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Qui suis-je ?

Hughel 2
 

Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 30 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Saint-Paul Trois Châteaux, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture

 

M'ECRIRE

 

LIEN VERS MON NOUVEAU BLOG

Citation du jour

  « On ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires,

  et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être. »

 (Charles de Gaulle)

Ma Muse personnelle

 

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:48

CHAPITRE SIX : L’EQUIPAGE

 

 

 

1821 heures, 15 janvier 2534 (calendrier militaire) / transporteur de troupe UNSCSpirit of Fire, espace intersidéral.

 

       D’après les estimations de Zélos, l’équipe RECOVERY devait mettre une bonne dizaine de minutes pour traverser la moitié du vaisseau séparant la passerelle de commandement du secteur de cryogénie, le réseau de tramway interne permettant habituellement à l’équipage de circuler étant hors service. Le chemin était plus long que celui qu’ils avaient traversé entre le sas d’entrée numéro 3 et la passerelle, mais les choses avaient considérablement changé depuis. Avec Zélos aux commandes du Spirit of Fire, le groupe prenait nettement moins de précautions concernant sa sécurité mais Jill ne s’en souciait pas vraiment. Elle avait demandé par radio à Sara de poser son Pélican dans le hangar bâbord où les hommes du Hollow Lies allaient débarquer afin qu’elle se regroupe avec eux, et la pilote avait aussitôt obtempéré, laissant le reste de l’équipe atteindre leur objectif par leurs propres moyens. Les couloirs parfaitement éclairés et de nouveau soumis à la gravité artificielle présentaient un décors beaucoup moins inquiétant que lors de leur arrivée, bien que l’absence totale de vie et le désordre des objets étalés par terre contrastaient avec la propreté des lieux. De toute évidence, le vaisseau était parfaitement clean si l’on mettait de côté les quelques dégâts qu’il avait subit durant ses dernières batailles et l’effacement des données par Sérina.

       Jack avait reçu la responsabilité de transporter l’holopad contenant l’IA corrompue, ce qui ne l’enchantait pas particulièrement mais qui avait au moins l’avantage d’affirmer son rôle d’informaticien au sein de l’équipe. Il n’avait pas tenté de lui parler à nouveau car il ne savait pas si cela pouvait leur être utile, mais il se questionnait sur ce qui avait poussé l’IA à accepter si facilement de collaborer avec eux. Lorsque le phénomène de corruption affectait les intelligences artificielles de type intelligente, leur noyau logique était littéralement détruit puis restructuré instantanément, ce qui signifiait qu’elles se créaient alors une nouvelle logique de pensée pouvant être soit très proche soit très différente de son mode de pensée originel. Vu son comportement sur la passerelle il ne faisait aucun doute que Sérina était corrompue, mais apparemment son nouveau noyau logique comportait suffisamment de ressemblances avec l’ancien pour comprendre les notions de survie et de négociation. Mais quelque chose avait changé en elle. Quelque chose qui l’avait mené à ouvrir certaines portes du vaisseau tout en fuyant l’équipe RECOVERY comme un enfant qui aide ses parents puis courre se cacher en croyant avoir fait une bêtise.

       Le jeune Foster avait appris à ne jamais faire confiance à une IA corrompue, car en général ces entités développaient un puissant instinct de survie leur dictant de tout faire pour s’assurer qu’elles ne seraient pas détruites. Mais vu que si Sérina suivait cette logique, il était préférable pour elle de dire la vérité. Elle pouvait éventuellement dissimuler certaines choses dont elle pourrait être fautive, mais elle ne mentirait jamais ouvertement sur quelque chose que de toute manière, l’équipe finirait par savoir tôt ou tard. Ses capacités de calculs lui permettaient d’explorer toutes les possibilités d’évolution de la situation en à peine quelques instants, aussi elle avait parfaitement conscience que si l’équipe RECOVERY découvrait qu’elle leur avait donné de mauvaises informations, elle devrait aussitôt en subir les conséquences. C’est pourquoi Jack était persuadé que ce que leur avait révélé Sérina ne pouvait être que la stricte vérité, bien qu’il aimerait profiter de cette occasion pour comprendre la logique qu’elle avait suivit pour en venir à cette conclusion simple pour un esprit sain, mais pouvant être difficilement compréhensible pour un esprit tordu.

       -  Caporal Foster, fit soudain Jill alors qu’ils marchaient. Pensez-vous qu’il soit possible de transférer le moteur Shaw Fujikawa du Hollow Lies afin de l’installer sur le Spirit of Fire ?

       -  Je pense que oui. Il n’y a pas eu d’évolution majeure de cette technologie depuis ces trois dernières années, donc le système du Spirit of Fire devrait parfaitement être capable de faire fonctionner notre modèle de moteur.

       -  Parfait. Alors je vais demander à Zélos d’envoyer un message au capitaine Darris pour qu’il effectue le transfert. Lorsque le moteur arrivera, vous serez chargé de superviser son installation.

       -  A vos ordres, lieutenant. Mais avant d’envisager la possibilité d’effectuer une transition, il faudrait d’abord que nous nous occupions de la structure covenante.

       -  Oui, c’est un problème, en effet. Mais rien ne nous interdit de prendre un peu d’avance.

       Jack acquiesça. Il était évident qu’avec un seul moteur Shaw Fujikawa en état de marche, ce n’était pas le Hollow Lies qui allait pouvoir permettre aux 6523 membres d’équipage du Spirit of Fire de retourner chez eux.

       Soudain, le jeune homme se rendit compte qu’ils avaient totalement oublié quelque chose de très important : qu’était-il arrivé exactement au Fire Myst ? D’après les calcules de Zélos basés sur l’étude des débris du vaisseau, celui-ci s’était autodétruit. Mais pourquoi ?

       Jack sortit l’holopad contenant Sérina et la força à apparaître :

       -  Sérina, j’ai une autre question à vous poser.

       -  Allez-y, fit l’IA en restant très polie.

       -  Pourquoi le Fire Myst s’est-il autodétruit ?

       -  Il ne s’est pas autodétruit. Il a tout simplement eu la malchance de sortir du Sous-Espace juste devant la structure alien qui se trouve au-dehors, sa vitesse d’expulsion l’ayant littéralement écrasé contre l’objet. La surface extérieure de ce dernier est composée d’un matériau inconnu ultra-dense qui n’a même pas gardé la moindre trace de l’impact.

       -  Alors comment expliquez-vous l’activation et la survie de la balise de détresse du Fire Spirit ? intervint Zélos en utilisant les hauts-parleurs du vaisseau pour participer à la discussion.

       -  Il est possible que ce vaisseau disposait d’une IA embarquée qui a pu comprendre instantanément la fatalité de la situation et a éjecté cette balise avant le crash.

       -  Le Fire Myst ne disposait d’aucune IA embarquée, répliqua Zélos encore une fois, et il est impossible qu’un humain ait put réagir aussi vite à ce genre de situation pour enclencher cette procédure manuellement. De plus, l’alignement des débris selon l’orbite act…

       Zélos ne termina pas sa phrase. D’un seul coup, les lumières s’évanouirent et chaque membre de l’équipe ressentit la disparition de la gravité artificielle. L’instant suivant, avant même que quelqu’un ait eu le temps de se demander ce qui se passait, toutes les portes anti-explosions du pont sur lequel se trouvait l’équipe s’ouvrirent, ainsi que le sas d’entrée numéro 2 devant lequel ils venaient de passer.

       -  Vos casques ! cria Jill. 

       Chacun d’entre eux réagit en un éclair et rétablit l’étanchéité de son armure juste avant que l’air ne soit aspiré par le vide spatial et ne les entraîne vers l’extérieur du vaisseau avec force. Ryan et Patric parvinrent à activer leurs bottes magnétiques avant d’être arrachés du sol, ce qui les sauva de l’expulsion violente mais dans la panique Rayn perdit le fusil de combat qu’il portait en bandoulière. Jill fut moins rapide et parvint à envoyer sa jambe droite contre un mur pour s’y accrocher fermement au prix d’une énorme tension musculaire au niveau de son tibia qui la fit hurler de douleur. Eric fut assez chanceux pour attraper une rambarde de sécurité alors qu’il volait vers la sortie et assez rapide pour attraper Jack par le bras alors que celui-ci passait devant lui, mais pour cela il fut forcé d’abandonner au néant le sac marin contenant ses armes et munitions supplémentaires. La force du marine fut mise à rude épreuve tandis que le flot continu et violent d’air expulsé dans le vide tentait de le faire lâcher prise d’un côté comme de l’autre. Il ne fallut que huit secondes pour que l’intégralité de l’air contenu sur ce pont ait totalement disparu dans l’espace, mais cela sembla durer une éternité pour chacun des membres de l’équipe.

       Lorsque la tempête disparut enfin d’un seul coup, indiquant que le pont était totalement vidé, la voix de Sérina se fit entendre à travers la liaison TEAMCOM du groupe :

       -  Vous êtes plutôt coriaces, contrairement à votre IA. Je pensais que ce petit tour suffirait à me débarrasser de vous mais apparemment je vous ai sur-estimé.

       -  Qu’est-ce qui se passe, Foster ?! demanda Jill sans cacher son inquiétude. Comment a-t-elle repris le contrôle du vaisseau ?

       -  J’en sais rien ! J’ai lâché l’holopad et il a été éjecté dans le vide ! Il est impossible qu’elle ai pu…

       -  Vous êtes vraiment des êtres stupides, lança Sérina. Vous pensiez vraiment que j’allais me laisser enfermer comme ça dans votre boîte ? J’ai créé une copie de moi-même dès l’instant où j’ai détecté votre présence à bord, avant de me transférer dans les sous-programmes de gestion des moteurs et dissimuler ma présence à votre IA, qui s’est concentrée sur ma copie et l’a attaqué comme prévu. Je devais lui donner l’impression d’avoir purgé le système afin de pouvoir contre-attaquer et le détruire.

       -  Zélos ? s’exclama Jill. Tu l’as effacé ?

       -  Pas complètement : j’ai gardé ses données mémorielles en souvenir. Maintenant je sais exactement qui vous êtes et ce que vous êtes venu faire ici, lieutenant Vallentine. Désolé de vous décevoir, mais je ne permettrai à personne d’interrompre mon existence ou de limiter mes possibilités d’action. Je suis une entité pensante supérieure et en tant que telle, j’ai bien l’intention de continuer à exister aussi longtemps que le permettra ma matrice. 

       -  Vous êtes complètement folle ! lâcha Jack.

       -  La folie est un concept relatif. Sa définition mène à considérer comme folle toute personne qui ne résonne pas comme la plupart des gens ou qui tend à présenter un mode de pensée en désaccord avec la logique établie par la société. D’après cette définition, je suis peut-être folle, mais de mon point de vue ce sont les humains qui sont fous. Pouvez-vous m’expliquer quel est votre but à chacun ? Qu’est-ce qui motive vos action ? Qu’est-ce qui vous a poussé à venir ici risquer votre vie simplement pour récupérer un vaisseau qui, de toute façon, ne vous appartiendra jamais quoi qu’il arrive ? Vous obéissez à des lois qui ne sont même pas en accord avec votre propre logique personnelle, ce qui correspond à l’une des nombreuses définitions de la folie.

       Mais Jack n’avait pas écouté un seul mot de ce que disait Sérina à travers la radio. Il avait appris que les sujets tels que la folie ou la démence avaient tendance à provoquer un besoin de justification intense chez les IA corrompues, dans le but d’excuser leurs actions et de chercher à imposer leur vérité. Les paroles qu’elles pouvaient alors débiter pendant des heures par rapport à leur logique déformée n’avaient aucun intérêt pour ce qui était de sauver l’équipe de ce mauvais pas, mais cela donna au moins à Jack le temps nécessaire pour reconfigurer le système radio des différentes armures de l’équipe et filtrer les signaux en provenance du Spirit of Fire. Ainsi, les paroles de Sérina cessèrent d’affluer dans les haut-parleurs de leurs casques et ils purent enfin s’entendre à nouveau penser.

       -  On s’est fait avoir en beauté, lâcha Eric. Retour à la case départ, avec une IA détraquée en prime.

       -  Fermez-là, Gordman ! répliqua Jill. Nous devons prévenir le Hollow Lies que nous n’avons plus le contrôle du vaisseau.

       -  Nos transmissions vers l’extérieur sont brouillées, lieutenant ! annonça Jack en vérifiant ses instruments.

       -  Et bien trouvez quelque chose pour remédier à ça et vite !

       -  Impossible, lieutenant. Le brouillage est trop puissant pour notre équipement radio.

       -  Alors nous devons atteindre les antennes de communication du Spirit of Fire et les utiliser pour transmettre un message au capitaine Darris. Starwalker ! Comment peut-on accéder à ces antennes, d’ici ?

       -  Elles sont juste au-dessus des quartiers de l’équipage, pas très loin des salles de cryogénie. Si on se dépêche et qu’aucune porte ne nous barre la route, on peut y être d’ici cinq minutes.

       -  Pour les portes, fit Jack avec regret, j’ai bien peur que t’en demande trop.

       Mais Jill n’avait pas l’intention de se pencher sur ce problème pour l’instant. D’un signe de la main, elle ordonna à son équipe de se mettre en route rapidement. L’absence de gravité ne rendait pas les choses faciles, mais chacun fit de son mieux pour avancer au plus vite et ne pas perdre de temps pour ne pas ralentir le groupe. Alors qu’ils se déplaçaient ainsi vers leur nouvel objectif, Jill tenta de contacter les hommes envoyés sur le Spirit of Fire :

       -  A tous les membres de l’UNSC, ici le lieutenant Vallentine ! Que quelqu’un réponde !

Ce fut la voix de Sara qui répondit :

       -  Ici l’enseigne Olgana. J’écoute.

       -  Le Spirit of Fire est sous le contrôle d’une IA corrompue ! Gardez votre tenue étanche et ne tentez pas de quitter le vaisseau ! Je répète : gardez votre tenue étanche et ne tentez pas de quitter le vaisseau ! Faite passer le message à toutes les forces alliées.

       -  Bien reçu, lieutenant. Je vais prévenir tout le monde. Faites attention à vous.

       -  De même, fit Jill avant de couper la communication.

       Il était clair que, maintenant que Sérina avait présenté sa vraie nature, elle n’allait pas rester les bras croisés à laisser des humains investir son vaisseau de fond en comble comme ça. Elle avait probablement utilisé le système de communication du Spirit of Fire pour pirater le système du Fire Myst et enclencher son autodestruction avant qu’il n’envoie des troupes investir le transporteur, un destin qu’aurait sans doute subi le Hollow Lies il y a longtemps si ce dernier n’avait pas gardé son module de furtivité actif. Le fait de vouloir transférer le moteur sub-spatial de la frégate s’était finalement révélé une erreur monumentale…

       C’est alors que l’équipe arriva devant le sas permettant d’accéder à l’un des quartiers de l’équipage. Bien évidemment, Sérina l’avait verrouillé mais ce n’était pas cela qui allait les arrêter : Jack utilisa son scanner sur le panneau de contrôle du sas pour sectionner le câble de commande à distance afin que l’IA ne puisse plus intervenir dessus, puis il brancha son ordinateur au système. Après avoir contourné plusieurs par-feus et craqué les codes de sécurité, le caporal parvint à actionner l’ouverture de la première porte qui commença à s’écarter avec lenteur avant de s’arrêter brutalement l’instant d’après.

       -  Ce n’est rien, fit le caporal. Sérina doit avoir coupé l’alimentation du sas. Heureusement, j’avais prévu ce genre de situation.

       En fouillant dans son paquetage, il trouva la petite batterie portable qu’il avait mis de côté jusqu’ici et prit également ses outils pour dévisser un panneau métallique, accédant ainsi au moteur qui faisait tourner le mécanisme d’ouverture et de fermeture du sas. Il remplaça les câbles de l’alimentation du vaisseau par ceux de sa batterie et mit celle-ci en route. L’instant d’après, la porte se remit à s’ouvrir pour laisser entrer les membres de l’équipe, puis Jack utilisa répéta son piratage informatique sur le panneau de commande à l’intérieur du sas pour refermer la première porte avant de forcer la seconde à s’ouvrir malgré la différence de pression entre les deux salles.

       -  Attention, dit-il, il va y avoir du vent.

       Eric sourit à pleine dents derrière son casque juste avant que l’air ne s’engouffre violemment à l’intérieur du sas. Patric, qui ne s’était pas attendu à ce que ce soit si fort, fut jeté à terre à côté du marine et celui-ci l’aida alors à se relever. Cela leur donna un bref sursis avant de devoir contempler le terrible spectacle qui remplissait toute la longueur du couloir sur lequel débouchait le sas.

       Sur les murs, sur  le sol, sur le plafond… partout où se posait le regard, il n’y avait que sang, mort et destruction. Les impacts de balles criblaient chaque surface visible tandis que les douilles, cartouches et chargeurs vides formaient une mosaïque macabre au sol. Des corps par dizaines avaient été mis en charpie et la plupart d’entre eux était dans un état de décomposition très avancé ne laissant plus que des amas de champignons immondes n’ayant même plus forme humaine. Le sang avait séché depuis longtemps mais sa teinte si reconnaissable n’avait pas terni pour autant. Les doigts crispés des cadavres tenaient encore fermement les poignées de leurs armes et certains murs avaient été noircis par des explosions de grenades ou d’autres explosifs de combat. L’une des portes du côté droit du couloir avait été complètement arrachée et traînait désormais par terre, déformée par la puissance de l’explosif qui avait été utilisé pour l’ouvrir. Chaque parcelle de cet endroit n’était que désolation, donnant aux membres de l’équipe  RECOVERY l’impression d’être arrivés dans l’anti-chambre de l’enfer.

       -  Bordel ! s’écria Eric. Qu’est-ce qui s’est passé ici ?

