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Qui suis-je ?

Hughel 2
 

Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 30 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Saint-Paul Trois Châteaux, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture

 

M'ECRIRE

 

LIEN VERS MON NOUVEAU BLOG

Citation du jour

  « On ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires,

  et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être. »

 (Charles de Gaulle)

Ma Muse personnelle

 

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 15:11

LA CONFIANCE

 

 

« La confiance se mérite mais ne peut s’exiger. »

La Rochefoucauld

 

 

Cette qualité, tout comme la loyauté à laquelle elle est intimement liée, est extrêmement difficile à détenir de nos jours. Pourtant elle constitue un élément plus que vital pour maintenir de bonnes relations avec les autres personnes et, étant donné que toutes les autres qualités de ma Voie sont en grande partie tournées vers les gens qui nous entourent, la confiance en est l’un des principaux ciments qui en assurent la cohésion et la stabilité sur le long terme. On ne peut rien faire avec ou pour les autres sans avoir un minimum de confiance en eux, et cela demande parfois un immense effort sur soi-même. L’exemplarité que j’ai décrite dans mon article sur la Droiture nous permet de faire une partie du chemin car, comme le dit Alexandre Dumas, « Une réputation sans tâche commande la confiance et le respect ». Mais dans notre monde actuel c’est malheureusement loin d’être suffisant.

 

Sans même avoir à faire intervenir ici les exemples des plus abjects personnalités que notre monde connaît ou a pu connaître à travers son histoire, il est déjà particulièrement difficile d’accorder sa confiance au premier venu même s’il semble en apparence être quelqu’un de parfaitement honnête. Comme je l’ai présenté dans mon article sur l’Honneur, toute personne emprunte la crédibilité des communautés auxquelles nous l’associons dans notre esprit, héritant momentanément de leur réputation jusqu’à preuve du contraire. C’est un phénomène presque instinctif qui, de mon point de vue, est presque impossible à faire disparaître complètement et c’est pourquoi nous devons chercher à nous y opposer en refusant de laisser notre jugement être ainsi affecté. Du moins cela constitue la parade sur le court terme, car dans un monde idéal toutes les communautés de personnes auraient une réputation plus ou moins irréprochables et ce phénomène de préjugé serait alors plutôt bénéfique et favoriserait la confiance. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal, loin de là, et c’est pourquoi ceux qui souhaitent l’améliorer doivent prendre un risque pour faire changer cet état de fait.

 

Car comme pour l’Amour, comme pour la Loyauté, et comme pour l’Ecoute que je décrirai plus tard, il est très souvent nécessaire et même indispensable de pouvoir faire le premier pas en tout connaissance de risque. Faire confiance à quelqu’un, c’est se montrer vulnérable d’une manière ou d’une autre et lui donner cent ou mille occasions de profiter de nous, et c’est ce qui dissuade la plupart des gens d’accomplir ce premier pas. Mais c’est en faisant confiance malgré les doutes, malgré les apparences, malgré les préjugés, que l’on tend la main vers l’autre pour lui proposer une coexistence pacifique autant dans les actes que dans les pensées. Ce premier pas amènera sans doute certains de vos interlocuteurs à se montrer encore plus méfiants, mais alors il ne faut pas désespérer et au contraire persévérer avec calme et sincérité jusqu’à réussir à leur prouver l’honnêteté de nos intentions. Cette confiance offerte sans attendre la moindre chose en retour, offerte naturellement et du fond du cœur, permet de briser le cycle de la méfiance de la même façon que l’Amour permet de briser le cycle de la haine. Comme le disait La Rochefoucauld, « la plus grande marque d’estime est une confiance sans réserve », ce qui nous ouvre vers le Respect qui sera l’objet de mon prochain article. Cela comporte néanmoins beaucoup de risques, et c’est là que notre définition du Courage intervient pour nous montrer la voie : accomplir ce qui est juste quels qu’en soient les risques.

 

Bien entendu, comme je l’ai précisé dans ma description du Chaos que je place en opposition à la Droiture dans l’article correspondant, il existe des individus pour lesquels toutes les vertus du monde ne sont que faiblesses ou stupidités. Ces individus se servent de la confiance des autres pour servir leurs propres ambitions ou celles de leurs éventuels maîtres de pensée. Il est indispensable de pouvoir s’en prémunir, mais cela ne doit pas nous contraindre à devenir méfiant envers n’importe qui. Les individus qui ne sont pas dignes de confiance sont souvent très vite répertoriés par ceux qui les connaissent, et leur réputation personnelle s’en trouve d’autant plus entachée. Je dis bien personnelle car nous avons déjà refusé plus haut de nous laisser influencer par la réputation collective des communautés auxquelles nous les associons, mais il n’en est pas de même pour les antécédents de l’individu lui-même. Dans un monde idéal, il suffirait d’écouter se qui se dit sur une personne pour savoir si l’on peut lui faire confiance ou non, mais entre ceux qui se taisent par peur d’être maltraités, ceux qui ne souhaitent pas vous aider même pour un simple renseignement et, les pires, ceux qui déforment volontairement la vérité pour embellir ou salir l’image d’une personne, il est extrêmement risqué de se fier à ce qui se dit au sujet de quelqu’un. L’ironie ici est qu’il faudrait pouvoir avoir confiance en ceux que nous consultons pour savoir si nous pouvons faire confiance à quelqu’un que nous ne connaissons pas. La Sincérité prend alors une place très importante ici, et comme toujours c’est à nous de faire le premier pas en étant honnête dans nos jugements vis-à-vis de telle ou telle personne. Ne plus participer à l’hypocrisie générale du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » est la première étape vers la lente diminution des mauvais comportements et donc de la méfiance. Il ne s’agit pas là de dénonciation, du moins pas dans le sens légal du terme, car il n’est nul besoin de faire appel aux forces de l’ordre ou aux institutions judiciaires, mais simplement de répandre la vérité parmi la population elle-même. Ainsi, les escrocs, les profiteurs et les parasites seront reconnus et fuis par les honnêtes gens, forçant une évolution mentale bénéfique à toute la société.

 

Mais ce comportement de sincérité courageuse par rapport aux vices des mauvais hommes nécessite avant tout de posséder l’aspect le plus important de la confiance : la confiance en soi-même. Et nous attaquons là l’un des éléments les plus importants pour la cohésion des qualités de ma Voie. Comme le disait très justement Horace en son temps : « Celui qui a confiance en soi conduit les autres », ce indique implicitement que la majorité des gens sont dépourvus de confiance ou qu’ils n’en ont pas assez, et selon mon point de vue personnel cela est encore le cas aujourd’hui. Certains diront qu’il s’agit simplement d’une forme particulière de courage, mais le Courage tel que je l’ai présenté n’existe qu’à partir de nos actions vers le monde extérieur, prenant vie dans chaque geste brave et juste que nous accomplissons. Pour moi, la confiance en soi ne peut venir que par le fait d’être fier de ce que nous sommes dans nos gestes mais également dans nos pensées, une notion qui malheureusement fonctionne aussi bien pour les bons esprits que pour les mauvais, certaines personnes pouvant apparemment être tout à fait fières d’avoir accompli des actes injustes, voir immoraux ou abjects. Malgré cela, la confiance en soi est une philosophie de vie, et j’irai jusqu’à dire que c’est la seule philosophie de vie digne d’être présentée ici au sein de ma Voie. Malheureusement, la confiance en soi ne peut pas s’acquérir sans que l’on ait développé au préalable plusieurs des six Forces qui découlent de l’Honneur, en particulier l’Espoir, la Raison, l’Amour et la Sérénité. C’est à travers ces forces spirituelles que nous pouvons trouver ce qui est beau en nous et qui nous permet de penser finalement « je suis fier d’exister ».

