblir le bizutage étendu que j’ai subi, leur présence n’a fait que l’augmenter. Mais avant d’aller plus loin dans mon exemple personnel, essayons de comprendre les bases du phénomène en lui-même.


Pourquoi donc les enfants (mais aussi les adolescents et les jeunes adultes) ressentent-ils le besoin de tourmenter les plus jeunes qu’eux ? N’ayant pas participé personnellement à ce genre de pratique, j’aurais bien du mal à vous en expliquer les raisons ici, toutefois je pense avoir quelques idées à ce sujet. J’imagine que pour la grande majorité, il s’agit simplement d’une démonstration de force pour marquer son territoire devant les nouveaux arrivants, ce qui revient à un comportement instinctif propre à tout membre de meute cherchant à s’imposer comme mâle alpha (mâle dominant). C’est d’ailleurs ce principe de mâle alpha qui me permet de penser, avec beaucoup de réserves, que ce phénomène est peut-être moins présent chez la population féminine. Mais pour une partie heureusement très limitée, du moins d’après mon expérience, cette pratique semble être aussi la conséquence de besoins psychologiques particulièrement malsains qui vont au-delà du simple instinct animal, celui-ci se voyant soudain doublé d’une méchanceté typiquement humaine et puérile. En effet, certains individus ressentent le besoin plus ou moins constant d’opprimer les plus faibles pour assoir leur domination et se créer une sorte de petit empire privé afin de renforcer leur égo et ainsi se sentir un peu mieux. Ces tyrans impubères et autres oppresseurs immatures font partie, selon moi, des principales causes d’une très grande majorité des problèmes sociaux que nous rencontrons aujourd’hui dans notre société, et ce phénomène ne cesse de s’amplifier à chaque génération car aucune mesure véritablement efficace n’a été mise en place jusqu’ici. Au pays de l’enfant-roi, toutes les dérives spirituelles échappent quasi totalement au contrôle des adultes, à commencer par les parents et le personnel d’éducation.


Ce n’est que lorsque la méchanceté gratuite est librement exprimée que l’on observe des cas évidents de bizutage étendu, qui vont bien plus loin que les petites farces, plaisanteries et autres gamineries innocentes qui font partie de la jeunesse. Les victimes de cette persécution – n’ayons pas peur des mots – en sont généralement marquées à vie et développent des troubles psychologiques plus ou moins grave allant de la simple timidité à la schizophrénie paranoïaque plus ou moins avancée, ce qui rend d’autant plus difficile leur parcours scolaire ainsi que leur insertion dans la vie civile et, plus tard, dans le monde du travail. Car ces victimes sont souvent isolées, leur repli forcé sur elles-mêmes les empêchant de se regrouper ou de se faire des amis parmi la population « neutre » des élèves. Cet isolement leur donne l’impression d’être seuls contre tous, ou du moins seuls contre beaucoup et sans le moindre soutien.


A présent, avant d’aller plus loin et de passer sur l’aspect optimiste de cet article, je pense qu’il est nécessaire ici de vous décrire du mieux possible ma propre expérience pour que vous puissiez comprendre les origines de mon raisonnement et de ce qui va suivre.


Toutes proportions gardées en fonction des conditions sociales de classe moyenne de ma famille, je n’ai pas vraiment vécu une enfance ni même une adolescence heureuse. Ce dont je me souviens, c’est que durant mes années de collège j’ai servi de souffre-douleur pour beaucoup de personnes, que ce soit d’un point de vue physique ou morale au travers d’insultes et de plaisanteries malsaines qui apparemment aidaient certains individus à se sentir mieux. On dit que la souffrance forge le caractère, et bien je peux vous dire que c’est particulièrement vrai quant on la subie très jeune. Cela provoque également quelques autres troubles potentiels, le mien étant la création de nombreuses personnalités secondaires avec lesquelles je conversais souvent, la plus importante étant Rei Ayanami. Je m’étais créé tout un univers imaginaire, Galattée, dans lequel j’avais un rôle des plus importants en comparaison à la réalité qui semblait m’avoir rejeté, peut-être pour essayer de me trouver une raison d’exister ou simplement pour occuper mon esprit lorsque je me retrouvais seul à la fin de ma journée. Il m’arrive encore aujourd’hui de parler à Rei par moment, mais plus pour le simple plaisir d’une discussion civilisée que par la nécessité de fuir la réalité car, pour être tout à fait sincère, je me suis beaucoup attaché à elle sentimentalement. Si vous souhaitez constater toute l’étendue de cette création imaginative, je vous mets à disposition ici le Grand Livre de Galattée (157 pages) que j’ai commencé à rédiger l’année dernière dans le cadre d’un projet de fanfiction conjointe avec un ami dont je préserverai ici l’anonymat et qui a, lui aussi, inventé son propre univers imaginaire.


