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Qui suis-je ?

Hughel 2
 

Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 30 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Saint-Paul Trois Châteaux, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture

 

M'ECRIRE

 

LIEN VERS MON NOUVEAU BLOG

Citation du jour

  « On ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires,

  et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être. »

 (Charles de Gaulle)

Ma Muse personnelle

 

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 22:42

CHAPITRE NEUF : LES FANTÔMES

 

 

       -   Comment nous avez-vous retrouvés ? s’exclama Naruto.

       -   Il m’a suffit de renifler l’odeur de ta bêtise, répondit Kiba dans un sourire.

       Le jeune Uzumaki ne prit pas la peine de relever la plaisanterie, et préféra reprendre son souffle tandis que les ninjas de Kabuto avaient cessé leurs attaques en voyant venir les renforts de Konoha. Kiba… Tôji… Shino… et Neji… avec eux on peut vaincre ces types. L’avantage est enfin de notre côté.

       Remis de sa surprise, l’ennemi reprit le combat et l’équipe 11 de Konoha dispersa ses membres au mieux : Neji comprit rapidement qu’Hinata devait être protégée et vint aider la garde rapprochée de sa cousine. De son côté, Kiba évita la femme aux cheveux bleus qui ne dégageait aucune odeur en raison de l’eau qui la recouvrait constamment, préférant la laisser à Shino, et dirigea plutôt son attention vers l’épéiste qui s’agitait dans tous les sens. Tôji, voyant que la jeune fille aux cheveux blonds ne semblait pas être une adversaire trop dangereuse, se dirigea droit vers la grosse brute qui paraissait mieux convenir à son style de combat.

       La vaste salle souterraine sembla rapidement sur le point d’exploser sous la pression des violents combats qui s’y déroulaient. Un tel rassemblement de puissants ninjas déchaînant leurs techniques destructrices dans un lieu confiné donnait l’impression d’un ouragan enfermé dans un bocal à poissons. Un éclair pulvérisa un pilier de soutien large comme trois hommes avant de creuser un trou profond de huit mètres dans le mur le plus proche. De l’autre côté de la salle, une tempête de flammes s’abattit sur un mur et réduisit en cendre les restes d’une longue étagère de bois remplie de parchemins fragiles qui se consumèrent en un instant. L’espace d’un instant, la lueur de toutes les torches vacilla tandis qu’un immense mur d’ombre apparaissait au milieu de la pièce pour stopper une pluie horizontale à l’intensité diluvienne. Deux silhouettes humaines, l’une en tenue verte et l’autre en kimono blanc, se déplaçaient et s’entrechoquaient avec une vitesse telle que leurs mouvements étaient à peine perceptible, et chacun de leurs chocs provoquait une onde dévastatrice capable de fracasser la roche. A l’opposé, deux êtres massifs étaient engagées dans une intense épreuve de force, d’un tel niveau que les dalles massives sous leurs pieds se fracturèrent sous l’effort en soulevant de minuscules fragments comme autant de pétales emportés par le vent.  La destruction était omniprésente, et à chaque instant elle emportait un peu plus de la réalité de ce monde vers un néant ténébreux et impitoyable.

       C’est alors qu’au milieu du vacarme de la bataille, un son de claquement de mains se fit entendre aussi clairement qu’un tintement de cloche : c’était Kabuto qui applaudissait en esquissant un sourire sadique. Aussitôt, tous les combats cessèrent et les adversaires tournèrent leur attention vers lui. Il n’avait pas bougé de sa place depuis le début du combat et n’avait pas esquissé le moindre mouvement. Son regard était d’une cruauté sans pareil, même en comparaison avec son défunt maître Orochimaru, car il n’y avait pas cette même touche de folie que l’on ressentait chez le senin déchût. Non, cette cruauté était totale, pleine, absolue.

       -   Je vous félicite, dit-il à son assemblée. Vous m’avez bien amusé. Je ne pensais pas que mes spectres puissent à ce point se retrouver dépassés dès que le nombre est un peu en leur défaveur, même si seulement deux d’entre eux sont entièrement achevés.

       -  Je suis humblement désolé mon maître, fit Toshiro. C’est juste que je ne maîtrise pas encore suffisamment le pouvoir de la pierre pour en tirer tout son avantage.

       -    Et je ne voudrais pas tous nous ensevelir sous la montagne, ajouta Ulgo pour sa propre défense.

       Kabuto leva une main sans même les regarder, ne détournant pas ses yeux d’Hinata qui tenait toujours fermement la Pierre Florale dans sa main comme un homme de foi tiendrait une emblème divine face à un démon.

       -   Je comprends, je comprends. L’endroit ne joue certes pas en votre avantage. Ces chiens de Konoha pourraient bien croire être capables de gagner, vu votre performance, mais heureusement j’ai encore quelques atouts en main.

       Sur ces mots, il claqua des doigts et, aussitôt, plusieurs dalles de pierres composant les murs de la salle s’abaissèrent pour faire apparaître des passages secrets d’où surgirent des dizaines d’individus en uniformes noir de ninja. Leurs visages étaient cachés derrière des foulards ne laissant voir que leurs yeux sombre inexpressifs, et il ne portaient aucun bandeau ni aucun signe d’appartenance à un quelconque village ninja. Ils se déplaçaient tels des automates, dans un silence absolu comme s’ils ne faisaient que flotter sur le tapis de débris qui avait recouvert l’intégralité de la pièce. A leurs ceintures étaient accrochées un grand nombre de kunais, de shiruken et autres accessoires de combat propre aux ninjas, tandis que dans leurs dos ils portaient des armes plus encombrantes, des katanas pour la plupart.

       Soudain, Naruto sentit la main d’Hinata tirer sur sa manche. Lorsqu’il se tourna vers elle, ce fut pour la retrouver terrorisée face à ce que son byakugan activé lui montrait.

       -    Ils sont modifiés eux aussi…

       -   Je vous présente mon armée de fantômes, déclara Kabuto en tendant le bras. Bien qu’ils n’aient pas bénéficié du même soin que pour mes chers spectres ici présents, vous pouvez constater qu’ils ont l’avantage d’être faciles à produire. Ils n’ont pas encore été testés, du moins pas contre de véritables ninjas, mais je suis sûr qu’ils sauront se charger de vous. Maintenant vous autres, rapportez-moi le catalyseur.

       Les soit-disant fantômes se jetèrent à l’assaut sans prononcer un cri ni même un son, dégainant leurs armes par des gestes lents et assurés avant de frapper. La plupart des ninjas de Konoha et de Suna dégainèrent un ou plusieurs kunai pour se défendre, et ils remarquèrent rapidement que leurs adversaires étaient particulièrement doués pour les arts martiaux, enchaînant les attaques, parades et contre-attaques avec une dextérité quasi parfaite et sans la moindre hésitation. Accablés par le nombre, l’équipe de Shikamaru et celle de Neji se retrouvèrent forcés de se rassembler autour d’Hinata afin de la protéger contre ces assaillants arrivant de toute part.

       Alors qu’il parvenait enfin à trouver une ouverture pour enfoncer son kunai dans le thorax d’un ennemi, Sasuke fut surpris de ne pas entendre celui-ci crier et de ne pas le voir s’effondrer, ni même chanceler. Le jeune Uchiwa esquiva de justesse une attaque horizontale de cet adversaire transpercé, avant de récupérer son arme et d’effectuer un mouvements de feinte pour obtenir une ouverture sur la gorge. Lorsqu’il frappa, non seulement le coup ne gêna pas plus son adversaire que ne l’avait fait la perforation de son poumon droit, mais cela arracha son foulard et laissa Sasuke voir avec horreur le visage de celui qui tentait de le tuer.

       L’homme devait avoir entre quarante et cinquante ans. Des mèches de cheveux bruns sales passaient devant ses yeux bleus clairs sans expression, et sous son nez aquilin, ses lèvres avaient été cousues par du fil chirurgical. Sa peau fripée était couverte de petites cicatrices, non pas de celles que l’on peut recevoir au combat avec des armes coupantes, mais plutôt en travaillant dur toute sa vie dans les champs ou dans un atelier.

       Sasuke avait devant lui le visage impassible et muet d’un civil. Un civil qui maîtrisait le sabre avec un talent quasi inné et qui était bien déterminé à trancher le jeune homme en deux. Malgré cela, Sasuke ne trouvait plus la détermination de frapper à nouveau.

       -   Nous devons quitter cet endroit ! lança-t-il à Shikamaru au travers de la mêlée.

       -   Pour une fois, je suis bien d’accord. Mais il faudrait qu’on arrive à les repousser un instant.

       -   Pas de problème pour ça. Naruto !

       -   J’ai entendu, fit le jeune Uzumaki. Donne-moi deux secondes.

       Calmement, Naruto forma une succession de sceaux :

       -   Fûton ! Ökina hanpatsu no Jutsu ! (technique secrète de vent, la répulsion majeure)

       Puis il leva pied droit pour le reposer ensuite avec force devant lui. L’onde de choc fut amplifiée par son chakra et projeta tous les fantômes autour de lui à plusieurs mètres de là, laissant le groupe de ninjas libres de leurs mouvements.

       -   Repli ! ordonna Shikamaru.

       Par chance, aucun autre adversaire ne vint bloquer le passage des héros vers la surface, et Tôji avait fait s’effondrer l’accès derrière eux plusieurs fois afin de ralentir la progression des spectres qui étaient sur leurs talons. En temps normal il se serait contenté de le faire une seule fois mais, après avoir affronté le géant Ulgo, il savait pertinemment que ce n’était pas ce genre d’obstacle qui allait les stopper.

       Une fois à l’extérieur, le groupe courut aussi vite que possible droit en direction de Konoha pendant près d’une heure avant de décider d’une halte :

       -   Je pense qu’on est suffisamment loin maintenant, dit Shikamaru.

       Les ninjas s’arrêtèrent au milieu d’une clairière ensoleillée. Ils avait passé la frontière du pays du Feu quelques minutes plus tôt et le paysage leur redevenait enfin familier, du moins pour certains. La plupart d’entre eux était cependant trop préoccupés à reprendre leur souffle ou à se remettre de leurs émotions pour profiter de cela, et une poignée gardait même un œil sur leurs arrières en craignant voir surgire leurs ennemis de derrière le mur végétal de la forêt.

       -   Pourquoi est-ce qu’on s’arrête maintenant ? demanda Naruto. Konoha n’est plus qu’à quelques kilomètres de là.

       -    Temari et moi allons informer Suna de ce qui s’est passé, afin qu’une stratégie puisse être mise en place contre ces individus au cas où ils attaqueraient le village. Sasuke, je te confie le commandement du groupe. Ramène tout le monde à Konoha et fait ton rapport à Tsunade. Je compte sur toit.

       -   Ne t’inquiète pas, répondit l’Uchiwa. Le plus dur est déjà derrière nous.

       -   Pour aujourd’hui, oui, probablement. Mais quels que puissent être les plans de Kabuto, ils doivent être stoppés par tous les moyens, car je crains que sinon des milliers d’innocents risquent d’en payer le prix.

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LA SUITE

(prochainement)

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 09:45

CHAPITRE VINGT-ET-UN : AU CREPUSCULE DE LA DESTRUCTION

 

 

 

2342 heures, 18 septembre 2552 (calendrier militaire) / niveaux intermédiaires du centre de contrôle de l’installation 03.

 

       Quelque chose avait changé, Fred pouvait clairement le sentir. L’éclairage de la structure avait soudain baissé en intensité, bien que de façon assez subtile, et les vrombissements des mécanismes complexes enfermés derrière les murs avaient diminué tandis que des vibrations régulières et lointaines étaient de plus en plus perceptibles par ses sens ultra-développés de spartan-II. Anton-044 qui, en tant que meilleur éclaireur du programme, menait l’avant du petit groupe, devait certainement l’avoir ressentit, de même que l’étrange sixième sens de Kurt-051 qui leur avait souvent évité de nombreuses embuscades et autres expériences très désagréables.

       En dehors d’eux et de Fred, le groupe d’assaut de la salle de contrôle n’était plus composé que de Kelly, Franck, l’inquisiteur sangheili Dalkos, et les deux spartans-II Grace-093 et Li-008. Huit soldats contre la garde rapprochée du commandeur Urda et un nombre indéterminé d’autres troupes d’élite. C’est le propre des spartans d’aller contre les statistiques, pensa Fred, mais là il faut avouer qu’on y va un peu fort. On a déjà de la chance d’avoir survécu à l’embuscade du portail.

       Le fait de penser à tous ces fiers combattants SIS qui avaient ainsi donné leurs vies pour le protéger lui et le reste de l’équipe noua son estomac. Il ne devait plus penser au passé. Sur le champ de bataille, seul l’instant présent importait. Réfléchir au futur apportait la peur qui faisait prendre de mauvaises décisions, et ressasser le passer ne faisait que perdre du temps. Et les spartans ne pouvaient pas se permettre de laisser s’échapper une seule seconde. A tout moment, cette installation pouvait activer la terrible arme qui balayerait toute forme de vie dans la galaxie, à la seule exception des sangheilis…

       -  Contact à l’arrière ! cria Grace.

       Fred se baissa instinctivement. L’instant suivant, une énorme boule de plasma verte aveuglante passa là où se tenait sa tête, déformant un instant l’image en face de lui lorsque l’air surchauffé modifia la trajectoire des rayons lumineux, avant d’aller s’écraser contre l’un des murs proches. La puissance de feu énergétique explosa contre la surface qui, en dehors de la trace noire provoquée par la chaleur, ne montra strictement aucun signe d’altération.. Fred et le reste du groupe se retourna en un instant pour voir un large groupe de combat mixtes covenant s’approcher de leur position. Deux immenses chasseurs lekgolos se trouvaient à l’avant, et le canon de l’un d’eux rougeoyait encore sous l’effet de la chaleur du tir concentré qu’il venait de relâcher.

       Immédiatement, les spartans et Dalkos se mirent à couvert. Qui que soit ceux qui avaient bâti cet endroit, ils avaient un goût prononcé pour les irrégularités et les aspérités dans les murs, une chose très appréciable pour se protéger d’armes à barreaux de combustion, d’autant plus lorsque ces derniers étaient maniés par des colosses en armure lourde et passablement énervés. Depuis son couvert, Fred ordonna rapidement :

        -  Li ! Kurt ! Faites le ménage !

       Li et Kurt avaient été chargés de porter les armes lourde du groupe d’assaut après la mort des SIS : deux lance-missiles Jackhammer pesants et redoutables surnommés les « décapsuleurs » par les marines, en raison de leur grande capacité anti-char. Les béhémoths d’aciers qu’ils prirent pour cibles pouvaient être facilement considérés comme des tanks sur patte et, l’un après l’autre, ils lâchèrent un unique missile en visant le sol un peu derrière chacun des deux chasseurs. La puissance de destruction des ogives réduisit en pulpe les dos des géants hérissés de pics qui s’effondrèrent l’un après l’autre dans un bruit lourd de métal semblable à celui d’une caisse de matériel renforcée renversée par un engin de manutention maladroit. Plusieurs autres ennemis se croyant à l’abris derrière les chasseurs furent également déchiquetés par les explosions, répandant leurs fluides corporels sur toute la largueur du couloir dans un mélange de couleurs vives. Le tableau général ressemblait à de l’art moderne.

       Mais lorsque la fumée se dissipa, ce fut pour laisser apparaître des dizaines de grognards et de rapaces envoyés au carnage par des élites postés en arrière sur des positions retranchées. Les jappements reconnaissables des petits aliens suceurs de méthane emplirent le couloir alors qu’ils fonçaient aveuglément vers leurs ennemis, la plupart d’entre eux sans même penser à décharger leurs armes pour les forcer à rester à couvert. Les armes automatiques des spartans et le fusil à plasma de Dalkos fauchèrent la première vague jusqu’à rencontrer la résistance agaçante d’une ligne de boucliers énergétique tenus fermement par des rapaces en posture défensive. Deux grenades à fragmentation roulèrent aux pieds de la formation des oiseaux humanoïdes qui, l’instant suivant, fut dispersée aux quatre coins du couloir dans un bouquet de lumière, de morceaux d’armure et de matière corporelle vivement colorée.

       Alors que d’autres vagues ennemies avançaient devant le petit groupe, Kurt activa son communicateur et le régla sur la fréquence d’escouade :

       -   Fred ! On a plus de temps à perdre pour jouer avec ceux-là ! Pars devant avec Kelly et deux autres, on va les retenir ici à quatre.

       -   Tu es sûr que vous serez assez ?

       -   Fais-moi confiance.