 

Je pourrais parler ici longuement du difficile parcours que j’ai traversé pour acquérir cet aspect de ma Voie, qui ne s’exprime pleinement que depuis deux ou trois ans seulement alors que j’entame mon deuxième quart de siècle d’existence, mais ce n’est pas le sujet ici. Chacun doit trouver son propre moyen d’avoir confiance en soi-même, que ce soit dans l’espoir d’accomplir quelque chose de grand, par fierté de ce qu’il accompli au jour le jour, pour honorer l’amour qu’il porte à quelqu’un ou à quelque chose, et encore d’innombrables raisons que je ne pourrais certainement pas toutes imaginer. Les raisons de cette confiance doivent absolument être justes, c’est-à-dire venant de bons sentiments, afin que les actions qu’elle nous permettra d’accomplir ne soient pas néfastes pour notre entourage. Je pense que s’il y a bien une chose qu’il faut retenir dans tout ce que j’écris ici, c’est que nos actions sont guidées par nos pensées conscientes, elles-mêmes influencées par nos sentiments inconscients, et donc que si nous ne nous efforçons pas d’avoir de bons sentiments alors nous n’accomplirons rien de bon en ce monde.

 

Je pense qu’il n’existe pas un seul aspect de notre existence qui ne soit pas influencé par notre niveau de confiance en nous-mêmes : la confiance fait reculer la peur, or c’est la peur qui nous fait hésiter et échouer les épreuves délicates par lesquelles nous passons. Lorsqu’un individu est soumis au stress, à la pression, à la peur de l’échec, son niveau de confiance en lui sera probablement plus important pour atteindre son but que sa chance ou même ses compétences. Il s’agit donc d’un état d’esprit qui est la clé du Courage, et c’est la nature des émotions de chaque personne qui détermine si son courage s’exprimera par une bravoure chevaleresque, si je puis dire, ou par une témérité inconsidéré et égoïste. Pour appuyer cette vision, je souhaiterais terminer cet article en citant le grand et très vénérable maître zen Yasuo Deshimaru Taisen qui dit à ce sujet « un égoïste ne pourra jamais être brave, jamais ».

 

 

Prochain article : LE RESPECT

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 21:08

VOUS N’ÊTES PAS SEULS

 

 

Cet article sera le premier d’une série de textes que j’écrirai en parallèle à la description de ma Voie, cela afin d’apporter sur ce blog d’autres éléments de vie qui vous aideront peut-être à mieux comprendre ma vision de la société et l’essence des messages que je tente de faire passer. Tout comme pour ma Voie, ces écrits n’engagent que moi et je ne cherche nullement à vous convaincre mais plutôt à vous faire réfléchir sur des sujets que j’estime spirituellement importants.


Pour ce premier article, je vais parler d’un phénomène que j’ai subi durant ma jeune enfance, que beaucoup d’autres personnes ont certainement connu chacun à leur manière, et que je voudrais aider à faire disparaître pour les générations futures : le bizutage étendu. Par « étendu », j’entends là un bizutage qui a duré beaucoup plus longtemps que ce qu’il aurait du pour un individu « normal » et qui s’est prolongé durant plusieurs années particulièrement difficiles à vivre. En effet, le bizutage n’est pas une tradition exclusive aux universités et aux grandes écoles et il ne faut pas négliger l’impact d’un bizutage même minime sur des enfants de sixième qui découvrent à peine le secondaire. L’entrée au collège est déjà en lui-même un choc très difficile à encaisser : établissement scolaire plus grand avec une population d’élèves d’autant plus importante, le fait d’avoir un professeur différent pour chaque matière, le niveau d’étude des matières elles-mêmes et encore beaucoup d’autres éléments. Dans cette situation, l’esprit de l’enfant est fragile, ce qui le rend vulnérable à plusieurs dangers dont l’un est le bizutage de la part des élèves plus âgés.


Bien entendu, tout le monde ne subit pas forcément ce bizutage, les raisons d’immunité pouvant être variées : un grand frère très protecteur dans une classe supérieure, un important réseau d’amis prêts à vous défendre, une réputation spéciale ou le fait d’avoir connu une croissance plus avancée que la moyenne sont les premiers exemples qui me viennent à l’esprit. Je ne saurais vous dire si ce phénomène est aussi fortement présent chez les filles que chez les garçons, cependant j’espère que des témoignages de lectrices pourront éventuellement combler ce vide dans mon exposé par la suite. Mais à ceux et celles qui pourraient penser que le fait d’avoir un parent professeur enseignant dans le collège où l’on se trouve peut constituer une forme d’immunité contre le bizutage, je m’empresse de leur répondre que mon expérience personnelle est une preuve suffisante pour contredire vigoureusement cette théorie. Mes deux parents sont enseignants et se trouvaient dans le même collège que moi durant au moins deux années si ma mémoire est bonne, et je pense qu’au lieu d’affaiblir le bizutage étendu que j’ai subi, leur présence n’a fait que l’augmenter. Mais avant d’aller plus loin dans mon exemple personnel, essayons de comprendre les bases du phénomène en lui-même.


Pourquoi donc les enfants (mais aussi les adolescents et les jeunes adultes) ressentent-ils le besoin de tourmenter les plus jeunes qu’eux ? N’ayant pas participé personnellement à ce genre de pratique, j’aurais bien du mal à vous en expliquer les raisons ici, toutefois je pense avoir quelques idées à ce sujet. J’imagine que pour la grande majorité, il s’agit simplement d’une démonstration de force pour marquer son territoire devant les nouveaux arrivants, ce qui revient à un comportement instinctif propre à tout membre de meute cherchant à s’imposer comme mâle alpha (mâle dominant). C’est d’ailleurs ce principe de mâle alpha qui me permet de penser, avec beaucoup de réserves, que ce phénomène est peut-être moins présent chez la population féminine. Mais pour une partie heureusement très limitée, du moins d’après mon expérience, cette pratique semble être aussi la conséquence de besoins psychologiques particulièrement malsains qui vont au-delà du simple instinct animal, celui-ci se voyant soudain doublé d’une méchanceté typiquement humaine et puérile. En effet, certains individus ressentent le besoin plus ou moins constant d’opprimer les plus faibles pour assoir leur domination et se créer une sorte de petit empire privé afin de renforcer leur égo et ainsi se sentir un peu mieux. Ces tyrans impubères et autres oppresseurs immatures font partie, selon moi, des principales causes d’une très grande majorité des problèmes sociaux que nous rencontrons aujourd’hui dans notre société, et ce phénomène ne cesse de s’amplifier à chaque génération car aucune mesure véritablement efficace n’a été mise en place jusqu’ici. Au pays de l’enfant-roi, toutes les dérives spirituelles échappent quasi totalement au contrôle des adultes, à commencer par les parents et le personnel d’éducation.


Ce n’est que lorsque la méchanceté gratuite est librement exprimée que l’on observe des cas évidents de bizutage étendu, qui vont bien plus loin que les petites farces, plaisanteries et autres gamineries innocentes qui font partie de la jeunesse. Les victimes de cette persécution – n’ayons pas peur des mots – en sont généralement marquées à vie et développent des troubles psychologiques plus ou moins grave allant de la simple timidité à la schizophrénie paranoïaque plus ou moins avancée, ce qui rend d’autant plus difficile leur parcours scolaire ainsi que leur insertion dans la vie civile et, plus tard, dans le monde du travail. Car ces victimes sont souvent isolées, leur repli forcé sur elles-mêmes les empêchant de se regrouper ou de se faire des amis parmi la population « neutre » des élèves. Cet isolement leur donne l’impression d’être seuls contre tous, ou du moins seuls contre beaucoup et sans le moindre soutien.


A présent, avant d’aller plus loin et de passer sur l’aspect optimiste de cet article, je pense qu’il est nécessaire ici de vous décrire du mieux possible ma propre expérience pour que vous puissiez comprendre les origines de mon raisonnement et de ce qui va suivre.