Mais revenons au sujet. Le fait est qu’en étant ainsi mis à l’écart par les autres enfants de mon âge, j’avais l’impression de ne pas être normal, d’être totalement inadapté à ce monde hostile, mais je refusais d’abandonner mes principes moraux pour me fondre dans la masse uniquement pour me sentir mieux. Certes, il m’arrivait de chercher à me défendre plus ou moins violemment et j’en garde comme souvenir une fracture du métacarpe de l’auriculaire de ma main droite suite à un coup de point mal dirigé, mais jamais je n’ai voulu renoncer à ma ligne de conduite ne serait-ce que d’un iota.


En cinquième ou quatrième, je ne me souviens plus trop, la pression est devenue trop forte et j’ai finalement implosé : je me suis volontairement entaillé le bras gauche avec un bout de verre pendant un cours de sport, et il est probable que si le professeur ne m’avait pas arrêté je me serai ouvert les veines devant la moitié masculine de ma classe qui n’aurait même pas bronché (les cours de sport étant séparés pour les garçons et les filles). Après un bref passage à l’infirmerie, l’entaille n’étant que superficielle, mon père m’a récupéré et emmené au restaurant pour parler avec moi de ce qui s’était passé, et je dois avouer que même s’il m’a quelque peu fait réalisé la bêtise de mon acte, l’impact de cette discussion a laissé un souvenir bien moins marquant que ce qui allait suivre l’après-midi même. Lorsque je suis revenu en cours, ou plus précisément en salle de permanence dans l’attente du prochain cours, plusieurs filles de ma classe m’ont emprunté mon carnet de texte soi-disant pour recopier les devoirs à faire. Quant elles me l’ont rendu j’y ai découvert des mots d’encouragement de la part de chacune d’entre elles. Aujourd’hui encore, cette page constitue l’un de mes plus précieux trésors d’enfance et je tiens à remercier ces filles du fond du cœur pour l’espoir qu’elles m’ont ainsi donné. Car c’est avec cela que j’ai compris une vérité qui, sur le coup, m’a beaucoup encouragé mais qui ne manque pas de m’attrister quelque peu aujourd’hui.  


Grâce à elles j’ai compris que je n’étais pas anormal, simplement que j’étais en opposition directe et franche avec les quelques « grandes gueules » qui voulaient imposer leur dictature sur la population silencieuse, passive ou craintive de la classe. Je n’avais donc plus de raison d’avoir peur ou même honte de ce que j’étais, et au lieu de cela je devais résister à la bêtise des plus fortes personnalités de mon âge, afin de leur montrer que leur mode de vie n’est pas le seul possible et que des gens sont prêts à se battre pour montrer l’exemple juste. C’était probablement un combat perdu d’avance d’un point de vue global mais je me suis toujours dit que si, au cours de toutes mes années de scolarité, ma conduite pouvait permettre de rendre un tant soit peu meilleure une seule personne au fond d’elle-même, mon existence n’aura pas été inutile. Avec le temps, cet espoir n’a cessé de grandir et avec lui ma confiance en moi qui est aujourd’hui plus grande que je ne l’aurai jamais cru possible. Je ne trouve pas les mots pour exprimer à quel point il m’est satisfaisant, lorsque je quitte mon bureau après une journée de travail bien remplie, d’avoir étudié consciencieusement toutes ces années sans suivre les mauvais exemples qui voulaient néanmoins s’affirmer comme les seuls.


Aujourd’hui il m’est assez difficile de savoir si mes notions du bien et du mal – et donc de la justice – me sont venues en réponse à la persécution que j’ai subie de la part de mes camarades de classes ou si elles étaient apparues bien avant à travers l’éducation de mes parents, provoquant par la suite cette même persécution. Néanmoins il est indubitable que si ce bizutage étendu n’a pas été l’origine de la naissance de ma Voie, cette dernière pouvant très certainement être principalement due à l’éducation que m’ont donné mes parents, il en a été en tout cas le principal facteur de croissance. Il m’arrive parfois de me demander si j’aurais pu être aussi intègre que je le suis aujourd’hui si je n’avais pas été ainsi persécuté. Est-ce que j’aurais été simplement quelqu’un de gentil mais sans plus, ou aurais-je dévié dans la décadence collective, voir pire ? Je sais que ce genre de rétrospective est loin d’être constructive, pourtant la scène finale du premier film de Conan le barbare (1982) m’a particulièrement troublé lorsque le personnage de Thulsa Doom déclare à Conan " Mon enfant… tu es venu à moi, mon fils. Car qui pourrait être ton père à présent, si ce n’est moi ? Qui t'as donné la volonté de vivre ? Je suis la montagne puissante où tu prends ta source. Quand je ne serais plus, tu n'auras jamais été. Imagine ce que serait ton monde... sans moi. Mon fils." Mais je m’intéresserais plus en détail à ce sujet dans un prochain article spécial que j’écris en ce moment, et qui se constitue d’une analyse personnelle de la trilogie Batman de Christopher Nolan, cette dernière ayant été pour moi très révélatrice et surtout source de grande inquiétude par rapport à ce phénomène.