       Fred savait que le temps leur manquait et qu’avec de telles forces ennemies sur leurs talons, ils ne pourraient jamais avancer assez vite jusqu’à leur objectif. Et de toute façon, même s’ils y arriveraient à temps, ce serait pour se retrouver pris en tenailles dans un espace clos et donc être massacrés en un rien de temps. La proposition de Kurt était la plus sensée : cette position était facilement défendable, et la relative étroitesse de ce couloir annulait l’avantage numérique des covenants. S’ils les retenaient suffisamment longtemps, le reste de l’équipe pouvait encore avoir une chance en affrontant Urda et sa garde rapprochée.

       -   D’accord, finit-il par dire. Kurt, Li, Anton et Franck, vous restez ici pour les contenir. Kelly, Grace, et vous Dalkos, vous venez avec moi.

       -    Franck vient avec nous ! contesta vivement Kelly tout en lâchant une salve de balles avec son pistolet.

       -    Mais il n’est pas spartan !

       -    J’emmène Franck avec moi de toute manière. Alors soit tu laisses Grace ici, soit ils se retrouveront à trois pour défendre cette zone.

       Fred n’avait pas vraiment le choix : lorsque Kelly avait une idée en tête, elle s’y tenait avec la fermeté d’une poigne d’élite covenant. Il fut donc contraint de se plier à son exigence :

       -   Très bien. Grace, tu restes ici. Kurt ! Tu es en charge de cette zone.

       Deux lumières vertes s’affichèrent l’une après l’autre sur le bord du HUD de Fred lorsque Grace puis Kurt confirmèrent leurs ordres. Sans dire quoi que ce soit d’autre, Fred emmena son groupe vers leur objectif, guidé par 049 Shamefull Anomaly qui flottait dans les airs sans se soucier un seul instant du combat. De temps en temps une décharge de plasma atteignait la sphère métallique de l’IA, mais un bouclier énergétique doré stoppait le tir aussitôt.

       Personne ne regarda en arrière.

 

 

 


 

 

 

 

Salle de contrôle de l’installation 03.

 

       -    Pourquoi cela prend-t-il autant de temps ? vociféra Urda.

       -   Les mécanismes de cette installations sont d’une complexité défiant votre imagination, répondit tranquillement le régulateur Caution Eclips par télépathie. Ne cherchez pas à accélérer des phénomènes que vous n’êtes pas capables de comprendre.

       Le commandeur bouillonna intérieurement devant l’arrogance de l’IA forerunner, mais retint sa colère de justesse. Ce n’était pas le moment de perdre les bonnes grâces des régulateurs, et surtout de celui-ci qui pouvait à tout moment classer son espèce parmi celles qui seraient anéanties par l’arme des forerunners. L’objet issu de la fusion des deux régulateurs et de l’index de Halo flottait au milieu de la salle de contrôle sur les murs de laquelle des milliers de lignes écrites dans la langue sacrée des forerunners défilaient trop rapidement pour être traduites convenablement. Urda n’avait aucune idée de comment il faisait pour commander Halo sans être connecté physiquement à quoi que ce soit qui puisse ressembler à un panneau de commande ou tout objet similaire. Caution Eclips lui avait brièvement parlé de « contournement de protocoles de sécurité » et de « simulation du code de Dépositaire », mais ces paroles n’avaient que très peu de sens pour le stratège sangheili qui finit par lâcher nerveusement :

       -   Activez cet anneau, régulateur. C’est tout ce que je vous demande.

       Derrière Urda se trouvaient son commandant en second Erko ainsi que cinq de ses Premières Lames, sa garde d’honneur personnelle. Cinq autre de ces puissants guerriers surveillaient l’unique accès menant à cette salle, de façon à empêcher les humains de perturber le processus d’activation. Il y a quelques segments de cela, des troupes de défense menées par la troisième lance de la 5ème division avaient annoncé avoir engagé le combat avec les survivants du groupe qui avait passé le portail. Il n’y avait donc aucune raison de s’inquiéter… mais l’impatience du commandeur était en train de puiser sur ses toutes dernières réserves.

       Soudain, le communicateur d’Erko grésilla l’espace d’un instant, comme si quelqu’un avait ouvert une liaison radio juste avant qu’elle ne soit coupée. Se réglant sur la fréquence des Première Lames, il chercha à contacter le groupe qui protégeait l’accès… mais l’ouverture de l’énorme double porte menant à la salle de contrôle lui montra que c’était inutile.

       Les corps des cinq guerriers d’élite sangheilis gisaient sur le sol de l’autre côté de la porte. Deux d’entre eux présentaient des plaies béantes au niveau de la gorge tandis que les trois autres avaient été criblés de projectiles à la fois énergétiques et balistiques. Un soldat humain en armure noire complète essuyait la lame métallique d’un couteau de combat tandis que deux Démons et l’inquisiteur Dalkos le rejoignaient.

       L’un des Démons passa sa main sur l’épaule du soldat en armure noire alors qu’il passait à côté de lui et Erko pu l’entendre dire :

       -   Beau boulot, Franck.

       Bien qu’il n’était probablement pas le meneur de ce petit groupe, le légat sangheili se mit en avant et s’adressa directement au commandeur Urda malgré la distance et les cinq Premières Lames qui les séparaient :

       -   Commandeur ! Au nom de Sanghelios, je vous sommes d’arrêter cette folie !

       -   Quelle folie ? rétorqua Urda. Serait-ce folie que d’éliminer tous les ennemis de notre peuple ? Serait-ce folie que de nous donner enfin la place que nous méritons dans cet univers ? Je ne crois pas, inquisiteur.

       -  Je ne suis plus inquisiteur, ni même un soldat de l’Alliance. Je ne suis désormais qu’un simple guerrier, un fils de Sanghelios, et l’un de vos frères de race.

       -   Et bien c’est en tant que tel que vous allez mourir aujourd’hui pour poser les fondation du règne absolu des sangheilis. Guerriers ! Tuez ce traître !

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 17:04

CHAPITRE QUATRE : MUSIQUE

 

   

18h24, vendredi 30 Novembre 2020/ appartement 28 du bâtiment D-63, Ville-forteresse de Tokyo-3.

 

       EMMA Armstrong avait décidé d’organiser une grande fête dans son nouvel appartement afin de célébrer l’arrivée de Rei parmi eux. La First Child était restée inexpressive depuis qu’elle avait quitté son immeuble du secteur abandonné, n’emportant avec elle qu’un peu de linge, un sachet de médicaments et quelques objets personnels. Assise sur un futon en cuire blanc les mains posée sur ses genoux, elle semblait aussi vivante qu’une statue, insensible à la bonne humeur qu’Emma s’efforçait de disperser autour d’elle. J’ai beau tout essayer, il n’y a rien à faire. J’ai connu des centaines de cas psychologique compliqués, que ce soit durant mes études ou pendant mon travail à l’Institut Marduk, mais cette fille semble totalement en dehors des normes habituelles de la psychanalyse. Enfin… c’est déjà une bonne chose qu’elle ait accepter de venir vivre ici plutôt que de rester dans cet endroit désolé. Je préfère ne pas savoir si le fait d’habiter là-bas était son choix ou celui de quelqu’un d’autre…

       De son côté, Asuka affichait encore clairement sa méfiance envers la Fourth Child, n’ayant accepté son invitation que parce que Shinji y venait et que, de ce fait, elle n’avait personne pour lui faire à manger ce soir dans son appartement. Shinji, quant à lui, était toujours aussi effacé face à la présence envahissante d’Asuka, comme s’il était compressé par l’égo surdimensionné de la Second Child dont les remarques cinglantes ne cessaient de fuser en tout sens pour rabaisser les autres. Emma avait pensé un moment à tenter un début de thérapie de groupe, mais quelques minutes d’observation lui suffirent à voir qu’elle ne connaissait pas encore suffisamment les autres pilotes pour se risquer à faire se confronter leurs personnalités.

       Une chaîne stéréo diffusait une liste de musique qu’Emma avait sélectionné spécialement pour détendre l’atmosphère, mais apparemment tout le monde n’était pas aussi sensible qu’elle à l’art musical. Du moins c’est ce qui lui parût jusqu’à ce qu’un morceau en particulier attire l’attention de Shinji :

       -          Quelle est cette musique ? demanda-t-il entre deux histoires de vantardise d’Asuka.

       -          C’est  Angel, de Sarah McLachan, une chanson très belle mais très triste aussi. Pourquoi est-ce qu’elle t’intéresse comme ça ?

       -          Je pense… que c’est la voix de cette chanteuse. Elle est si… expressive. On ressent vraiment toute la tristesse dans sa voix.

       -          Quelle surprise ! lâche soudain Asuka depuis le canapé où elle s’était affalée de tout son long. La seule musique qui intéresse le Third est une chanson triste. T’es vraiment irrécupérable.

Shinji se tourna aussitôt vers la jeune fille comme pour répliquer mais hésita… et soudain les portables de tous les pilotes se mirent soudain à biper. Emma saisit le sien et vit s’afficher sur l’écran le message « Alerte maximale ! Tous les pilotes doivent rejoindre le Geofront immédiatement ! ». Oh non… et dire que mon Eva n’est pas encore arrivée. A quoi vais-je bien pouvoir servir ?

       Quelques instants plus tard, les sirène d’alarme de Tokyo-3 se mirent à hurler…

 

 

 

       ASUKA sentait l’excitation du combat l’envahir au fur et à mesure qu’elle se préparait à piloter. Après avoir enfilée sa plug suit  et pris place dans l’entery plug de son Eva, elle activa les systèmes de communication pour établir la liaison avec le Central Dogma d’où Misato allait briefer les pilotes sur leur mission. Dites-moi juste où se trouve l’Ange, et je vous le détruit en moins de deux. Je n’ai pas besoin des deux autres boulets. Heureusement que je suis chef d’équipe, comme ça je pourrais leur ordonner de rester en arrière pour ne pas me gêner.

       Un écran holographique affichant le visage sérieux du major Katsuragi apparut soudainement devant Asuka et celle-ci attendit avec impatience de recevoir ses ordres.

       -          L’Ange a été détecté à huit kilomètres de la côté au Sud-Sud-Est du QG. Votre objectif est de l’intercepter sur le rivage de la baie de Suruga avant qu’il n’ait le temps de s’approcher de la ville. Je laisse le capitaine Langley décider de la stratégie d’attaque une fois que vous serez sur place.

       -          A vos ordres, répondit la Second Child. Vous ne serez pas déçus.

       Les trois Evas furent catapultés à travers le réseau de tunnels reliant les cages de chargement à la surface, émergeant à trois kilomètres à peine de la plage, ou plutôt de ce qu’on pouvait qualifier de plage. Lors du Second Impact, le niveau des eaux était monté de plusieurs dizaines de mètres suite à la fonte des glaces du pôle sud, et de nombreuses villes avaient alors été englouties par la mer. L’une des anciennes agglomérations du Japon se trouvait devant les pilotes, ses bâtiments en ruines pour la plupart à moitié immergés au milieu des vagues qui se jetaient sur le récif de béton, comme pour essayer d’avaler encore un peu plus de terrain. Alors qu’ils approchaient de cet endroit probablement encore plus désolé que le secteur abandonné, les pilotes aperçurent au loin de curieux remous à la surface de l’océan, annonçant l’approche de l’Ange. Lorsque ces remous arrivèrent à une centaine de mètres du rivage, leur ennemi leur apparut progressivement en sortant lentement de l’eau.

       Israfael, le 6ème ange de la Musique, possédait une forme bipède aux membres ne présentant aucune articulation, formés en arcs de cercles, et se terminant par trois longs doigts pointus sans ongle ni griffe. Sa peau grise renvoyait un reflet étrange comme si elle était faite d’argile, et la seule chose que l’on pouvait identifier comme étant sa tête était une curieuse sphère rouge et bleu ayant la forme du yin et du yang. Il n’a pas l’air particulièrement dangereux. Au moins sa Koa et très exposé, contrairement au dernier que j’ai affronté. Cette fois-ci, cela va être du gâteau…

       -          Shinji ! Rei ! Restez en arrière et couvrez-moi.

       Sur ces mots, Asuka fit sortir l’un des deux couteaux progressifs qui étaient rangés dans les épaules de son Eva-02, puis se dirigea droit sur l’Ange. Derrière elle, les deux autres pilotes partirent chacun sur un flanc différent pour avoir une ligne de tir dégagée sur l’ennemi et ouvrirent le feu. Les impacts des obus de calibre 220mm qui équipaient leurs immenses fusils d’assaut créèrent rapidement un écran de fumée qui permit à Asuka d’être dissimulée aux yeux de l’Ange, ou du moins elle l’espérait. D’un bond acrobatique parfaitement exécuté, elle se retrouva dans le dos de son adversaire et utilisa le poids de son Eva pour porter un coup vertical alors qu’elle atterrissait. Sa lame découpa l’Ange comme s’il n’était qu’une grosse baleine sans défense, et il se retrouva coupé en deux morceaux symétriques de la tête jusqu’à la taille.

       -   Le spectacle est terminé, fit Asuka en rangeant son arme. On rentre.

 

 

        EMMA avait été impressionné par l’adresse de la Second Child. Assistant au combat depuis le Central Dogma où un écran holographique géant affichait les vues de plusieurs caméras de drones survolant la zone du combat, elle commençait à se demander si son aide était vraiment nécessaire après tout. Je n’ai eu accès qu’à quelques brides d’informations concernant les affrontements précédents contre les anges, mais je pense pouvoir avancer sans trop me tromper que celui-ci était le plus court qu’il y ait eu jusqu’à présent. D’un autre côté, trois Eva contre un seul adversaire, et avec la stratégie et l’habilité du capitaine Angley, c’était couru d’avance. 

Mais soudain, alors que les Evas se redirigeaient vers l’accès souterrain du Geofront, les caméras montrèrent le corps fendu de l’ange en train de tressaillir violemment.

       -   Attention ! fit Misato à l’adresse des pilotes. Il se passe quelque chose avec l’ange !

       Les trois pilotes firent aussitôt volte-face en pointant leurs armes sur leur adversaire agonisant, à l’exception d’Asuka qui sortit cette fois-ci ses deux couteaux progressifs en prenant une pose de combat défensive. Ils virent alors avec horreur l’ange se relever, puis finir de séparer les deux moitiés qu’Asuka avait commencé à découper, formant deux êtres identiques au premiers à l’exception de leur couleur, qui était maintenant blanche pour l’un et brun orangé pour l’autre. Emma entendit alors la retransmission audio du juron d’Asuka :

       -          L’enfoiré ! Il triche !

       -          Ne perdez pas de temps, fit Misato. Réengagez l’ennemi et détruisez-le !

       -          Bien compris. Shinji, tu viens avec moi. La First, tu restes en arrière pour nous couvrir.

       Ni Rei ni Shinji ne répondit, mais ils obéirent sans se poser de question. Le combat prit soudain une toute autre dimension maintenant que l’équilibre des forces avait été changé. Les mouvements des deux formes de l’ange semblaient dotés d’une sorte de télépathie qui faisait qu’ils enchaînaient leurs mouvements de façon parfaitement coordonné, tandis que Shinji et Asuka réagissaient différemment et finissaient pas se gêner mutuellement.

       -          Ne te mets pas dans mes pattes ! reprocha Asuka.

       -          Désolé… je fais ce que je peux.

       -          Et bien tu peux vraiment pas faire grand chose !

       Mais ces remarques ne firent rien pour les aider, et subitement les deux formes ennemies frappèrent de façon parfaitement synchronisé les câbles d’alimentation ombilicaux des Evas 01 et 02, les laissant sur leurs énergies de secours. Un compte à rebours s’afficha aussitôt sur leurs écrans ainsi que sur celui du Central Dogma, faisait monter la tension dans le cœur d’Emma. Oh non… ils n’ont plus que deux minutes d’autonomie. Et moi qui ne peut rien faire d’autre que regarder… c’est tellement frustrant.

       Elle se rendit soudainement compte qu’elle avait serré le poing et se maudit pour avoir aussi facilement cédé à la colère. Je dois avoir confiance en eux. Ce sont mes futurs coéquipiers. Si je n’ai pas confiance en eux, je ne mérite pas de piloter.

 

 

       REI observa calmement la scène de combat qui se déroulait devant elle, lâchant quelques salves depuis sa position reculée lorsqu’elle avait une fenêtre de tir suffisamment sûre. Ses deux coéquipiers étaient en très mauvaise posture, mais elle avait reçu ses ordres : rester en arrière et les couvrir. Tant qu’elle ne recevrait pas d’autre ordre de la part du capitaine Langley ou de ses supérieurs, c’est ce qu’elle ferait.