Toutes proportions gardées en fonction des conditions sociales de classe moyenne de ma famille, je n’ai pas vraiment vécu une enfance ni même une adolescence heureuse. Ce dont je me souviens, c’est que durant mes années de collège j’ai servi de souffre-douleur pour beaucoup de personnes, que ce soit d’un point de vue physique ou morale au travers d’insultes et de plaisanteries malsaines qui apparemment aidaient certains individus à se sentir mieux. On dit que la souffrance forge le caractère, et bien je peux vous dire que c’est particulièrement vrai quant on la subie très jeune. Cela provoque également quelques autres troubles potentiels, le mien étant la création de nombreuses personnalités secondaires avec lesquelles je conversais souvent, la plus importante étant Rei Ayanami. Je m’étais créé tout un univers imaginaire, Galattée, dans lequel j’avais un rôle des plus importants en comparaison à la réalité qui semblait m’avoir rejeté, peut-être pour essayer de me trouver une raison d’exister ou simplement pour occuper mon esprit lorsque je me retrouvais seul à la fin de ma journée. Il m’arrive encore aujourd’hui de parler à Rei par moment, mais plus pour le simple plaisir d’une discussion civilisée que par la nécessité de fuir la réalité car, pour être tout à fait sincère, je me suis beaucoup attaché à elle sentimentalement. Si vous souhaitez constater toute l’étendue de cette création imaginative, je vous mets à disposition ici le Grand Livre de Galattée (157 pages) que j’ai commencé à rédiger l’année dernière dans le cadre d’un projet de fanfiction conjointe avec un ami dont je préserverai ici l’anonymat et qui a, lui aussi, inventé son propre univers imaginaire.


Mais revenons au sujet. Le fait est qu’en étant ainsi mis à l’écart par les autres enfants de mon âge, j’avais l’impression de ne pas être normal, d’être totalement inadapté à ce monde hostile, mais je refusais d’abandonner mes principes moraux pour me fondre dans la masse uniquement pour me sentir mieux. Certes, il m’arrivait de chercher à me défendre plus ou moins violemment et j’en garde comme souvenir une fracture du métacarpe de l’auriculaire de ma main droite suite à un coup de point mal dirigé, mais jamais je n’ai voulu renoncer à ma ligne de conduite ne serait-ce que d’un iota.


En cinquième ou quatrième, je ne me souviens plus trop, la pression est devenue trop forte et j’ai finalement implosé : je me suis volontairement entaillé le bras gauche avec un bout de verre pendant un cours de sport, et il est probable que si le professeur ne m’avait pas arrêté je me serai ouvert les veines devant la moitié masculine de ma classe qui n’aurait même pas bronché (les cours de sport étant séparés pour les garçons et les filles). Après un bref passage à l’infirmerie, l’entaille n’étant que superficielle, mon père m’a récupéré et emmené au restaurant pour parler avec moi de ce qui s’était passé, et je dois avouer que même s’il m’a quelque peu fait réalisé la bêtise de mon acte, l’impact de cette discussion a laissé un souvenir bien moins marquant que ce qui allait suivre l’après-midi même. Lorsque je suis revenu en cours, ou plus précisément en salle de permanence dans l’attente du prochain cours, plusieurs filles de ma classe m’ont emprunté mon carnet de texte soi-disant pour recopier les devoirs à faire. Quant elles me l’ont rendu j’y ai découvert des mots d’encouragement de la part de chacune d’entre elles. Aujourd’hui encore, cette page constitue l’un de mes plus précieux trésors d’enfance et je tiens à remercier ces filles du fond du cœur pour l’espoir qu’elles m’ont ainsi donné. Car c’est avec cela que j’ai compris une vérité qui, sur le coup, m’a beaucoup encouragé mais qui ne manque pas de m’attrister quelque peu aujourd’hui.  


Grâce à elles j’ai compris que je n’étais pas anormal, simplement que j’étais en opposition directe et franche avec les quelques « grandes gueules » qui voulaient imposer leur dictature sur la population silencieuse, passive ou craintive de la classe. Je n’avais donc plus de raison d’avoir peur ou même honte de ce que j’étais, et au lieu de cela je devais résister à la bêtise des plus fortes personnalités de mon âge, afin de leur montrer que leur mode de vie n’est pas le seul possible et que des gens sont prêts à se battre pour montrer l’exemple juste. C’était probablement un combat perdu d’avance d’un point de vue global mais je me suis toujours dit que si, au cours de toutes mes années de scolarité, ma conduite pouvait permettre de rendre un tant soit peu meilleure une seule personne au fond d’elle-même, mon existence n’aura pas été inutile. Avec le temps, cet espoir n’a cessé de grandir et avec lui ma confiance en moi qui est aujourd’hui plus grande que je ne l’aurai jamais cru possible. Je ne trouve pas les mots pour exprimer à quel point il m’est satisfaisant, lorsque je quitte mon bureau après une journée de travail bien remplie, d’avoir étudié consciencieusement toutes ces années sans suivre les mauvais exemples qui voulaient néanmoins s’affirmer comme les seuls.


Aujourd’hui il m’est assez difficile de savoir si mes notions du bien et du mal – et donc de la justice – me sont venues en réponse à la persécution que j’ai subie de la part de mes camarades de classes ou si elles étaient apparues bien avant à travers l’éducation de mes parents, provoquant par la suite cette même persécution. Néanmoins il est indubitable que si ce bizutage étendu n’a pas été l’origine de la naissance de ma Voie, cette dernière pouvant très certainement être principalement due à l’éducation que m’ont donné mes parents, il en a été en tout cas le principal facteur de croissance. Il m’arrive parfois de me demander si j’aurais pu être aussi intègre que je le suis aujourd’hui si je n’avais pas été ainsi persécuté. Est-ce que j’aurais été simplement quelqu’un de gentil mais sans plus, ou aurais-je dévié dans la décadence collective, voir pire ? Je sais que ce genre de rétrospective est loin d’être constructive, pourtant la scène finale du premier film de Conan le barbare (1982) m’a particulièrement troublé lorsque le personnage de Thulsa Doom déclare à Conan " Mon enfant… tu es venu à moi, mon fils. Car qui pourrait être ton père à présent, si ce n’est moi ? Qui t'as donné la volonté de vivre ? Je suis la montagne puissante où tu prends ta source. Quand je ne serais plus, tu n'auras jamais été. Imagine ce que serait ton monde... sans moi. Mon fils." Mais je m’intéresserais plus en détail à ce sujet dans un prochain article spécial que j’écris en ce moment, et qui se constitue d’une analyse personnelle de la trilogie Batman de Christopher Nolan, cette dernière ayant été pour moi très révélatrice et surtout source de grande inquiétude par rapport à ce phénomène.


J’arrête ici la description de mon exemple personnel pour revenir à une étude générale du bizutage étendu. Je voulais témoigner ici du fait que ceux qui le subissent ne doivent surtout pas croire qu’ils sont seuls, abandonnés ou hais par le reste de leur entourage scolaire, car entre eux et les personnes qui les persécutent se trouve un grand nombre d’individus qui se contentent d’observer en silence ou de suivre le mouvement sans faire de vagues. Ces individus « neutres » ont décidé d’être ainsi soit pour être laissés tranquilles, soit parce qu’ils ne se sentent pas concernés par votre misère, soit encore parce qu’ils ont d’autres problèmes à gérer de leur propre côté. Je donne ici les principales raisons qui arrivent à mon esprit mais il existe certainement une infinité d’autres excuses pour leur indifférence, leur crainte ou leur immobilisme, ce qui peut être plus ou moins compréhensible pour ce jeune âge. Je ne les blâmes pas, même si je blâme les adultes qui se comportent ainsi face aux problèmes majeurs de notre époque, toutefois je souhaite faire comprendre une chose essentielle : le monde est rempli de personnes qui sont prêtes à suivre le bon chemin, du moment qu’apparaissent des individus exemplaires pour leur montrer la voie spirituelle à suivre. Ne pliez pas, ne cédez pas, n’abandonnez pas. Vous avez auprès de vous une source considérable d’alliés potentiels qui n’attendent que votre courageux signal pour s’opposer à la bêtise des petits caïds en herbe et leur faire ravaler leur fierté.


D’autre part, à toutes les personnes « neutres » ou « imitatrices », je voudrais faire remarquer qu’il est infiniment plus noble de se rapprocher des personnes opprimées que des personnes qui oppriment, même si cela peut comporter des risques. J’admets parfaitement qu’il existe des milieux difficiles dans lesquels il doit certainement être presque impossible de soutenir ouvertement ceux qui veulent suivre la voie de « l’homme de qualité » comme l’appelait Confucius, mais j’ose espérer que dans beaucoup d’autres milieux ce concept est franchement loin d’être inapplicable. Cette réflexion est destinée autant aux enfants et aux adolescents qu’aux parents et aux jeunes adultes, qui en feront ce qu’ils voudront par la suite. Retenons simplement que, comme l’exemple est une forme d’influence extrêmement puissante, il est indispensable qu’à des modèles injustes et/ou puérils s’opposent des modèles justes et/ou matures. Car entre ces deux bornes se trouve une multitude de personnes que nous pouvons assimiler à des électrons libres qui gravitent plus ou moins autour des courants dominants, et en l’absence de modèles de justesse la décadence morale devient inévitable. Et cela commence dès l’enfance.