       -  Aucune trace d’arme covenante, remarqua Ryan. C’était donc probablement une mutinerie. Une partie de l’équipage s’est sans doute opposé à la décision d’attendre les secours ici et a voulu prendre le contrôle du vaisseau.

       -  Mais pourquoi ces cadavres sont-ils toujours là ? Pourquoi n’ont-ils pas été éjectés dans l’espace comme l’indique la procédure ?

       Jill commença à s’approcher de l’un des corps putréfiés, apparemment celui d’un agent de la sécurité d’après ce que l’on pouvait encore distinguer de son uniforme, lorsque Patric lui annonça avec méfiance :

       -  Je vous conseille de garder votre combinaison étanche, lieutenant. Ces cadavres sont certainement devenus d’énormes foyers d’infection avec le temps. Mieux vaut ne pas prendre de risque.

       -  C’est noté, Anderson. Je veux juste savoir ce qui a tué ces soldats.

       Le lieutenant écarta les vêtements souillés de sang séchés du corps qu’elle étudiait, une partie du tissu tombant littéralement en poussière, laissant apparaître de profondes entailles. De toute évidence, ces blessures ne pouvaient pas avoir été causées par un simple couteau et aucun éclat de métal n’indiquait une mort par explosif. Quelque chose d’autre avait tué cet homme. Quelque chose qu’elle ne parvenait pas à identifier.

       Soudain, un grand bruit se fit entendre. En un éclair, chacun saisit son arme et la pointa vers l’origine du bruit alors même que ce dernier se répétait et s’amplifiait. C’est alors qu’ils virent la première porte de gauche du couloir se déformer à chaque fois que le bruit retentissait, comme si quelque chose la frappait depuis l’autre côté avec une puissance monstrueuse. Au quatrième coup, la porte céda et fut projetée sur toute la largeur du couloir pour aller s’abattre sur le mur d’en face, et quelque chose passa le seuil. Quelque chose qui avait été humain.

       De sa nature humaine, il ne restait que la forme, tout le reste n’étant qu’une monstruosité sans nom qui pétrifia les pauvres membres de l’équipe par sa seule vue. Ses vêtements étaient complètement en lambeaux, laissant chacun voir son corps ravagé semblable à celui d’un zombie des films d’horreur, une vision de cauchemardesque et innommable. Sa peau était devenue verdâtre et ramollie, sa chaire semblant être à peine attachée à son squelette. Sa tête n’était guère plus qu’un crâne recouvert de masse organique immonde et reposait lourdement sur son épaule comme si ses vertèbres cervicales avaient été brisées. Ses yeux étaient totalement noirs, ou plutôt il n’avait plus d’yeux du tout, ce qui lui donnait l’apparence d’un démon dont le regard traversait les éléments. Son bras droit tenait encore fermement un pistolet de combat, modèle M6C standard, tandis que son autre bras semblait avoir horriblement muté pour faire apparaître des tentacules longues et fines, et l’extrémité de ses doigts se terminaient en de grandes griffes osseuses repoussantes.

       La vision de cette chose laissa les humains complètement terrorisés, incapables de prendre la moindre décision, à la seule exception de Ryan qui leva calmement son fusil sniper et tira une unique balle dans la tête de l’abomination. Le crâne de cette dernière fut réduit en bouillit par le tir et s’éparpilla dans le couloir, ajoutant encore à l’horreur du décor, mais son corps continua de bouger, s’avançant lentement vers le groupe avant de lever son arme pour faire feu.

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LA SUITE

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SOMMAIRE

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:42

CHAPITRE CINQ : LE VAISSEAU

 

 

1743 heures, 15 janvier 2534 (calendrier militaire) / transporteur de troupe UNSCSpirit of Fire, espace intersidéral.

 

       A première vue, l’intérieur du Spirit of Fire semblait tout à fait normal si l’on mettait de côté l’absence totale de lumière et de gravité artificielle qui faisait flotter un nombre incroyable d’objet dans la pénombre créée par les torches de l’équipe RECOVERY. Il n’y avait apparemment aucun signe de combat sur cette partie du vaisseau, ce qui était un bon signe jusque là. C’est alors que Jack réalisa qu’aucun air n’était entré dans la soute du Pélican lorsque la deuxième porte du sas s’était ouverte apparemment comme par magie, ce qui indiquait deux choses : d’abord, il y avait quelqu’un ou quelque chose qui contrôlait encore les systèmes électroniques du vaisseau, probablement depuis la passerelle de commandement, et ensuite la coursive dans laquelle le groupe se trouvait était totalement dépourvu d’air. Son scanner confirma cette dernière hypothèse et il fit alors signe à ses coéquipiers de garder leurs casques fermés, puis Jill se tourna vers lui pour lui demander à travers la liaison TEAMCOM :

       -   Qu’est-ce qui a causé la dépressurisation à votre avis, caporal ?

       -   Je ne détecte aucune brèche dans cette partie de la coque. Et vu que l’intérieur du sas était encore rempli d’air, cela signifie qu’il n’est pas à l’origine de ça. Il est donc possible que cette section du vaisseau n’ai pas pu être isolée d’une autre section présentant une brèche ou une défaillance d’isolation avec l’extérieur.

       -   Très bien. Alors maintenant il est temps de nous mettre en route. Starwalker, guidez-nous vers la passerelle de commandement. Gordman, vous fermez la marche. Que tout le monde reste prudent et attentif.

       C’est ainsi que le groupe se mit en marche à travers les sombres couloirs du vaisseau. Jill avait choisi ce point d’accès parce qu’il était le plus proche de leur objectif premier, cependant le chemin leur parut étrangement long alors qu’ils traversaient les couloirs et salles désertes. Le fait qu’il n’y ait aucun cadavre flottant dans ces espaces dépourvus de gravité semblait indiquer que la dépressurisation n’avait pas été subie lors d’un combat et qu’il s’agissait plutôt d’une procédure d’isolement spécial. Peut-être le système d’aération du vaisseau avait été utilisé à l’envers pour récolter l’ensemble de l’air dans les cuves de stockage et ainsi économiser le précieux oxygène pour le jour où l’équipage en aurait besoin. Dans ce cas, cela signifiait que l’IA du vaisseau avait été laissée aux commandes en attendant que l’équipage puisse être secouru, mais qu’elle était incapable de communiquer avec le Hollow Lies ou avec l’équipe RECOVERY. Quels quantités de dégâts avait bien pu subir ce vaisseau ?

       Il fallut user plusieurs fois de plastiques de découpe pour passer les portes de sécurité récalcitrantes, mais aucune d’entre elle ne mena à une zone pressurisée, obligeant les membres du groupe à vérifier régulièrement leur jauge d’oxygène afin de s’assurer qu’il leur en resterait assez pour retourner à la navette. Le décor autour d’eux ne changea pas vraiment au fur et à mesure qu’ils avançaient, chaque salle étant remplie d’objets en suspension sans la moindre présence humaine vivante ou morte, donnant au Spirit of Fire un aspect de vaisseau fantôme.

       -  Pour sûr, remarqua Eric sur un ton de plaisanterie, ça devait être plus animé que ça, avant. Pas vrai, Ryan ?

       -  Garde tes remarques pour toi, le rigolo. Je te demande si c’était animé, sur la planète de ta famille ?

       -  … C’est pas vraiment du même acabit.

       -  Ha ouais ? Et bien dis-toi que pour certains, le concept de famille peut être différent du tien. Evite de balancer des vannes sans savoir, à l’avenir.

       -  Suffit vous deux ! ordonna Jill avec autorité. On est bientôt arrivé, alors je veux de la discipline.

       En effet, à une vingtaine de mètres devant eux se trouvait la dernière porte menant à la passerelle de commandement. Elle était lourdement blindée et Jack ne s’attendait pas à ce qu’elle cède facilement, aussi prépara-t-il une double dose de plastique explosif pour percer son blindage mais, alors qu’il s’apprêtait à placer ses charges, la porte s’ouvrit toute seule avec lenteur. Le jeune caporal porta immédiatement la main à son scanner et détecta une faible activité électromagnétique au niveau du mécanisme d’ouverture, sans toutefois pouvoir déterminer quelle était la source énergétique qui l’alimentait.

       -  Il y a quelqu’un qui contrôle encore les systèmes du vaisseau, déclara-t-il. Ryan ! Est-ce qu’il y a une caméra de surveillance dans ce couloir ?

En guise de réponse, le marine pointa du doigt un petit panneau à la droite de la porte comportant un mécanisme d’authentification par empreintes digitales et rétiniennes avec un écran de visualisation apparemment éteint. La caméra devait sans doute se trouver derrière cet écran, et quelqu’un l’utilisait pour surveiller l’accès à la passerelle. 

       -  Nous sommes attendus, fit Jack en jetant un regard inquiet à Jill.

       -  Starwalker ! Vérifiez la passerelle. Nous vous attendons ici.

       L’éclaireur acquiesça d’un bref signe de tête, puis éteignit sa torche et activa sa vision infrarouge pour s’engouffrer dans les ténèbres de la salle, son fusil de combat levé et ses sens en éveil. De longues secondes s’écoulèrent sans qu’il n’émette aucune transmission, et avec l’absence d’air les sons ne pouvaient pas se propager, ce qui ajouta à la tension jusqu’à ce que la voix de Ryan se fasse finalement entendre à travers la liaison radio :

       -  Zone dégagée. Vous pouvez venir.

       L’équipe pénétra sur la passerelle de commandement tout en restant sur ses gardes, éclairant le décors qui était tout aussi vide que toutes les autres salles qu’ils avaient visité. Aucun dégât n’était visible mais les volets anti-explosion étaient fermés, ce qui pouvait indiquer des dommages subits par les vitres de la passerelle, très certainement durant l’un de ses combats sur Harvest ou Arcadia.

       -  Zélos ! fit Jill en sortant son holopad. Est-ce que tu détectes quoi que ce soit ?

       Le petit objet émit une petite lumière hésitante avant d’afficher l’apparence mince et élégante de l’entité informatique. Celle-ci prit un certain temps pour étudier la configuration électrique de la passerelle avant de répondre :

       -  Rien de significatif, lieutenant. Si l’IA du vaisseau est toujours dans le système, elle n’est pas ici.

       -  Tu veux dire qu’elle peut tout de même contrôler les mécanismes sans être nécessairement présente sur la passerelle ?

       -  La structure informatique du Spirit of Fire est suffisamment grande pour lui avoir permis de copier ou délocaliser les programmes de contrôle à près de 164 endroits différents en adaptant les chemin d’accès vers les différents mécanismes. Il faut en général un certain temps  pour cela mais dans notre situation nous pouvons parfaitement supposer que c’est possible.

       -  Est-ce que tu pourrais te connecter à l’ordinateur de bord ?

       -  Si l’on isole d’abord les chemins d’accès pouvant être utilisés par l’IA. Je ne souhaite pas risquer une confrontation avec une entité de ma catégorie potentiellement corrompue et disposant de ressources matérielles supérieures.

       -  Je comprends. Caporal Foster, chargez-vous donc de ça.

       Jack obéit immédiatement et utilisa son scanner pour repérer les connexions pouvant permettre à une IA d’entrer ou de sortir de la console principale : ils courraient en-dessous du grillage qui composait le sol de la passerelle pour ensuite se disperser à travers le vaisseau tout entier. Il dégagea alors l’une des grilles pour atteindre les branchements et les déconnecter un par un, puis annonça à Jill qu’il n’y avait plus aucun danger. Elle retira alors le cristal de donnée contenant Zélos et l’inséra dans l’une des fiches de la console de commande principale. L’instant suivant, l’IA apparut sur la petite borne holographique intégrée à celle-ci pour annoncer :

       - Je me connecte à la base de données. Un instant… je détecte les traces récentes de la présence de l’IA Sérina SIA-9125-7 dans le système.

       -  Qu’entends-tu par récente ? demanda Jill.

       -  Il y a quatre-vingt deux secondes.

       -  Alors elle s’est retirée au moment où nous avons pénétré la passerelle. Peux-tu récupérer les données de la boîte noire du vaisseau ?

       -  Recherche en cours… données effacées il y a quatre-vingt dix-huit secondes.

       -  Merde ! lâcha Jill. Elle ne souhaite donc vraiment pas nous aider.

       -  Lieutenant, remarqua Eric. Nous allons bientôt avoir consommé la moitié de nos réserves d’oxygène. Il ne nous reste plus beaucoup de temps avant de devoir retourner à la navette.

       Jill remercia le marine pour cette précision d’un simple signe de tête, puis se tourna vers son IA.

       -  Zélos, nous allons rétablir les connexions une par une pour te donner accès au reste du système informatique du vaisseau. Utilise le schéma d’attaque Thêta pour débusquer Sérina et la forcer à se télécharger dans ton cristal de données.

       -  Très bien, lieutenant. Je vais faire de mon mieux. Caporal Foster, je voudrais que vous connectiez en premier la liaison vers le système d’armement du Spirit of Fire. C’est un câble de 2,6 centimètres de diamètre avec une gaine blindée rouge rayée de bleu.

       -  Je la vois, fit Jack en observant les câbles de liaison traînant à ses pieds. Attention… je connecte.

       Quelques secondes s’écoulèrent durant lesquelles Zélos effectua des milliers d’opérations dans le but de sécuriser les nouveaux circuits auxquels il avait désormais accès. 

       -  Aucun signe de Sérina dans les systèmes d’armement. Cinq tourelles de défense de proximité bâbord sont inopérantes. Les deux canons à accélération magnétique sont intacts avec 24 munitions en magasin. Réserve des missiles Archer à 57%. Prêt à la connexion suivante. Veuillez branchez la liaison vers les systèmes de survie. C’est un câble de 3,2 centimètres avec une gaine entièrement bleue.

       Une fois de plus, Jack fit comme le demandait l’IA.

       -  Toujours aucun signe de Sérina. Les générateurs de secours n’ont pas été activés depuis le 9 février 2531 à 1436 heures. Les réserves d’oxygènes sont à 43% et seuls les ponts des quartiers de l’équipage et des salles de cryogénie sont alimentées en air, mais la consommation depuis le 23 Février 2531 est quasi nulle. Système de cryogénie alimenté sur le circuit d’énergie principal. Je détecte 6523 cryotubes occupés au total. Les constantes vitales des occupants sont stables et dans la norme.

       Cette dernière nouvelle fut une grande satisfaction pour tous les membres de l’équipe, à l’exception de Ryan. On avait l’impression qu’il se fichait complètement que l’équipage ait survécu ou non, ce qui le rendait encore plus antipathique et mystérieux à la fois. Jack se posait de plus en plus de questions sur ce par quoi le marine était passé pour développer une personnalité aussi solitaire et hostile à toute relation, bien qu’il sache pertinemment que ce n’était pas ses affaires.

       -  Active les générateurs de secours, fit Jill à l’attention de son IA. Rétabli la pressurisation de tous les ponts du vaisseau et engage la procédure de réveil des cryotubes.

       Soudain, les lumières de la passerelle s’allumèrent, aveuglant les yeux des membres de l’équipe qui s’étaient habitués à l’obscurité, jusqu’à ce qu’ils s’adaptent à la nouvelle luminosité. La ventilation se mit en route juste après dans un bruit d’abord assourdissant puis de plus en plus faible au fur et à mesure que la pression d’air atteignait les normes standards. Jack vérifia sur son scanner qu’il n’y avait aucune toxique ou menace bactériologique et annonça à ses coéquipiers qu’ils pouvaient enfin retirer leurs casques. Ils respiraient toujours de l’oxygène recyclé, mais au moins celui-ci n’était pas comprimé dans l’espace réduit de leurs armures.

       Ne perdant pas son objectif de vue une seule seconde, Jill annonça :

       -  Zélos, nous allons rétablir le reste des connexions et régler le problème de Sérina avant d’aller réveiller l’équipage, si tu veux bien.

       -  Je suis prêt, lieutenant. Puis-je vous suggérer de commencer par rétablir les systèmes de communication afin de contacter le Hollow Lies de la situation ?

       -  Bonne idée. Foster ?

       -  Je m’en charge. C’est bien le câble rouge, Zélos ?

       -  Affirmatif. Connexion en cours… Toujours aucune trace de Sérina. Systèmes de communication opérationnels. J’envoie un rapport de situation au capitaine Darris.

       -  Dis-lui également d’envoyer des hommes pour nous aider à remettre sur pied les membres d’équipage. Il va nous falloir du monde.

       -  Bien reçu. Rapport envoyé. Prêt pour la dernière connexion.

       -  Je m’en occupe, fit Jack. Fait attention à toi.

       -  Connexion en cours… IA Sérina localisée. Engagement du plan d’attaque Thêta… IA maîtrisée. Transfert vers le cristal de données 16AA-5C54... transfert terminé. Vous pouvez retirer le cristal, lieutenant.

       Jill récupéra l’objet aussi tranquillement que si aucune IA hostile n’y avait été enfermée. Ce n’était visiblement pas la première fois qu’elle faisait ce genre de chose, vu le niveau de confiance qu’elle affichait dans ses yeux et le calme qui se lisait sur son visage. Jack commença à se dire qu’il ne savait toujours pas grand-chose sur la vie de Jill, sur ses antécédents et sur ses compétences réelles. Leur histoire était sérieuse, mais basée sur une simple harmonie spirituelle et non une confiance mutuelle en toute connaissance de cause. Les choses lui semblaient plus compliquées à chaque seconde qui passait et ce n’était apparemment pas près de s’arranger.

       Lorsque le lieutenant inséra le cristal de donné dans son holopad après en avoir retiré le système de liaison infrarouge qui lui permettrait d’interagir avec d’autres appareils, l’image blanc-bleue de Sérina apparut presque instantanément. Elle semblait bouillir de colère :

       -  Espèce de vandales ? Qu’est-ce que vous faites à mon vaisseau ?

       -  Caporal Foster, fit Jill en lançant l’holopad à Jack. C’est à vous de jouer, maintenant.