       L’indicateur de munition de son arme afficha cinq balles-obus restantes dans le chargeur. Elle demanda alors d’être réapprovisionnée, et quelques instants plus tard un avion transporteur de la Nerv largua au-dessus d’elle un nouveau chargeur qu’elle saisit au vol et engagea aussitôt. L’ange se montrait beaucoup plus agressif que durant la première phase du combat, et faisait preuve d’une adresse physique remarquable pour une créature aussi grosse. Le capitaine pense pouvoir s’en charger avant que son Eva ne tombe à court d’énergie, mais c’est impossible. La force brute ne sert à rien contre cet ennemi.

       Soudain, les deux formes d’Israfael saisir chacun l’un des deux Evas qui se trouvaient à proximité d’eux et les projetèrent dans les airs où ils s’entrechoquèrent violemment dans un bruit de métal brisé, avant de retomber lourdement sur un building en ruine qu’ils aplatirent comme un rien. Leur compte à rebours indiquait trente secondes restantes. La voix de Misato se fit soudain entendre dans leurs entery plug respectives :

       -          A tous les pilotes, repli général ! Les forces de l’ONU prennent en charge la suite des opérations.

       -          Non ! s’exclama Asuka. On peut le vaincre ! Shinji, relève-toi !

       -          Vous n’avez plus que vingt seconde d’autonomie. Utilisez-les pour vous éloigner de la zone le plus vite possible : des torpilles N2 vont être larguées sur votre position.

       -          … Entendu. Pilotes, repliez-vous !

       Alors qu’ils s’éloignaient à grandes enjambées de la baie de Suruga où l’ange reprenait sa lente progression vers Tokyo-3, une escadrille de bombardiers lourds de l’ONU apparurent dans le ciel et larguèrent chacun une torpille non-nucléaire sur leur cible géante. Toutes les bombes le touchèrent et l’explosion des sept ogives combinées creusèrent un cratère de quatre kilomètres de diamètre. Rei se retourna pour observer la déflagration et vit au centre de celle-ci les deux formes d’Israfael gesticuler de façon tellement synchronisée qu’on aurait dit une danse. Leur peau furent profondément brûlées par la chaleur du soleil miniature créé par les explosions, mais celui-ci ne dura pas assez longtemps pour causer autre-chose que des dommages superficiels. Shinji et le capitaine viennent de tomber à court d’énergie. Serais-je capable de stopper l’ange seule après les dégâts qu’il vient de subir ? Le commandant Ikari va-t-il me demander de me sacrifier pour protéger Lilith et éviter le Troisième Impact ?

       Mais Rei n’eut pas le temps de réfléchir plus longuement à ces questions : d’un geste extrêmement lent, les deux formes d’Isfrael firent demi-tour et retournèrent dans l’océan. Il disparurent dans les eaux agités tels des héros de la mythologie marchant vers leur propre noyade, mais Rei savait parfaitement qu’ils survivraient parfaitement à cette immersion, tout comme elle savait qu’ils reviendraient.

       Restait à savoir quant…

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 15:36

CHAPITRE VINGT : HONNEUR ET DEVOIR

 

 

2334 heures, 18 septembre 2552 (calendrier militaire) / Salle de contrôle de l’installation 03.

 

       Joshua, Linda et le capitaine Lifumee avancèrent lentement à l’extérieur de la structure du Seuil, faisant crisser le sable chaud à chacun de leur pas. Ils avaient placé leurs armes sur les fixations magnétiques de leurs armures, mais s’attendaient à devoir les en retirer dès le premier signe d’hostilité de la part des forces du commandant Urda. Lorsqu’ils atteignirent le sommet d’une dune se trouvant à mi-chemin entre le Seuil et les premières lignes sangheiliennes, le capitaine Lifumee leva ses deux mains ouvertes dans les airs avant de poser un poing fermé sur son cœur.

         -   C’est le signe des négociations dans la culture de mon peuple, expliqua-t-il aux deux spartans. S’ils répondent de la même manière, vous pouvez être certains qu’il ne s’agit pas d’un piège.

         -   Comment pouvez-vous en être si sûr ? demanda Joshua d’un air perplexe.

         -   Cela fait partie du code d’honneur de mes semblables. Seuls d’abjects hérétiques trahiraient ce code.

         Joshua préféra ne pas demander ce que l’officier covenant entendait par « hérétique », mais quoi que cela puisse être, cela n’avait pas l’air très sympathique et Lifumee semblait clairement être très irritable sur le sujet, donc autant ne pas trop le pousser sur le sujet. Le spartan redirigea alors son attention sur la ligne de bataille ennemie, dont les centaines de combattants restaient impassibles à observer le petit groupe, à l’exception d’un officier en armure rouge qui se dirigea vers les lignes arrières, très probablement pour rapporter l’information à son supérieur. Quelques instants plus tard, un commandant de terrain très reconnaissable dans son armure or et noir apparut au milieu des troupes, puis effectua le même geste que Lifumee avant de s’avancer accompagné de deux autres officiers inférieurs.

         En voyant approcher la délégation covenante, Linda eut la bonne idée de retirer son casque afin qu’on puisse la regarder dans les yeux, et Joshua l’imita peu après. Le commandant adverse et ses lieutenants s’arrêtèrent à dix mètres devant eux, leurs armes rangées mais également à portée de main. Lifumee, en tant que demandeur des négociations, fut le premier à parler :

          -   Mes frères, vous devez certainement avoir entendu comme moi le message du commandeur suprême Irul Sulamee. Nous devons immédiatement mettre de côté nos différents pour nous venger de la trahison des prophètes.

          -    Dans ce cas, répliqua sèchement le commandant de terrain, cessez le combat et laissez le commandant Urda activer l’anneau sacré. Je suis certain que le commandeur suprême serait ravi de savoir nos ennemis exterminé par la même puissance qu’ils vénèrent et qu’ils voulaient utiliser contre nous.

          -    Au contraire, le commandeur Sulamee vous tuera en duel d’honneur un par un pour avoir commis un acte d’une telle lâcheté : les prophètes et les jiralhanaes doivent subir notre colère non pas au travers des armes des forerunners, mais par la force de nos guerriers et la puissance de notre peuple. Oseriez-vous priver la race sangheili de sa plus grande guerre depuis le première Âge du Conflit ?

          La détermination du commandant prit soudain un coup alors qu’il prenait en compte cet aspect de la situation. Il tenta néanmoins de se raccrocher à d’autres convictions pour se justifier, désignant du doigt les deux spartans en lâchant :

          -    Comment pouvez-vous dire cela alors que vous avez pactisé avec ces êtres inférieurs ? N’auraient-ils pas faussé votre jugement avec leurs pensées corrompues ? Ne souhaitent-ils pas vous obliger à mener cette nouvelle guerre contre les prophètes pour ensuite nous attaquer lorsque nous aurons été suffisamment affaiblis ?

          -   La guerre a toujours été le propre du peuple sangheili, et elle le restera jusqu’à notre extinction totale. Peu importe que nous devions mourir jusqu’au dernier si cela doit être en combattant pour l’honneur de notre sang. Auriez-vous oublié les enseignements de vos ancêtres, commandant ?

          A nouveau, le doute envahi l’esprit de l’officier supérieur sangheili. Il baissa légèrement la tête vers le sable doré afin de réfléchir. Lorsqu’il entendit ses deux lieutenants se rapprocher de lui, il leur fit signe de rester où ils étaient afin de le laisser seul juge de cet instant pour le moins déterminant. On pouvait sentir en lui la confrontation entre l’honneur et le devoir, deux notions extrêmement importantes pour un sangheili, dirigées l’une contre l’autre dans un dilemme d’une complexité qu’il n’aurait jamais imaginé possible. Linda se demanda si c’était le moment d’intervenir pour apporter un autre point de vue au débat, mais elle réalisa qu’elle ne connaissait pas suffisamment la culture de ces guerriers pour pouvoir apporter quelque chose de constructif. Il y avait certainement des centaines de façons pour elle de faire échouer involontairement les négociations par un mot mal employé, et c’est pourquoi elle préféra rester silencieuse.

          Il lui semblait clair, à présent, que c’était une affaire purement sangheilienne.

          -   Le commandeur suprême nous a demandé de vaincre les prophètes et les brutes, déclara calmement l’officier en armure dorée, et c’est exactement ce que nous sommes sur le point de faire en activant l’anneau sacré. Néanmoins je partage votre sentiment sur le fait que nous devons leur faire payer cette trahison non pas avec les armes des forerunners mais avec notre propre force, et leur rappeler qui sont les meilleurs guerriers de cette galaxie.

          Il marqua une courte pause.

          -  C’est pourquoi je vais désobéir aux ordres du commandant Urda et vous aider à l’arrêter, même si cela me répugne de devoir épargner la vie de ces Démons pour un moment.

          -    Lorsque ce sera fait, annonça Lifumee, nous partiront ensembles pour Grande Bonté afin d’y mener notre véritable combat.

          -    Je vais dire à mon armée de cesser les hostilités. Je vous rejoindrai ensuite au Seuil pour que nous nous rendions ensembles à la salle de contrôle.

         Sur ces mots, les deux groupes se séparèrent pour repartir chacun vers leurs armées respectives. Alors qu’il retournaient en direction du Seuil, le capitaine Lifumee glissa à Linda :

          -   Merci d’être restés silencieux. Je craignais que vos paroles ne l’irritent au point de l’empêcher d’entendre la voix de la raison.

          -    Nous ne sommes peut-être que des humains, dit-elle en remettant son casque, mais nous savons respecter les coutumes des autres peuples.

          -     Je pensais au contraire que vous étiez du genre à laisser vos instincts vous guider en toute chose, un peu comme ces ignobles jiralhanaes.

          -     Et bien… la nature humaine est très complexe, finit-elle par dire.

          Le groupe arriva finalement devant les premiers remparts du Seuil, où les attendaient les escouades de combat SIS et quelques guerriers du capitaine Lifumee. Celui-ci laissa les spartans préparer la suite des opérations et préféra rassembler ses troupes pour préparer l’accueil de l’armée sangheili qui n’allait certainement pas tarder. Un nuage de poussière enveloppait d’ailleurs les dunes alentours pour annoncer que l’infanterie était en mouvement.

           -   Ramassez tout votre matériel de combat et préparez-vous à passer le portail, ordonna Joshua. Je veux que les escouades soient opérationnelles d’ici quatre-vingt-dix secondes. Laissez les installations défensives ici et préparez les blessés à une relocalisation.

           Il fallut moins d’une minute pour que les forces humaines soient prêtes à la suite des opérations. L’armée covenante arriva telle la marée haute sur les plages de Jericho VII, recouvrant les dunes alentours par des milliers de guerriers de toutes races qui grognaient, piaillaient et vérifiaient leurs armes dans l’attente de l’ordre d’assaut. Lorsque certains d’entre eux regardaient les corps de leurs semblables éparpillés dans le sable suite à la bataille contre les humains, ils se demandèrent ce qui avait bien pu se passer pour que ces derniers deviennent aussi subitement leurs alliers. Mais personne n’osa ouvrire le feu sur les Démons, les sangheilis suivant les ordres de leurs officiers, et les autres races de combattants obéissant aux sangheilis soit par respect soit par crainte.

           Alors que les troupes se rassemblaient dans la salle du portail, Linda se demanda ce qu’ils allaient bien pouvoir découvrir de l’autre côté et imagina rapidement le pire. Leurs compagnons étaient-ils tombés dans un piège ? Avaient-ils été capturés ou tués ? L’angoisse monta graduellement dans son esprit jusqu’à ce que, brusquement, une représentation holographique de Shamefull Anomaly apparaisse à côté du portail et annonça d’une voix calme :

       -    Attention. Désactivation de la grille de téléportation dans 3…2…1… désactivation.

       Avant que quiconque n’ait pu atteindre le portail, la lumière de celui-ci disparut alors d’un seul coup et un bruit mécanique sourd se fit entendre dans les murs du bâtiment tandis que les vrombissements lointains de l’installation s’étouffèrent. Lifumee, qui venait d’arriver avec quelques autres officiers sangheilis, se tourna aussitôt vers la représentation holographique de l’IA forerunner :

       -    Qu’est-ce que cela signifie, Oracle ?!

       -  Je me contente de suivre les protocoles de sécurité : durant la dernière phase d’activation de l’installation, tous les systèmes secondaires doivent être désactivés pour assurer l’alimentation complète de l’armement principal.

         Lifumee dirigea alors vers Linda un regard dans lequel on pouvait lire une sorte de compassion malgré ses traits aliens :

        -    J’ai bien peur que vos semblables ne soient désormais les seuls capables de stopper les plans d’Urda. Espérons qu’ils y parviendront, avec l’aide des forerunners.

        -    Ils y arriveront , répondit-elle lentement. L’échec n’a jamais été une option pour les spartans.

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 19:23

CHAPITRE TROIS : ORPHELINS

 

 

12h07, vendredi 30 Novembre 2020/ appartement 27 du bâtiment D-63, Ville-forteresse de Tokyo-3.

 

-  Alors comme ça tu es pilote ?

La question d’Asuka était imbibée d’un mépris à peine dissimulé, comme si elle pensait pouvoir être la seule fille de son âge capable de piloter une Eva. Mais Emma avait lu les rapports psychologiques de la Second Child et savait donc parfaitement qu’elle présentait un aspect égocentrique et un complexe de supériorité important, ce qui fit qu’elle ne se sentit pas offensée par cette question. Après tout si c’est comme ça qu’elle a l’habitude de communiquer avec les gens depuis si longtemps, ce n’est certainement pas moi qui vais la faire changer maintenant. Elle doit certainement avoir de très bonnes raisons de se comporter comme cela, et ses aptitudes de pilote semblent en justifier une partie, d’autant qu’elle a le grade de capitaine et qu’elle a été nommée chef d’équipe. Essayons de ménager son égo.

-  En effet, répondit Emma. Malheureusement je n’ai pas encore eu l’occasion de piloter, vu que mon Eva est encore en construction à la première filiale, aux Etats-Unis. Elle devrait être achevée d’ici quelques semaines tout au plus.

-  Comment as-tu été recrutée, alors ? fit Shinji depuis la cuisine de son appartement où il préparait un repas d’accueil pour la nouvelle arrivante.

-  Par l’Institut Marduck, bien sûr… mais vu les expressions de vos visages, vous ne devez pas connaître cette organisation.

La petite veine sur la tempe gauche d’Asuka fit soudain son apparition, très probablement parce qu’elle se pensait privilégiée et qu’elle venait soudain de découvrir qu’on ne lui disait pas tout. Avant qu’elle ne puisse exprimer son mécontentement d’une manière ou d’une autre, Shinji intervient depuis ses casseroles pour demander :

-   Qu’est-ce que c’est que cette Institut ?

-   C’est la branche de la Nerv qui est chargée de trouver les pilotes d’Eva en fonction de leur profil psychologique. Je travaillais moi-même pour Marduck en tant qu’analyste avant qu’on m’identifie comme une candidate viable pour l’Eva-05.

A ce moment-là, Shinji revint de la cuisine avec ses plats : un assortiment de poisson finement préparé en sauce avec un accompagnement de riz parfumé aux fines herbes. Et en plus il sait cuisiner, pensa Emma. Est-ce qu’il se rend compte à quel point il ferait un petit-ami formidable ?

-   Et on t’a envoyée ici sans expérience de pilotage ? continua le garçon en servant le repas. C’est plutôt brusque comme manœuvre.

-  En fait, la première filiale espère que je pourrais suivre un entraînement au QG de la Nerv en attendant que mon Eva soit opérationnelle.

-  En tant que meilleure pilote et chef d’équipe, fit aussitôt Asuka, c’est sans doute moi qu’on va désigner pour t’assister dans ton entraînement. Je te préviens, tu vas devoir travailler dur pour m’impressionner.

Emma afficha aussitôt un sourire gêné avant de dire :

-  Je ne doute pas de ce dernier point, mais malheureusement on m’a désigné le Third Child Shinji Iraki comme tuteur.

La petite veine d’Asuka refit son apparition, cette fois-ci de façon encore plus marquée alors qu’elle brisait l’une de ses baguettes par le simple mouvement de crispation de ses doigts. Shinji s’empressa d’aller lui en chercher une autre comme s’il n’avait rien entendu. Comme on me l’avait dit, il est plutôt du genre renfermé et qui s’éloigne des problèmes plutôt que de les affronter. Peut-être pense-t-il que s’il fuie constamment les difficultés il n’aura jamais à souffrir, mais il faudra bien un jour qu’il réalise à quel point il fait fausse route. Peut-être que j’aurais moi-même l’occasion de le lui prouver si j’en ai l’occasion.

-  Qui c’est qui t’a dit ça ? fit Asuka sans essayer de cacher son mécontentement évident.

-  Une officier de la Nerv, mais je n’ai pas bien retenu son nom. Il faut dire que je n’ai pas l’habitude des noms japonais. Major… Katsorumi ?