 

 

 


Note de l'auteur : le choix de cette vidéo ne vient pas uniquement qu'elle est issue de la bande-son d'Evangelion Neon Genesis, ma série d'animation japonaise préférée, et possède une raison plus profonde qui est son titre : Hedgehog's Dilemna ("le dilemne du hérisson" en français). Il s'agit d'un concept psychologique décrit par le philosophe allemand Schopenhauer mais que j'ai découvert pour la première fois au travers de cette série. Le concepte du Dilemne du Hérisson fait un parallèle entre les hérissons cherchant à se réchauffer et les relations humaines : la meilleure manière pour deux hérissons de se réchauffer est de se frotter l'un contre l'autre, mais ce faisant ils se font mutuellement mal à cause de leurs épines. De leur côté, les humains ne peuvent pas vivre tous seuls mais ils ont également peur de souffrir psychologiquement par le contact avec les autres en étant jugés, manipulés, trahis et encore bien d'autres choses. C'est cette peur des contacts avec les autres que nous devons surmonter, et c'est une épreuve d'autant plus difficile lorsque nous sommes les sujets d'un bizutage étendu...

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 10:28

LOYAUTÉ

 

 

« La fidélité est la constante observation des devoirs imposés par nos engagements »

Voltaire

 

 

Parmi les sept préceptes que le bouddhisme a apporté au bushido durant le moyen-âge japonais, celui qui a probablement le plus de difficulté à être accepté ou adapté à notre époque moderne est Chuugi, qui se traduit par Loyauté, Dévotion ou encore Fidélité. Dans le système féodal des seigneurs et des samouraïs, où la condition de chacun était dictée par sa naissance dans telle ou telle famille sur tel ou tel domaine, la loyauté était une valeur d’une très grande importance car elle apportait un but à chacun et établissait la base d’une ligne de conduite. Mais aujourd’hui, dans une société libérale et individualiste qui encourage chacun à devenir ce qu’il souhaite en dépit des difficultés, ce concept est devenu en grande partie inapplicable.

 

Je dis en grande partie car Chuugi ne concernait pas uniquement la loyauté d’un individu envers son seigneur ou envers ceux qui lui seraient supérieurs, mais également la loyauté envers ses proches, ses amis, et tout autre groupe social auquel il pourrait appartenir. Nous retombons là sur le raisonnement que j’avais tenu dans mon article sur l’Honneur à propos des communautés que nous représentons, consciemment ou inconsciemment, mais je ne reviendrai pas là-dessus tout de suite. Car il est nécessaire de bien préciser dés maintenant qu’au-delà de la simple obéissance, et cela déjà dans la définition du Chuugi moyenâgeux, le concept de loyauté contenait également la nécessité de connaître les devoirs qui se rapporte à notre condition. Un individu parfaitement loyal n’a pas besoin qu’on lui donne d’ordre car il remplit déjà toutes ses obligations de sa propre initiative, et en toute circonstance il sait ce qu’il doit faire sans qu’on le lui dise. Cette vision fut très bien comprise par Voltaire si l’on en croit la citation que j’ai placée en début de cet article, ce qui indique l’existence d’un concept occidental équivalent, mais là encore nous sommes dans une époque et une société bien différente de ce que nous vivons aujourd’hui.

 

Pourtant, la loyauté est une vertu témoignant d’une très grande noblesse d’âme, et à ce titre je rejoins la pensée de Confucius dont les entretiens rapportent les paroles suivantes : « Un homme dépourvu de sincérité et de fidélité est un être incompréhensible à mes yeux »En effet, il y a des gens parmi mon entourage ou parmi les personnes célèbres de notre temps que je ne comprends pas et que je ne comprendrais jamais, car même si je sais très bien qu’ils agissent comment ils le font uniquement par besoin personnel égoïste, je n’arrive pas à concevoir leur manière de penser. Plus nous nous élevons dans un groupe et plus nous avons de responsabilités et de devoirs à remplir pour honorer notre loyauté envers ce groupe, mais il semble aujourd’hui que la majorité des gens soit allergique à de telles notions. Il y a alors contradiction entre la culture du progrès social, qui incite tout individu à vouloir gravir les échelons, et l’aversion apparemment naturelle qu’expriment les individus par rapport à leurs obligations du moment. Personnellement, je ne pense pas que le principe de Peter (qui explique que la promotion hiérarchique méritante finit inévitablement par amener chaque personne à son « seuil d’incompétence ») ou même le principe de Dilbert (selon lequel les personnes incompétentes sont promues pour « faire moins de dégâts » en se limitant au rôle de management) suffisent à expliquer ce phénomène. De mon point de vue, le message général que donneraient de plus en plus d’adultes aujourd’hui serait quelque chose du genre « Grimpe le plus haut que tu peux, quitte à écraser quelques camarades au passage, mais surtout ne perds pas ton temps à faire le boulot qui t’es demandé parce que c’est chiant/ dangereux/ ennuyant/ stupide/ [insérez ici votre excuse préférée] ». Et si l’on prend en compte la Loi de l’Emmerdement Maximum (ai-je besoin d’expliquer celle-là ?), on arrive inévitablement à ce qu’une partie non négligeable des nouvelles générations suive volontairement cet exemple décadent.

 

Mais au-delà du manquement aux devoirs de ses engagements, il y a peu de choses qui me révoltent autant que la trahison. A bien y réfléchir en relisant ce que j’ai écrit plus loin, je ne pense pas qu’il y ait quelque chose que je déteste plus que ça. Que ce soit pour gagner des biens matériels ou s’assurer un confort mental ou encore pour être épargné par une brute, la trahison est pour moi le pire des crimes. Un traître n’a aucun honneur, aucune fierté, aucun respect pour la moindre émotion ou idéologie. Celui qui use de tels procédés a immédiatement l’impression d’être puissant, fort, supérieur, car l’impact de ses actions est souvent très important et lui permet le plus souvent d’atteindre son objectif à coup sûr. Il y a d’ailleurs une phrase dans l’un des livres basés sur l’univers du jeu Warhammer 40.000 qui dit à ce sujet que « Quand la main du traître frappe, elle frappe avec la force d’une légion ». Mais la vérité est que c’est un faible, un lâche, un égoïste, un moins-que-rien, un déchet de l’humanité. Même son égo est obligé de s’effacer devant ceux qu’il sert éventuellement sur le moment pour plaire à leurs exigences, ce qui fait de lui un simple instrument dénué de personnalité et qui prostitue son âme au plus offrant ou au plus fort. Il y a un proverbe grec qui dit très justement que « les traîtres sont odieux, même à ceux qui profitent de la trahison ». Seulement aujourd’hui c’est encore plus simple et même moins dangereux d’être un traître vu que l’on peut trahir uniquement pour servir ses propres ambitions. Si je croyais à l’enfer, son organisation reprendrais probablement en grande partie celle décrite par Dante dans la Divine Comédie avec plusieurs cercles concentriques séparant les individus qui y sont enfermés selon la gravité de leur pêché, la trahison occupant le dernier cercle. Pour en terminer sur les traîtres, je citerais à nouveau une parole issue de l’univers ténébreux de Warhammer 40.000 dont la sentence est plus que parlante : « Celui qui oublie son devoir y perd son âme et devient moins qu’un animal. Il n’a plus sa place au sein de l’Humanité, ni dans le cœur de l’Empereur. Qu’il meure et soit oublié à jamais. »

 