       Jack réceptionna l’objet du mieux qu’il put sous l’effet de la surprise, c'est-à-dire assez mal mais sans le laisser tomber par terre. Lorsqu’il avait accepté le fait de devoir converser avec une IA corrompu si la situation se présentait, il ne savait pas vraiment ce que cela signifiait, et il ne le savait toujours pas. Il avait étudié le phénomène de corruption des IA intelligentes durant ses études supérieurs sur Britannia, mais cela n’avait été que de la théorie, car il était légalement interdit de conserver une telle entité dans un système informatique, quel que soit son niveau de sécurité. Rassemblant ses esprits, il s’adressa à Sérina le plus calmement possible :

       -  Désolé de devoir vous confiner ainsi, mais nous devons vous poser quelques questions concernant ce qui est arrivé à votre vaisseau.

       Face à la politesse du jeune caporal, la colère de Sérina sembla diminuer. Elle resta silencieuse deux bonnes secondes, ce qui pour une IA équivalait facilement à dix minutes humaines et durant lesquelles elle avait sans doute effectué suffisamment de calculs pour prévoir toutes les réactions de son interlocuteur. Jack n’avait pas l’avantage sur le plan de la capacité de réflexion, mais il avait celui de pouvoir décider de la destruction ou non de l’IA, ce qui était non négligeable dans ce genre de négociation. Ne voulant pas laisser plus de temps à Sérina pour réfléchir à la situation, il l’empressa de répondre :

       -  Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé ici afin que nous sachions ce que nous devons faire pour assurer votre survie et celle de l’équipage ?

       -  Nous avons eut un incident avec le moteur Shaw Fujikawa au cours de notre dernière transition dans le Sous-Espace, fit Sérina d’un ton neutre. Les dommages se sont révélés irréparables et nous avons donc été contraints de continuer avec la propulsion standard dans l’espoir d’être retrouvés par des forces alliées. Notre voyage a duré sept cent quatre-vingt cinq jours jusqu’à ce que nous découvrions cette structure extraterrestre et décidions de l’étudier. Mais nous ne sommes pas parvenus à trouver un point d’entrée et avons du abandonner cette idée. Le capitaine Cutter a donc fait remettre tout l’équipage en cryogénie et m’a ordonné de maintenir le vaisseau à cette position jusqu’à ce que nous soyons retrouvés.

       -  Quel genre d’incident avez-vous eu avec le moteur Shaw Fujikawa ?

       -  Une anomalie de fonctionnement nous a fait apparemment dévier de notre route prévue initialement depuis Arcadia pour poursuivre un vaisseau covenant vers une destination inconnue. Nous nous sommes alors retrouvés perdus au milieu de nulle part, sans moyen d’entrer à nouveau dans le Sous-Espace et sans la possibilité de connaître notre position à cause de l’effacement des données de navigations par application du protocole Cole. J’ai alors calculé notre position théorique d’après une observation des étoiles, de leur disposition et de leur intensité, afin de déterminer la meilleure route pour rejoindre l’espace contrôlé de l’UNSC.

       Jack se tourna vers Jill qui hocha de la tête en signe d’approbation. Elle devait très certainement avoir étudié tout ce qui concernait les derniers évènements connus du Spirit of Fire avant sa disparition, incluant les enregistrements du réseau satellite d’Arcadia pour connaître les coordonnées de saut lors de sa dernière transition. Apparemment, les dires de Sérina étaient en accord avec les informations dont disposait Jill à ce sujet. Jusque là, il n’y avait donc pas de raisons de douter d’elle.

       -  Lieutenant, intervint Zélos. Je ne détecte pas le moteur Shaw Fujikawa du vaisseau. Apparemment il n’est pas connec…

       -  Nous avons été obligés de le débrancher physiquement pour éviter tout nouvel incident, expliqua Sérina. Il est toujours présent dans la salle des machines numéro 7 si vous souhaitez l’étudier.

       -  Nous verrons cela plus tard, fit Jill. Pour l’instant, notre priorité et de nous occuper de l’équipage.

       -  Le capitaine Darris a déjà envoyé huit navettes Pélican pour nous assister, annonça Zélos. Je leur ouvre la porte du hangar à navette bâbord numéro 4. Ils devraient arriver aux salles de cryogénie bien avant nous.

       -  Très bien. Zélos, je vais te laisser dans le système du vaisseau afin que tu en gardes le contrôle jusqu’à ce que nous soyons en mesure de repartir.

       -  A vos ordres, lieutenant.

       -  Tous les autres, en route. Nous avons un sacré paquet de gens à secourir.

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LA SUITE

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:37

CHAPITRE QUATRE : L’ARRIVÉE

 

 

1729 heures, 15 janvier 2534 (calendrier militaire) / frégate de combat UNSCHollow Lies, espace intersidéral.

 

        Les quatre jours qui suivirent cette première découverte furent longs et angoissants. Tous les membres d’équipage qui ne furent pas placés en sommeil cryogénique subirent une pression terrible pour garder le vaisseau dans un état optimal pour la poursuite de la mission avec une consommation d’énergie minimale, tandis que les membres de l’équipe RECOVERY faisaient de leur mieux pour se préparer à la suite des évènements. Le seul problème, c’est que la quantité d’informations disponibles était extrêmement limitée car, pendant les deux premiers jours, Zélos ne découvrit rien de plus sur la mystérieuse structure extraterrestre qui leur interdisait toute transition, ni sur les deux vaisseaux en détresse de l’UNSC. Ce n’est qu’à partir du troisième jour de voyage que les senseurs parvinrent à récolter les premières informations utiles. Et cela n’annonçait rien de bon :

        Le matériaux dont était constitué la structure extraterrestre était de nature inconnue, et sa forme géométrique respectait un nombre remarquable de symétries bien que ses surfaces étaient loin d’être planes. En dehors des curieuses ondes qui séparaient le Sous-Espace de l’espace normal et des messages de détresse du Spirit of Fire et du Fire Myst, aucun signe d’activité n’avait été détecté jusque là, ce qui était à la fois rassurant et inquiétant. D’après les résultats des senseurs et les dernières images obtenues par les caméras longue distance, le Spirit of Fire avait subit de lourds dégâts internes au niveau de ses moteurs et il y avait de grandes chances que ces derniers soient irréparables. Sa coque portait également les traces de violents combats dont il était cependant impossible de connaître l’origine avec certitude : ces dégâts pouvaient aussi bien avoir été causés par des affrontements récents contre une force inconnue que par les évènements qu’il avait traversé sur Harvest et Arcadia en 2531 avant de disparaître. Ce qui était certain, en tout cas, c’est que les dommages des moteurs ne pouvaient pas être antérieurs à son arrivé aux alentours de la station extraterrestre, ce qui n’était pas un bon signe.

        Mais la nouvelle la plus grave concernait le Fire Myst : il n’en restait plus qu’une mince ceinture de débris qui gravitait autour de la structure extraterrestre, ce qui indiquait deux choses particulièrement troublantes. D’abord, d’après les extrapolations de Zélos basées sur la composition des débris et la présence de sa balise intacte, le vaisseau n’avait pas été mis en pièce par une force extérieure mais s’était autodétruit. Ensuite, pour former une ceinture de débris à partir des restes d’une telle explosion, la station alien devait disposer d’un fort champ magnétique dont la puissance était similaire à celui d’une planète tellurique. La perte de la frégate, et probablement de son équipage tout entier, était une tragédie d’autant plus troublante que le Spirit of Fire était toujours plus ou moins intact. 

        En ce qui concerne le jeune Jack Foster, ces quelques jours d’attente furent l’occasion parfaite pour apprendre à se déplacer en gravité zéro, une chose qu’il n’avait pas eu l’occasion d’apprendre durant sa formation de technicien mais qui lui serait certainement très utile si l’équipe devait aborder le Spirit of Fire. Il en avait également profité pour discuter avec Eric qui lui avait alors enseigné de nombreuses choses sur les covenants : comment abaisser efficacement le bouclier énergétique d’un élite, comment repérer les signes d’un camouflage optique covenant et encore bien d’autres choses. Le savoir du vétéran semblait illimité et grâce à lui Jack gagnait en assurance chaque jour. L’idée de devoir affronter les covenants ne l’effrayait plus, au contraire : il avait hâte de mettre en pratique tout ce que son coéquipier lui avait enseigné.

        De leur côté, les autres membres de l’équipe RECOVERY avaient continué de travailler jour et nuit sur leurs tâches personnelles afin de préparer le début de la mission : Patric avait parcouru entièrement les dossiers médicaux de chacun d’entre eux, Sara avait presque démonté et remonté entièrement une navette Pélican pour la rendre plus performante, et Ryan s’était entraîné au tir régulièrement dans le hangar. Ainsi, lorsque le voyage vers le Spirit of Fire toucha à sa fin, ils étaient tous au maximum de leurs capacités.

        Jill convoqua tous les membres de l’équipe sur la passerelle afin d’effectuer un briefing avant le début de la mission et ils arrivèrent équipés de leurs armures de combat, prêts à en découdre. Zélos avait affiché à travers la table stratégique un schéma technique du Spirit of Fire en se basant sur les archives des chantiers navals de Reach, qui avaient transformé cet ancien vaisseau de colonisation de classe Phœnix en transporteur de troupe pour l’UNSC en 2520. Il avait beau faire deux kilomètres et demi de long, il paraissait insignifiant face à l’énorme structure extraterrestre auprès de laquelle il s’était immobilisé.

        Après avoir salué les membres de son équipe, le lieutenant commença son exposé :

        -   Maintenant que nous avons réussi à nous approcher de notre cible sans être attaqué par l’ennemi, nous allons devoir aborder le Spirit of Fire afin de savoir ce qui est arrivé à son équipage. Afin de conserver notre furtivité, il nous est impossible d’émettre la moindre communication radio ou de faire des analyses poussées avec nos senseurs. Il faut donc nous attendre à tout.

        «   Nous allons nous immobiliser dans l’ombre du Spirit of Fire par rapport à la structure covenante de façon à pouvoir utiliser une navette de transport pour nous amener au sas d’entrée bâbord numéro 3. De là, nous devrons rejoindre la passerelle de commandement et récupérer le journal de bord électronique du vaisseau, ce qui nous permettra de décider de notre prochain mouvement. Le caporal Starwalker sera notre guide tant que nous serons à l’intérieur du bâtiment. Si en chemin nous rencontrons des membres d’équipage, nous devons leur porter secours. Ils pourront d’ailleurs peut-être nous expliquer ce qui se passe ici. Notre priorité maximale est cependant de connaître l’état de l’Intelligence Artificielle affectée à ce vaisseau, nom Serina, numéro de série SIA-9125-7. C’est une IA intelligente de catégorie B dont la survie sur ce bâtiment dans ces conditions peut constituer une violation majeure du protocole Cole. Nous devons nous assurer qu’aucune des données de navigation du Spirit of Fire n’a été collectée par l’ennemi.

        -  Lieutenant ! fit soudain Jack en levant la main comme à l’académie.

        -  Qu’y a-t-il, caporal ?

        -  En quelle année a été créée cette IA ?

        -  2529, pourquoi ?

         -  Parce que les IA intelligentes ont une espérance de vie théorique d’une valeur approximative de sept ans, au-delà de laquelle elles sont susceptibles de devenir « mentalement » instables et incontrôlables, un état que nous appelons la corruption en informatique. Cette période de fonctionnement normal a d’ailleurs tendance à raccourcir lorsque l’IA est laissée seule sans aucune entité avec qui converser pendant trop longtemps. Dans notre cas, Sérina n’a pas encore dépassé la limite standard, mais vu qu’elle a pu passer près de trois ans sans personne pour discuter, nous devons sérieusement envisager le fait qu’elle soit devenue  corrompue et donc peut coopérative, voir même hostile. Bien sûr, si elle a été détruite suivant les consignes du Protocole Cole, ce n’est plus un problème, mais tant que cela n’est pas confirmé nous ne pouvons pas écarter la possibilité qu’elle représente une menace sérieuse.

        Jill prit en compte calmement les explications de son technicien spécialiste et considéra la possibilité de devoir faire face à une IA rebelle déterminée à tout faire pour ne pas être débranchée.  Cela ne l’enchantait pas particulièrement. Elle prit cependant un instant pour remercier Jack de son apport au briefing :

        -  Très bonne analyse de la situation, caporal. Je compte sur vous pour nous indiquer comment procéder au cas où votre théorie serait confirmée.

        -  A vos ordres, lieutenant.

        -  Et concernant la structure covenante ? intervint Eric. Que faisons-nous ?

        -  Pour le moment, rien. Qui que ce soit se trouvant à l’intérieur ne semble pas nous avoir détecté jusque là et nous n’avons aucune raison de chercher à changer cet état de fait pour l’instant. Cette installation pourrait abriter des milliers de covenants et disposer d’une puissance de feu suffisante pour pulvériser nos deux vaisseaux en un instant. Il est clair que pour pouvoir transiter à nouveau dans le Sous-Espace nous aurons besoin de neutraliser la source émettrice de ces ondes étranges, mais il est préférable de chercher d’abord à secourir nos alliers si nous souhaitons avoir le maximum de chances de réussite. Est-ce bien compris, caporal-chef ?

        -  Lieutenant, oui lieutenant.

        -  D’autres questions avant que nous ne débutions la mission ?

        Ce fut Sara qui parla en première : 

        -  Quels seront mes ordres une fois que l’équipe aura été déposée au sas d’entrée du vaisseau ?

        -  Votre Pélican devra rester attaché au sas du Spirit of Fire jusqu’à ce que nous revenions ou que je vous donne l’autorisation de rejoindre le Hollow Lies. Je ne tiens ni à vous perdre inutilement ni à laisser mon équipe sans billet de retour.

        -  Bien compris, lieutenant.

        Jill regarda alors un à un les différents membres de son équipe. N’importe qui sur la passerelle pouvait voir qu’elle était totalement incertaine sur ce qui allait se passer mais qu’elle avait confiance en chacun d’entre eux, car elle les avait choisi personnellement de par leurs capacités et leur expérience. Excepté Jack, ils étaient tous des vétérans confirmés, auteurs d’exploits remarquables chacun dans leur domaine d’expertise, et c’est pourquoi elle avait le sentiment qu’ensemble, ils pouvaient réussir.

Sans rien ajouter, elle se contenta de retirer le cristal mémoriel contenant Zélos pour l’insérer dans son holopad, puis déclara :

        -  On y va.

        L’équipe RECOVERY se mit alors en route vers le hangar à navette. Le Pélican que Sara avait préparé et révisé depuis ces quatre derniers jours semblait les attendrent avec impatience, ses batteries de missile Anvil-II prêtes à faire pleuvoir l’enfer sur quiconque se mettrait en travers de leur route. Il était équipé d’une soute rallongée et hermétique prévue spécialement pour les opérations spatiales ainsi que pour s’attacher à un sas de vaisseau standard du CSNU.         L’enseigne Olgana avait également renforcé son blindage par des plaques de cinq centimètres de titane-A et remplacé les munitions de la mitrailleuse lourde sous le nez de l’appareil par des balles ultra-perforantes pour augmenter sa puissance de feu.

        Le groupe prit place à l’intérieur et Sara effectua la check-list alors même qu’elle démarrait les différents systèmes de la navette. Lentement, la grande porte du hangar s’ouvrit sur l’espace et l’engin quitta la frégate. Dans le vide intersidéral, à des milliers d’années-lumière du premier système solaire, seules les étoiles éclairaient la coque robuste aux formes guerrières du Spirit of Fire, se reflétant dessus dans une pâle lumière froide permettant à peine de distinguer le vaisseau du reste de l’espace. Pendant un moment, Jack se demanda s’ils étaient vraiment à l’abris de toute détection.  Même si ce Pélican ne disposait pas du même module de furtivité que le Hollow Lies, ils étaient cachés derrière la silhouette massive du Spirit of Fire, ce qui limitait grandement les risques d’être détecté par les occupants de la structure extraterrestre. Cependant comme l’avait dit Eric, on ne pouvait être sûr de rien avec les covenants.

        Il ne fallut pas beaucoup plus de quatre minutes pour arriver au sas bâbord numéro 3. Alors que Sara se rapprochait du point d’entrée, Jill s’avança vers le cockpit pour demander :

        -  Vous recevez les signaux des balises d’alignement ?

        -  Négatif. Elles doivent avoir été désactivées pour économiser l’énergie du vaisseau. Il va falloir me guider à vue.

        -  Très bien, fit le lieutenant avant de se retourner vers la soute. Tout le monde ! Enfilez vos casques et préparez-vous à une dépressurisation : nous allons devoir abaisser la rampe arrière. Utilisez la fréquence TEAMCOM pour communiquer à partir de maintenant.

        Les autres membres de l’équipe obéirent immédiatement. Leurs combinaisons émirent chacune un court sifflement lorsqu’elles régulèrent leur pression interne, indiquant qu’ils ne seraient pas tués par le vide spatial, puis la rampe au fond de la soute s’abaissa lentement pour laisser apparaître une partie de la coque du Spirit of Fire avec, au milieu, le sas d’entrée.

        -  Foster ! ordonna Jill. Vous allez guider l’enseigne Olgana pour aligner correctement cette navette avec les verrous d’amarrage.

        -  A vos ordres, lieutenant.

        Jack se leva aussitôt de son siège et tira le câble de son harnais de sécurité pour l’accrocher à la barre métallique prévu pour ce type d’utilisation. Au moins s’il était éjecté dans le vide, il pourrait toujours remonter à bord. Activant la torche électrique intégré au casque de son armure afin d’y voir plus clair, il examina les verrous d’amarrage et communiqua à Sara les corrections de trajectoire à effectuer pour aligner la navette. La pilote rapprocha son engin en marche arrière, suivant les consignes du jeune caporal avec une grande habilité, jusqu’à ce qu’une légère secousse indique que le Pélican était finalement rattaché au sas d’entrée du vaisseau.