-  Katsuragi, la corrigea Shinji en revenant avec une nouvelle baguette qu’Asuka lui prit d’un geste vif sans un merci. Mais nous l’appelons plutôt Misato.

-  Je vois. Alors c’est elle qui joue le rôle de substitut…

-  Substitut ? fait soudain Asuka dont la curiosité fit oublier la frustration précédente.

Emma regarda en silence les deux autres pilotes l’un après l’autre comme si elle venait de réaliser qu’elle en avait trop dit.

-  Un substitut maternel. Ne me dites pas que vous n’avez pas encore réalisé ça, quand même.

-  Réalisé quoi ?

-  Que nous avons tous perdu notre mère à chacun.

Le silence s’installa subitement dans l’appartement, personne n’osant dire quoi que ce soit, ni faire quoi que ce soit. Shinji et Asuka se regardèrent l’un l’autre et réalisèrent alors qu’ils partageaient effectivement ce trait de semi-orphelins, et apparemment Emma était dans le même cas qu’eux. Le regard du Third Child se perdit soudain dans le vide au moment où il pensa à quelque chose d’autre qui le troubla tout particulièrement. Probablement la First Child, Ayanami Rei. Bizarrement je n’ai eu aucune information sur elle, comme si on l’avait effacée des archives de l’institut, mais les rapports de combat auxquels j’ai pu accéder laissent penser qu’elle est une pilote exceptionnelle, peut-être encore meilleure que le capitaine Langley. J’ai à la fois hâte et peur de la rencontrer…

-  Alors comme ça nous avons tous un point commun, fit Shinji.

-  C’est la première condition pour être un candidat potentiel pour piloter un Eva : avoir perdu sa mère avant ses sept ans. Selon l’institut Marduck, cela favorise la formation d’un profil psychologique compatible avec le phénomène de synchronisation des Evas. Pour ma part, j’ai perdu ma mère pendant le Deuxième Impact.

-  Moi aussi, répliquèrent de concert les deux autre pilotes avant d’afficher une mine surprise.

A nouveau, le silence s’empara de la pièce, cette fois-ci pendant un temps beaucoup plus long. Emma avait toujours essayé d’éviter de penser à sa mère biologique, mais à chaque fois qu’elle faillait à cette décision son esprit était soudain comme plongé dans un trou noir dont elle ne parvenait que rarement à s’échapper par elle-même. Shinji et Asuka étaient certainement dans le même état d’esprit.

Ce fut la pensée de la First Child qui la fit sortir de cette torpeur. Elle voulait en apprendre plus sur cette autre pilote, car après tout elles allaient devoir travailler ensembles durant une durée encore indéterminée. Qui savait combien d’anges il leur faudrait exterminer avant que ce combat ne prenne fin ? D’un air déterminé, elle se tourna vers Shinji et lui demanda :

-  Pourrais-tu me conduire jusqu’à l’appartement de la First Child ?

-  Euh… et bien… euh… oui, bien sûr. Mais pourquoi ?

Un sourire ravissant apparut sur le visage angélique d’Emma.

-  Et bien pour la rencontrer, qu’est-ce que tu crois ? Je voudrais avoir l’occasion de la voir un peu avant qu’on soit tous rappelés au QG pour une urgence.

-  D’accord. Laisse-moi juste retrouver mes clés…

 

 

 

12h49, vendredi 30 novembre 2020/ secteur abandonné de la ville de Tokyo-3, Japon.

 

Emma ne s’était pas attendu à trouver un quartier aussi délabré et en ruine que celui-ci en venant à la mythique cité-forteresse de Tokyo-3. A vrai dire, ce quartier ne faisait pas réellement partie de la ville, car il était constitué d’immeubles résidentiels de la banlieue du vieux Tokyo, cependant ces structures étaient suffisamment proches pour être considérés comme étant rattachées à Tokyo-3 en tant que « secteur abandonné ». Plus personne n’y habitait depuis vingt ans.

Plus personne sauf Rei.

-  Et bien, fit Asuka depuis la banquette arrière le long de laquelle elle s’était affalée, la chouchoute du commandant a vraiment des goûts bizarres. Pas étonnant qu’elle soit devenue aussi biscornue de la tête en grandissant dans un trou pareil.

Emma était certaine que si elle tendait la main derrière elle depuis le siège passager qu’elle occupait, elle pourrait saisir la jalousie d’Asuka aussi fermement que s’il s’agissait d’un voile flottant dans le souffle de l’égo surdimensionné de la Second Child. C’est un mécanisme de défense comme un autre, après tout. Elle affiche sa supériorité partout où elle va dans le seul but de se rassurer elle-même, croyant oublier ses souffrances intérieures si elle se montre assez forte. Elle doit avoir vécu des choses bien plus dures que moi ou même Shinji… mais peut-être pas autant que Rei.

Bien qu’il fût certain qu’absolument personne d’autre ne viendrait ici, Shinji gara la voiture correctement sur un emplacement de parking le plus proche possible de l’HLM où vivait Rei. Emma vit cela comme une habitude quasi obsessionnelle de suivre les règles, non pas parce qu’il les acceptait pour leur justesse mais simplement parce qu’il ne voulait pas gêner les autres pour ne pas attirer l’attention. La Fourth Child quitta le véhicule le plus naturellement possible et observa le bâtiment en face d’elle : aucune indication, aucune marque, rien ne permettait de différencier l’appartement d’Ayanami Rei des dizaines de logements inhabités et très certainement délabrés. La porte d’entrée principale était grande ouverte, ses gonds à moitié démolis, et la quasi-totalité de sa surface métallique était attaquée par la rouille.

Shinji mena le groupe jusqu’à l’appartement n°115 qu’occupait la jeune fille et, au lieu d’utiliser la sonnette, frappa trois fois contre la porte de bois que l’humidité rendait presque aussi tendre que du carton, et qui absorba une partie du bruit que les coups auraient provoqué durant ses meilleurs jours. N’entendant pas de réponse, le garçon tourna la poignée et la porte s’ouvrit, puis il invita les deux autres pilotes à le joindre à l’intérieur.

Rei était assise sur une chaise dans la salle principale de son appartement aussi désolé que le reste de l’immeuble, vêtue de sa tenue d’écolière habituelle, le regard fixé sur la faible lueur du jour traversant les stores à moitié fermés de sa fenêtre. Elle était comme éteinte, perdue dans ses pensées au point de ne pas avoir remarqué les trois adolescents pénétrer dans son logement. Alors que ces derniers retiraient leurs chaussures, Emma ayant le bon sens d’imiter la culture japonaise, Rei s’adressa à eux de sa voix vide sans détourner son regard de la fenêtre :

-  Iraki… Langley… pourquoi êtes-vous là ? Qui est avec vous ?

-  C’est Emma Armstrong, la Fourth Child. Elle… elle voulait te rencontrer.

Rei tourna alors son regard vers eux d’un mouvement aussi lent qu’une tourelle de char, et ses pupilles rouges frappèrent Emma avec la force d’un obus d’artillerie alors même qu’ils ne laissaient transparaître absolument aucune émotion. Son visage était inexpressif, comme à son habitude, mais la nouvelle pilote ne s’était pas attendue à rencontrer une personne aussi insolite et attristante que celle qui était assise en face d’elle. Mais qui est-elle ? Qu’a-t-elle vécu pour devenir comme cela ? Elle n’a probablement aucun ami, aucun parent, personne pour la soutenir en-dehors de son métier de pilote, mais depuis combien de temps. A-t-elle toujours été seule ? Et d’où lui viennent ces couleurs d’yeux et de cheveux aussi étranges ? Serait-ce une nouvelle forme d’albinisme ou quelque chose de ce genre ? A-t-elle été rejetée par sa famille ?

Quoi qu’il en soit, elle doit avoir elle aussi perdu sa mère étant très jeune, sinon elle ne serait pas pilote de l’Eva-00. Est-ce qu’elle serait à la base de toutes les données psychologiques que nous utilisons à l’Institut Marduck ? Est-ce que, de la même manière que l’Eva-00 est un prototype d’Evangelion, elle serait un prototype de pilote formé par des procédés aussi atroces qu’impardonnables ? Personne ne mérite de vivre comme cela. Personne.

Emma s’avança soudain vers Rei et posa un genou devant elle alors que la First Child la suivait du regard toujours sans afficher le moindre signe d’émotion. Puis, aussi brusquement que si on avait tiré un coup de feu, Emma pris Rei dans ses bras, blottissant sa tête contre la poitrine de la jeune fille qui ne montra pas la moindre surprise devant ce geste inhabituel. Depuis le cadre de la porte, Shinji pouvait entendre Emma sangloter dans les vêtements de Rei, et des rayons de soleil lui furent soudain réfléchis lorsque des larmes apparurent sur le visage de la Fourth Child. Face à cette scène, Asuka se contenta de lâcher un long soupire d’exaspération en croisant les bras.

-  Pourquoi pleures-tu ? fit Rei de sa voix neutre. Es-tu triste ou heureuse ?

-  Je suis triste… pour toi. Tu es tellement… tellement… seule.

Rei ne sût pas quoi répondre à cela et le silence revint dans cet appartement au décor aussi vide que sa locataire pendant plusieurs minutes, Asuka étant retournée à la voiture pour « attendre que ces imbéciles aient fini leurs singeries ». Emma finit par trouver la force de se lever et prit les deux mains de Rei dans le sienne en plongeant son regard humide dans les pupilles rouges de la First Child pour lui dire :

- Vient habiter avec moi.

La supplication dans le regard d’Emma n’aurait laissé qu’une seule réponse possible pour n’importe quelle personne… sauf Rei. Shinji s’attendait déjà à voir cette dernière refuser, et c’est pourquoi il fut estomaqué en entendant cette voix si fragile et si faible répondre :

-  D’accord.

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LA SUITE

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 20:49

CHAPITRE DEUX : COHABITATION

 

 

 

11h00, jeudi 23 Novembre 2020/ QG de la NERV, Géofront, Ville-forteresse de Tokyo-3.

 

       Il régnait dans la salle de réunion stratégique un silence profond dont les effets variaient selon les personnes présentes alors qu’elles attendaient l’arrivée du commandant Ikari pour le débriefing. Le major Katsuragi Misato et le docteur Ritsuko Akagi étaient adossées à deux murs opposés de la salle, perdues dans leurs pensées respectives. Assis sur un même banc au premier rang, encore vêtus de leurs combinaisons de pilotage, les trois premiers Children s’échangeaient des regards remplis d’inquiétude chez Shinji, d’agressivité chez Asuka, et d’indifférence chez Rei. Le comportement de la First Child avait d’ailleurs un don particulier pour énerver la nouvelle venue qui bouillonnait intérieurement en se rappelant le déroulement de son premier combat réel. Elle a vaincu l’Ange comme si de rien n’était, et elle n’exprime pas la moindre joie. On dirait que pour elle, flinguer des Anges c’est aussi naturel que de prendre son petit-déj le matin. Mais on dirait une poupée. Pas étonnant qu’elle soit la chouchoute du commandant Ikrari si elle fait tout ce qu’on lui demande sans discuter…

       Asuka tourna alors la tête vers Shinji, qui n’avait pas osé lui dire un mot depuis son arrivée, malgré le fait qu’elle l’ait assez durement insulté lors de leur première rencontre. C’était lui qui l’avait remonté à la surface avec son Eva-01 en tirant sur le câble d’alimentation ombilicale. Il paraît qu’il a vaincu un Ange sans aucune formation… pourtant il n’a pas l’air si extraordinaire. Il a plutôt l’air d’une mauviette et d’un bon à rien, un fils à papa incompétent qui veut impressionner les gens en pilotant une Eva. Je vais lui montrer ce que c’est qu’être un vrai pilote.

       Et à elle aussi…

       C’est alors que le commandant Ikari Gendô entra dans la salle de réunion, suivit par le commandant en second Fuyutsuki. Ils affichaient tous deux un visage neutre qu’Asuka reconnut comme une habitude des officiers supérieurs qui avaient besoin de se détacher de toute compassion envers leurs troupes. Rapidement, le major Kasturagi vint les rejoindre mais ne prit pas la parole et se contenta d’attendre calmement en croisant les bras. Le ton du commandant était tout aussi inexpressif lorsqu’il s’adressa à Ristuko :

       -  Docteur Akagi, vous pouvez commencer.

       Au lieu de rejoindre les officiers sur l’estrade, la scientifique se plaça juste devant les trois pilotes. Malgré les cernes sous ses yeux, elle était en pleine possession de ses moyens et parla d’une voix extrêmement posée :

       -  Avec l’arrivée du capitaine Langley, nous allons pouvoir lancer un nouveau programme de recherche concernant la synchronisation pilote-Eva qui nous permettra sans doute, à terme, d’améliorer vos capacités pour les combats à venir. Je vous demanderai donc à partir d’aujourd’hui de vous rendre dans le laboratoire de test n°7 tous les jeudi soirs de 20 heures à 22 heures. Nous étudierons vos liens avec vos Evas respectives afin de mieux connaître les raisons qui font que vous êtes les seuls à pouvoir les contrôler. J’attends de vous tous le plus grand sérieux dans ce programme.

       «   Concernant les opérations futures, étant donné que l’Eva-02 est le premier modèle de combat créé à ce jour et que le capitaine Langley est la plus gradée d’entre vous, elle sera votre chef d’équipe à partir de maintenant et sera placée en première ligne des combats. Les Evas 00 et 01, en tant que prototypes, auront pour mission de la soutenir dans la limite du possible sans la gêner. Est-ce bien compris ?

       Asuka affichait ouvertement sa satisfaction sous la forme d’un sourire en coin et d’un regard pétillant d’excitation. Rei, quant à elle, était toujours aussi inexpressive et se contenta de hocher la tête en signe d’acceptation. Mais Shinji était assez troublé par ce brusque changement de situation :

       -  Est-ce que nous recevrons toujours nos ordres du major Katsuragi ?

       -  Uniquement pour le briefing avant le début d’une opération, afin d’établir la stratégie globale. Une fois sur le terrain, c’est le capitaine Langley qui vous dirigera, mais elle reste sous les ordres du major Katsuragi et du commandant Ikari qui prendront les choses en main si la situation l’exige.

       -  D’accord.

       C’est quoi son problème à lui ? se demanda Asuka. Il devrait être content d’avoir quelqu’un de son âge qui lui donne des ordres, plutôt que d’être obligé de faire ce que lui disent les adultes. En tout cas c’est l’occasion rêvée pour moi de leur montrer de quoi je suis capable.

       -  Par contre, continua Ristuko, vous devez rapidement apprendre mutuellement les uns des autres pour améliorer vos compétences en vue des prochains combats. Jusqu’ici nous avons eu beaucoup de chance, mais rien ne nous dit que cela continuera. C’est pourquoi je me suis arrangée pour qu’à partir d’aujourd’hui, Asuka emménage dans l’appartement de Shinji.

       -  Quoi ? s’écria Asuka avec stupéfaction. Vous voulez qu’on habite ensembles ?

       - C’est indispensable pour la réussite des prochaines opérations. Mieux vous vous connaîtrez, mieux vous arriverez à travailler ensembles. Shinji est celui d’entre vous deux qui a le plus d’expérience, et toi Asuka tu as appris à contrôler ton Eva à un niveau nettement supérieur au sien. Si vous parvenez à échanger vos compétences, cela augmentera considérablement les chances de réussite de vos prochaines missions ?

       -  Et la First ? demanda Asuka en se tournant vers Ayanami.

       -  Rei… n’a pas besoin de participer à cet échange. Tu as pu le constater lors du dernier combat.

Asuka baissa la tête pour tenter de dissimuler sa frustration, mais cela ne fit que trahir un peu plus ses émotions. Alors c’est ça ? Elle est à ce point privilégiée par le commandant qu’elle n’a pas à se mêler aux autres pilotes ? … Tant mieux. De toute façon je n’aurais pas supporté de vivre avec elle, alors autant l’ignorer.

       Voyant que le message était plutôt bien passé, Ristuko se retourna vers le commandant pour demander :

       -  Souhaitez-vous ajouter quelque chose, commandant ?

       -  Non. Tout va bien. Vous pouvez disposer.

       Sur ces mots, le commandant et Fuyutsuki quittèrent la salle aussi calmement qu’ils étaient venus. Misato emprunta une autre sortie pour rejoindre ses quartiers tandis que Ritsuko et Rei partirent également de leur côté vers une destination inconnue, laissant ainsi les deux autres pilotes d’Eva seuls pour la première fois. Asuka se demanda si elle devait à nouveau le mépriser ou essayer de s’entendre avec lui. Peut-être qu’il n’est pas totalement irrécupérable… avec un peu d’entraînement, il pourrait devenir un bon pilote, mais certainement pas aussi bon que moi. J’ai l’impression d’avoir affaire à un enfant, avec son air indécis et ce sourire gêné… même si ça le rend légèrement attirant.