La loyauté, vous l’aurez donc compris, est quelque chose de vital dans la définition de ma Voie, car c’est elle qui en maintient les différentes qualités malgré le passage du temps. Le Chuugi du bushido japonais n’est clairement plus applicable de nos jours dans sa définition initiale, car peu de personnes seraient capables d’un tel dévouement envers une autre personne, même devant un être immensément supérieur en esprit, force, ou autorité. Le recul de la religion dans les sociétés occidentales en est d’ailleurs la première preuve. Nous sommes à l’époque des faux-semblants et de l’hypocrisie, dont je parlerais plus en détail dans l’article sur la Sincérité. Alors à qui, ou plutôt à quoi, peut-on encore être loyal ? Et bien je pense que la véritable loyauté moderne doit se tourner vers les idées, les convictions et les espoirs ou rêves. Dans une société individualiste, l’individu doit être fidèle avant tout envers lui-même, envers ce qui le définit intérieurement au niveau spirituel. Changer de personnalité sans arrêt selon l’humeur ou la mode participe à créer le Chaos dont j’ai fait la critique dans mon article sur la Droiture. A bien y réfléchir, la Loyauté est en quelque sorte l’équivalent spirituel de la Droiture, ou plutôt le complément, car elle nous amène à avoir des habitudes de pensée et d’émotion de la même façon que la Droiture guide notre comportement gestuel. La seule raison valable selon moi de brusquement changer son caractère serait de réaliser qu’on était dans l’erreur, cela grâce à notre notion de Justice. C’est ce genre de révélation qui m’est moi-même arrivé voici seulement quelques mois et beaucoup de personnes de mon entourage ont vite remarqué ma transformation, mais cette dernière n’a pas été difficile à justifier et j’espère que vous comprendrez pourquoi.

 

Jusqu’ici, j’ai volontairement parlé de la loyauté sans faire intervenir l’Amour dans l’équation, cela afin de suffisamment en détailler le concept avant de faire l’éloge de sa Force. Car s’il y a bien une raison d’être fidèle envers quelque chose, c’est bien par amour, mais si j’avais commencé par là alors tout le reste de mon raisonnement aurait été éclipsé par ce sentiment. On peut difficilement être loyal envers une idée ou une personne que l’on n’apprécie pas, étant donné que cela revient d’une certaine manière à se trahir soi-même. La véritable loyauté, selon moi, est totalement indissociable de l’amour, toutes proportions gardées bien entendu. Sans avoir à parler de l’amour romantique et total entre deux être, l’amour familial ou lié à une amitié crée forcément une certaine fidélité de force équivalente. L’écrivain et poète marocain Tahar Ben Jelloun a d’ailleurs écrit une très joli phrase à ce sujet : « Penser à l’autre, savoir être présent quand il le faut, avoir les mots et les gestes qu’il faut, faire preuve de constance dans la fidélité, c’est cela l’amitié, et c’est rare ». Nous revoyons apparaître ici l’importance de connaître les obligations et les devoirs imposés par nos engagements vue au début de cet article. J’ai suffisamment traité de la trahison pour démontrer que ce genre d’action est probablement l’un de ceux qui entachent le plus la crédibilité d’une communauté. Bizarrement, ceux qui devraient le plus en pâtir sont les partis politiques, pourtant à chaque fois ils nous font le coup du renouveau et tout le monde marche en effaçant l’ardoise comme si rien ne s’était passé. Un simple fait à méditer.

 

Quoi qu’il en soit, dans notre société on nous encourage à n’être loyaux qu’envers ceux en qui nous avons confiance. Pourtant dans cette époque d’angoisse, de terreur et de division, faire confiance devient de plus en plus difficile, même envers les personnes que l’on connaît intimement. Cette contradiction évidente imposée par notre environnement social explique en partie pourquoi la loyauté est une vertu rarissime de nos jours et pourquoi il est aussi difficile de la réinstaurer dans les esprits. Cela est difficile car, tout comme l’amour permet de briser le cercle de la haine, la loyauté permet de briser le cercle de la méfiance, mais cela demande toujours de faire le premier pas. Nous ne pouvons pas exiger des autres qu’ils suivent cette vertu si nous ne la suivons pas d’abord nous-même. Là encore nous retombons sur la notion d’exemplarité du comportement, ce qui en renforce l’importance au sein de ma Voie et consolide d’autant plus la structure de cette dernière.

 

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:09

L’AMOUR

 

 

 

« On peut faire beaucoup avec la haine, mais encore plus avec l'amour. »

William Shakespeare

 

 

 

 

 

Pour des raisons personnelles, il m’est extrêmement difficile de parler de cette partie de ma Voie de manière parfaitement calme et objective, cependant étant donné l’importance que cette Force occupe dans le cercle de l’éthique je ne peux échapper à la rédaction d’un texte à son sujet. J’espère donc que vous saurez excuser les éventuels débordements que mon âme pourrait répandre dans les écrits de cet article. Les cyniques, les insensibles et les dégoûtés de la vie sont donc prévenus : attendez-vous à un flot de paroles romantiques et idéalistes qui peuvent vous donner envie de me jeter des pierres. Si c’est effectivement le cas, faites-vous plaisir, cela ne fera que justifier d’autant plus la nécessité de ces paroles.

 

Pour commencer par enfoncer les portes ouvertes, je dirai qu’à aucun moment de ma vie d’adolescent ou de jeune adulte je n’ai cessé de croire dans le pouvoir de l’amour. Oui, je sais que sur le papier cela sonne ringard, mais sans cela, sans cette Force incroyable, je ne serais jamais arrivé au niveau de bien-être qui est le mien aujourd’hui. Avant d’aller plus loin, je dois préciser que l’Amour tel que je le définie ici ne concerne pas uniquement le lien sentimental pouvant exister entre deux êtres, mais également le fait de pouvoir apprécier chaque instant de sa vie à un niveau particulièrement élevé. Pour faire plus simple, vous pouvez associer ici le sentiment d’amour à celui d’harmonie au sens large, c’est-à-dire au fait de pouvoir se sentir en symbiose totale avec son environnement ou avec son entourage. Le fait d’apprécier le souffle du vent sur votre visage, la chaleur d’un feu de camp, le parfum d’un parterre de fleurs ou l’ambiance d’une bonne discussion entre copains autour d’un verre ne sont que quelques exemples de sensation qui peuvent déclencher un profond sentiment d’harmonie. Ce sentiment est d’ailleurs extrêmement important pour entretenir la Sérénité dont je parlerai dans un prochain article.

 

Maintenant, certains lecteurs pourraient penser à tort que ce que je décris ici consiste essentiellement en un simple plaisir des sens et de l’esprit, cependant l’amour est loin d’être uniquement une source de plaisir. Car comme l’enseigne très bien le bouddhisme, l’amour est l’une des principales sources de la souffrance de l’être humain car il implique un puissant sentiment d’attachement. Et malheureusement, l’attachement s’oppose à l’une des trois caractéristiques de l’existence, l’impermanence (ou Anitya), qui dit en résumé que « la seule chose constante dans cet univers est l’inconstance de toute chose ». En quelque sorte cela signifie qu’il n’existe rien de définitivement figé et que notre environnement mais également notre propre esprit, nos manières et nos sentiments sont amenés à changer un jour ou l’autre. Je n’ai pas encore assez vécu pour en témoigner par moi-même mais je ne pense pas pouvoir devenir celui qui prouvera le contraire, même avec les meilleurs sentiments et la meilleure volonté du monde. En sachant cela, je comprends qu’autant de personnes décident de n’aimer rien ni personne ou d’aimer seulement selon le strict minimum pour éviter d’être trop sévèrement blessé, toutefois je vous ferai remarquer qu’encore une fois on en revient à un phénomène d’autodéfense personnel et donc principalement égoïste. Il me semble que c’est  Frank Herbert qui a écrit dans l’un des livres de la saga de Dune que « on n’est pas fort par la douleur que l’on inflige, mais par celle que l’on endure ». La force d’un amour, quel qu’en soit l’objet, peut parfaitement se mesurer de cette manière.