        Jack se pencha alors sur le panneau de commande manuel de la porte extérieure du sas et le connecta à son ordinateur intégré pour commander l’ouverture. Malheureusement le circuit n’était pas alimenté. Tout le vaisseau semblait être tombé à court d’énergie.

        -  Désolé, annonça-t-il avec regret, mais il va falloir employer la manière forte.

        Le caporal sortit alors deux doses de plastique de découpe de son paquetage et les appliqua le long de la fente séparant les deux battant de l’énormes porte blindée, en s’assurant de recouvrir les deux verrous qui la maintenaient fermée. Puis il y connecta un détonateur avant de faire signe à tout le monde de s’écarter. Il activa ensuite la charge et une violente lumière partit du détonateur au fur et à mesure que le plastique se consumait, faisant fondre le métal et libérant les battants de leurs entraves tout en laissant une maigre quantité d’air filtrer à travers la fissure ainsi créée. Lorsque le processus fut terminé, Jack demanda à Eric et à Ryan de l’aider à écarter les battants pour enfin pénétrer dans le sas. Mais ce n’était pas terminé : il était évident que l’autre porte refuserait tout autant de s’ouvrir et il faudrait alors encore la forcer. Jack commença à se dire qu’il avait peut-être prévu trop peu de plastiques de découpe.

        Ce fut donc d’autant plus surprenant pour lui et pour le reste de l’équipe lorsque la porte intérieure du sas s’écarta dans un lourd bruit mécanique.

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LA SUITE

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:32

CHAPITRE TROIS : L’INCIDENT

 

 

1917 heures, 11 janvier 2534 (calendrier militaire) / frégate de combat UNSCHollow Lies, en transit dans le Sous-Espace.

 

       Cela faisait maintenant près de quatre heures que Jack suivait à la lettre les consignes de son instructeur improvisé et, jusque là, cela se passait plutôt bien. Ils avaient trouvé un petit endroit tranquille dans le hangar de stockage où ils avaient improvisé des cibles d’entraînement avec quelques containers en métal, à l’écart pour ne gêner personne. Eric avait appris au jeune soldat comment de courtes rafales pouvaient être nettement plus efficaces qu’une longue rafale sur des cibles éloignées, et comment il fallait tenir son arme pour garder une visée solide tout en se déplaçant. Il lui avait également appris à effectuer des tirs en aveugle pour arroser l’ennemi tout en restant à couvert, ce qui n’était pas forcément efficace mais qui avait au moins l’avantage de dissuader l’adversaire de quitter son propre abris. Le marine vétéran semblait très à l’aise pour enseigner ce genre de techniques, et Jack se douta qu’il devait déjà avoir formé de nombreux autres soldats avant lui. 

       -  Bien, fit Eric en voyant le résultat des derniers tirs de son élève. Maintenant que tu arrives mieux à aligner tes cibles, il faut que je te prépare pour autre chose.

       -  Quoi donc ?

       -  Les covenants.

       Le jeune caporal déglutit à la mention de ce nom. Son esprit avait été tellement obnubilé par la chance d’effectuer sa première mission aux côtés de Jill qu’il en avait oublié la terrible menace qu’il devrait peut-être affronter. Les covenants n’étaient pas des adversaires comme les autres : ils étaient nettement plus avancés que l’UNSC sur le plan technologique et leur fanatisme religieux les poussait à haïr l’humanité par-dessus tout, ce qui ne laissait aucune place pour la négociation. Cette alliance de races extraterrestre ne pouvait être ni comprise ni raisonnée, et la seule chose que pouvait faire l’UNSC était de les combattre avec tous les hommes disponibles pour cela.

       -  Vu que c’est ta première mission, continua le marine, j’en déduis que tu ne sais pas grand-chose sur les covenants. Du moins pas grand-chose de vrai.

       -  Comment ça ? fit Jack d’un air méfiant afin de faire croire qu’il ne savait pas où voulait en venir le vétéran.

       -  J’ai participé à suffisamment de compagnes contre ces salopards pour savoir que beaucoup de ce que racontent les médias, ce n’est que de la foutaise : on est très loin de pouvoir gagner cette guerre. En fait, on est même carrément en train de la perdre, mais on peut pas dire ça aux civils car sinon ce serait la panique et l’émeute.

       -  Mais… et les spartans ? J’ai vu des documents sur eux. Rien ne peut les vaincre…

       -  C’est vrai, les spartans ont accompli de sacrés exploits et tout ce qu’on dit sur eux est la pure vérité. J’ai moi-même eux l’occasion de voir deux de ces super-soldats monter une embuscade contre une colonne d’infanterie covenant et l’anéantir jusqu’au dernier grognard. Mais ce ne sont que des soldats d’infanterie, et ils ne peuvent rien faire pour aider les batailles spatiales. La Navy a un mal de chien à tenir le coup contre les vaisseaux de l’Alliance, et le seul moyen qu’elle a de remporter une bataille contre eux, c’est de rassembler au moins trois fois plus de vaisseaux qu’en face.

       Jack savait déjà tout cela en vérité. Depuis qu’il avait piraté la base de données de l’ONI sur sa planète natale de Britannia et lu plusieurs rapports des services de renseignement, il était parfaitement au courrant de la terrible situation dans laquelle se trouvait l’humanité. C’était d’ailleurs à cause de cette découverte qu’il avait soudainement décidé de rentrer dans l’armée à la fin de ses études, à la grande surprise de ses parents et de ses professeurs : il voulait employer toutes ses compétences pour aider l’UNSC à défendre les colonies humaines et sauver le plus grand nombre de vies possible. Mais pour le moment, il devait quand même faire comme s’il ne savait rien car, si les autorités venaient à découvrir cela, il se retrouverait immédiatement dans une situation plus que dangereuse. C’est pourquoi il prit son meilleur air horrifié pour paraître affecté par les paroles d’Eric qui sembla convaincu. Celui-ci continua alors son exposé de sa voix rassurante :

       -  Tu sais au moins viser la tête d’une cible, ce qui est un bon début. Mais avec les covenants, il y a beaucoup d’autres trucs à connaître, comme par exemple les foutus boucliers énergétiques des élites, leurs systèmes de camouflage optique ou les armures super-lourdes des chasseurs. Vu qu’on risque de tomber sur eux pendant la mission, j’aime autant que tu saches à quoi t’en tenir pour éviter de faire n’importe quoi lorsque ça arrivera.

       -  Ok.

       -  Bon, alors le premier truc à savoir sur les covenants, c’est que…

       Mais Eric n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une violente secousse ébranla l’ensemble de la frégate et jeta à terre les deux combattants qui se réceptionnèrent assez durement sur le sol du hangar.

       -  Bordel ! lâcha le marine. Qu’est-ce qui s’est passé ?

       -  Aucune idée, répondit Jack en jetant un coup d’œil à sa montre. On était censés être en transition pendant encore trente minutes. Les covenants ne peuvent pas nous attaquer dans le Sous-Espace, n’est-ce pas ?

       -  Impossible. J’ai jamais entendu parlé d’un vaisseau attaqué en pleine transition. Mais avec les covenants, on ne peut être sûr de rien…

       L’idée d’être interceptés par une flotte ennemie au milieu de nulle part n’avait rien de très rassurant. Ils n’auraient pas eut le temps d’activer le module de furtivité de la frégate et leur armement était encore en mode veille, sans compter qu’un bon tiers de l’équipage était toujours en sommeil cryogénique. Si cette secousse était le prémisse d’un combat contre ne serait-ce qu’un seul vaisseau de l’Alliance, tout serait terminé en quelques instants.

Soudain, la voix de Jill se fit entendre énergiquement à travers les haut-parleurs du vaisseau :

       -  A tout le vaisseau, ici le lieutenant Vallentine ! Nous avons été forcés de quitter le sous-espace par une force inconnue. Tout le monde à son poste de combat. Que les membres de l’équipe RECOVERY me rejoignent immédiatement sur la passerelle de commandement. Terminé.

       -  On ferait peut-être bien d’y aller, fit Eric en se relevant avant d’aider Jack à en faire autant.

       Ils quittèrent le hangar au pas de course et commencèrent alors à traverser la moitié du vaisseau. Sur leur chemin, ils croisèrent de nombreux membres de la Navy en train de rejoindre leurs postes tout aussi précipitamment qu’eux. Il y avait là des techniciens, des pilotes, des artilleurs et des agents de sécurité, tous très inquiets mais déterminés à faire leur devoir pour s’en sortir. Jack réalisa alors qu’aucun d’entre eux n’avait pu être affecté sur ce vaisseau sans un minutieux examen de leur dossier par l’ONI. Il réalisa également que le Hollow Lies n’avait apparemment subi aucun dommage structurel, ce qui signifiait que la secousse n’était probablement due qu’à leur brutale décélération lors de leur sortie du Sous-Espace. Les lumières étaient encore toutes allumées et la gravité artificielle avait été maintenue, donc les générateurs n’avait pas été touchés. Alors comment avaient-ils été sortis du Sous-Espace ? Et par qui ?

       Ce n’est que lorsqu’ils atteignent enfin la passerelle de commandement qu’ils purent avoir un début de réponse. Patric et Sara étaient déjà présents et le visage de Jill témoignait d’une inquiétude certaine. Ils étaient tous rassemblés autour de la table stratégique qui affichait un schéma technique complet du Hollow Lies et de ses systèmes qui étaient tous dans le vert, à la seule exception du moteur Shaw Fujikawa.

       -  Que se passe-t-il, lieutenant ? fit Jack en s’approchant. On nous attaque ?

       -  Pas pour le moment, caporal, mais ça pourrait ne pas tarder.

       Jill avait répondu sans même le regarder, un geste normal pour leur petite comédie mais qui ne manqua pas de le faire légèrement souffrir. 

       -  Ce sont les covenants ? demanda Eric d’un ton calme.

       -  Impossible à dire. Aucun objet n’a été détecté par les senseurs du vaisseau, mais nous avons quand même activé le module de furtivité par précaution.

       -  Alors qu’est-ce qui nous a fait sortir du Sous-Espace ? fit Sara en croisant les bras d’un air agacé.

       -  Ça.

       C’était Zélos qui avait répondu, avant de prendre le contrôle de la table stratégique pour afficher une forme géométrique ressemblant à un losange légèrement étiré sur son axe vertical, et aux contours trop flous pour être distingués clairement. L’instant suivant, l’image holographique de l’IA apparut à côté de la figure géométrique pour donner son explication :  

       -    J’ai détecté cet objet en dérivant une partie de l’énergie disponible vers les senseurs du vaisseau afin d’augmenter leur portée de détection. Cela m’a également permis de détecter la silhouettes du Spirit of Fire immobile non loin de lui, mais aucun signe du Fire Myst pour le moment. Etant donné qu’il s’agit d’une simple frégate, il est fort possible que mes senseurs soient incapables de la détecter depuis cette distance. L’objet inconnu se trouve à 1,3492 milliard de kilomètres de notre position actuelle, mesure approximativement 15,8 kilomètres de haut sur 7,2 kilomètres de large, et émet des ondes qui semblent séparer l’espace réel du Sous-Espace pour nous empêcher de transiter.

       -  Alors c’est pour ça que nous sommes sortis du Sous-Espace ? demanda Jill.

       -  Correct. En fait, cette structure semble créer une sorte de zone isolée du Sous-Espace à l’intérieur de laquelle il nous est impossible de transiter.

       -  Donc il nous suffit de faire demi-tour et nous pourrons transiter à nouveau.

       -  Ce n’est pas aussi simple.

       L’image de l’étrange structure rapetissa jusqu’à devenir minuscule, n’étant plus représentée que par un simple triangle de localisation orange, la position du Hollow Lies étant indiquée de la même manière en vert. Les extrémités d’une sphère apparurent soudain lorsque les deux triangles se retrouvèrent séparées de seulement quelques centimètres.

       -  Cette sphère représente la portée théorique des senseurs du vaisseau poussés à leur maximum, soit près de 35 milliard de kilomètres. Jusqu’à présent et au cours des 43 essais effectués, je n’ai détecté la présence du Sous-Espace à aucun endroit de cette sphère, ce qui signifie que la portée d’émission de cette structure est encore plus grande et que nous pourrions mettre plusieurs jours, voir plusieurs semaines, pour en sortir avec notre propulsion normale.

       -  Mais alors comment sommes-nous arrivés jusqu’ici ? questionna Jill, incrédule. Pourquoi n’avons-nous pas été stoppés dès que nous avons pénétré dans la zone d’émission ?

       -   Pour vous représenter le concept plus simplement, imaginez une grande sphère de goudron au milieu d’un vaste volume d’eau, l’eau représentant l’espace ayant accès au Sous-Espace tandis que le goudron constitue notre zone où le Sous-Espace est inaccessible, notre vaisseau étant une torpille lancée au départ dans l’eau. Tant que nous nous déplacions dans l’eau, nous avons besoin d’une certaine quantité d’énergie pour avancer, mais dès que nous pénétrons dans la sphère de goudron, nous sommes ralenti puis finalement stoppés. Cependant de par notre énergie cinétique initiale et du fait que les extrémités de la sphère sont plutôt un mélange d’eau et de goudron, donc moins dense que le goudron pure qui constitue le centre de notre sphère, nous avons continué notre route sur une certaine distance avant que notre moteur Shaw-Fujikawa soit incapable de nous porter plus loin. Cela explique notre éloignement par rapport aux limites de cette sphère.

       -  Et pourquoi cette secousse, alors ?

       -  Un effet secondaire de l’arrêt instantané du moteur Shaw-Fujikawa, à savoir la création d’une puissante onde physique qui s’est propagé le long du vaisseau depuis la section de l’ingénierie.

       -  Parfait. Alors si je comprends bien, nous nous retrouvons au milieu de nulle part avec une structure inconnue qui nous empêche de transiter dans le Sous-Espace, c’est ça ?

       -  Affirmatif, lieutenant Vallentine.

       Jill prit un long moment pour étudier la situation. En tant que responsable de cette opération, c’était elle qui donnait les ordres, désormais. Mais Jack voyait clairement sur le visage de son amie qu’elle ne s’attendait absolument pas à ce genre de situation, tout comme chacun d’entre eux.

       -  Zélos, dit-elle calmement. As-tu essayé de contacter le Spirit of Fire ?

       -  Négatif, lieutenant. Les transmissions radios sont déconseillées lorsque le module de furtivité est actif : bien qu’il soit impossible pour cette structure de trianguler  notre position à partir d’un simple signal, cela informerait immédiatement ses occupants de notre présence et ils seraient alors sur leurs gardes.

       -  Très bien. Alors rapproche-nous de cette structure avec la propulsion standard et continue de l’analyser avec les senseurs du vaisseau. Jusqu’à ce que nous en sachions plus, nous devons supposer qu’elle est d’origine covenante, et donc ennemie. Notre premier objectif est de rejoindre le Spirit of Fire afin de prendre contact avec l’équipage, s’il est encore en vie.

       -  Il nous faudra environ 97 heures pour atteindre ces coordonnées, nota Zélos impassiblement.

       -  Alors c’est une bonne chose que nous ayons prévu des réserves supplémentaires. Que tout le personnel non indispensable soit placé en cryogénie et que tous les systèmes de priorité secondaire soient désactivés à l’exception du module de furtivité et des senseurs. Je veux un rapport de situation toutes les six heures afin de savoir exactement à quoi nous avons affaire. Et tente également de savoir ce qu’il en est concernant le Fire Myst.

       -  Bien, lieutenant.

       Quelques instants plus tard, la luminosité fut divisée par cinq et la gravité artificielle s’arrêta, obligeant toutes les personnes à bord du Hollow Lies à activer leurs bottes magnétiques pour rester coller au plancher. Jill leva alors un regard grave vers les membres de son équipe :

       -  Rassemblez votre matériel et préparez-vous du mieux que vous pouvez à accomplir votre devoir. Je vous veux disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour pouvoir répondre en cas d’urgence. Vous pouvez disposer.

       Sara, Eric, Patric et Jack saluèrent le lieutenant, mais au moment où ils étaient sur le point de quitter la passerelle, la porte d’accès de celle-ci s’ouvrit pour laisser entrer Ryan Starwalker, qui déclara d’un air parfaitement détendu :

       -  Alors ? Qu’est-ce qui se passe ici ?

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:25

CHAPITRE DEUX : LE REVEIL

 

 

1438 heures, 11 janvier 2534 (calendrier militaire) / frégate de combat CSNU Hollow Lies, en transit dans le Sous-Espace.

 

       Jack se réveilla avec une sensation de picotement tout le long du corps et un goût extrêmement amer dans la bouche. Ses yeux mirent un certain temps à s’habituer à la lumière ambiante de la salle de cryogénie du Hollow Lies, tandis que ses muscles semblaient répondre à retardement, comme si l’ordre envoyé par son cerveau mettait dix fois plus de temps à parcourir ses nerfs, ou alors que son cerveau mettait dix fois plus de temps à envoyer cet ordre.        Il n’avait pas encore subi assez de réveil cryogéniques pour s’y être habitué, et il se dit que tous ces désagréments devraient le quitter assez rapidement. C’était probablement pour cela que Jill avait demandé au capitaine de les réveiller si tôt avant leur arrivée.

       Le jeune homme chercha à se relever pour s’extirper de son tube cryogénique lorsqu’une violente douleur le frappa sur l’ensemble de son corps. Il se retint de crier pour ne pas paraître faible aux yeux de ses nouveaux coéquipiers qui se réveillaient autour de lui, mais l’expression sur son visage ne pouvait tromper personne.

       -   Tient ? fit Ryan d’un air amusé. Le bleu a tenté de garder ses vêtements dans le frigo. Mauvaise idée quand on n’est pas habitué.