       Mais qu’est-ce que je dis là ? Qui voudrait d’un tel nigaud, franchement ? S’il arrive simplement à appliquer mes ordres sans faire de bêtise, ce serait déjà un succès, mais pour ce qui est des relations il a l’air aussi doué qu’une huitre asthmatique.

       -  Arrête de me regarder comme ça ! Finit-elle par lui dire d’un ton sec. Allez, conduit-moi chez toi en vitesse, j’ai besoin de me reposer.

 

       Après avoir retiré leurs combinaisons, les deux pilotes récupérèrent la voiture de fonction de Shinji qui les emmena jusqu’à son appartement dans la ville-forteresse de Tokyo-3. Lorsqu’elle vit l’immeuble dans lequel vivait le garçon, Asuka ne put s’empêcher d’exprimer une certaine déception :

       -  C’est là que tu habites ? Franchement je pensais que les japonais entretenaient mieux leurs pilotes d’Eva…

       Shinji préféra ne rien répondre, ce qui ne manqua pas d’énerver la Second Child. Est-ce qu’il est lent, froussard ou stupide ? Peut-être les trois à la fois. Et dire que je vais devoir me le coltiner tous les jours. Heureusement que j’ai terminé mes études, sinon pour sûr je me retrouvais aussi dans sa classe.

       L’appartement de Shinji se trouvait au dernier étage de l’immeuble, de façon à ce qu’une navette de la Nerv puisse se poser sur le toit pour le récupérer au plus vite en cas d’urgence. Bien que ce logement soit assez spacieux, le garçon n’y avait apporté que très peu de décorations et avait laissé plusieurs pièces vides car ne sachant que faire avec. Les cartons contenant les affaires d’Asuka avaient déjà été entreposés dans ces pièces par des agents de la Nerv durant la matinée. La jeune pilote comprit alors que l’idée de les faire habiter ensembles avait été mis en place il y a bien plus longtemps qu’elle ne voulait le croire au départ. C’est alors qu’une question lui vint :

       -  La First habite aussi dans cet immeuble ?

       -  Non, répondit Shinji. Son appartement se trouve dans le quartier abandonné au sud de la vieille ville.

       -  Quoi ? Et elle vit toute seule dans ce trou perdu ?

       -  Apparemment.

       -  Pff… décidément je n’arriverai jamais à la comprendre, celle-là.

       Soudain, le bruit caractéristique d’une navette de transport militaire se fit entendre à l’extérieur. Cela venait du toit. Rapidement, Shinji et Asuka vérifièrent leurs téléphones pour voir s’ils n’avaient pas reçu de message de la Nerv, mais ce n’était pas le cas. Qu’est-ce que ça peut bien être ?

       -  Montre-moi comment on accède au toit, dit Asuka d’un ton sec.

       Shinji obtempéra plus par habitude que par réelle envie de se montrer serviable envers la Second Child. Le quatorzième et dernier étage de l’immeuble était simplement divisé en deux appartement séparé par un couloir avec d’un côté l’ascenseur et de l’autre un escalier menant au sommet du bâtiment. La porte menant à l’extérieur était entièrement mécanisée et ne pouvait être ouverte qu’avec un badge de la Nerv, mais alors que Shinji fouillait dans sa poche pour trouver le sien la porte s’ouvrit. Sur le fond bleu du ciel azuré de ce milieu de journée se dessinait une silhouette en uniforme et coiffée d’un béret militaire. Lorsque les yeux d’Asuka se furent adaptés au changement de luminosité, elle réalisa que la personne en face d’eux était une jeune fille d’environ son âge.

       Ses yeux d’un vert rubis rayonnaient de joie, tout comme le reste de son visage que n’importe qui aurait qualifié au minimum de « très joli », et qui semblait avoir l’habitude de sourire intensément de façon permanente. Ses cheveux d’un blond magnifique étaient pour la plupart retenus à l’intérieur de son béret, mais au vu de la forme de celui-ci ils devaient être plutôt longs. Sur son uniforme, on pouvait distinguer très nettement l’emblème de l’US Air Force ainsi que les barrettes indiquant le grade de sergent-chef.

       -  Bonjour, dit l’inconnue avec enthousiasme. Je suis Emma Armstrong, la Fourth Child. Je viens emménager dans l’appartement d’en face.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:07

CHAPITRE CINQ : LES TÉNÈBRES DE L’ÂME

 

 

Cité-ruche Dienk, monde-ruche Vogen, sous-secteur Volkmar, secteur Hullerstorm.

 

         Alors que j’avançais le plus rapidement possible parmi les ruines de la ville, suivi par l’escouade de vétérans qui constituait ma garde rapprochée, j’entendais de plus en plus distinctement les tirs et les cris provenant du campement assiégé. Il me fallut un instant avant de me rendre compte qu’aucun des sons qui me parvenaient ne semblait provenir des attaquants : pas de cris de charge ni d’insulte à l’Empereur ou à Ses suivant hurlé en signe de défi, rien qui n’indiquait réellement quel type d’ennemi affrontaient les deux pelotons descendus avec moi au niveau vingt-six de Dienk. Pendant un court moment, je craignis que les psykers hérétiques ne soient parvenus à retourner ces soldats les uns contre les autres…

         Mais cette peur disparut lorsque des silhouettes apparurent devant moi, surgissant d’un bâtiment pour se diriger à toute vitesse vers le lieu du combat. Je ne les avais aperçus que l’espace d’une seconde, mais il était clair d’après leur apparence qu’il s’agissait d’habitants de la cité-ruche, bien qu’il ne me semblait pas avoir vu d’armes dans leurs mains. Il fallait avouer que la vision nocturne de mes lunettes spéciales n’était pas d’une qualité exemplaire, et que ce genre de détail pouvait parfaitement m’avoir échappé. Utilisant le langage gestuel de combat de la Garde Impériale, j’ordonnais aux vétérans dunerriens à mes côtés de ne pas tirer sans mon ordre et de se déplacer discrètement à partir de maintenant.

         J’avais beau me dire que les ténèbres dans lesquelles était plongée cette partie de la ville nous aideraient à ce que les hérétiques ne nous repèrent pas, quelque chose me disait que c’était une grossière erreur. Ces individus que je venais de voir… leurs mouvements étaient rapides et assurés, comme s’ils voyaient parfaitement l’environnement autour d’eux. Ils ne faisaient qu’un avec les ténèbres, et cela avait le don de m’inquiéter au plus haut point.

         Soudain, j’entendis un bruit métallique juste derrière moi. Alors que je me retournais, je vis avec stupéfaction la silhouette d’un homme qui n’était assurément pas l’un des vétérans de mon escouade, et qui se tordait de douleur en se tenant la tête comme si son crâne allait exploser. Instinctivement, je fis jaillir les griffes éclaires des Serres d’Eridios dont les arcs électriques illuminèrent légèrement la scène tandis que je cherchais du regard les membres de ma suite… qui avaient tous disparu.

         L’homme inconnu continuait de trembler de tout son être sous l’effet d’une souffrance apparemment atroce, mais sans qu’aucun son ne s’échappe de sa gorge. Il ne faisait aucun doute que c’était mes facultés d’Intouchable qui l’affectaient ainsi, pour une raison inconnue, et à en juger par son accoutrement et au nombre impressionnant de couteaux accrochés à sa ceinture, il s’agissait à coup sûr d’un hérétique. Sans attendre qu’il s’habitue à ma sphère de négation, je lui plantai mes griffes au travers du corps et fut surpris de n’entendre aucun cri, pas même le moindre râle, juste le simple bruit de sa respiration qui devenait de plus en plus difficile alors que ses poumons se remplissaient de sang. De ses mains griffues, il tenta de me lacérer le visage. L’instant suivant, deux membres sanguinolents tombèrent sur le sol, et toujours aucun cri. L’homme s’effondra sur le sol et je le laissai là à son triste sort, cherchant plutôt à comprendre comment il était arrivé jusque-là.

         C’est alors que j’aperçus le corps de l’un des vétérans qui me suivait, étendu au milieu des décombres, une plaie béante en travers de la gorge. L’hérétique devait certainement avoir fait de même avec tous les autres, éliminant les soldats l’un après l’autre dans un silence total, jusqu’à être stoppé par mon sombre pouvoir. Pourquoi avait-il été autant affecté par mes capacités ? Depuis quand nous suivait-il avant de s’être décidé à agir ? Et pourquoi était-il si muet ?

         Je n’avais pas le temps de me poser toutes ces questions : le tumulte du combat me rappela l’urgence de la situation, et je repris le chemin du campement en accélérant l’allure. Je commençais à apercevoir au loin les tirs de laser traversant les rues. Le campement était tout proche lorsque je me heurtai à cinq silhouettes qui venaient à ma rencontre. Contrairement au premier qui avait cherché à m’approcher discrètement, ceux-ci ne cherchaient nullement à me tendre un piège et comptaient m’affronter de face. Tout comme leur congénère, ils ne portaient que des lames sur eux et se jetèrent alors sur moi avant que je puisse dégainer le pistolet bolter accroché à ma ceinture. Ce n’était pas un problème.

         Mon premier coup de griffe trancha la main du plus proche hérétique, dont je sectionnai la tête dans un geste vif. D’un mouvement d’ouverture latérale des deux mains, je parais les deux attaques suivantes avant de planter mes serres dans mes adversaires qui s’effondrèrent comme des marionnettes désarticulées. Ces trois morts ne découragèrent nullement les survivants, dont les attaques ne furent pas plus productives : l’énorme hachoir que tenait l’un d’eux vint se coincer entre mes griffes droites et je le désarmais d’un mouvement rotatif avant de le couper au niveau des genoux. Alors qu’il tombait à terre dans un bruit de chaire brisée, son dernier acolyte tenta de lancer deux couteaux dans ma direction. Mais ces hommes étaient des civils corrompus, pas des soldats, et il me rata complètement pour se retrouver vulnérable à mes lames énergétiques qui lui labourèrent le torse pour l’envoyer rependre son sang impur dans le caniveau d’une ruelle.

         A aucun moment de l’affrontement les hérétiques ne prononcèrent le moindre son.

 

         Lorsque j’arrivai enfin devant le campement, les soldats dunerriens étaient engagés contre une foule d’hérétiques tous aussi muets que ceux que j’avais rencontrés, mais qui se jetaient à l’assaut des positions impériales sans la moindre hésitation ni la moindre peur. Des deux pelotons descendus avec moi ici, il ne restait plus que quelques escouades éparses qui s’étaient retranchées dans une ruine non loin du monte-charge, luttant désespérément pour leur survie. Les armes laser des troupes dunerriennes tombées au combat n’avaient pas été récupérées par les hérétiques, aussi je décidai aussitôt de me lancer à l’assaut de l’ennemi. Des renforts rebelles continuaient d’arriver par petits groupes de toutes les directions, et se jetaient alors sur moi dans l’espoir de me vaincre, mais leurs aptitudes n’étaient pas suffisante pour rivaliser avec celle d’un inquisiteur de l’Ordo Hereticus tel que moi. Lentement, je me frayais un chemin parmi la foule d’adversaires, guidé par ma foi en l’Empereur et la conviction de ma juste cause.

         Peu à peu, les hérétiques assiégeant la position des soldats de la Garde prirent conscience de ma présence et une partie d’entre eux se rua dans ma direction, mais la plupart d’entre eux s’arrêtèrent net dès qu’ils pénétrèrent à l’intérieur de ma sphère de négation. Cela me permettait d’avoir moins d’adversaire à combattre sur le moment, mais sans aide je craignais bien ne pas pouvoir tenir longtemps. J’avais beau posséder un équipement et des compétences nettement supérieures, le nombre de mes ennemis ne cessait de croître et mes forces n’étaient pas sans limites. Je commençais à croire que j’étais perdu lorsqu’un tir de laser provenant du bâtiment assiégé passa au-dessus de moi et frappa le crâne d’un hérétique qui s’apprêtait à me frapper dans le dos. Un deuxième, puis un troisième, puis encore toute une série de tirs d’une extrême précision frappèrent à chaque fois les assaillants contre lesquels j’étais vulnérable. Cela ne pouvait être que l’œuvre d’un tireur d’élite de haut niveau, capable de réagir en un instant à mes mouvements et à ceux de mes adversaires tout en gardant une précision remarquable. Grâce à cette couverture, je pu vaincre tous les hérétiques qui cherchèrent à m’affronter, découpant ceux qui me faisaient face et laissant les autres à mon mystérieux ange-gardien, jusqu’à ce que les gardes qui s’étaient retranchés viennent me porter assistance en tirant à bout portant sur les traîtres et en les affrontant eux aussi au corps à corps.

         Le combat fut rude, cruel et sans pitié, mais nous en sortîmes victorieux. Il était impossible de savoir combien de ces individus nous avions tué, ni combien d’entre eux s’étaient repliés. Notre seule réelle satisfaction était d’être en vie.

         -  Maître Silverstein !

         C’était le lieutenant Hekman qui s’approchait de moi. Il était entièrement recouvert de sang et de poussière, et son armure portait les marques de plusieurs coups portés par les hérétiques. Son visage dur qui semblait avoir été taillé dans le roc portait deux nouvelles cicatrices au menton et sous la joue gauche, où le sang avait à peine eu le temps de sécher, pourtant il était encore au meilleur de sa forme et prêt à retourner au combat. De sa voix rauque, il ne put s’empêcher de me dire :

         -  Vous leur avez donné une sacrée correction à ces enfoirés, je dois dire. Sans vous, je pense qu’on aurait tous fini par y passer. Où sont les vétérans qui étaient avec vous.

         -  Morts, assassinés par ces traîtres. Je suis désolé pour ces pertes, lieutenant.

         - Ils étaient de bons soldats, c’est vrai, mais au moins ils sont morts en servant l’Empereur.

         -  Au fait, qui est le tireur qui m’a épaulé pendant le combat ?

         Le lieutenant eut un curieux moment d’hésitation.

         -  Euh… et bien il s’agit du tireur d’élite de mon escouade de commandement, le caporal Eric Hosman. Il sert sous mes ordres depuis deux ans.

         -  Je souhaiterais le voir, lieutenant.

         -  … Très bien, maître Silverstein.

         Pendant que l’officier allait chercher ce fameux tireur, je me penchais sur l’un des nombreux corps d’hérétiques qui traînaient au sol afin de l’étudier à la lumière d’une torche. Le symbole maudit de l’étoile à huit branches avait été découpé sur la peau de son cou, probablement à l’aide d’une lame sale au vu des inflammations entourant la zone ainsi marquée, réaction naturelle du corps face aux infections. Je compris également pourquoi il était totalement muet lorsque j’examinai sa gorge, dont les cordes vocales avaient tout bonnement disparu. Il n’en restait que de minuscules manchons à peine visibles, dont les extrémités ne portaient pas la moindre marque apparente de brûlure ou de coupure. Je soupçonnai là l’œuvre d’une manipulation psychique.

         En dehors de cela, le corps ne portait aucune marque de scarification. Mais lorsque je lui relevai ses paupières pour examiner ses yeux, je ressentie un frisson me parcourir la colonne vertébrale : ils ne possédaient pas de pupille et d’innombrables vaisseaux sanguins traçaient des courbes rouges depuis les extrémités vers le centre. J’étudiai plusieurs autres corps et découvrais la même chose sur chacun d’entre eux. Etait-ce là une mutation leur permettant de voir dans le noir ? Ou peut-être une modification corporelle apposée de manière psychique pour les rendre plus performant dans cet environnement ?

         Mais la voix du lieutenant Hekman m’arracha soudain à mes réflexions :

         -  Maître Silverstein ! Voici le caporal Eric Hosman, mon meilleur tireur.

         L’homme que le lieutenant avait amené avec lui devait avoir à peine vingt-huit ans et portait un fusil laser de précision en bandoulière. Son visage était à moitié recouvert par le haut de sa cape de caméléonine, ne laissant voir que ses yeux noirs plein d’assurance et ses courts cheveux bruns coiffés en bataille. Contrairement aux autres soldats, il ne portait pas sa plaque d’identité sur son plastron mais l’avait simplement attaché à sa ceinture, démontrant une certaine opposition au protocole militaire pleinement assumée. Sa voix était emplie d’un orgueil mal placé mais qui tenait plus du défi que d’autre chose :

         -  Caporal Hosman à vos ordres, seigneur.