 

J’en viens maintenant au phénomène que j’oppose à l’amour dans le cercle du Soi : le désir. Certains prétendront que le désir et l’amour sont intimement liés et que, de ce fait, ce sont tous deux des forces positives. Selon mon propre point de vue, cela n’est que partiellement vrai car si l’amour a effectivement besoin du désir pour naître, tout désir satisfait ou non ne provoque pas forcément la naissance d’un amour. En effet le désir n’est qu’une pulsion passagère dont la particularité est de se lasser très vite, étant donné qu’il cesse d’exister dès que l’objet convoité nous appartient, laissant la place à un autre désir de nature différente, ce qui rejoint d’ailleurs le concept d’impermanence du bouddhisme que j’ai résumé plus haut. Si l’on est suffisamment ouvert, attentif, et que l’on ne craint pas de devenir vulnérable, le désir peut se transformer en amour et se figer dans la perfection de l’harmonie ressentie. Le désir symbolise donc le changement tandis que l’amour véritable, de par sa Constance, est inconditionnel et éternel.

 

Tout comme les autres qualités de ma Voie, l’Amour est un sentiment qui nous pousse vers l’extérieur afin de nous rapprocher de l’objet aimé sans le bousculer, cela en raison du profond Respect que nous lui portons. Même lorsque le sentiment d’aimer se porte vers une chose très abstraite comme l’art en général, il est nécessaire de savoir passer dans un état que j’appellerai ici un état de supra-sensorialité : cela consiste dans mon cas à réduire l’intensité de mes pensées pour laisser plus de place à mes sensations pures, et à ne pas chercher à analyser immédiatement ces mêmes sensations afin de mieux en profiter. Lorsque j’ai besoin de me reposer l’esprit au cours d’une journée de travail, je sors un instant dehors et je me tiens quelques instants debout en fermant les yeux : le simple fait de ressentir plus distinctement la chaleur du soleil et le souffle du vent fait retomber très rapidement ma fatigue mentale. Mais je reparlerai de cela plus en détail dans l’article sur la Sérénité. Je peux également plonger dans le même genre de transe supra-sensorielle lorsque j’écoute certaines musiques particulièrement mélodiques ou auxquelles j’attache des sentiments précieux : ayant fait du piano pendant un peu plus de dix ans durant mon enfance, il m’arrive assez facilement de faire jouer mes doigts sur une surface plane ou même dans les airs comme si je jouais sur un piano invisible la mélodie du morceau que je suis en train d’écouter. En associant le geste à l’écoute, je fais participer mon corps à cet état de concentration intense et j’en renforce donc d’autant plus l’intensité de l’expérience.

 

Dans le cas très particulier de l’amour entre deux personnes, cette force devient d’autant plus belle et intense qu’elle nous fait ressentir deux flux à la fois : celui de nos émotions envers l’autre, et celui des émotions de l’autre envers nous. L’amour devient alors comme le premier enfant d’un couple, et comme tout enfant il doit être nourri par ses deux parents à la fois. Beaucoup de personnes parlent de la spirale de la haine, mais bien peu parlent de la spirale de l’amour qui est un phénomène certes extrêmement plus compliqué à maintenir mais tellement plus beau et juste. On dit d’ailleurs que la spirale de la haine est sans fin, cependant elle ne l’est que si nous limitons notre champ de réaction à encore plus de haine, un phénomène que Bouddha, ou plutôt le premier bouddha historique Siddhārtha Gautama, a bien décrit en disant que « Puisque la haine ne cessera jamais avec la haine, la haine cessera avec l'amour ». Et j’en profite pour citer une autre belle phrase de cet homme à l’histoire remarquable : « Il y a quatre pensées illimitées : l'amour, la compassion, la joie et l'égalité d'âme ».

 

Le désir, en revanche, consiste à tirer vers nous ce que nous souhaitons obtenir, même si ce n’est que pour un bref instant, donc à rester dans une logique égocentrique où notre orgueil doit l’emporter sur celui de notre entourage. Selon sa définition de base, le désir est destiné à disparaître dès qu’il est satisfait, malheureusement nous vivons dans un monde où le désir est omniprésent pour faire fonctionner notre économie. Il n’y a qu’à voir la place que prends aujourd’hui la publicité dans notre environnement pour s’en rendre compte, que ce soit dans la rue, dans les médias ou sur Internet. Mais je ne me risquerais pas à critiquer plus en détail la déviance mercantile de notre civilisation. Je reviens sur le désir qui est donc très présent non seulement en raison des influences extérieures que nous subissons, mais aussi parce qu’il stimule certains centres nerveux très particuliers comme celui de la curiosité et qu’il provoque facilement une poussée d’adrénaline plutôt agréable. Le désir agit donc d’une certaine manière comme une drogue, cependant je ne nierai pas que l’amour peut potentiellement être une drogue encore plus puissante avec des effets secondaires non négligeables, que beaucoup qualifierait de « débilitants » mais que je vois plutôt comme une source de volonté et de sérénité pour accomplir tout ce que nous faisons. Comme le dit un proverbe arabe : « L’esprit a beau faire plus de chemin que le cœur, il ne va jamais si loin ».


L’amour se différencie donc principalement du désir de par sa persévérance, ce qui explique qu’il relie l’Honneur et la Loyauté dans le cercle du Soi. D’une certaine manière, c’est également l’une des plus grandes sources de Respect et c’est pourquoi il est situé juste avant dans l’ordre des Forces, et j’y ferai certainement appel dans l’article correspondant. Le triangle AMOUR – RESPECT – CONFIANCE est une sous-structure extrêmement importante dans le cercle de l’éthique car il s’auto-entretient en raison de l’interdépendance de ces trois qualités, ce qui peut aboutir d’ailleurs à les faire croître en spirale de la même manière que la haine et la vengeance. Les vertus situées aux sommets de ce triangle sont des conséquences de ces trois qualités, ce qui ne les rend pas pour autant indépendants, mais elles n’interviennent pas nécessairement dans la croissance de cette spirale de l’amour. Quoi qu’il en soit, parmi toutes les qualités formant le cercle de l’éthique au sein de ma Voie, l’amour est certainement celle qui est la moins susceptible d’être mal interprétée ou d’être employée à mauvais escient. Bien que cela ne suffise pas à lui donner la place centrale, elle occupe une place extrêmement importante dans mon esprit et dans mon cœur.

 

 

Prochain article : LA LOYAUTÉ

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 21:39

L’ÉDUCATION

 

 

« En quoi consiste l’éducation ? A élever l’homme, l’homme tout entier :

son esprit, son cœur, son âme, sa conscience, son caractère. »

Félix Dupanloup

 

 

 

 

Dans la société, l’éducation est associée principalement aux connaissances, diplômes et aptitudes intellectuelles, celle de l’enseignement prodiguée par des écoles publiques ou privées et que je ne connais bien puisque je suis fils de deux professeurs. D’ailleurs à ceux qui sont si prompts à critiquer les enseignants sur tout et n’importe quoi, je leur propose de remplacer l’un d’eux pendant un mois ou même une semaine avant de lancer des pierres, si polies soit-elles. A part les professeurs de sport ou éventuellement de philosophie, les membres de cette profession vivent une situation dont j’ai vu personnellement durant mon enfance les répercussions dans l’environnement familial, et je peux vous dire qu’ils ont eux aussi leurs problèmes et que de ce fait ils méritent un certain respect qui malheureusement pour le moment ne leur est pas donné. Mais fermons cette petite parenthèse et revenons au sujet.

 

Le mot éducation possède également un autre aspect moins médiatisé et qui m’intéresse beaucoup plus : celui du comportement, de la tenue et des manières. Quant on dit d’une personne qu’elle est de bonne éducation, cela ne signifie pas forcément qu’elle sait beaucoup de chose, mais qu’elle se comporte bien. Pour utiliser dans cette argumentation le terme moins ambiguë du savoir, je commencerai donc par dire que dans le domaine des ressources humaines en entreprise on fait attention à trois formes de savoir : le savoir (la connaissance théorique), le savoir-faire (la capacité à mettre ces connaissances en pratique), et le savoir-être que je préfère ici remplacer par le terme de savoir-vivre. Cette dernière forme de savoir est celle sur laquelle je souhaite mettre l’accent ici au travers de l’Education, qui est pour moi l’apprentissage du savoir-vivre en société, une qualité des plus humaines si l’on peut dire. D’ailleurs ce n’est pas avec tellement d’ironie que l’humoriste Pierre Dac disait que  « la mort n’est en définitive que le résultat d’un défaut d’éducation, puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir-vivre ».