J’arrête ici la description de mon exemple personnel pour revenir à une étude générale du bizutage étendu. Je voulais témoigner ici du fait que ceux qui le subissent ne doivent surtout pas croire qu’ils sont seuls, abandonnés ou hais par le reste de leur entourage scolaire, car entre eux et les personnes qui les persécutent se trouve un grand nombre d’individus qui se contentent d’observer en silence ou de suivre le mouvement sans faire de vagues. Ces individus « neutres » ont décidé d’être ainsi soit pour être laissés tranquilles, soit parce qu’ils ne se sentent pas concernés par votre misère, soit encore parce qu’ils ont d’autres problèmes à gérer de leur propre côté. Je donne ici les principales raisons qui arrivent à mon esprit mais il existe certainement une infinité d’autres excuses pour leur indifférence, leur crainte ou leur immobilisme, ce qui peut être plus ou moins compréhensible pour ce jeune âge. Je ne les blâmes pas, même si je blâme les adultes qui se comportent ainsi face aux problèmes majeurs de notre époque, toutefois je souhaite faire comprendre une chose essentielle : le monde est rempli de personnes qui sont prêtes à suivre le bon chemin, du moment qu’apparaissent des individus exemplaires pour leur montrer la voie spirituelle à suivre. Ne pliez pas, ne cédez pas, n’abandonnez pas. Vous avez auprès de vous une source considérable d’alliés potentiels qui n’attendent que votre courageux signal pour s’opposer à la bêtise des petits caïds en herbe et leur faire ravaler leur fierté.


D’autre part, à toutes les personnes « neutres » ou « imitatrices », je voudrais faire remarquer qu’il est infiniment plus noble de se rapprocher des personnes opprimées que des personnes qui oppriment, même si cela peut comporter des risques. J’admets parfaitement qu’il existe des milieux difficiles dans lesquels il doit certainement être presque impossible de soutenir ouvertement ceux qui veulent suivre la voie de « l’homme de qualité » comme l’appelait Confucius, mais j’ose espérer que dans beaucoup d’autres milieux ce concept est franchement loin d’être inapplicable. Cette réflexion est destinée autant aux enfants et aux adolescents qu’aux parents et aux jeunes adultes, qui en feront ce qu’ils voudront par la suite. Retenons simplement que, comme l’exemple est une forme d’influence extrêmement puissante, il est indispensable qu’à des modèles injustes et/ou puérils s’opposent des modèles justes et/ou matures. Car entre ces deux bornes se trouve une multitude de personnes que nous pouvons assimiler à des électrons libres qui gravitent plus ou moins autour des courants dominants, et en l’absence de modèles de justesse la décadence morale devient inévitable. Et cela commence dès l’enfance.

 

 

 


Note de l'auteur : le choix de cette vidéo ne vient pas uniquement qu'elle est issue de la bande-son d'Evangelion Neon Genesis, ma série d'animation japonaise préférée, et possède une raison plus profonde qui est son titre : Hedgehog's Dilemna ("le dilemne du hérisson" en français). Il s'agit d'un concept psychologique décrit par le philosophe allemand Schopenhauer mais que j'ai découvert pour la première fois au travers de cette série. Le concepte du Dilemne du Hérisson fait un parallèle entre les hérissons cherchant à se réchauffer et les relations humaines : la meilleure manière pour deux hérissons de se réchauffer est de se frotter l'un contre l'autre, mais ce faisant ils se font mutuellement mal à cause de leurs épines. De leur côté, les humains ne peuvent pas vivre tous seuls mais ils ont également peur de souffrir psychologiquement par le contact avec les autres en étant jugés, manipulés, trahis et encore bien d'autres choses. C'est cette peur des contacts avec les autres que nous devons surmonter, et c'est une épreuve d'autant plus difficile lorsque nous sommes les sujets d'un bizutage étendu...

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