         Il fit un salut militaire très minimum et hocha légèrement la tête. Ce soldat ne paraissait pas habitué à recevoir des reproches pour son manque flagrant de respect pour la hiérarchie ou tout autre usage militaire propre à son régiment. Je ne pouvais pas me permettre de laisser un sous-officier se comporter ainsi devant moi, aussi décidai-je de le remettre à sa place :

       - Vous êtes en présence d’un inquisiteur de l’Ordo Hereticus, caporal ! Observez la discipline et faites honneur à votre uniforme !

         -  Euh… oui monseigneur, dit-il d’une voix claire en se redressant brusquement avant de s’incliner. Je m’excuse profondément pour ma conduite.

         -  Veuillez bien vous découvrir, alors.

         De sa main gantée, il dévoila le bas de son visage. Une barde de deux jours négligée recouvrait l’extrémité de ses joues et de son menton fendu en deux par une cicatrice, finissant de lui donner une apparence de mauvais garçon bourreau des cœurs. Son nez fin légèrement retroussé était encadré de deux joues aux pommettes saillantes habituées à être remontées par de larges sourires.

         - Pourquoi m’avez-vous aidé tout à l’heure ? lui demandai-je.

        - Euh... seigneur, fit-il en prenant un ton plus humble. Et bien je voudrais vous dire que j’ai été très impressionné lorsque vous avez… fait leur fête à ces enfoirés. Je suis pas un combattant, mais je sais que se mesurer à autant de mecs à la fois, c’est pas permis à tout le monde. Néanmoins vous étiez en mauvaise posture, alors j’ai décidé de vous aider.

         -  Ce n’était pas un ordre de votre lieutenant ?

      -  Non, monseigneur. Il m’avait demandé de me poster au deuxième étage de notre bâtiment pour descendre autant d’ennemis que possible. C’est mon boulot, après tout, et lorsque je vous ai vu étriper ces types… ben je me suis dit que je pouvais vous filer un coup de main.

         Son caractère me plaisait assez. Son soudain changement d’attitude me prouvait bien que cette défiance envers le protocole n’était en réalité qu’une façade, et qu’au fond de lui ce n’était pas le mauvais garçon que l’on pensait à première vue. Je me doutais qu’il devait avoir une psychologie bien plus profonde et complexe. Il y avait quelque chose en lui de fascinant que je n’arrivais pas à m’expliquer, comme une sorte de magnétisme invisible. C’est à ce moment-là que je me rendis compte qu’il ne semblait pas être affecté par mes facultés d’intouchable, une chose assez rare d’après ma propre expérience.

         -  Caporal, lui dis-je. En tant qu’inquisiteur de l’Ordo Hereticus, je n’ai encore personne à mon service, et vous semblez être un tireur d’exception. Accepteriez-vous d’être le premier membre de mon équipe ?

         Le soldat ne put s’empêcher d’exprimer une surprise presque exagérée. L’inquisition n’était pas une institution très appréciée par le reste de l’Imperium, qui voyait ses agents comme des fouineurs et des tyrans, alors qu’ils ne savaient presque rien des terribles menaces contre lesquelles nous les protégions. Eric Hosman ne semblait pas avoir ce genre de problème. 

         -   Pourquoi pas ? me répondit-il simplement.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:04

CHAPITRE QUATRE : LA CITÉ ASSIÉGÉE

 

 

La Falaise des Tempêtes, monde-ruche Vogen, sous-secteur Volkmar, secteur Hullerstorm.

       Depuis le bord de la falaise rocheuse où avait été établi le quartier général des forces impériales, j’observais le bombardement orbital s’abattre sur la cité-ruche de Dienk avec une violence terrifiante, pulvérisant des bâtiments par dizaines et rasant des quartiers entiers en un rien de temps. Les officiers de la Marine Impériale savaient pertinemment que ce n’était qu’une dépense inutile de munition, l’ennemi s’était depuis longtemps retranché dans les niveaux inférieurs de la ville cyclopéenne, mais le commandant Xarlos qui dirigeait le siège estimait que cela pouvait affaiblir le moral des hérétiques avant l’assaut. Cela faisait à peine une heure que le bombardement avait commencé et déjà la moitié de Dienk avait été transformée en un amas de ruines fumantes.

       Cette ville de taille gigantesque était constituée de plus de vingt-sept niveaux habitables qui se superposaient les uns sur les autres en donnant à l’ensemble une structure pyramidale.  Seule la périphérie de chaque niveau se trouvait alors exposé à l’air libre et donc aux armes navales de la flotte, cette zone exposée étant large d’environ deux kilomètres, le reste constituant un environnement urbain sombre, illuminé uniquement par les lumières artificielles de la ville. Du temps où elle encore l’un des principaux centres de population de Vogen, la cité-ruche Dienk abritait plus de trente millions de personnes, réparties selon leur fonction ou leur classe sociale dans les différents étages de la ville avec au sommet, les bâtiments des institutions impériales comprenant principalement le palais administratif.

       A mon arrivée ici, j’avais été surpris de découvrir que les forces de la Garde Impériales envoyées mater la rébellion venaient tout juste d’arriver sur place, débutant leur campagne par une technique de siège classique avec l’emploi immodéré d’artillerie terrestre et navale. Il y avait là deux régiments déployés dans ce conflit : le 340ème des Faucons de Dunerre et le 847ème des Gardes de Fer d’Hullorden. Le commandant Xarlos faisait partie des troupes d’Hullorden et appliquait donc une stratégie de guerre d’usure comme son armée avait l’habitude de suivre depuis sa création, attendant que l’ennemi soit suffisamment affaibli pour mener une charge massive avec ses larges effectifs de chars et de compagnies mécanisées, ainsi qu’avec les troupes aéroportées dunerriennes. Mais je n’étais pas là pour donner des conseils en matière de guerre à grande échelle. Ma mission était de traquer les psykers renégats qui avaient poussé la population de Dienk à se rebeller pour que ce fléau soit écrasé dans l’œuf et qu’il ne puisse plus se propager.

       D’après les renseignements que j’avais obtenus des membres de l’état-major, la quasi-totalité de la population de Dienk semblait s’être soulevée d’un seul coup sans aucun signe avant-coureur. Cette révolte avait été si soudaine qu’en une seule journée, la cité-ruche toute entière était passée sous le contrôle des hérétiques, écrasant toute résistance loyaliste. Même le palais du gouvernement de la cité n’ayant pas réussi à résister à cette attaque en masse. Le bombardement orbital était donc d’une certaine manière justifié car même s’ils étaient composés de soldats professionnels et bien entraînés, les deux régiments de la Garde présents sur le théâtre des opérations étaient nettement moins nombreux que les trente millions de citoyens renégats. J’espérais simplement que je n’aurais pas à attendre trop longtemps avant de pouvoir entrer dans la ville.

       Détachant du regard cette démonstration de force brute, je me tournais vers la tente de l’état-major où avait été installé le matériel nécessaire pour coordonner les forces impériales rassemblée sur place. Je n’avais plus besoin de présenter mon insigne inquisitorial aux gardes postés à l’entrée, car la nouvelle de mon arrivée s’était déjà ébruitée à travers les deux régiments aussi rapidement qu’une trainée de poudre. Lorsqu’il me vit arriver, le commandant Xarlos perdit l’expression de satisfaction qu’il exprimait jusque-là et serra un peu plus nerveusement la liasse de papier que son officier des communications venait de lui remettre. Dès notre première rencontre, j’avais bien sentit qu’il ne m’aimait pas beaucoup. Probablement ma nature d’Intouchable, ou alors l’autorité inquisitoriale que je représentais, ou encore le fait qu’il devait bien avoir trois fois mon âge et un ego facilement froissable quand il s’agissait de recevoir des ordres. De toute façon, je n’attendais de lui qu’une entière coopération, et non une entente cordiale.

       - Vous en avez eu assez du spectacle, inquisiteur ? demanda-t-il avec une pointe de contrariété dans la voix.

       Volontairement, j’ignorais ses paroles pour en venir immédiatement au plus important :

       -  Quand comptez-vous lancer l’assaut ?

       -   … Dans près d’une demi-heure, lorsque la flotte aura terminé de raser les zones apparentes de la ville.

       -  Et quelle sera votre tactique ?

       Je sentis clairement que son humeur devenait de plus en plus mauvaise rien qu’à la moue horrible que dessinait son faciès ridé, mais je devais clairement affirmer mon autorité sur lui. Essayant de garder son calme, le commandant se dirigea vers la table stratégique où un projecteur holographique affichait une vision en trois dimensions de la cité-ruche. L’image était rafraîchie en tant réelle grâce à une liaison directe avec les senseurs longue portée des vaisseaux de la flotte, ce qui permettait d’observer l’état général de la structure.

       -  L’Administratum nous a ordonné de raser Dienk intégralement, expliqua-t-il. Pour cela, nous allons pénétrer dans la ville avec nos compagnies blindées en sept endroits différents pour y établir des avant-postes. Une fois les premières positions défensives établies, nous attendrons la contre-attaque ennemie qui se brisera sur nos lignes et nous permettra d’éliminer un grand nombre d’hérétiques. Par la suite, nous devront faire avancer nos troupes à travers le premier niveau pour sécuriser les cinq cent quatre-vingt-six piliers de soutient qui maintiennent les niveaux supérieurs de la ville. En les détruisant, nous feront s’effondrer Dienk dans sa totalité.

       -  Avez-vous une estimation du temps qu’il vous faudra pour cela ? Fis-je d’une fois neutre.

       -   Pas plus de trois mois, je l’espère. Ces traîtres sont peut-être nombreux, mais ils ne disposent d’aucun armement sérieux pour s’opposer à nous. Ils seront écrasés sous les chenilles de nos chars comme un insecte sous le talon d’une botte.

       -   Sauf que vous devez parvenir à gérer trente million de ces insectes, commandant. Pensez-vous que ce sera aussi simple que cela ?

       -    Il y aura des pertes, cela est certain, surtout durant les premiers engagements lorsque nous devront découvrir les moyens et la stratégie adverse. Mais je reste très optimiste quant à notre capacité à réussir.

       -   Quoi qu’il en soit, je vais devoir mobiliser une partie de vos forces dans le cadre de mon enquête.

Le visage du commandant eut un rictus presque imperceptible mais qui trahissait clairement son mécontentement. Sans attendre qu’il se remette de mes paroles, je continuai :

       -   J’ai besoin de cinq compagnies aéroportées complètes pour prendre position sur le dernier niveau de Dienk. Je suis certain que les chefs hérétiques doivent se cacher quelque part dans les niveaux supérieurs, et il est vital qu’ils soient neutralisés au plus vite. Cela brisera le moral de la population, ce qui facilitera grandement votre avancée dans la ville.

       A vrai dire, je n’étais absolument pas certain que les psykers renégats dirigeant la rébellion se trouvaient là. J’avais simplement une intuition et maître Kantores m’a appris à toujours faire confiance à ses intuitions, car c’est à travers elle que l’Empereur nous transmet ses conseils, mais si j’avais dit au commandant Xarlos que je comptais mobiliser cinq compagnies entières sur la simple base d’une intuition, il aurait certainement été moins enclin à coopérer.

       -   Bien, dit-il dans un soupire de résignation. Je vais vous détacher cinq compagnies dunerriennes pour vous assister dans votre chasse. Je doute que vous puissiez aller loin avec si peu d’infanterie, mais après tout c’est votre problème.

 

 

       Les troupes que j’avais réclamées étaient constituées des compagnies n°12 à 16 du 340ème de Dunerre, et étaient embarquées dans un grand nombre de navettes Valkyries ainsi que dans une demi-douzaine de transporteurs Gemini. Ces vaisseaux typiques de l’armée Dunerrienne pouvaient être considérés comme les équivalents impériaux des Thunderhawk de l’Adeptus Astartes. Faisant environ vingt mètres en longueur, six en largeur et cinq en hauteur, ils pouvaient transporter plus de quarante-cinq fantassins chacun ainsi que deux véhicules légers, et disposait d’un armement assez polyvalent. Ces vaisseaux étaient l’équilibre idéal entre capacité de transport, manœuvrabilité, résistance et puissance de feu, ce qui en faisait les piliers de la stratégie d’attaque rapide des régiments de Dunerre, célèbres pour leurs assauts aéroportés.

       Pour le moment, ces troupes et leurs transporteurs étaient encore en train de se préparer à partir, le feu vert de l’état-major étant sur le point d’être donné. Le commandant Xarlos souhaitait que les forces d’attaque pénètrent dans la ville le plus rapidement possible dès que le bombardement orbital cesserait afin que l’ennemi n’ait pas le temps de réorganiser ses défenses à la périphérie de Dienk. Au loin, on pouvait encore entendre le bruit des explosions qui semblaient se faire de plus en plus nombreuses, comme si la flotte cherchait à prouver quelque chose avant de devoir faire taire ses canons.

       J’avais déjà rencontré des troupes dunerriennes durant certaines de mes enquêtes auprès de mon maître. C’étaient des soldats courageux aux tactiques agressives mais très efficaces, qui comptaient sur la grande mobilité de leurs compagnies aéroportées pour frapper les points faibles de l’ennemi ou effectuer des manœuvres de contournement. Leurs débarquements par navettes étaient célèbres dans le secteur Hullerstorm et même en dehors, mais si j’avais pu en observer un certain nombre jusqu’à maintenant, je n’avais encore jamais eu l’opportunité d’en vivre un directement. Accroché à mon siège par des sangles parmi les hommes et les femmes de la 15ème compagnie, j’observais les visages résolus de ces combattants dont les visages exprimaient aléatoirement l’excitation, la fierté ou l’inquiétude. Je ne devais pas me voiler la face : certains d’entre eux devaient voir d’un très mauvais œil le fait de devoir suivre les ordres d’un inquisiteur, celui-ci pouvant très bien les envoyer à une mort certaine.

       Soudain, l’état-major ordonna l’ordre de départ et notre pilote fit décoller la navette pour la diriger vers la cité-ruche. Le léger tangage de l’appareil nous secoua l’estomac le temps qu’il se stabilise pour adopter une trajectoire directe vers le vingt-septième et dernier niveau de Dienk, notre objectif. C’est lorsque nous ne fûmes plus qu’à une demi-douzaine de kilomètres que le bombardement orbital cessa pour nous laisser le champ libre. Les parties apparentes de la cité-ruches avaient été totalement dévastées, les plus hauts bâtiments n’étant plus que des monceaux de gravas et de poussières où subsistaient quelques rares ruines dont la hauteur ne dépassait pas la dizaine de mètres.

       Le dernier étage de Dienk était sans doute celui qui avait le plus souffert. Alors qu’il y a encore quelques heures il comptait les plus beaux édifices de la cité-ruche, sa surface n’était plus recouverte que par des de vastes étendues de dunes poussiéreuses d’où s’échappaient encore des vapeurs là où les dernières frappes étaient tombées. Il n’y avait pas âme qui vive, mais cela ne durerait certainement pas longtemps. Les cinq compagnies aéroportées placées sous mes ordres atterrirent au centre du vingt-septième niveau, là où devait se trouver l’unique accès vers les niveaux inférieur et donc le seul endroit par-lequel les hérétiques pourraient venir nous attaquer. En quelques instants, les quelques 800 soldats s’étaient dispersés parmi les ruines pour explorer les environs et établir un périmètre de défense avec leurs équipes d’armes lourdes. Des caisses de matériels furent ensuite déchargées pour établir un poste de commandement ainsi qu’une réserve de munitions pendant que les pilotes coupaient leurs moteurs et que les techniciens vérifiaient leurs auspex à la recherche d’activité ennemie. Jusque-là, tout se passait plutôt bien.

       -   Seigneur, fit soudain le capitaine Jorus de la 15ème. Nous avons découvert l’accès vers les niveaux inférieurs. Quels sont vos ordres ?

       -    Je vais partir en reconnaissance avec deux de vos pelotons. Restez en contact et tenez-vous prêts à envoyer des renforts si nécessaire.

       -    Comme vous voudrez, seigneur.

       Si je devais qualifier le capitaine Jorus en un seul mot, je dirais « professionnel » : il ne cherche jamais à savoir quelle raison se cache derrière un ordre et se contente simplement de l’appliquer avec une application difficilement égalable. Cela lui évite de se poser trop de question et lui permet de se concentrer uniquement sur sa mission. J’espérais simplement qu’il serait également capable de prendre de bonnes initiatives si les choses ne se déroulaient pas comme prévu.

       L’accès vers le vingt-sixième étage était un énorme monte-charge dont la plate-forme faisait près de quinze mètres sur dix, suffisamment pour y placer un char super-lourd de classe Baneblade mais pas assez pour les soixante-dix soldats qui m’accompagnaient et leur matériel. Il allait falloir faire le voyage en deux fois, et c’est pourquoi je choisis d’emmener avec moi les escouades de vétérans et d’armes lourdes de façon à disposer de la plus grande puissance de feu au cas où les hérétiques nous attendraient déjà en bas.