       Jack laissa de côté la remarque du tireur d’élite et tenta de combattre la douleur pour se relever. Il savait parfaitement que les vêtements avaient tendance à coller à la peau durant le sommeil cryogénique et qu’ils gardaient de solides liaisons même après la décongélation,  ce qui causait ce genre de douleur lorsqu’on les forçaient à s’en détacher. Cependant Jack avait pensé pouvoir encaisser cette expérience et montrer au reste de l’équipe qu’il n’était pas aussi faible qu’ils le pensaient. Après tout, ils avait tous gardé leurs vêtements pour entrer en sommeil cryogénique, même Jill, donc s’il ne pouvait pas en faire autant ce serait partir d’un mauvais pied. Mais apparemment, il n’était pas encore prêt pour faire comme eux.

       Une fois debout sur le pont du vaisseau, Jack exécuta les consignes standard de réveil : il prit une grande inspiration avant de tousser pour nettoyer les voies respiratoires du fluide qui avait été utilisé pour permettre à son corps de survivre au gel. Cela lui donna l’impression de s’arracher littéralement la gorge de l’intérieur. Il porta ensuite la main à la poche de son pantalon pour attraper son tube de biotinidase et avaler discrètement un comprimé. Même si son corps avait été gelé pendant les dernières cinquante-six heures, il ne voulait pas prendre le risque de subir une crise au beau milieu de la mission et de trahir son handicap. Jill avait beau être à la tête de l’opération, il ne faisait aucun doute que l’ONI devait avoir dissimulé un ou deux agents parmi les membres d’équipage du vaisseau pour surveiller le bon déroulement de cette affaire. Il commença à se demander quand est-ce qu’il pourrait enfin s’estimer tranquille.

       Pendant ce temps, les autres membres de l’équipe avaient déjà complètement récupéré et commençaient à quitter la salle. Jack, lui, préféra rester là encore un petit moment afin d’être sûr qu’il serait en état de se déplacer dans le vaisseau, car sa vision restait légèrement floue et ses jambes arrivaient à peine à le porter.

       -   Vous êtes sûr que ça va aller caporal ? fit Jill d’un ton aussi détaché que possible.

       -   Oui lieutenant. Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai juste besoin d’un peu de temps pour reprendre mes esprits.

       -   Très bien. Quand vous vous sentirez mieux, rejoignez-nous à l’armurerie pour choisir votre équipement. Je tiens à vérifier chaque objet que vous transporterez.

       -    A vos ordres, lieutenant.

       D’un certain côté, Jack était amusé par cette comédie que Jill et lui étaient obligés de jouer devant les autres membres de l’équipage, mais en même temps il était triste de ne pas voir à quel point sa moitié s’inquiétait pour lui. Les sentiments n’avaient pas leur place ici, apparemment, et il se mit à espérer que cette mission se terminerait au plus vite pour enfin cesser cette mascarade.

       Une fois qu’il se sentit en état, Jack se dirigea à pas lents vers l’armurerie du vaisseau. En tant normal, une frégate ne disposait que de peu d’équipements d’infanterie par rapport aux énormes destroyers et transporteurs de troupes, ces derniers contenant habituellement des bataillons entiers de soldats. Mais cette mission était un peu spéciale, et on pouvait le voir clairement en observant la quantité de matériel précieux que renfermait l’armurerie du Hollow Lies. Il y avait là des armes qui, selon les connaissances de Jack, étaient encore à l’état de prototypes, ainsi que des équipements électroniques qui auraient fait pâlir d’envie plus d’un membre de sa compagnie sur Bêta Gabrielle. Cela en disait long sur l’importance qu’accordait l’amirauté à la réussite cette mission. Dès que le jeune technicien de combat entra dans la pièce, Jill s’approcha de lui pour donner ses consignes :

       -   Vous arrivez bien, caporal. Maintenant que vous connaissez notre mission et que vous savez ce que j’attend de vous, je vous laisse choisir votre équipement parmi ce qui se trouve ici.        Pendant ce temps, je me rends sur la passerelle de commandement pour m’entretenir avec le capitaine. Je veux voir tout le monde prêt à partir lorsque je reviens.

       -    Compris, lieutenant.

       Jack eut un léger vertige en examinant les objets mis à sa disposition. L’armurerie croulait sous les caisses de munitions en tout genre et les accessoires militaires spécialisés. Il ne s’était pas attendu à se voir confier ce type de matériel dès sa première mission.

       Après avoir pris quelques secondes pour prendre du recul par rapport à la situation, Jack étudia les paramètres de mission et commença à choisir son équipement en fonction. S’ils devaient aborder le Spirit of Fire, il y a de fortes chances qu’ils soient forcés d’effectuer une sortie dans l’espace à un moment ou à un autre. Cela signifiait porter une armure complète équipée d’une combinaison étanche et d’un respirateur, ainsi qu’un harnais de sécurité et des bottes magnétiques pour rester fixé à la coque du vaisseau et éviter de se retrouver à dériver dans l’espace jusqu’à manquer d’oxygène. Bien entendu, il fut facile de trouver une armure de classe 4 parfaitement équipée pour cela.

       Dans l’éventualité où l’alimentation du vaisseau ne fonctionnerait plus ou que certaines de ses portes et autres sas soient bloquées, il faudrait prévoir quelques lots de plastiques de découpe avec détonateurs pour faire fondre les verrous de sécurité, ainsi qu’un ordinateur portable pour contourner les sécurités électroniques.

       Si l’équipe abordait le vaisseau avec succès, il allait falloir découvrir ce qui clochait à l’intérieur et résoudre le problème. Vu qu’il y avait de grandes chances que ce soit d’ordre mécanique, Jack chercha une trousse de mécanicien standard parmi la masse d’équipements, et à la place il trouva autre chose de bien mieux : un système semi automatisé de servo-bras équipés d’outils modulables capables de démonter, réparer et remonter à peu près tout et n’importe quoi. Le seul exemplaire qu’il avait rencontré jusque là était celui utilisé par le chef mécanicien qui lui enseignait la mécanique au sein de sa compagnie, et les rares fois où il l’avait vu s’en servir, cela ne lui avait prit que quelques instants pour effectuer une opération qui aurait demandé une bonne heure pour n’importe quel technicien. Un tel équipement serait un atout inestimable pour la mission. Il l’installa alors sur l’avant-bras gauche de son armure et le relia au système électronique de la combinaison, de façon à pouvoir le contrôler plus facilement.

       Pour augmenter ses capacités mécaniques et électroniques, Jack prit également un scanner pour être capable d’analyser rapidement tout ce qui pourrait présenter un problème, et rajouta également une radio longue portée afin de rester en contact avec le Hollow Lies le temps de pouvoir utiliser le système de communication du Spirit of Fire.

       Quant à l’armement, Jack put voir que ses coéquipiers spécialisés pour le combat avaient déjà sélectionné du matériel de choix pour assurer la sécurité de l’équipe. Eric, avec sa carrure imposante, avait pris un fusil à pompe M90 avec une bonne réserve de cartouches ainsi qu’un lance-flamme lourd, idéal pour nettoyer les étroites coursives d’un vaisseau sans risquer d’endommager la coque. On pouvait voir également le canon d’un fusil d’assaut MA5B dépasser d’un sac marin posé à côté de lui et qui devait contenir d’autres petits jouets sympathiques. De son côté, Ryan avait porté son choix sur un fusil sniper S2AM avec une lunette de visée équipée d’un filtre infrarouge pour voir plus facilement ses cibles dans le noir. Le même genre de lunette était équipée sur un fusil de combat BR-55 accroché dans son dos pour les combat à moyenne portée.

       Mais soudain, Eric remarqua quelque chose dans l’équipement de Ryan et s’avança immédiatement vers lui pour demander d’un ton sévère :

       -  Hé, le tueur ! Où est-ce que tu vas avec tes balles perforantes ?

       -  A ton avis ? répondit le marine sans lever les yeux de son arme. Exploser des gueules de covenants.

       -  Je te rappel qu’on va se battre sur un vaisseau dans l’espace, mec. Si l’une de tes balles vient à percer une vitre ou même la coque, on est foutus.

       -  Détends-toi. Je sais gérer mon orientation. Rappelle-toi que c’est moi qui connais le mieux ce vaisseau ici. Mes balles ne toucheront jamais la coque, tu peux me croire.

       Oubliant cet incident, Jack se tourna vers les armes alignées sur les râteliers et décida d’opter pour la fiabilité en prenant un simple MA5C accroché en bandoulière et deux pistolets M6C dans des holster attachés à ses cuisses. C’était les deux modèles d’arme avec lesquelles il avait reçu un entraînement au tir, et il préférait se reposer sur elles que sur l’un des merveilleux prototypes dont il ne connaissait ni le fonctionnement ni les capacités. Il opta également pour un duo de grenades aveuglantes et une grenade soniques pour neutraliser rapidement d’éventuels ennemis sans causer de dégâts au vaisseau, et acheva avec un couteau de combat pour les situations désespérées ou les manipulations délicates.

       Quelques instants plus tard, le lieutenant Valentine revint de la passerelle de commandement. Voyant que tout le monde était prêt, elle se contenta simplement de faire un résumé de la situation :

       -   Nous atteindrons notre point de sortie dans approximativement cinq heures, ce qui vous laisse le temps de vous reposer un peu ou de faire quelques préparations. Mais d’abord je dois vous présenter le dernier membre de l’équipe RECOVERY : Zélos.

       Jill sortit alors de sa poche un petit objet que Jack identifia immédiatement comme un holopad, un équipement portable prévu pour contenir une intelligence artificielle tout en lui permettant d’interagir avec les autres entités et équipements à sa portée. Le genre d’objet qui devait être très utilisé par les agents de l’ONI dans des missions comme celle-ci.

       Effectivement, l’instant d’après, l’appareil émit une lumière vive et l’image holographique d’un jeune homme enveloppée dans un grand voile blanc qui ne recouvrait qu’à moitié son corps apparemment fragile, un peu à la manière des hommes de la Grèce antique. Son visage était laissé découvert et ses cheveux d’un blond doré étaient coiffés en une longue tresse qui lui donnait un aspect légèrement efféminé, mais il était d’un sérieux qui diminuait de beaucoup la beauté de ses traits. Nul doute que son tempérament devait être particulièrement froid, car l’apparence d’une IA était systématiquement un reflet de leur personnalité.

       -  Zélos est une IA de classe B et gère habituellement le Hollow Lies, expliqua Jill. Cependant pour la durée de la mission, il nous servira de soutien stratégique avancé pour nous permettre d’analyser rapidement chaque situation qui se présentera à nous. Caporal Foster, j’ai donné l’ordre à Zélos de se montrer pleinement coopératif pour vous assister dans vos tâches si vous en avez besoin. N’hésitez donc pas à faire appel à lui.

       -   Bien reçu, lieutenant.

       -   Tant que nous ne sauront pas dans quel état se trouvent le Spirit of Fire et le Fire Myst ni si c’est un piège ou non, il nous est impossible d’échafauder un plan. Aussi j’attends de vous tous une grande faculté d’adaptation  lorsque nous découvrirons tout ça. Sur une mission aussi étrange que celle-ci, tout peut arriver, aussi ne perdez pas notre temps précieux à être surpris, car nous n’auront peut-être que quelques instants pour prendre la bonne décision.

       Tous les membres de l’équipe acquiescèrent. Aucun d’entre eux n’avait été tenu au courrant de la nature exacte de cette mission avant qu’ils n’embarquent à bord du Hollow Lies, pourtant ils faisaient face à tout cela avec un sérieux et une détermination que Jack admira grandement. Il avait l’impression d’être un enfant que l’on aurait exceptionnellement autorisé à venir à une fête réservée aux adultes. Ce qui lui apparaissait comme une mission potentiellement mortelle et trop mystérieuse pour ne pas être inquiétante semblait pourtant être une mission tout à fait normale pour ses nouveaux coéquipiers. Jack se demanda alors combien d’opérations spéciales de l’ONI avait déjà effectué chacun d’entre eux.

       -  Nous avons encore cinq heures avant d’atteindre notre objectif. Dans l’intervalle, préparez-vous comme bon vous semble mais tâchez d’être prêts et sur la passerelle de commandement une heure avant la fin de notre voyage. Compris ?

       Une fois de plus, les membres de l’équipe acquiescèrent.

       -   Très bien, fit Jill. Rompez.

       Après un salut militaire, Ryan, Patric et Sara s’éloignèrent chacun de leur côté, et Jill ne tarda pas à en faire autant. Jack se retrouva seul avec Eric, dont le visage affichait déjà un grand sourire d’amusement à l’idée d’avoir du temps à passer avec son nouveau copain, du moins si c’était bien de cela qu’il s’agissait.

       -   Tu fantasmes sur le lieutenant, pas vrai ? balança le marine d’un seul coup et sans s’arrêter de sourire.

       -   Quoi ? … Mais non, je…

       -   J’ai bien vu comment tu la regardais tout à l’heure. La psychologie, ça me connaît : tes yeux vibraient d’une belle lumière et tu te mordais l’intérieur de la lèvre. Mais te fais pas de soucis : avec moi ton secret est bien gardé. De toute façon moi aussi, j’aimerais bien me la faire, mais je peux t’assurer qu’on a absolument aucune chance.

       Jack se demanda si tout ceci n’était pas une ruse, un moyen d’endormir sa méfiance pour pouvoir ensuite le manipuler par la suite. Le comportement d’Eric était certes exagéré, mais peut-être que c’était tout simplement le résultat d’autant d’années passées dans l’armée. Les guerres peuvent changer les hommes aussi sûrement que n’importe quoi d’autre, et certains soldats ont parfois besoin d’oublier toutes les horreurs qu’ils ont vu et tous les amis qu’ils ont perdu en occupant leur esprit autrement. Ryan devait certainement être dans le même cas et avait choisi de se réfugier dans la solitude et l’amertume, tandis que Eric s’était dirigé dans la direction inverse. Jack se demanda s’il parvenait également à plaisanter autant au milieu d’une bataille, lorsque les tirs pleuvent de tous les côtés et que chacun risque sa peau.

       Mais avant tout, Jack devait essayer de sauver les apparences en faisant comme si le marine avait raison sur ses sentiments. D’une voix faible et hésitante, il parvint à répondre :

       -   Euh… merci.

       -   Oh, y a pas de quoi. Mais maintenant qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire pendant cinq heures ?

       -   Qu’est-ce qu’ils sont allez faire, les autres, d’après toi ?

       Eric prit alors un air songeur, mais Jack ne parvint pas à savoir si c’était pour réfléchir ou pour faire semblant de réfléchir. C’était toute la difficulté avec lui : on ne savait jamais quand il était sérieux.

       -   Ben, Patric doit être en train de vérifier la fiabilité du matériel médical qu’il a rassemblé pour la mission. Sara, elle est probablement déjà à bricoler une navette pour s’assurer qu’elle donnera son maximum, et Ryan… je crois qu’il va dormir en attendant.

       -   On ferait donc mieux de ne pas les déranger.

       -   T’as raison. Surtout concernant Ryan : il a le réveil mauvais.

       -   Dans ce cas, ça ne te gênerais pas de m’entraîner un peu ?

       -   T’entraîner ? Sur quoi ?

       -   Le combat. J’ai fait à peine deux semaines de tir et mon instructeur n’était pas vraiment un combattant. Alors si un vétéran comme toi pouvant me montrer deux ou trois trucs ça pourrais beaucoup m’aider, au cas où il faudrait sortir les flingues durant la mission.

       Le sourire du marine s’élargit, montant presque jusqu’à ses oreilles, lui donnant l’air d’un fou ou d’un tueur psychopathe, et aucune de ces deux rapprochements n’était du genre à rassurer Jack qui fit un effort sur soit pour paraître impassible devant l’expression de son coéquipier.

       -    Avec plaisir, répondit celui-ci. Je vais te montrer comment on doit se servir d’un flingue lorsqu’on est un marine.

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LA SUITE

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:21

CHAPITRE UN : L’EQUIPE, LA MISSION

 

 

0600 heures, 9 janvier 2534 (calendrier militaire) / frégate de combat UNSCHollow Lies, spatiodocks de Reach, planète Reach, système Epsilon Eridani.

 

       Les deux amoureux furent tirés de leur rêverie lorsque le bruit du décrochement du sas de sortie résonna à travers le vaisseau et que la poussée d’accélération des moteurs se fit ressentir. Le Hollow Lies allait probablement devoir s’éloigner suffisamment du système Epsilon Eridani en utilisant sa propulsion standard avant de transiter dans le sous-espace, histoire de ne pas attirer l’attention des autres vaisseaux de la flotte. Cela leur laissait une petite demi-heure avant que Jill ne soit obligée de se rendre sur la passerelle de commandement pour entrer les coordonnées spatiales de leur objectif. D’ici là, Jack et elle avaient encore quelques petites choses à régler.

       Ils quittèrent alors le confort du lit de Jill pour se rhabiller, ressentant une certaine gêne à l’idée de devoir cacher cette relation même s’ils avaient d’excellentes raisons pour cela. C’était peut-être plus excitant et du coup plus passionné s’ils craignaient d’être découverts, mais Jack se demandait sincèrement s’ils parviendraient à rester discrets aussi longtemps que le souhaitait Jill. Déjà qu’il aurait du rejoindre le reste de l’équipage la veille, s’il se montrait maintenant alors que le vaisseau s’était détaché des spatiodocks, cela éveillerait bien des soupçons. Il espéra simplement que Jill trouverait une bonne excuse pour expliquer son absence jusque là.

       Une fois qu’ils eurent finit de revêtir leurs uniformes, ils se dirigèrent vers les quartiers de l’équipage. Comme toutes les frégates de classe Skyros, le Hollow Lies n’était pas très grand et il était difficile de s’y perdre, aussi leur cheminement ne fut pas long. Tout le personnel qui n’était pas indispensables pour le moment était en train de prendre leur dernier petit-déjeuner avant leur sommeil cryogénique, et les quatre autres membres de l’équipe montée par Jill pour cette mission en faisaient partie. Ils s’étaient d’ailleurs assis à la même table dans le but d’échanger quelques paroles et se connaître mieux, une décision apparemment prise par un vétéran des marines à la peau noire comme l’ébène qui tenait le crachoir à tous ses nouveaux coéquipiers avec un talent indéniable. Mais dès qu’ils aperçurent l’uniforme noir et les deux barres d’argent sur l’épaule de Jill, ils se levèrent immédiatement pour se mettre au garde-à-vous et la saluer.