L’éducation possède trois aspects ou trois phases que nous devons acquérir progressivement et dans un ordre bien précis au cours de notre vie : savoir être éduqué, savoir s’éduquer soi-même, et savoir éduquer les autres. D’un certain point de vue, cela revient à considérer trois phases de notre existence spirituelle : l’éveil de l’enfance, la maturité de l’adolescence et la sagesse de l’adulte.

 

Savoir être éduqué :

Cette première phase est assez délicate dans le sens où elle nécessite l’intervention d’une personne qui a déjà atteint la troisième étape de ce parcours, un problème que Goethe avait très bien cerné en déclarant « on aurait des enfants bien élevés si les parents étaient élevés eux-mêmes ». Parler du fait de savoir être éduqué nécessite donc de parler de savoir éduquer les autres, car l’inégalité de l’enseignement dont on entend tellement parler en France de nos jours commence d’abord par là. Selon ma propre expérience, je sais que beaucoup de professeurs se posent pas mal de questions sur le pourquoi du comportement de certains de leurs élèves jusqu’à ce qu’ils rencontrent les parents de ces derniers pour la première fois. Je reconnais que les parents peuvent connaître eux aussi des situations difficiles qui impactent sur leurs capacités à éduquer correctement leurs enfants, mais sans pousser l’analyse très loin on peut souvent voir très rapidement qu’il y a chez eux une grande part de négligence ou de mauvaise volonté. La vulgarisation du phénomène de famille séparée puis recomposée n’arrange rien au tableau, d’ailleurs, et j’ai réellement peur de ce que va devenir la prochaine génération qui devra prendre la relève d’ici quelques années.

Mais pour en revenir au sujet en considérant que nous avons un éducateur un tant soit peu compétent, j’emprunte un instant les mots de l’écrivain Ernest Renan, philosophe, philologue et historien français, pour dire simplement que « L’essentiel dans l’éducation, ce n’est pas la discipline enseignée, c’est l’éveil ». Savoir être éduqué, c’est l’éveil. Ce phénomène est extrêmement important car c’est ce qui ouvre l’esprit de l’enfant au monde de la connaissance et le rend donc attentif à ce qu’on lui enseigne. Mais l’éveil n’est ni facile ni définitif, car il consiste à piquer la curiosité ou l’intérêt de l’enfant pour lui donner envie d’apprendre. Pour cela, je pense que Benjamen Franklin était parfaitement dans le vrai lorsqu’il déclarait « tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends ». En rapportant l’enseignement à des choses qui lui sont familières et qui l’intéressent, l’enfant apprend mieux car son cerveau crée des connexions entre de nouvelles informations et des informations déjà connues. Cela est également prouvé sur le plan scientifique dans le cadre de recherches en neurologie.

Je me rends compte à présent que j’ai dévié sur l’enseignement des connaissances alors que je parlais au départ d’éducation du savoir-vivre. Comme quoi, même sans avoir été moi-même professeur j’ai facilement tendance à parler de ce métier avec passion. Concernant donc l’apprentissage du savoir-vivre, Albert Einstein disait lui-même que « Il n’existe pas d’autre éducation intelligente que d’être soi-même un exemple ». Ainsi, nous rebondissons sur la notion d’exemplarité que j’ai si vivement défendue dans mon précédent article sur la Droiture, et c’est peut-être ici que vous en constaterez les premiers bénéfices. Car un enfant ou un individu peu éduqué possède un raisonnement très simple : il fait comme il voit que les autres font. Comme disait le moraliste français Joseph Joubert, « la parole entraîne, l’exemple enseigne ».  Mais c’est un phénomène qui peut autant guider un individu vers la vertu que vers le chaos le plus total, un effet à double tranchant que Freud résume assez bien en disant que « L'homme possède la faculté dangereuse d'inciter les autres à suivre son exemple ». Et comme dans pas mal de films abordant plus ou moins directement le sujet, j’ai le sentiment que le mauvais exemple est toujours plus séduisant et plus facile que le bon exemple. C’est pour cette raison que même un enfant correctement éduqué par ses parents peut si facilement dévier et chuter en prenant exemple sur de mauvais camarades de classes ou sur certains personnages fictifs ou réels de la télévision, ruinant tous les efforts forgés en amont par ses proches. En un certain sens, le véritable éveil ne consiste pas seulement à accepter d’apprendre, mais à accepter d’apprendre des bons exemples.

 

Savoir s’éduquer soi-même :

Il arrive un moment où nous devons nous faire notre propre éducation pour devenir indépendant sur le plan spirituel et ainsi avoir nos propres opinions, nos propres visions des choses, et pour améliorer continuellement notre savoir-vivre par nous-mêmes. D’autant qu’il y a des choses qu’il vaut mieux découvrir ou reconnaître par nous-mêmes pour en percevoir toute la véracité, nos maîtres ne faisant que nous ouvrir la porte vers cette vérité. C’est comme entrer dans un lac pour en percevoir les ronds d’eau à la surface : on ne peut pas le faire accompagné. La plupart des principes de ma Voie sont d’ailleurs nés de réflexions personnelles basées sur les textes d’autres auteurs sur lesquels je m’appuie au départ pour ensuite raisonner par moi-même. La seule problématique de cette deuxième phase est qu’elle apparaît rarement de façon calme et réfléchie, faisant partie intégrante de la crise d’adolescence.

Je ne peux pas décrire plus en profondeur cet aspect de l’éducation telle que je la conçois, et je préfère vous proposez de chercher en vous les raisons et les moyens qui vous permettrons de le faire par vous-même.

 

Savoir éduquer les autres :

Ayant déjà expliqué suffisamment longuement l’importance de l’exemplarité dans l’éducation des autres, je me contenterai d’ajouter simplement ici qu’il ne faut surtout pas se hâter de vouloir passer à ce dernier stade. La maturité ou la sagesse n’est pas une chose que l’on acquiert tous à un âge bien déterminé comme la majorité civile ou le droit de vote. Il est très facile de se croire prêt à éduquer les autres, à leur faire la morale, et d’ailleurs à ce petit jeu les français ont la réputation d’être les champions incontestés. Personnellement je pense que même Confucius, qui est pour moi un modèle de sagesse, remettait constamment en cause sa propre capacité à éduquer ses disciples. Il est même rapporté dans ses entretiens qu’il dit un jour ceci : « S’il s’agit de la sainteté et du sens profond d’humanité, comment oserait-je y prétendre ! Tout au plus peut-on dire que j’y travaille sans relâche, que je l’enseigne sans me lasser ».

 

Avant de conclure, il est impératif de réaliser que ces trois aspects de l’éducation ne se remplacent pas au fur et à mesure que nous les acquérons : ce n’est pas parce que nous savons nous éduquer nous-mêmes qu’il faut arrêter de recevoir l’éducation des autres, et de la même manière ce n’est pas parce que nous sommes prêts à éduquer quelqu’un que nous devons cesser de nous éduquer nous-mêmes. Ce sont des efforts constants que nous devons maintenir en nous pour progresser et pour faire progresser les autres avec nous, car cela ne sert à rien de s’élever seul si c’est pour se retrouver isolé et incompris par nos semblables. Nietzsche ne disait-il pas d’ailleurs que « plus nous nous élevons, plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler » ?

 

 

Prochain article : L'AMOUR

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 21:19

LA DROITURE

 

 

« Nous sommes ce que nous répétons chaque jour »

Aristote

 

 

En raison de son importance capitale pour ma Voie, cette vertu aurait très certainement occupé la place centrale de mon cercle du Soi si elle n’avait pas tant besoin d’être entretenue par une puissante force de volonté héritée de l’Honneur. Car la Droiture, dans sa dimension vertueuse employée pour le bien commun et non pour le profit personnel, ne peut exister sans un rappel constant de nos obligations dans nos engagements, ce qui explique d’ailleurs qu’elle soit également reliée à la vertu de Loyauté au travers de l’Education.