       La descente me sembla durer une éternité alors que la plate-forme parcourait les quelques centaines de mètres qui séparaient les deux niveaux de la cité-ruche. Le conduit du monte-charge nous empêchait de voir ce qui nous attendait en contre-bas, mais je doutais fortement que l’ennemi soit au courant de notre présence si tôt après la fin du bombardement, ou plutôt du moins je l’espérais…

       Lorsque le monte-charge s’arrêta enfin et que la double-porte blindée s’ouvrit devant nous, ce fut pour nous présenter un décor ténébreux où aucune lumière ne brillait et dont silence était aussi pesant que l’air qui était chargé de poussières. Les soldats qui m’accompagnaient activèrent les torches intégrées sous les canons de leurs fusils lasers tandis que les chefs d’escouade mettaient en marche la vision nocturne de leurs casques. Le lieutenant Hekman qui commandait le premier peloton me passa des lunettes spéciales qui me permirent de mieux observer le décor urbain qui nous entourait.

       Ce niveau avait été le quartier riche de Dienk, le lieu d’habitation des familles nobles ou bourgeoises et des privilégiés de la société, avec leurs résidences luxurieuses, leurs parcs artificiels et leurs avenues resplendissantes. Désormais, tout n’était que ruine, les bâtiments s’étant effondrés des suites des violentes secousses provoquées par le bombardement qui avaient eu le même effet qu’un tremblement de terre de grande magnitude. Les dégâts structurels étaient énormes si l’on oubliait la dévastation totale qui avait frappé les parties émergeantes de la cité-ruche, et à bien y réfléchir ce n’était pas une bonne chose pour nous car il serait nettement plus difficile de trouver des positions facilement défendables dans tout ce chaos.

       Alors que le monte-charge remontait pour aller chercher le reste de l’expédition, je demandais au lieutenant Hekman d’établir notre campement le plus près possible de celui-ci afin d’en protéger l’accès. Pendant ce temps, je choisissais l’une des escouades de vétérans pour explorer les ruines et chercher des traces des hérétiques et surtout des psykers qui avaient créé cette rébellion. Les vétérans dunerriens étaient tous équipés de visions nocturnes intégrées à leur casque, ce qui nous permettait d’avancer discrètement et donc d’éviter d’attirer l’attention. Equipé de mon traqueur psy, j’avançais à la tête de l’escouade au milieu des ténèbres et surveillant toutes les lignes de tirs possibles comme je l’avais appris, me fondant parmi les ombres avec une habilité que mon escorte imitait plutôt bien. Notre traque dura plus d’une demi-heure dans les environs immédiats du monte-charge, et je ne trouvai absolument aucun indice sur une quelconque présence récente des hérétiques dans ce secteur. Ne voulant pas pousser le risque trop loin, je décidai de retourner au camp afin de rassembler une plus grosse équipe pour une nouvelle exploration.

        Mais alors que nous étions sur le point d’arriver, des détonations de fusils lasers se mirent à retentir au niveau du monte-charge. Les éclairs rouges des tirs d’armes impériales illuminèrent les ténèbres, se faisant de plus en plus nombreux à chaque instant, tandis que des cris résonnaient à travers les ruines. Cela ne pouvait signifier qu’une chose :

       Le campement était attaqué.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:01

CHAPITRE TROIS : NOUVELLE VIE

 

 

Quartiers riches de la ruche Prioris, monde-ruche Hullorden, sous-secteur Antelis, secteur Hullerstorm.

       Mon maître avait tenu à ce que nous fêtions l’évènement entre nous, dans sa demeure personnelle des hauts quartiers de la cité-ruche Prioris sur Hullorden. Contrairement à moi, il n’avait pas la même aversion pour cette planète et s’y était établi pour rester suffisamment près du siège de l’Ordo, où il consultait souvent les archives pour ses enquêtes. Il avait acheté tous les appartements sur deux étages complets d’un luxueux immeuble, et les avait ensuite aménagés selon ses convenances personnelles. Il y avait là plus de trente serviteurs de Kantores qui y vivaient presque en permanence, gérant les différentes affaires dont l’inquisiteur n’avait pas le temps de s’occuper. C’était également un lieu très bien protégé, bardé de détecteurs, de verrous multi-codes et de systèmes défensifs qu’il faudrait des heures à contourner même pour une personne experte. Aucune personne ne faisant pas de l’équipe de Kantores n’y avait jamais mis les pieds depuis qu’il l’occupait. Mais ce jour là, il y eut une exception.

        Helena, ma sœur cadette que je n’avais plus revue depuis mon départ d’Eridios, m’attendait dans le grand salon en buvant l’un des grands crus de la réserve de Kantores, confortablement installée dans un épais fauteuil de cuir blanc. Elle était ravissante dans sa robe légère de soie bleu turquoise à col montant, ses avant-bras enveloppés dans de délicats gants blancs affichant l’emblème de notre maison : un aigle aux ailes déployés et tenant un serpent entre ses serres. Les longs cheveux noirs d’Helena étaient dressés en un chignon très soigné, et ses yeux d’un bleu profond me fixaient avec une lueur bienveillante comme à son habitude. Contrairement à la plupart des femmes de notre maison, Helena ne mettait pas de fond de teint pour maquiller la pâleur naturelle de son visage, car elle cultivait ses origines avec un amour tout particulier. Pour elle, rien n’était plus important.

       Dès qu’elle me vit, elle posa délicatement son verre et se leva. En trois pas je fus devant elle et l’embrassai fraternellement, laisser s’écouler une grande joie de mon regard qu’elle ne manqua pas de remarquer. 

            -  Je suis si content de te revoir, Helena, lui dis-je.

            -  Moi aussi, Asphar.

            -  Comment se passent les choses sur Eridios ?

            - Tout va très bien, merci. Je viens d’ailleurs tout juste de conclure une vente de quinze vaisseaux à une guilde marchande sur Ouragos. La plupart des autres chantiers devraient être terminés dans les temps et les mines restent productives.

       - Je vois que j’ai eu raison de te laisser les rênes de la famille. Père et mère doivent être très fiers de toi.

       -  Ils seront encore plus fier de toi, Asphar, lorsque je leur apprendrai que tu es devenu Inquisiteur. Tu sais, même si ce… pouvoir que tu as manifesté la dernière fois qu’on s’est vu les a quelque peu effrayé, ils ont toujours été persuadés que tu accomplirais de grande choses.

      Alors que je la revoyais, resplendissante de joie et de pureté, je savais que j’avais pris la bonne décision en lui confiant l’avenir de la maison Silverstein. Contrairement à Julius qui avait été corrompu par le pouvoir, Helena possédait une sagesse immense et une modestie qui la mettait totalement à l’abri des pièges moraux qui frappaient habituellement les grandes maisons.

            -  C’est… c’est le même uniforme que quand tu es parti ! remarqua-t-elle en voyant la légère brûlure située au niveau de l’épaule gauche, causée par la frappe psychique reçue lors de mon affrontement avec Julius. Tu as continué de le porter tout ce temps ?

      Cette tenue avait une grande signification pour moi, car tout comme Helena, je chérissais énormément mes origines et je n’étais pas peu fier d’avoir servi dans les Légions Argentées d’Eridios. Même si je n’avais jamais participé à des combats réels durant cette période, j’étais un officier militaire de carrière, ma famille m’avait préparé dès ma naissance à cette destinée, une éducation que je ne souhaitais pas oublier.

            -  J’ai beaucoup de mal à le tenir en état, avouais-je, mais j’aurais encore plus de difficulté à porter autre chose.

            -  C’est bien mon grand frère préféré, ça.

        Elle me prit dans ses bras et m’enlaçant avec une force que je ne lui soupçonnais pas. Le fait qu’elle me dévoile tant de tendresse me touchait profondément. Mais soudain, Helena fut prise d’une violente migraine qui l’obligea à s’écarter rapidement pour retourner à son siège, tenant sa tête comme si son poids venait de tripler. Elle donnait l’impression d’avoir eu son crâne compressé par une force colossale et ses forces physiques avaient quelque peu diminué également.

       -   Qu… qu’est-ce qui m’arrive ? demanda-t-elle d’une voix faible. Est-ce que c’est le vin ?

       -   Non Helena, répondis-je avec regret, c’est ma faute. Ce pouvoir, comme tu dis… je ne peux pas le maîtriser. Je suis désolé… j’aurais dû te prévenir. Il s’exprime en permanence et affecte toute personne qui m’approche de trop près. Même quelqu’un n’étant pas un psyker peut en ressentir les effets, souvent des nausées ou des migraines, car les humains normaux sont habitués à ressentir une infime partie du Warp.

       -   Ce doit être difficile de vivre avec cela, dit-elle avec un regard chagriné alors que la douleur disparaissait peu à peu.

       -   J’ai dû m’y adapter. Ce n’est pas facile tous les jours de ne pas pouvoir être proche des autres, surtout de ceux qu’on aime. Mais tu as encore de la chance, car tu n’es pas une psyker. Maître Kantores, par contre, je ne peux pas l’approcher à moins de cinq mètres sans l’affaiblir considérablement.

       -   Ce pouvoir a été très dur à vivre pour nous deux, intervint mon maître. Néanmoins, cela ne t’as pas empêché de devenir ce que tu es aujourd’hui. Et maintenant, si nous commencions à célébrer ça ?

 

       La fête fut somptueuse. Helena avait amené avec elle de nombreux et délicieux mets en provenance d’Eridios qui nous rafraîchirent les sens, et Illios n’avait pas non plus ménagé ses finances ni ses serviteurs. Tous les hommes de main de mon maître participaient à l’évènement, me félicitant tous plusieurs fois tout au long de la soirée. Plusieurs d’entre eux étaient d’excellents camarades avec lesquels j’aimais converser durant nos missions, mais il ne fallait pas oublier qu’ils étaient eux aussi de dangereux agents de l’Inquisition aux capacités aussi surprenantes qu’efficaces. Nous racontâmes à Helena plusieurs de nos aventures, dont elle ne perdit pas une miette. Parfois, nous n’étions pas d’accord sur un point du récit et il fallait débattre pour savoir qui avait raison, ce qui nous mena à des heures bien tardives sans que nous ayons conscience du temps qui passe.

        Lorsque la fête toucha à sa fin, Helena vint me voir, faisant un effort pour entrer dans ma sphère de négation, et posa sa main sur mon épaule en disant :

            -  Asphar, j’ai quelque chose à t’offrir.

     Curieux, je la regardai faire un signe à l’un des serviteurs d’Illios qui apporta une boîte en bois verni qui ressemblait plus à une petite caisse, faisant environ cinquante centimètres dans toutes les dimensions et frappée de l’emblème de notre famille. J’ignorai ce que contenait cette caisse, mais je savais que cela devait être quelque chose de particulièrement important.

     Helena ouvrit le couvercle, et je pus voir à l’intérieur deux plaques de protection d’avant-bras blancs équipés de griffes énergétiques rétractables, dont les lames luisaient d’un éclat jaune vif presque solaire.

            -  Ce sont les Serres d’Eridios, m’annonça Helena, les armes d’honneur de notre famille. Elles ont été forgées voilà plus de sept cent ans et plusieurs de nos ancêtres parmi les plus glorieux ont combattu avec pour vaincre les ennemis de l’Imperium. Et aujourd’hui, il est tout à fait normal qu’elles te reviennent.

      Je pris l’une des merveilleuses armes entre mes doigts. Elles étaient conçues pour laisser la main de l’utilisateur totalement libre dans un simple gant de tissu, même lorsque les lames étaient sorties. Elles se fixaient sur les avant-bras et servait en même temps d’arme et de bouclier, les plaques de protections en titanium pouvant encaisser même les pires dégâts. Je les soupçonnai d’ailleurs de renfermer un système de champ réfracteur pour dévier les projectiles légers, et Helena confirma aussitôt mes pensées par un simple signe de tête. C’étaient vraiment des armes magnifiques. Profondément ému, je dis à ma sœur :

            -   C’est le cadeau idéal pour ce genre de circonstance. Comment est-ce que je pourrais jamais te remercier ?

            -   Tu auras tout le temps de trouver, répondit-elle en me faisant une petite tape sur le nez. J’espère que tu passeras me voir souvent.

            -   Je te le promets.

 

       Le lendemain, je me réveillai avec une bonne humeur comme je n’en avais pas connu depuis longtemps. Enfilant mon uniforme, je rejoignis Illios à la salle à manger, pour prendre un petit déjeuné assez énergique. Helena avait malheureusement dû repartir après la soirée, le travail sur Eridios ne lui laissant pas beaucoup de temps libre. Mais je ne m’en faisais pas trop, car j’avais la ferme intention d’aller lui rendre visite bien assez tôt. 

            -  Asphar, me fit soudain Illios. Je pense que tu devrais immédiatement débuter une enquête.

            -   Vous croyez ?

            -   Lord Holken s’attend à ce tu commences à œuvrer rapidement. Plus tôt tu obtiendras des résultats, plus tu resteras dans ses bonnes grâces. Il faut savoir être très diplomatique avec l’Inquisition, même lorsque tu travailles pour elle.

            -   Et vous avez quelque chose dont je puisse me charger ?

        Illios laissa s’échapper un petit rire, ce qui me laissa pensé qu’il avait déjà tout prévu depuis longtemps. Ce n’était pas le genre d’homme à faire les choses à moitié. Il m’avait formé et il m’avait fait nommer, et je doutai fortement qu’il n’ait pas déjà deux ou trois enquêtes à me proposer.

            -  En fait, m’avoua-t-il, je voudrais que tu reprennes une affaire que j’ai laissé tombé il y a quelques temps.

            -  De quoi s’agit-il ?

            -  A l’époque, ce n’était qu’une histoire de psykers renégats qui causaient quelques problèmes sur une cité-ruche de la planète Vogen, dans le quadrant de Volkmar, mais ça a empiré. C’est devenu une véritable révolte. La ville est à feu et à sang depuis deux mois, et les forces de la garde impériales ont été envoyées pour tenter de mater la rébellion. Cela fait plus de cinq semaines qu’ils essayent de capturer les psykers qui dirigent le soulèvement, sans succès.

            -   Vous voudriez donc que je m’en occupe ?

            -   Oui. Corrige l’erreur que j’ai faite en ne traitant pas cette affaire immédiatement. Trouve les chefs rebelles et neutralise-les par tous les moyens. Si jamais la révolte se propageait sur d’autres cité-ruches de Vogen, la situation pourrait devenir catastrophique.

        Je me levai brusquement de ma chaise et m’inclina devant Illios en lui disant simplement :

            -   J’accepte.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 21:58

CHAPITRE DEUX : LA VÉRITÉ COMME BOUCLIER

 

 

      La planète Hullerstorm était caractérisée avant tout par sa surface à moitié recouverte d’installations humaines : des usines, des centrales énergétiques, et de gigantesques cité-ruches. C’était un monde industriel, le plus puissant de tout le sous-secteur Antelis, et il aurait sans doute été choisi comme monde-capitale si ce sous-secteur n’était pas sous la direction d’Ophelia-IV, la deuxième planète la plus sacrée de l’Imperium après Terra. Mais Hullorden était également un monde ravagé par la pollution, totalement étouffé par les divers rejets de l’activité humaine qui n’avait plus le luxe de se soucier de la nature depuis longtemps. La vie n’y était possible que grâce à d’énormes installations de recyclage d’atmosphère et l’évacuation par vaisseaux spécialisés de tous les déchets nocifs qui étaient ensuite déversés sur une autre planète du même système solaire, totalement inhabitée. Toute l’alimentation en nourriture était assurée par des matières premières importées des quatre coins du sous-secteur, principalement les agri-monde de Harvest et Jaxcius. Du fait de l’énorme quantité de gaz à effet de serre, la température moyenne au sol était écrasante et le ciel était en permanence recouvert d’un épais manteau nuageux aux fortes tendances orageuses. Les pluies y étaient très fortement acides, mais étaient déclenchées par des satellites de contrôle du climat avant qu’elles n’atteignent les cité-ruches, épargnant à la population d’avoir à se protéger des précipitations.