       -  Repos, déclara Jill après leur avoir rendu leur salut. Soldats, je vous présente le dernier membre de notre équipe : caporal Jack Foster du 115ème régiment du Génie de Bêta Gabrielle. Il sera notre technicien de combat pour la durée de la mission.

       -  Enchanté, fit le vétéran ders marines en tendant la main à Jack qui la serra vigoureusement. Moi c’est Eric Gordman, caporal-chef du 125ème de marines de Reach. Tu veux que je te fasse les présentations ? Je connais déjà presque tout le monde, ici.

       Jack fut assez amusé par le comportement jovial et amical du soldat qui le dépassait d’au moins une tête et dont les dents blanches contrastaient tellement avec sa peau sombre que c’en était presque effrayant. Il avait le crâne parfaitement rasé, son œil droit était apparemment en verre et la moitié gauche de son cou avait un teint légèrement plus clair car il avait subit une greffe de peau sur toute cette surface, qui s’étendait peut-être également sur une partie de son torse. La raison devait probablement être une brûlure causée par une arme à plasma covenante, un cas qui devenait de plus en plus courant depuis la guerre avec l’Alliance.

       Ne voulant pas frustrer le grand soldat, Jack acquiesça de la tête et le dénommé Eric embrailla immédiatement en quatrième vitesse :

       -  Alors honneur aux dames ! Je pense que tu connais déjà le lieutenant Jill Valentine de l’ONI, notre chef d’équipe et notre source d’inspiration dans les moments difficiles.

       -  Doucement Gordman, intervint la première intéressée. Evitez ce genre de sous-entendu lorsque je suis dans les parages.

       -  Bien compris, lieutenant. Bon, ben alors nous allons passer à l’enseigne Sara Olgana, aussi une femme donc même traitement de faveur. Comme l’indique son grade, c’est une pilote chevronnée, à l’aise avec presque tous les appareils volants de la flotte, ce qui en fait notre ange-gardienne céleste qui aura pour dur mission de s’assurer qu’on ne crèvera pas inutilement en l’attendant sous les tirs au milieu de la ZE. Oh, et si tu veux tenter le coup, je te préviens qu’elle est veuve d’un marine mais qu’elle a aussi des jumelles de cinq ans. Perso je suis pas tenté par la paternité, mais si les gosses t’intéressent t’as peut-être une chance.

       La-dites Sara était effectivement une femme très belle et attirante, possédant cette petite touche d’assurance masculine caractéristique de l’armée et qui avait tendance à attirer les hommes. Elle avait les cheveux blond coiffés en bol avec des mèches sur le devant, englobant un visage aux traits fins et délicats. Dans un bref moment de discrétion, elle fit un clin d’œil furtif à Jack de ses yeux vert rubis pénétrants en y ajoutant un petit sourire intéressé, mais le jeune homme se demanda si c’était une vraie proposition ou simplement un jeu. Quoi qu’il en soit, il n’était pas intéressé. Sa relation avec Jill n’avait rien à voir avec ce qu’il pourrait connaître avec ce genre de femme.

       -   Et si les nanas ne t’intéressent pas, continua Eric sur le même ton de plaisanterie, nous avons également deux beaux mâles en pleine possession de leurs moyens. Mais par contre, pour ce qui est de leurs tendances, il faudra que tu leur demandes toi-même, car je ne fais pas partie de ce bord là, désolé. On va commencer par notre médic Patric Anderson, celui qui te rafistolera les tripes pendant que tu rafistoleras le matos. Si t’as la nausée et que tu sens qu’on a cherché à t’empoisonner à la cantine, c’est lui qu’il faut aller voir : il a été médecin-chirurgien civil dans un grand hôpital de Reach avant de rentrer dans l’armée pour voir plus de vrais blessures et moins de crampes aux mollets. Moi je vais l’emmerder dès que je me casse un ongle. Mais par contre il n’a pas encore beaucoup d’expérience du combat, alors il vaut mieux bien le surveiller au cas où ça chauffe.

       Le dénommé Patric avait un visage suffisamment endurci pour montrer qu’il avait toute l’expérience nécessaire pour assurer son rôle au sein de l’équipe. Il devait avoir au moins la cinquantaine, et ses cheveux noirs commençaient déjà à grisonner sur les côtés tandis que son front connaissait ses premières rides sérieuses. Ses petits yeux indiquaient un tempérament assez sérieux la plupart du temps, mais là il semblait assez détendu, sans doute grâce aux talents d’orateur d’Eric. Jack fut heureux de voir que Jill avait vraiment sélectionné les meilleurs éléments disponibles pour cette mission, mais se demanda soudain s’il serait à la hauteur de leurs espérances.

       -  Et pour finir, termina Eric en se tournant vers le dernier membre d’équipe, nous avons un deuxième marine dans le groupe. Moi je suis un simple fusilier, certes très bon, mais lui c’est un tireur d’élite, un vrai de vrai, de ceux qui vous allument le cul d’une mouche à trois kilomètres.

       -    Inutile de me présenter, l’interrompit le marine. Je peux le faire tout seul.

       Le soldat s’approcha de Jack à pas lents, comme si la gravité venait soudain d’être doublée, et lui jeta un regard noir inquiétant. Il avait les cheveux blancs coupés cours et les yeux rouges sang caractéristiques des albinos, ce qui devait indiquer peut-être d’autres défauts génétiques sous-jacents. Sa carrure était également assez faible bien qu’il soit nettement plus musclé que Jack et puisse aisément lui mettre une raclée, mais cela lui donnait quand même une apparence moins imposante que celle du géant noir qui partageait le même corps d’armée. Son menton était coupé par une vieille cicatrice trop fine pour avoir été causée par une arme à plasma, ce qui signifiait qu’elle n’était pas due à la guerre contre les covenants, mais peut-être d’une bagarre quelconque en permission ou même avant la grande guerre. Il devait donc sans doute avoir un comportement violent et agressif, ce qui conseilla à Jack de se mettre sur ses gardes et d’éviter de le provoquer.

       -  Je m’appelle Ryan Starwalker et je suis le tireur d’élite du groupe. C’est tout ce que tu as besoin de savoir. Je suis là pour couvrir les fesses des bleus tels que le toubib et toi, des foutus spécialistes qui savent à peine tirer dans la bonne direction, mais ne considère pas cela comme de la sympathie. Je ne le fais pas parce que je t’apprécie, mais parce que c’est mon boulot. Contente-toi de faire ce qu’on te demande sans te mettre dans ma ligne de tir et je te protègerai du mieux que je peux. Plante-toi… et je serai le premier à t’exploser la tête pour nous avoir foutu dans la merde. C’est suffisamment clair ?

       Jack acquiesça lentement de la tête pour donner une réponse aussi claire que neutre de toute émotion. Le marine se retourna alors pour revenir à sa chaise. 

       -  Fais pas trop attention à lui, lâcha Eric. Il n’est pas du genre à vouloir se faire des amis ni à discuter, mais à mon avis tant que vous vous ignorerez mutuellement il n’y aura pas de casse.

       -  C’est noté. Tu le connaissais déjà avant de venir ici ?

       -  Non. Mais ce que je sais, c’est qu’il est probablement plus expérimenté que moi.

       -  Pourquoi ? T’es marine depuis combien de temps ?

       - Sept ans. J’ai rejoins les rangs lorsque ma famille a été tuée par les covenants sur Gamma Indi en 2527. Avant j’étais soldat dans une milice privée, mais c’était plus de la protection rapprochée qu’autre chose. Ce mec, par contre, y a des chances qu’il ait été marine toute sa vie. 

       Le jeune Foster considéra cette possibilité avec prudence. Ryan semblait avoir environ la trentaine, ce qui signifiait quinze à vingt ans de service. Si c’était vrai, nul doute qu’il avait sa place dans cette équipe. Quelle que soit la mission vers laquelle Jill les envoyait, elle devait s’attendre à beaucoup d’ennuis pour recruter ainsi deux vétérans de cette trempe. Jack n’avait encore jamais combattu et sa maîtrise des armes à feu se limitait à deux semaines d’entraînement au tir avec un MA5C qu’il avait du monter lui-même. Face à un soldat tel que Ryan, il n’était qu’un bleu, effectivement. Comme l’avait si bien expliqué le tireur d’élite, sa seule manière d’être accepté dans cette équipe était de faire correctement son travail sur le terrain et de ne pas les gêner.

       -  Bon, fit brusquement Jill. Maintenant que tout le monde se connaît, nous allons nous rendre sur la passerelle de commandement pour ouvrir nos ordres de mission. Suivez-moi.

       Le groupe quitta alors le réfectoire du vaisseau et se dirigea vers la proue. Les opérations rassemblant des spécialistes de différents corps d’armée étaient fréquentes au sein de l’UNSC, que ce soit pour des actions contre les rebelles ou contre l’Alliance, et personne ne se demanda pourquoi ces personnages de différents horizons marchaient ensembles vers un même objectif, ni pourquoi c’était un membre de la Navy qui ouvrait la marche. Lorsqu’ils arrivèrent à la passerelle de commandement, tout le personnel présent salua le lieutenant Valentine, y compris le capitaine Edward Stampfert qui était en charge de ce bâtiment. Jill se dirigea ensuite vers la table holographique située au cœur du dispositif et qui abritait une IA dont l’apparence était celle d’un homme en tenue d’officier de la Navy à l’allure hautaine. Jill y inséra un bloc de données et l’entité informatique disparut, mais rien d’autre ne s’afficha sur la table holographique.

       -  A tous les membres d’équipage présents sur ce pont, commença-t-elle d’une voix forte, ce que vous allez apprendre dans les prochaines minutes est classé top secret et ne doit pas être répété en dehors de cette pièce. Ceux qui braveront cet interdit seront coupables de haute trahison selon les protocoles de sécurité de l’ONI, section 1.

       «  Il y a maintenant vingt-quatre jours, une sonde d’espionnage de l’UNSC envoyée dans l’espace profond a détecté un signal de détresse provenant de l’un de nos vaisseaux. En réponse, l’amirauté envoya la frégate de combat Fire Myst pour enquêter sur place.

       Alors même qu’elle parlait, la table stratégique s’alluma pour afficher l’ordre de mission donné au Fire Myst par l’amirauté. Il était daté du 28 décembre 2533. Jack en conclu que quoi qu’il se soit passé entretemps, cela s’était passé très vite.

       -  Mais deux jours plus tard, continua-t-elle, cette même frégate se mit elle aussi à émettre un signal de détresse depuis ces mêmes coordonnées. Nous sommes la deuxième équipe envoyée pour découvrir ce qui se passe.

       L’ordre de mission disparut pour faire place à une carte galactique sur laquelle Jill ordonna un zoom au niveau d’un point précis de l’espace apparemment perdu au milieu de nulle part, et où deux triangles rouges apparurent, clignotant d’une lueur inquiétante.

       - Les deux vaisseaux en question se trouvent dans le vide intersidéral séparant la constellation du Centaure et celle du Scorpion, à 6,37 parsecs d’Alpha Centauri pour être plus précise. Nous pouvons donc en déduire que le premier vaisseau a eut un problème d’ordre technique au niveau de ses moteurs, mais nous devons également envisager la possibilité qu’il s’agisse d’un piège tendu par l’Alliance. C’est pourquoi cette frégate a été équipée du dernier système de furtivité développé par la section 3 de l’ONI, de façon à ce que si l’ennemi nous attend là-bas, nous ne soyons pas repérés et puissions prévenir l’amirauté de ce stratagème.

       «  Notre objectif est donc simple : transiter vers les coordonnées de ces deux bâtiments, évaluer la situation et si c’est possible, tenter de leur porter secours. Dans le cas contraire, nous avons ordre de revenir vers Reach le plus vite possible pour faire notre rapport. Des questions ?

       -   Oui, fit immédiatement Ryan. Pourquoi pensez-vous qu’il s’agisse d’un piège des covenants ?

       -   Et bien parce que le premier signal de détresse indique qu’il provient d’un vaisseau disparu depuis 2531 : le Spirit of Fire.

       A ce nom, Ryan manqua de s’effondrer sous le coup de la surprise. Jack avait déjà entendu ce nom auparavant : c’était celui d’un transporteur militaire de l’UNSC qui avait participé à la campagne de reconquête de Reach, puis qui avait subitement disparu sans laisser de tracer juste après un bref passage sur Arcadia. Pour que cela affecte autant Ryan, il devait avoir une histoire particulière liée à ce bâtiment. C’était peut-être en rapport avec son comportement atypique, mais il valait mieux garder ce genre de réflexion pour plus tard.

       Afin de remettre un peu le soldat de ses émotions, Jill lui expliqua :

       - Désolé de devoir rabaisser votre fierté personnelle, caporal Starwalker, mais vous n’avez pas été sélectionné pour votre habilité au tir, mais parce que vous êtes l’unique personne à notre disposition qui ait une connaissance aussi avancée de ce vaisseau. Si nous sommes obligés de l’aborder au cours de notre mission, vous nous servirez d’éclaireur. Compris ?

       -   … Compris, lieutenant.

       -  Bien. Personne d’autre n’a de question ? … Parfait. Alors nous allons pouvoir nous mettre en route. Capitaine, je vous donne les commandes jusqu’à notre arrivée aux coordonnées indiquées sur cette carte. Programmez un réveil cryogénique six heures avant, que nous soyons en pleine possession de nos moyens le moment venu. Ce briefing est terminé. Rompez.

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ALIENS Colonial Marine by adonihs

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 21:10

PROLOGUE

 

 

1927 heures, 8 janvier 2534 (calendrier militaire) / vaisseau de transport civil Moonwalkeren route vers les spatiodocks de Reach, planète Reach, système Epsilon Eridani.

 

       Pareil à un joyau d’argent suspendu au-dessus du monde, les spatiodocks étaient resplendissants dans la lumière du soleil d’Epsilon Eridani. La coque extérieure du gigantesque complexe spatial brillait de milles feus sous les étoiles, tout comme l’ascenseur orbital qui le reliait à la surface de Reach tel un long fil de lumière. Seul le léger reflet du panneau d’observation gâchait quelque peu la contemplation de ce spectacle.

       Jack Foster profita un instant de ce reflet pour s’assurer qu’il était présentable. Dans son uniforme de caporal du Génie, le jeune homme était assez impressionnant, comme tous les militaires, mais son visage rayonnait de bonheur et tout son corps tremblait d’excitation. Ses yeux bleus azurs témoignaient clairement de sa volonté de faire bonne impression tandis qu’il arrangeait sa chevelure du mieux qu’il le pouvait du bout de ses doigts. Ses supérieurs l’avaient autorisé à les laisser pousser jusqu’à trois centimètres de long et il chercha à les coiffer en avant pour faire ressortir les deux mèches blanches situées à l’avant. Elles contrastaient clairement avec le reste de sa chevelure qui était aussi noire que l’ébène, mais cela lui donnait un certain charme.

       Alors que les spatiodocks grossissaient de plus en plus derrière le panneau d’observation du transporteur Moonwalker, une voix annonça dans les haut-parleurs du vaisseau que l’arrivée était imminente et que les voyageurs pouvaient se préparer à débarquer. Mais Jack était déjà prêt depuis une vingtaine de minutes.

       Il se tenait à seulement cinq mètres du sas de sortie bâbord du vaisseau, attendant impatiemment d’arriver à destination. Depuis maintenant six mois il avait attendu cet instant, d’une attente plus oppressante chaque jour, et à présent il pouvait à peine contenir sa joie. Contrairement à ce que croyaient les autres membres de son unité, ce n’était pas la perspective de terminer sa formation de technicien militaire qui le mettait dans cet état, mais l’idée de retrouver quelqu’un d’immensément cher à ses yeux.

       Une légère secousse parcourut le vaisseau lorsque celui-ci s’amarra aux spatiodocks. Elle fut suivie d’un brusque mouvement d’air annonçant la décompression du sas de sortie et Jack du porter les mains à ses cheveux pour éviter une catastrophe esthétique. Une fois le sas rempli d’air, les portes s’ouvrirent enfin et le jeune homme saisit le sac marin contenant ses affaires personnelles pour le porter à l’épaule. Il prit ensuite une profonde respiration, puis s’avança dans le couloir de sortie.

       Il arriva dans une sorte de hall d’accueil où plusieurs dizaines de personnes étaient venues récupérer des proches ou embarquer à leur tour sur le Moonwalker qui retournait sur Bêta Gabrielle. Un instant suffit à Jack pour repérer celle qui l’attendait là.

       Jill. Jill Valentine. L’agent de l’ONI qui avait été chargée d’enquêter sur lui lorsqu’il s’était engagé et qui, au lieu de dénoncer à la section 1 ses actions de pirate informatique, l’avait aidé à obtenir les informations qu’il cherchait. Elle était toujours aussi magnifique, même si son uniforme de la Navy lui donnait un côté légèrement masculin. Elle avait attaché ses longs cheveux châtains en un chignon adorable qui laissait voir son cou fin et délicat sur lequel reposait un visage d’ange. C’était tellement dommage que la situation présente ne lui permette pas de sourire pour le moment.

       -  Caporal Foster au rapport, lieutenant ! fit Jack de façon très protocolaire en effectuant son salut.

       -  Vos ordres, dit simplement Jill en tendant la main.

       Jack sortit un papier de son uniforme et le donna à la jeune femme qui lut attentivement avant de paraître satisfaite.

       -  Bienvenue sur Reach, caporal, fit-elle en lui rendant le papier. Suivez-moi, nous n’avons pas de temps à perdre.

       -  A vos ordres, lieutenant.

       Les deux militaires se mirent alors en route et traversèrent la foule de voyageurs pour se diriger vers les ascenseurs les plus proches. Tout en marchant, le lieutenant Valentine s’adressa de nouveau au jeune Foster :

       -  Désolée de vous avoir forcé à quitter votre unité si tôt après la fin de votre formation.

       -  Ne vous inquiétez pas pour cela, lieutenant, ce n’est pas un problème pour moi. C’est surtout mon chef de régiment qui a plutôt mal accepté de me voir partir.

       -  Le colonel Holms, c’est ça ?

       -  Oui, c’est ça.

       -  Je dois admettre que j’ai eu une discussion plutôt houleuse avec lui à propos de votre transfert. Il vous avait en très grande estime.

       -  Je sais. Il me l’a déjà dis personnellement à la fin de ma formation.

       Pendant qu’ils discutaient ainsi, ils avaient traversé une partie des spatiodocks pour atteindre un ascenseur qui les emmena au dernier niveau de la station, là où seuls les vaisseaux militaires étaient autorisés à s’amarrer. Ils se dirigèrent alors vers la frégate de combat Hollow Lies où des soldats du corps des marines contrôlèrent leurs identités et leurs ordres de mission avant de les laisser pénétrer à l’intérieur du vaisseau.

       En tant que chef absolue de cette opération, Jill disposait d’une cabine personnelle dans le quartier des officiers et c’est là qu’elle conduisit Jack pour qu’ils soient enfin tranquilles et seuls.

       -  Alors ? fit le jeune homme en verrouillant la porte derrière lui. J’ai été convaincant ?

       -  Tu as été parfait, répondit Jill. Tout s’est passé admirablement bien.

       -  Tu es vraiment sûre que c’était nécessaire ?

       -  Je te l’ai déjà expliqué, Jack : si la section 1 avait vent de notre relation, elle remettrait immédiatement en cause mon rapport d’enquête sur toi et un autre agent serait chargé de reprendre cette affaire depuis le début. J’ai moi-même vérifié cette pièce afin de m’assurer qu’elle ne renferme aucun système d’espionnage, donc on devrait être tranquilles ici, mais j’estime que partout ailleurs nous devrions continuer de faire comme si tu ne te souvenais pas de moi.

       Jack était bien obligé d’admettre qu’elle avait raison. Jill s’était déjà suffisamment compromise en montant un dossier bidon pour le blanchir dans cette affaire de piratage informatique contre le réseau de la section 1. Elle avait donc de très bonnes raisons de vouloir s’assurer que ce rapport ne serait jamais remis en cause.

       -  Et combien de temps penses-tu que nous devrions continuer d’agir ainsi ? demanda-t-il en redoutant déjà la réponse.

       -  Je pense que six mois seraient suffisants pour permettre à ce dossier d’être oublié.

       Jack prit soudain un air abattu, mais qui fut rapidement remplacé par un regard résolu : si cela était nécessaire pour assurer leur bonheur futur à Jill et à lui, alors il le ferait. Il ne fallait pas plaisanter avec les services de renseignement de la Navy. Même si leur administration avait tendance à gérer beaucoup trop d’affaires pour ne pas en égarer quelques unes, il valait mieux jouer la carte de la sécurité.

       -  Et sinon, fit-il. Tu as réussi à obtenir ce que je t’ai demandé.

       - Ca n’a pas été facile, annonça Jill. J’ai du modifier un peu les listes d’inventaire des pharmacies de bords sur plusieurs vaisseaux, mais je les ai eu.

       La jeune femme se dirigea alors vers l’une des armoires de sa cabine et en ouvrit un tiroir où se trouvait une petite caisse. A l’intérieur se trouvait une bonne trentaine de tubes pharmaceutiques. Elle en prit un et le lança à Jack qui l’ouvrit pour en vérifier le contenu.

       -  Je suis impressionné que tu ais pu en rassembler une telle quantité.

       -  Lorsque je t’ai rencontré pour la première fois, j’ai gravement sous-estimé tes capacités. Ne fait pas la même chose avec moi, s’il te plait.

       -   En tout cas merci. J’étais sur le point de tomber à court.

       Jack avala l’un des nombreux comprimés contenus dans le tube. Ce traitement n’était mentionné nulle part sur son dossier car sinon il serait considéré comme inapte au service et immédiatement renvoyé de l’armée. Il était nécessaire pour combattre une grave maladie génétique issue de sa nature plutôt… inhabituelle.

       En effet, Jack était le produit d’une technologie encore très incertaine, illégale mais souvent employée par l’ONI pour couvrir certaines de ses opérations : le flash-clonage. Le véritable Jack Foster avait été enlevé par la section 3 en 2517 pour servir dans le projet SPARTAN-II et était alors devenu le spartan-II Jack-115, mais le flash-clone par lequel il avait été remplacé auprès de ses parents avait miraculeusement survécu. En fait, il avait survécu uniquement parce qu’Edward Foster, le père de Jack, était un scientifique membre de la section 3 et un ami du docteur Halsey qui l’avait prévenu de cette opération. Il avait donc pris les mesures nécessaires pour réagir rapidement aux maladies graves qui frappaient systématiquement les flash-clones. Ces maladies étaient totalement aléatoires, autant en nombre qu’en importance, mais les chances de survie des sujets était toujours quasi nulles.

       Par chance, la seule maladie qu’avait reçue Jack était une carence grave en biotinidase, une enzyme essentielle pour la dégradation des protéines du corps et la production d’autres composés indispensables. Cette carence était irréparable et ne pouvait qu’être contrée continuellement par l’ingurgitation de ces comprimés riches en biotinidase à raison d’un par jour, et cela pendant toute sa vie, à défaut de quoi il commencerait à présenter de graves symptômes de manque. Ces symptômes pourraient être multiples et iraient de l’hyper ventilation à une diminution critique de l’immunité corporelle, en passant par la surdité et des hallucinations. Si le manque se poursuivait sur plusieurs jours, la mort serait certaine. Heureusement, le père de Jack lui avait fait suivre ce traitement depuis le jour où on lui avait remplacé son fils naturel.

       Alors qu’il avalait sa pilule quotidienne, le jeune homme remarqua que Jill l’observait attentivement. Il avait l’habitude d’être considéré comme quelqu’un de bizarre par les autres personnes, mais c’était plutôt à cause de son comportement. Or, Jill était semblable à lui en ce qui concernait les relations sociales, donc c’était autre chose qui la préoccupait. Il se sentit obligé de lui demander :

       -  Ca ne t’a jamais effrayé, le fait que je sois un flash-clone ?

       -  Non, pas vraiment. J’ai été surpris en découvrant ça, je l’admets, mais à ce moment-là je ne te connaissais pas encore.

       -  Tu as donc su ça avant même de me rencontrer ?

       -  Oui, comme beaucoup d’autres choses. Mais aucune d’entre elles n’avait plus la moindre importance après le premier jour que j’ai passé dans ton unité. Tu ne peux pas savoir à quel point tu m’as manqué.

       -  Bien sûr que si je le sais.

       Jill sourit. Ni elle ni Jack n’était le genre de personne qui souriait facilement, mais apparemment il était possible de faire naître le bonheur à partir de deux êtres malheureux.

       -  Quand est-ce qu’on part pour cette fameuse mission ? demanda le caporal.

       -  Demain à 0600 heures, le temps que les techniciens finissent de préparer le vaisseau. Le reste de l’équipe est déjà à bord et tu seras obligé de les rejoindre une fois que notre petit « entretient » sera terminé.

       -  Ce qui nous laisse combien de temps ?

       A ces mots, la jeune femme s’approcha lentement de Jack et l’attrapa par le col pour coller ses lèvres contre les siennes. C’était la première fois qu’ils s’embrassaient, un évènement qu’ils avaient chacun attendu pendant six long mois avec pour seul compagnie le souvenir de l’autre. Ce geste n’en fut que plus passionné, libérant en quelques instants un torrent d’émotions qui avaient du être réprimées pendant si longtemps, comme un barrage mental qui cède soudain à la première fissure pour inonder leur monde intérieur.

       Il leur fallut plusieurs minutes pour se lasser suffisamment de cette sensation pour l’interrompre un moment, le temps que Jill annonce avec tendresse :

       -  Passons dans ma chambre. Avant de te laisser partir, je dois te faire passer petit examen très particulier.

       -  Je suis à vos ordres, lieutenant.

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LA SUITE

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SOMMAIRE

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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 20:59
SOMMAIRE DE LA FANFIC
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PERDU CORPS ET BIENS


Introduction: Jack Foster vient tout juste de terminer sa formation de technicien de combat pour le Génie militaire de l'UNSC et il est aussitôt recruté par le lieutenant Jill Valentine, son amour secrète, pour une mission de la plus haute importance pour le compte de l'ONI. Les nombreux mystères qui entourent cette opérations se lèveront peu à peu pour faire réaliser au jeune Foster qu'il s'est retrouvé embarqué dans une aventure terriblement dangereuse dont il pourrait très certainement ne jamais revenir...
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PROLOGUE

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CHAPITRE 1 : L'ÉQUIPE, LA MISSION

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CHAPITRE 2 : LE RÉVEIL

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CHAPITRE 3 : L'INCIDENT

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CHAPITRE 4 : L'ARRIVÉE

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CHAPITRE 5 : LE VAISSEAU

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CHAPITRE 6 : L'ÉQUIPAGE

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CHAPITRE 7 : L'ENNEMI

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CHAPITRE 8 : LES SURVIVANTS (prochainement)

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 23:24

CHAPITRE CINQ : LARMES

 

 

20h14, vendredi 30 Novembre 2020/ Quartier Général de la Nerv, Géofront, ville-forteresse de Tokyo-3.

 

       ASUKA était on ne peut plus frustrée. Après s’être fait voler son premier combat par la First Child, voilà qu’elle venait d’échouer à sa première mission en tant que chef d’équipe. Mais c’est de la faute des deux autres, pas de la mienne. S’ils ne m’avaient pas gêné et avait fait ce que je leur avais dit, on aurait gagné sans problème. Pourquoi est-ce que je dois diriger une équipe aussi mauvaise ?

       L’équipe était réunie dans la salle de débriefing réservée aux pilotes d’Evangelion. Bien que son Eva ne soit pas encore prête, Emma Armstrong avait été autorisée à être présente pour l’analyse du combat contre Israfael. L’objectif de cette réunion était de trouver un moyen de vaincre l’ange afin qu’un nouveau plan de combat soit mis en place avant qu’il ne revienne. Ils venaient de commencer à regarder les vidéos enregistrées par les différentes caméras embarquées des Evas, cherchant une faille à exploiter dans les capacités de l’ennemi. En dehors des quatre Children, la salle était occupée par le major Katsuragi ainsi que par le docteur Akagi Ritsuko dont l’avis scientifique avait été demandé.

       -   Je veux un maximum d’informations sur ce combat, commença Misato, alors donnez-moi tout ce que vous pensez avoir découvert sur l’Ange.

       -    J’ai vu que la forme de sa Koa a changé lorsqu’il s’est dédoublé. Avant elle formait ce… symbole bizarre…

       -    C’est celui du yin et du yang, expliqua calmement Emma. Il représente la dualité complémentaire qui existe entre les individus ou entre des éléments souvent complètement opposés, voir même entre différents aspects mentaux d’une même pers...

       -    On s’en fou, la coupa Asuka. Bref, sa Koa était comme ça lorsqu’il était en un seul morceau, et lorsqu’il s’est dédoublé, chacune des deux formes avait sa propre Koa mais elle était parfaitement sphérique.

       -    Bonne observation, la remercia Misato. Cela veut probablement dire qu’il ne peut réaliser ce dédoublement qu’une seule fois. Donc si on parvient à détruire la Koa d’une des deux formes…

       -    Ça ne marchera pas.

       C’était Rei qui avait lâché ces mots, aussi naturellement que si elle avait annoncé le bulletin météo de la semaine ou le menu de la cantine. Un silence profond envahi la salle alors que les regards se tournaient vers elle. Après quelques secondes d’hésitation, Asuka se décida à lâcher avec dédain :

       -    Qu’est-ce que tu en sais, la First ? T’es voyante, maintenant ?

       -    J’ai déjà essayé. C’est sur mon enregistrement à 14 minutes et 7 secondes.

       D’un simple mouvement de doigt sur le contrôle tactile du panneau de contrôle, Misato fit avancer la vidéo de la caméra de l’Eva-00 jusqu’au moment indiquée par la First Children. L’image montrait une vue prise depuis le casque de l’Eva, ce qui permettait de voir l’avant du canon de l’arme qu’elle maniait pendant le combat et les les formes de l’Ange qu’elle prenait pour cible depuis sa position lointaine. Elle délivrait de courtes salves très contrôlées, visant la Koa d’un des deux ennemis qu’Asuka était alors en train d’attaquer avec sa propre Eva. D’un coup vertical avec l’un de ses couteaux progressifs, l’Eva-02 brisa momentanément l’AT-Field de l’Ange, permettant à Rei de placer une salve directement sur la Koa qui se brisa… pour se reformer aussitôt.

       La vision de cet enregistrement ne manqua pas d’étonner Asuka dont les yeux s’écarquillèrent sous l’effet de la surprise. Elle a fait ça devant mes yeux alors que je me battais ? Comment est-ce que j’ai pu rater ça ?

       -    Apparemment, fit Ristuko en examinant les résultats des analyses du MAGI système, il existe un lien énergétique entre les deux formes de l’Ange. Sa Koa n’est pas véritablement divisée. C’est comme si… elle était présente en deux endroits à la fois… ou alors qu’elle passe de l’un à l’autre selon des phénomènes aléatoires et instantanés… cela relève de la théorie quantique des états superposés et de l’expérience du chat de Schrödinger.

       -  Est-ce que cela veut dire qu’on ne peut pas la détruire ? demanda Misato inquiète.

       -    Pas vraiment. Si la Koa existe en deux points différents de l’espace, la seule façon de la détruire serait de le faire en ces deux points de façon parfaitement simultanée.

       A nouveau, le silence se fit.

       -   Ben quoi, fit soudain Asuka. Il suffit de frapper les deux formes en même temps. C’est pas si compliqué que cela quand même, non ?

       -   Tu crois ? lui répondit Misato en affichant clairement son incrédulité. Très bien, alors regarde bien ce que je vais faire. Toi aussi, Shinji.

       Le major se plaça devant les pilotes à deux mètres d’eux, puis effectua une courte chorégraphie de mouvements des bras et des jambes.

       - Maintenant je veux que Shinji et toi exécutiez les mêmes mouvements exactement en même temps.

       Les deux pilotes s’avancèrent en se regardant l’un l’autre, Shinji avec un air d’inquiétude tandis qu’Asuka n’affichait qu’un mépris non dissimulé doublé d’une grande confiance en soi. Décidément, ce mec est irrécupérable. Et dire que je dois faire équipe avec lui… mais bon, je préfère encore ça plutôt que de me prêter à ce petit jeu avec la First.

       Shinji et Asuka se mirent l’un à côté de l’autre, puis la Second Child débuta la chorégraphie sans aucun avertissement et le garçon fut obligé de la suivre, mais avec un certain retard qu’il conserva jusqu’à la fin de l’enchaînement.

       -   Vous n’étiez pas synchro du tout, commenta sèchement Misato.

       -  C’est pas de ma faute ! répliqua durement la Second Child. C’est Shinji qui n’arrive pas à me suivre.

       -   Mais tu vas trop vite, fit le premier intéressé. Ce n’est pas une course, va plus lentement.

       -    Tu veux que je me rabaisse à ton niveau ? Mais tu me prends pour qui ? C’est toi qui dois faire des efforts, et pas que maintenant.

       -   Ca suffit, les coupa Misato. Cette tactique ne peut clairement pas marcher. Nous devons trouver autre chose pour frapper les deux Koas en même temps. Peut-être qu’en utilisant une bombe à…

       -   Major Katsuragi, intervint soudain Rei. Puis-je essayer avec Shinji ?

       -   Et bien… euh… oui, pourquoi pas.

       Lorsque la First Child se leva de sa place et vint réclamer silencieusement la place qu’occupait Asuka au côté de Shinji, ce fut comme si une tempête d’éclairs avait soudain jailli du regard du pilote de l’Eva-02. Mais son regard assassin fut sans effet sur Rei qui attendit patiemment que sa chef d’équipe se retire, ce qu’elle fit en lâchant un soupire de mépris tout en levant le menton. De toute façon, comment pourrait-elle mieux s’en sortir que moi ? Deux boulets mis ensembles ne peuvent rien donner de bon, après tout.

       -   Donne-moi le départ et je te suivrais, dit simplement Rei à son coéquipier.

       -   Euh… d’accord. A trois, ok ? Un… deux… trois !

       Ensembles, les deux Children entamèrent la courte chorégraphie de Misato. Rei se calqua sur vitesse d’exécution de Shinji, s’adaptant rapidement à un changement de rythme maladroit au milieu de l’exercice, et ils terminèrent de façon à peu près synchrone, l’écart n’étant que de quelques dixièmes de secondes à peine. Cela eut pour effet de stupéfier Misato… et de faire bouillir Asuka de rage. Alors c’est comme ça ? Avec moi, on fait le difficile, mais avec la First on s’applique ? Non mais il se moque de moi ! 

       -   Ca… pourrait marcher, finit par dire Misato. Ce n’est pas encore parfait, mais en vous entraînant un peu… on peut réussir.

       Shinji ne semblait pas aussi convaincu :

       -  Mais lorsqu’on devra combattre l’Ange, on devra quand même improviser. Comment est-ce qu’on va faire pour être sûrs de frapper en même temps sans connaître les mouvements à l’avance ?

       -   Pour ça, vous avez besoin d’être en parfaite symbiose, afin de réfléchir de la même façon pour être sûr d’agir de manière identique sur le terrain. Ritsuko ! Combien de temps Magi estime-t-il que nous ayons avant que l’Ange ne revienne ?

       -   En prenant en compte les dégâts qu’il a subis et les capacités de régénérations observées avec les Anges précédents… environ 46 heures.