       Pour être plus clair, je détestais cette planète. Il y a encore quelques siècles, le siège de l’Inquisition du secteur Hullerstorm était encore établi dans la cité-ruche Prioris sur Hullorden, mais heureusement les dirigeants des Ordos avaient fini par constater que cet environnement ne convenait plus pour la continuation de leur sainte tâche de protection de l’Humanité. C’est pourquoi ce que l’on appelle désormais la Citadelle de l’Inquisition fut bâtie sur Exodius, la deuxième lune de Hullorden, loin du désordre et de la sur-pollution de la planète. C’était une véritable forteresse gardée des troupes de choc en armure noire extrêmement vigilantes et protégée par une flotte de défense spéciale ainsi que par d’innombrables batteries anti-aériennes. Ses sombres donjons s’élevaient sur plusieurs centaines de mètres tandis que leurs geôles s’enfonçaient profondément dans le sol de la lune, là où étaient enfermés plusieurs des criminels les plus dangereux de tout le secteur Hullerstorm. Au centre de la Citadelle se trouvaient trois tours, chacune d’entre revêtue d’un métal différent pour représenter l’Ordo dont elle était le siège : celle de l’Ordo Malleus était toute d’or, celle de l’Ordo Xenos était de bronze, et celle de l’Ordo Hereticus affichait fièrement une surface argentée. C’était dans cette dernière que mon maître et moi devions nous rendre pour paraître devant le conseil des seigneurs inquisiteurs de notre Ordo.

      Ilios Kantores leur avait déjà communiqué son désir de me faire nommer inquisiteur, et une réunion avait donc été décidée pour traiter cette affaire dans les plus brefs délais. Je devais passer devant les plus éminents membres de notre ordre qui évalueraient mes compétences et mon expérience avant de décider si, oui ou non, j’allais devenir l’égal de mon maître. Pour cette épreuve, Kantores avait insisté pour qu’aucun autre de ses acolytes ne nous accompagne, à l’exception du pilote de sa navette personnelle. Celui-ci posa son appareil sur l’une des plates-formes de la Citadelle après avoir présenté ses codes d’autorisation aux forces de défense orbitales, nous laissant enfin nous diriger à pas lents vers la tour d’argent. Alors que je marchais vers l’imposant édifice qui dominait le paysage lunaire, je prenais lentement conscience de l’importance de ce moment.

          Mon maître portait sur lui une armure énergétique rouge sombre enveloppée dans une large cape noire, laissant cependant son visage dur découvert. Ses lèvres étaient serrées dans une attitude froide que confirmaient ses grands yeux noirs aux sourcils froncés. Des cheveux grisonnants coupés courts recouvraient son crâne, et plusieurs rides courraient en travers de son front et de ses joues pour se mêler aux cicatrices qu’il avait reçues au cour de ses enquêtes. Plus par désir personnel que par défaut de la science, il avait refusé d’employer des techniques de rajeunissement pour laisser l’âge durcir ses traits, ce qui lui donnait une allure assez noble. Il n’avait pas prit son marteau énergétique, beaucoup trop voyant, et avait opté pour un simple sabre tronçonneur de cérémonie.

         Quant à moi, je portais une tenue qui avait une profonde signification pour moi : un uniforme en tissu bleu marine avec des plaques de protection blanches, le tout enveloppé dans une grande cape de cuir brun sombre. Il s’agissait de l’uniforme habituel des officiers des Légions Argentées d’Eridios, les régiments de la Garde Impériale provenant de ma planète natale. Car j’étais originaire d’une famille noble de ce monde, et qui avait une longue tradition militaire stipulant que le deuxième fils devait toujours s’engager dans l’armée pour entretenir la gloire de la famille. J’avais désiré garder un lien avec mon passé en suivant Kantores.

           Mes cheveux noirs coupés mi-longs étaient coiffés en avant, de nombreuses mèches tombant sur mon large front, et sous lesquelles régnaient deux yeux vifs d'un bleu azur. Mon jeune visage avait une blancheur presque fantomatique, typique des humains originaires des planètes glaciaires qui donnaient généralement une peau très pâle. Ma joue gauche étaient marquée d'une longue cicatrice, la seule que j’ai jamais eu jusque là : elle partait en biais de sous ma pommette jusque sous mon oeil gauche, et se poursuivait ensuite vers le milieu de mon front. Cette blessure m’avait été causée par la baïonnette d'un hérétique à peine un an plus tôt. Je pense encore souvent à ce pauvre fou qu’un psyker possédé avait manipulé pour le pousser à se révolter contre l'Imperium qui veillait sur lui, comme tant d'autres individus de son genre. Si cet homme avait eut le bras un peu plus long d'un demi-centimètre, j’aurais perdu mon oeil. 

        Kantores présenta son insigne inquisitorial aux gardes surveillant la porte d’entrée de la tour et ceux-ci donnèrent aussitôt le signal d’ouverture. Les deux énormes battants s’ouvrirent dans un grincement métallique pour nous laisser pénétrer dans ce qui pourrait être considéré comme un hall d’entrée, avec des tourelles automatiques et une quantité incroyable de senseurs destinés à ne rien laisser passer qui ne disposait pas d’une autorisation. La chevalière de mon maître possédait les codes d’accès nécessaires pour désactiver ces sécurités, qui se retirèrent dès que les appareils eurent visualisés ces codes. Kantores ne se soucia même pas de ces formalités mécaniques et se dirigea droit vers la grande Salle du Conseil, où nous attendaient les seigneurs inquisiteurs rassemblés par ordre du maître de l’Ordo.

        Lord Grégor Holken, le maître de l’Ordo Hereticus du secteur Hullerstorm, était un homme petit mais dont on ne pouvait douter qu’il était parmi les plus zélés agents de l’Empereur de part sa présence impérieuse et la force qui se dégageait de lui. C’était un psyker de très haut niveau qui avait vaincu un nombre impressionnant de sorciers et sorcières aux pouvoirs terrifiants à travers le secteur. Il quittait rarement la Citadelle depuis qu’il avait été nommé maître de l’Ordo voilà près de soixante ans, mais il ne rechignait pas à user de ses capacités psychiques pour interroger les hérétiques qui étaient enfermés dans les geôles de sa forteresse, dans le but de leur arracher le plus d’informations sur les ennemis de l’Imperium.  Il était assis sur son trône au centre de la tribune des juges, entouré des seigneurs inquisiteurs qui avaient pu répondre à son appel, une demi-douzaine en tout. Je reconnaissais la plupart d’entre eux, mon rôle d’Interrogateur m’obligeant à connaître le plus grand nombre de choses possible dans tous les domaines imaginables. Fouillant dans ma mémoire, je tentais de me rappeler les philosophies de chacun d’entre eux alors que je les dévisageais.

         Car l’Inquisition a beau être une institution fondée dans le but d’éliminer les ennemis intérieurs de l’Imperium, elle abrite en son sein plusieurs des plus féroces oppositions de pensées qui puisse exister dans l’Humanité toute entière. Chaque inquisiteur possède sa propre façon de concevoir les éléments constituant notre univers, ainsi que sa propre façon de combattre nos ennemis. Cela amène à des divergences d’opinions très importantes qui sont sujets à des conflits à l’intérieur même des Ordos, ne serait-ce que pour la question du combat contre le chaos. Ceux qui refusent indubitablement d’utiliser l’énergie Warp dans n’importe laquelle de ses formes, dans le but de préserver leur nature humaine, sont désignés comme des puritains. De l’autre côté, ceux qui pense que le chaos peut être combattu plus efficacement en employant ses propres armes et qui étudient donc avec intérêt la nature des démons ou des psykers, sont qualifiés de radicaux, et il ne faut pas grand-chose pour qu’ils soient considérés comme des hérétiques aussi abjectes que ceux qu’ils sont sensés traquer. Bien sûr, il ne s’agit que de deux extrêmes, mais entre eux se trouvent des milliers de mouvements de pensées tous aussi divergeant les uns que les autres. Dans l’assistance qui se trouve face à moi, je reconnais plusieurs personnes aux tendances puristes, ainsi que l’ultra-puritain Alkar Denator très reconnaissable dans son armure blanche éclatante. Ces seigneurs verraient certainement d’un bon œil qu’un Intouchable comme moi accède au rang d’inquisiteur, mais il y avait également là deux psykers notables qui ne manqueraient pas de me considérer avec dégoût, même si ce sentiment ne sera qu’une simple expression chimique de notre incompatibilité.

      Mon maître Kantores n’avait eut à m’expliquer qu’une seule fois son mode de pensée pour que je le comprenne entièrement : par-dessus tout, Kantores croyait en la lumière de la Vérité. Car c’est dans le mensonge et le secret que commence toujours l’hérésie. Les ennemis de l’Imperium se cachent pour fuir la colère de la justice, en dissimulant la vérité de leurs sombres intentions. Un homme est donc un ennemi de l’Inquisition à partir du moment où il tente de dissimuler des informations, qu’il soit simple citoyen, noble, cardinal ou même inquisiteur. Aucun membre de notre Ordo ne doit avoir de secret pour quiconque de son entourage ou pour ses supérieurs. Ainsi, il s’assure de rester dans le droit chemin, guidé par ses semblables au moindre faux pas qu’il peut commettre. Kantores appelait cela le credo de la Vérité, et ses collègues le respectaient principalement pour cela. Il n’avait jamais dissimulé le moindre détail sur ses enquêtes ou même sur sa propre vie. Tout en lui était d’une transparence irréprochable, une chose dont il était très fier et qu’il s’était juré de conserver jusqu’à sa mort.

      Cependant, il ne m’avait jamais forcé à marcher dans cette voie. Un soir, alors que nous nous préparions à une attaque contre le repère d’un hérétique sur Wenks, il m’avait dit que chaque inquisiteur devait choisir la voie qui lui correspondait le mieux. Car chaque être humain possède sa propre façon de penser, son propre manuelle de raisonnement intérieur, qui lui ouvre ou ferme les portes de certaines idéologies. Malgré ma nature d’Intouchable, Kantores me préférait parmi tous ses acolytes car je possédais en moi une volonté et une force intérieure sans pareil. Tout au long de ces treize années passées à le servir, j’avais appris tant de choses sur le corps, l’âme, et le warp. Et tout au long des quatre semaines de notre voyage jusqu’à Exodius, Kantores m’avait préparé à ce rituel d’évaluation des interrogateurs que l’on nomme l’Epreuve.

            -  Qui se présente devant nous ? demanda rituellement Lord Holken.

            -  Un serviteur de l’Empereur, répondis-je. Pur de corps, d’esprit et d’âme.

       Je me tenais debout aussi droit que possible devant l’assemblé, tandis que Kantores allait s’assoire sur un siège placé non loin à son attention. Je ne pouvais pas détacher mes yeux des hauts inquisiteurs qui se trouvaient face à moi.

            -  Asphar Silverstein, continua le maître de l’Ordo, pourquoi êtes-vous ici ?

            -  Pour prouver ma force et ma foi devant mes juges.

            -  Alors qu’il en soit ainsi.

 

 

 

      Pendant plus de trois heures, je répondis aux questions des seigneurs sans jamais mentir ni montrer la moindre hésitation. Ils m’interrogèrent sur les bases fondamentales de l’Inquisition, sur les devoirs qu’avaient ses membres et sur l’expérience que j’avais tirée au service de mon maître dans tous les domaines possibles et imaginables. Ils me posèrent également des questions plus personnelles, comme à propos de mes origines, de ma famille, et de la raison pour laquelle j’étais entré au service de Kantores. Sans cacher le moindre détail, je leur répondais.

       Lorsqu’ils n’eurent plus de questions à poser, Lord Holken activa un champ d’isolement, afin de les hauts inquisiteurs puissent délibérer en privé. Je profitai de cet instant pour tourner mon regard vers mon maître, dont le sourire de satisfaction me suffit pour savoir qu’il était fier de moi. J’avais attendu ce moment depuis si longtemps, parfois avec impatience et parfois non, mais toujours avec une certaine appréhension. Toutefois, à cet instant, je n’avais plus aucune crainte. Je restais là un long moment, immobile, simplement à réfléchir sur tout ce que j’avais accompli jusqu’ici.

 

 

766M41, monde minier Eridios, sous-secteur Telinsk, secteur Hullerstorm

       Ma famille, la noble famille des Silverstein, était propriétaire de l’un des premiers chantiers navals du secteur Hullerstorm en ce qui concernait les vaisseaux marchand, et possédait également près d’un dixième des terres de la planète Eridios. C’était à ce petit monde froid et inhospitalier que je devais la pâleur de ma peau, ainsi que mon tempérament glacial. Il avait été ma maison jusqu’à ce que je rencontre l’inquisiteur Illios Kantores au cours d’une tragédie qui me laissa l’un de mes plus terribles souvenirs.

A cette époque, mes capacités anti-psykers ne s’étaient pas encore manifestées et j’étais lieutenant dans les Légions Argentées d’Eridios. Je passais mon temps à entraîner durement mes troupes dans les montagnes de ce monde glaciaire pour qu’ils soient correctement endurcis avant d’être envoyés sur l’un des innombrables champs de bataille de la galaxie, où la grande part d’entre eux y perdraient la vie. Lors d’une de mes permissions, j’étais revenu au château de ma famille où mon frère aîné, Julius, venait tout juste de prendre la tête de la famille Silverstein, comme le voulait la tradition. Tout avait l’air de se passer merveilleusement bien jusqu’à ce qu’un homme en armure accompagné d’une suite d’individus en arme ne pénètre de force dans le château et n’exige de voir mon frère. Cet homme n’était autre qu’Ilios Kantores, et il avait rassemblé un grand nombre de preuves affirmant que Julius avait vendu son âme à l’une des sombres puissances du Warp en échange de dons hérétiques.

C’est là que mon propre frère pris en otage ma sœur cadette, Helena, avant de chercher à s’échapper en usant de pouvoirs psychiques terrifiants qui prirent au dépourvu Kantores et ses hommes de main. Afin de le ralentir pour donner une chance à l’inquisiteur de l’arrêter, je me suis mis vaillamment sur son chemin en le menaçant avec mon épée d’officier. D’une frappe psychique, il m’envoya violemment contre un mur où je manquai de perdre connaissance. Il ne faisait aucun doute que je n’étais pas de taille à l’affronter. Mais par un coup du sort, cette attaque fut le déclencheur d’une mutation génétique qui sommeillait depuis des années à l’intérieur de mon corps, et qui s’activa quasi instantanément à travers l’ensemble de mon système nerveux pour l’isoler complètement des énergies du Warp, me transformant pour toujours en Intouchable.

Face à ma nouvelle nature, Julius vit ses pouvoirs disparaître aussitôt et un immense malaise s’emparer de son être. Alors qu’il relâchait faiblement son emprise sur Helena, j’en profitais pour l’assommer du pommeau de mon épée, le faisant s’effondrer par terre. C’est ainsi que se déroula ma rencontre avec l’inquisiteur Ilios Kantores. Celui-ci avait été impressionné par la détermination avec laquelle je m’étais opposé à mon frère malgré ma faiblesse initiale, une force de caractère extrêmement louable dans ces temps de ténèbres. De plus, les Intouchables étaient des individus particulièrement rares et précieux que tout inquisiteur apprécie d’avoir à porté de la main pour contrer les dangereux pouvoirs du Warp, même s’ils étaient eux-mêmes des psykers comme Kantores.

       C’est pourquoi l’inquisiteur, une fois Julius placé en chambre de détention anti-psychique, me proposa d’entrer à son service pour devenir un fervent protecteur de l’Imperium. En tant que deuxième frère derrière Julius, je devenais héritier de la famille, mais toute mon éducation m’avait préparé à servir l’Empereur par les armes, et non la diplomatie de la noblesse. Je n’avais ni les compétences ni la sagesse nécessaire pour ce rôle, alors que mes nouvelles capacités me permettaient d’accomplir de bien plus grandes choses si je suivais Kantores. Ainsi, je laissai les rênes de la famille à ma sœur cadette et quittai Eridios pour devenir un agent de l’Ordo Hereticus, d’abord sans trop savoir à quoi je m’exposais réellement, je l’avoue. Mais quelques mois plus tard, j’étais devenu l’un des hommes de main les plus zélés de Kantores.

 

 

815M41, Citadelle de l’Inquisition, Exodius, monde-ruche Hullorden, sous-secteur Antelis, secteur Hullerstorm

       Quand le champ d’isolement fut enfin désactivé, je quittai mes souvenirs pour tourner immédiatement la tête vers l’assemblée. Leur délibération avait été plutôt rapide, à peine une dizaine de minutes, ce qui était soit très bon, soit très mauvais. Les visages des inquisiteurs étaient totalement neutres, mais je savais que ce n’était qu’un masque qu’ils portaient habituellement lors de ce genre d’évènement. Ce fut Lord Holken qui prit la parole pour annoncer :

            -   Asphar Silverstein. Par l’autorité qui m’a été conférée, je vous nomme inquisiteur de l’Ordo Hereticus. Puissiez-vous user de ces pouvoirs pour défendre l’Humanité au nom de l’Empereur en accomplissant la Sainte Mission qui a été confiée à cet Ordo.

- Je saurai me montrer digne de cette décision, seigneur, répondis-je en m’inclinant.

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