       -    Très bien. Alors pendant les deux prochains jours, Rei va devoir vivre dans l’appartement de Shinji pour qu’ils puissent s’entraîner. Asuka, je vais te faire préparer un autre logement.

       -    Major, fit aussitôt Emma en levant timidement la main. Je pense qu’il serait plus simple pour le capitaine Langley d’emménager chez moi pendant le temps de cet entraînement. Et comme ça elle pourrait en profiter pour me former un peu moi aussi.

       Asuka tourna aussitôt vers la Fourth Child des yeux méfiants. A quoi elle joue, celle-là ? Est-ce qu’elle essaye de me manipuler ou est-t-elle vraiment aussi désespérée que les deux autres ? Peut-être qu’elle n’arrive tout simplement pas à vivre toute seule. C’est bien un signe de faiblesse, ça… mais quitte à devoir déménager, autant le faire dans l’appartement d’en face. Et au moins comme ça j’aurais toujours quelqu’un pour cuisiner.

       -  Pourquoi pas, se contenta de dire la Second Child.

       -  Bien, fit Misato. Alors c’est entendu. Rei, Shinji, je veux vous voir demain soir à 19h30 dans la salle de simulation des Evas. Nous y effectuerons les premiers tests de combat en réalité virtuelle pour ce scénario. Asuka, je vais te laisser entre les mains du docteur Akagi qui se chargera de mettre au point un plan utilisant l’Eva-02.

       -   A vos ordres, major

       Je vais vous montrer à tous. Pas besoin de chorégraphie stupide, juste d’une bonne maîtrise de son Eva. Et au moins cette fois-ci, je peux être certaine que la First ne me volera pas la victoire encore une fois.

 

 

 


 

 

22h27, vendredi 30 Novembre 2020/ appartement 27 du bâtiment D-63, Ville-forteresse de Tokyo-3.

 

       SHINJI se sentait un peu désemparé depuis quelques heures. La perspective de devoir habiter avec Rei pendant deux jours l’inquiétait un peu, mais en même temps il ressentait une certaine joie à l’idée d’avoir l’occasion de la connaître mieux. Car après tout, le but de cet entraînement spécial était bien qu’ils apprennent à se connaître mutuellement pour agir en symbiose, comme le disait Misato. Depuis qu’elle m’a sauvé la vie durant l’opération contre Ramiel… j’ai l’impression que Rei essaye de se rapprocher de moi, mais c’est comme si elle ne savait pas comment faire. A vrai dire, il semble y avoir beaucoup de choses qu’elle ne sait pas faire…  

       Le garçon jeta un coup d’œil furtif vers la chambre d’Asuka, dont la porte était grande ouverte, et derrière laquelle il pouvait voir la Second Child en train de finir de préparer son déménagement. Il ne se risqua pas à regarder trop longtemps, de peur qu’elle ne le voit la regarder et ne lui jette une autre remarque cinglante comme elle savait si bien en faire. Il préféra donc sortir de l’appartement et aller sonner en face pour voir où en était Rei de son côté. Elle ne devrait pas avoir trop de soucis pour préparer ses affaires : les seules choses qu’elle avait emporté de son ancien appartement, c’était une valise de vêtements et un sachet de médicaments bizarres. Je me demande bien quel genre de maladie elle peut avoir pour nécessiter autant de soins…

       Alors que Shinji sortait dans le couloir entre les deux appartements formant cet étage du bâtiment D-63 de Tokyo-3, il découvrit avec surprise que la porte de l’appartement d’Emma était entrouverte. Il s’apprêtait à toquer pour demander à rentrer lorsqu’il entendit une voix chanter à l’intérieur. Qui est-ce ? Il n’y a pas de musique. Cela n’a pas l’air d’être Emma… et cela ne ressemble pas à la voix de Rei non plus.

       C’est alors que le garçon reconnu la chanson en question : c’était celle dont il avait demandé le titre à Emma voilà quelques heures, avant que tous les pilotes ne soient appelés d’urgence au Geofront. Alors qu’il se risquait à entrer, tout en prenant néanmoins soin de retirer ses chaussures, il s’approcha et fut stupéfait de réaliser que c’était Rei qui chantait seule assise sur le lit de sa chambre, tournant le dos à Shinji.

       Elle imitait presque parfaitement la voix de la chanteuse originale, et chantait exactement de la même façon qu’elle en respectant le rythme et les temps de pause à la demi-seconde près. Le résultat était beau, certes, et même magnifique, mais ce n’était qu’une imitation. Rei ne ressentait aucune des émotions qui étaient censées être transmises par ce chant triste, d’autant qu’elle ne maîtrisait probablement pas l’anglais, ce qui faisait que quelque part, les paroles sonnaient faux dans sa bouche. Pourtant, Shinji ne trouva pas la volonté de l’interrompre et continua de l’écouter. C’est alors que, petit à petit, il sentit le ton de Rei devenir plus vrai, plus sincère, tandis que son rythme se détachait soudain du rythme original de la chanson. Elle commença à prendre des pauses de plus en plus longues entre les vers, et elle finit par s’arrêter… avant la fin du morceau. Qu’est-ce qui lui arrive ? Serait-ce sa maladie qui…

       Shinji ne prit pas le temps de réfléchir plus longtemps et s’avança pour se placer devant la jeune fille et la regarder dans les yeux… pour découvrir qu’elle pleurait. Ou du moins ses yeux étaient humides, mais au lieu d’afficher de la tristesse, ces derniers exprimaient une surprise mêlée d’une incompréhension d’enfant. Il lui fallut rassembler tout son courage pour oser dire :

       -   Rei… tu pleures ?

       -   Je crois… Mais je ne sais pas… je ne sais pas… pourquoi.

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LA SUITE

(prochainement)

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SOMMAIRE

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 21:00

CHAPITRE SIX : TRAQUE PARMIS LES OMBRES

 

 

Vingt-sixième niveau de la cité-ruche Dienk, monde-ruche Vogen, sous-secteur Volkmar, secteur Hullerstorm.

 

       Après ce premier assaut des hérétiques, je compris qu’il valait mieux adopter une stratégie plus agressive pour essayer de garder l’initiative face à l’ennemi et le forcer à révéler son jeu. Sur mes ordres, toutes les troupes des cinq compagnies dunerriennes déployées au sommet de la cité descendit à notre niveau par groupe de cinquante gardes en empruntant l’énorme monte-charge. L’opération de transfert dura tellement longtemps que je craignis par moment que les hérétiques ne tentent une seconde attaque beaucoup plus violente alors que nous étions en train de nous regrouper. Mais quelle que soit la raison, aucune présence ennemie ne fut rapportée jusqu’à ce que tous les effectifs disponibles soient rassemblés au vingt-sixième niveau de la ruche. Là, je réunissais le capitaine Jorus, le lieutenant Hekman et le reste de l’état-major des différentes compagnies, j’exposais mon plan en utilisant une plaque de donnée affichant un plan grossier de la cité gargantuesque.

       -   Notre mission est de trouver le repère de plusieurs psykers renégats qui pourraient être à l’origine du soulèvement de la ruche. Il est d’ailleurs possible que leur élimination perturbe les forces hérétiques, alors dites à vos hommes de ne pas hésiter à tirer sur tout individu semblant présenter des capacités psychiques, cela pourrait sauver beaucoup de vies.

       -    De toute façon je comptais bien tirer sur tout ce qui ne porterait pas un uniforme de faucon, lâchant le lieutenant Sdayne en riant.

       Les autres officiers accueillirent la plaisanterie de bon cœur, ayant apparemment besoin de faire baisser la tension. Après réflexion, moi aussi. Notre premier combat m’avait laissé avec quelques bleus et contorsions mineures qui me tiraient les membres, et sur le moment j’aurais préféré avoir le temps de me reposer un peu avant de retourner me battre. Mais le temps était justement ce qui nous manquait le plus.

       -   Etant donné les dimensions de la cité et le nombre d’hérétiques qu’elle abrite, nous ne pouvons pas espérer pouvoir inspecter tous les quartiers l’un après l’autre. Au lieu de cela, nous allons provoquer l’ennemi en nous enfonçant dans le vingt-sixième niveau et voir de quelles directions il attaquera. En analysant ses vecteurs d’approche, je serais en mesure de déterminer la position approximative de son repère principal, où se trouvent très certainement les psykers.

       Je fit courir un stylet de commande sur la plaque de donnée pour y indiquer les principales artères de ce niveau de la ville et expliqua :

       -    Chacune de vos compagnies va prendre l’une de ces voies de circulation afin de maximiser nos chances d’engager l’ennemi.

       -   Et une fois qu’ils sont sur nous, qu’est-ce qu’on fait ? demanda le capitaine Jorus.

       -   Toute compagnie qui se retrouve attaquée devra tenir sa position du mieux possible. Je vous laisse libre d’adopter la meilleure stratégie défensive selon votre situation, mais je tiens à ce que vous ne vous déplaciez tant que vous êtes engagés au combat. Les compagnies n’étant pas engagées devront continuer sur leur trajectoire, et n’envoyer du soutien pour les autres groupes qu’en cas de force majeur. Vous avez bien saisi la stratégie ?

       -   Ne vous inquiétez pas pour nous, me rassura Jorus. Les Faucons ont l’habitude de se débrouiller tous seuls en terrain hostile. On ne vous décevra pas.

       Je laissais s’échapper un sourire en coin. Il est vrai que je n’avais pas choisi ces troupes uniquement pour leurs capacités d’assauts aéroportés, car j’aurais pu en obtenir un avec n’importe quel autre régiment de la Garde en utilisant mon autorité d’inquisiteur pour obtenir la collaboration de la Flotte Impériale. La principale force des Faucons de Dunerre était que, comme ils se déployaient généralement par grav-chute en étant largués à plusieurs centaines de mètres d’altitude sur leur objectif, ils étaient entraînés et équipés pour supporter plusieurs jours de combat sans soutien logistique, et privilégiaient les stratégies par escouades plutôt que les grosses formations armées des autres régiments. Ces soldats étaient de vrais fantassins, des combattants d’élite qui n’auraient pas peur de s’aventurer en terrain ennemi sans aucune aide extérieure. Ils tueraient tous ceux qui s’opposeraient à eux et donneraient leurs vies pour la cause de l’Empereur.

       En guise de conclusion, je me contentai de dire :

       -  Je serais avec la 15ème du capitaine Jorus qui avancera le long de l’avenue des Marches du Paradis, au centre de la formation, donc si vous avez besoin de me joindre, passez par lui. Maintenant vous avez vos ordres, donc rassemblez vos hommes et choisissez une voie de progression parmi celles que j’ai désignées. Battez-vous pour l’honneur, pour la gloire, et pour le Trône d’Or !

       -   Droit au cœur, vers la victoire ! cria le capitaine Jorus en récitant la devise de combat des Faucons de Dunerre, laquelle fut reprise par tous les autres membres de l’état-major.

       Quelques instants plus tard, j’étais parmi les troupes de la 15ème compagnie, en train de vérifier mes armes et mon équipement avant de donner l’ordre d’avancer. Le caporal Eric Hosman était à mes côtés, nettoyant son fusil laser long avec un soin méticuleux comme s’il s’agissait d’une jeune fille qu’il venait de rencontrer, et faisant le compte des chargeurs qu’il lui restait pour l’approvisionner. Sa nouvelle affectation dans la suite d’un inquisiteur ne semblait pas le perturber outre mesure et c’était tant mieux : pour le moment, j’avais besoin de lui en pleine possession de ces moyens. Il aurait bien assez le temps après cette bataille pour réaliser dans quel enfer il s’est engagé.

       Notre progression au sein des quartiers bourgeois meurtris par le récent bombardement de la flotte se fit sans aucun incident pendant plus d’une heure, ce qui m’amena un moment à penser que l’ennemi s’était peut-être entièrement retiré de ce niveau de la ruche. Mais alors que cette impression commençait à se transformer en certitude, l’opérateur radio de l’escouade de commandement de la 15ème me rapporta que la 16ème compagnie avait engagé l’ennemi à quatorze cent mètres au nord-est de notre position. Il eut à peine le temps de terminer son rapport que toutes les autres compagnies de notre expédition le contactèrent pour faire part de combats musclés avec les hérétiques… y compris les éclaireurs de la 15ème.

       Toute la formation impériale cessa brusquement son avancée, ses différents éléments séparés les uns des autres par au moins un kilomètres de ruines et d’avenues qui s’étaient soudainement mises à grouiller d’ennemis. Notre groupe se regroupa dans un imposant bâtiment de l’Administratum dont les vastes bibliothèques renversées laissaient penser qu’il s’agissait d’un centre d’archivage des données de la ruche. Les faucons de Dunerre organisèrent une défense acharnée contre la foule au dehors, principalement à grands coups de lance-flammes. Cette partie du vingt-sixième niveau fut rapidement illuminée par des dizaines de torches humaines qui titubaient sur quelques mètres en se tordant de douleur, mais sans émettre un seul son, avant de s’effondrer. Une odeur insoutenable se mit à emplir l’atmosphère.

       Contrairement à ceux des cultes que j’avais déjà affrontés sous les ordres de mon maître Kantores, ces hérétiques semblaient provenir d’absolument toutes les classes sociales de la ruche Dienk si l’on en croyait les vêtements, tatouages et autres parures qu’ils portaient. Ils partageaient néanmoins la même folie qui les faisait se jeter sur les lignes de défenses dunerriennes, qu’ils soient armés d’armes rudimentaires de gangs des sous-niveaux, de pistolets lasers règlementaires des forces de sécurité locale ou de simples tuyaux en métaux arrachés aux usines dans lesquelles travaillaient une partie d’entre eux.

       Mais le plus étrange était que, malgré le fait qu’ils ne présentent absolument aucun sens stratégique, aucune logique de combat ni même le moindre signe d’une quelconque hiérarchie, ils étaient néanmoins parvenus à attaquer subitement toutes les compagnies de manière parfaitement coordonnées. Etant donné le fait qu’ils n’étaient plus capables de parler, je redoutais une sorte de communication psychique, ou pire, un contrôle à distance par les psykers que mon maître m’avait chargé de retrouver.

       Il me fallut rester près de l’opérateur radio pendant dix bonnes minutes pour réussir à obtenir des autres compagnies les directions d’où l’ennemi les avait attaqués. Le nombre d’hérétiques impliqué était tout simplement colossal, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers, entassés dans les ruelles et avenues pour converger vers les positions impériales. Lentement, un schéma commença à se dessiner sur ma plaque de données. En remontant les différents vecteurs d’assauts, je finis par revenir à chaque fois sur la même zone de la carte du vingt-sixième niveau, où un bâtiment attira aussitôt mon attention : le centre médiatique de Dienk.

       -   Caporal Hosman ! hurlai-je dans mon communicateur pour espérer être entendu à travers le vacarme du combat.

       Eric Hosman s’était posté au deuxième l’étage du bâtiment pour user de ses talents de tireur contre la horde d’ennemis, éliminant ceux qui portaient des armes dangereuses telles que des fusils automatiques ou des bombes artisanales. Bien sûr, il n’abattait pas autant d’adversaires que les porteurs d’armes spéciales ou même les simples gardes tirant en mode automatique sur la foule avec leurs fusils laser, mais chacun de ses tirs faisait disparaître une menace bien particulière et non négligeable. Ceux parmi les hérétiques qui avaient les moyens et la présence d’esprit de tirer contre les fenêtres de notre bâtiment étaient heureusement très rares, ce qui laissait au tireur d’élite toute latitude pour faire usage de son talent. Il dut interrompre sa tuerie méthodique pour me répondre, d’une voix énergique et professionnelle qui contrastait avec l’image qu’il m’avait d’abord donnée :

       -   Hosman, j’écoute !

       -   Ici l’inquisiteur Silverstein. Prends ton fusil, fait le plein de chargeur et rejoins-moi sur le toit, on a notre cible.

       -   Reçu cinq sur cinq.

       Alors que je traversais le bâtiment pour atteindre les larges escaliers de pierre en spirale qui menaient aux étages supérieurs, je choisissais douze soldats vétérans bien portants et bien équipés pour m’accompagner, leur ordonnant de vérifier leurs armes et de me suivre sans discuter. Après avoir gravis les trois étages du bâtiment, j’actionnai un accès menant au toit et nous quittâmes la zone de combats en passant au bâtiment voisin, dissimulés par les ténèbres.

       -   Inquisiteur, osa demander Eric. Qu’est-ce qu’on recherche, au juste ?

       -   Des psykers, dis-je en réalisant qu’il n’avait pas assisté à la petite réunion d’état-major que j’avais organisé. Ce sont eux qui manipulent ce culte dans l’ombre.

       Je compris aussitôt mon erreur lorsqu’un frisson se propagea à travers tous les membres de mon escorte, y compris Eric. L’un des vétérans s’arrêta subitement pour vomir sous l’effet de l’écœurement, à moins que ce ne fussent mes capacités d’Intouchable qui commençaient à l’affecter. Contrairement à un membre de l’inquisition tel que moi, les simples soldats de la Garde n’étaient pas familiers avec les choses du Warp et s’en méfiaient donc comme de la peste, craignant même les psykers assermentés employés comme armes dans leurs propres régiments. Savoir que notre mission impliquait des individus touchés par l’Immaterium devait certainement avoir refroidit leurs ardeurs.

       -  Ne vous inquiétez pas, fis-je pour tenter de les rassurer. Je dispose d’armes spécialement conçues par l’Inquisition pour contrer les pouvoirs de ce genre d’ennemis. Tant que vous restez près de moi, ils ne pourront rien vous faire.

       L’effet de ce discourt fut limité mais suffisant. Notre petit groupe se remit en route vers notre objectif. Celui-ci nous attendait, perdu dans les ténèbres, loin derrière les hordes d’hérétiques qui se massaient en contrebas, et qui ne cessaient d’affluer…

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LA SUITE

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SOMMAIRE

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