Mais avant de commencer, qu’est-ce que la droiture ? Selon la définition la plus communément acceptée, il s’agit de la disposition d’un individu à toujours se conduire conformément aux règles du devoir. Il existe de très nombreux devoirs auxquels nous pouvons être attachés en fonction de notre situation : le devoir de père ou de mère, d’époux(se), de salarié(e), de citoyen(ne), et encore beaucoup d’autres. Les militaires et autres membres d’organisations armées sont probablement ceux qui se sentent les plus concernés par ce concept du devoir en raison de la grande responsabilité qui découle de ces organisations. Cependant, il semblerait qu’en dehors de cette catégorie d’individus le sens du devoir ne soit pas maintenu avec autant d’importance qu’il le devrait. Ce n’est pas parce que la responsabilité de l’ouvrier est apparemment moins importante que celle du soldat qu’il ne doit pas concevoir la responsabilité de sa tâche et en accepter les devoir qui y sont associés. Mais laissons un instant de côté les responsabilités liées au monde du travail et concentrons-nous plutôt sur les devoir de notre vie civile, celle de tous les jours.


Je ne parlerai pas de devoir de citoyen, car en ces temps troublés beaucoup trop de personnes ne s’identifient pas forcément à la société d’aujourd’hui et elles pourraient donc ne pas se sentir concernées. Au lieu de cela je parlerai de devoir d’être humain auquel, à moins de se considéré comme un extraterrestre, un démon ou la prochaine étape de l’évolution humaine, il serait bien difficile d’échapper. Car oui, en tant qu’êtres humains nous avons tous un devoir commun si l’on en croit Albert Einstein, avec lequel je suis entièrement d’accord lorsqu’il écrivit que « c’est le devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu’il a reçu ». Que faut-il entendre par là ? Personnellement, je pense que tout ce que nous recevons plus ou moins directement de la société et des gens autour de nous ne devrait pas être considéré comme une récompense méritée ou chanceuse, mais plutôt comme une opportunité d’améliorer notre monde chacun à notre manière. Je suis moi-même conscient que ma situation est grandement confortable par rapport à la très grande majorité des hommes et des femmes du monde entier et je me sens donc redevable, de par mon devoir d’être humain, d’utiliser les moyens qui me sont offerts depuis ma naissance pour faire en sorte que l’humanité devienne meilleure. Pour le moment, l’écriture est mon outil le plus efficace, et c’est pourquoi j’écris ces articles sur ma Voie afin de faire changer le monde au travers de l’esprit des gens, agissant conformément à cette phrase de l’écrivain américain Richar Bach : « Il existe un moyen de savoir si votre mission sur terre est terminée : si vous êtes vivant, c’est qu’elle ne l’est pas ».


Mais ceci n’est que la vision générale du devoir d’être humain, l’objectif à long terme, le but final de notre existence. Maintenant nous devons nous poser la question de comment respecter ce devoir par notre comportement au jour le jour ? Et bien pour ma part, il s’agit tout simplement de vivre de manière exemplaire en suivant scrupuleusement l’ensemble des autres qualités qui composent mon cercle de l’éthique. Nous arrivons donc au délicat sujet de l’exemplarité, sujet qui fait tiquer tant de personnes avis qui j’en ai parlé, mais qui constitue néanmoins l’une des deux pierres d’angle de ma Voie avec l’Honneur. Pourquoi fait-il donc tiquer ? D’après mes propres expériences d’observations et de discussion, je pense avoir décelé au moins trois raisons majeures, ou plutôt trois excuses pour rebondir un instant sur mon précédent article sur la Raison :

  • -  En premier lieu, il ne faut pas sous-estimer l’attirance naturelle de la plupart des individus pour « faire comme tout le monde ». Etre dans le moule n’est pas forcément confortable en soi, mais cela permet d’éviter de se faire remarquer et donc d’être plus facilement la cible d’attaques physiques et/ou psychologiques de la part de notre entourage. Malheureusement, le moule en question ne se construit pas lorsqu’une majorité des gens l’utilisent, mais lorsque quelques individus suffisamment influents répandent leurs idées parmi ceux qui veulent « faire comme tout le monde » et qui vivent donc une part de leur vie par procuration. Les environnements scolaires sont probablement les endroits où ce phénomène est le plus fort, du moins selon ma propre expérience : demandez à un garçon de mettre sur son cartable un autocollant sur lequel est écrit « j’aime l’école », et vous verrez très vite le résultat. Les individus qui se sentent rassurés lorsqu’ils sont dans le moule sont certainement les plus difficiles à convaincre ici car pour que le fait de devenir meilleur ait un quelconque intérêt à leurs yeux, il faudrait que tout le monde devienne meilleur avant eux, histoire qu’ils ne courent aucun risque.

  • -  Ensuite, ceux qui envisagent un instant de se comporter en exemple ont vite tendance à renoncer lorsqu’ils constatent les efforts que cela demande. Car oui, devenir un exemple pour les autres demande énormément d’efforts sur soi d’un point de vue mentale et, malheureusement, la plupart des gens sont déjà trop enlisés dans le relatif confort de leurs petites habitudes pour tenter le coup, même si c’est pour devenir une meilleure personne.

  • -  Dans mes discussions, l’argument qui m’est souvent présenté en dernier recours est que « de toute façon ça ne changera pas le monde ». Selon ces personnes, rien ne sert de chercher à devenir meilleur parce qu’elles pensent que cela n’aura aucun impact sur leur entourage. Or elles se trompent lourdement car, comme le disait La Rochefoucauld, « Rien n’est aussi contagieux que l’exemple », que cet exemple soit mauvais ou bon. J’ajouterai d’ailleurs à cette citation une autre venant d’Albert Schweitzer : « L’exemplarité n’est pas une façon d’influencer, c’est la seule ». Cela signifie que, contrairement à ce que l’on croit, être un modèle de droiture permet de donner envie à d’innombrables personnes de faire de même, pour peu que vous les traitiez avec Respect et qu’elles aient le Courage de vous suivre dans cette voie.

D’après mon expérience personnelle, je peux donc dire que l’exemplarité n’est une utopie que dans l’esprit de ceux qui n’ont pas le désir ou le courage de changer. Les modèles de droiture étant de moins en moins nombreux ou de moins en moins écoutés dans notre société, les masses sont alors facilement influencés par d’autres modèles beaucoup moins légitimes et surtout beaucoup moins respectables. Ces modèles de société, qu’ils soient autoproclamés ou imposés par les puissances de ce monde, se croient donc les maîtres et assoient encore plus leur influence sur les esprits non éveillés, inconscient des terribles conséquences que cela implique. Les masses se croient dans le juste, ou plutôt dans la « normalité » (bon sang que je déteste ce mot), en voyant dans leur entourage au quotidien le reflet de leur propre comportement malsain. Cependant, tout comme l’écrivain philosophe indien Jiddu Krishnamurti le faisait remarquer, « Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade ».


Toutefois, et toujours selon mes propres observations, j’ai le profond sentiment que beaucoup de personnes suivent les modèles actuels de notre société tout en ayant pleinement conscience que ce sont de mauvais modèles dénués de droiture, cherchant seulement à ne pas se faire remarquer ou à ne pas se retrouver seul. Si je comprends parfaitement leur choix, ce n’est pas pour autant que je l’approuve, car la facilité et le confort sont le genre de luxes qui ont amené l’humanité à se dire avec tant de négligence « après moi le déluge ». Nous avons tous, chacun de nous, une responsabilité envers nos semblables : leur être utile. Nous avons une responsabilité envers nos enfants : leur laisser un monde au moins aussi bon que celui que nous avons reçu. Et nous avons une responsabilité envers nos ancêtres, où qu’ils se trouvent : faire en sorte qu’ils puissent être fiers de nous.


L’exemplarité est donc ma Voie, et elle doit se transcrire dans chaque chose que je fais. En effet, cela ne sert à rien d’être exemplaire en publique pour retomber dans de mauvaises pratiques dès que personne ne vous regarde, car cela revient à de l’hypocrisie et ne devient alors jamais une vérité dans notre esprit. Peu importe les excuses que vous pourrez trouver, l’exemplarité devant les autres et devant vous-même s’écroule dès que vous l’interrompez ne serait-ce qu’un instant, car comme le disait très bien St Bernard, « Ce que l’on fait crie plus fort que ce que l’on dit ». A cela on peut ajouter « ce que l’on pense nous crie plus fort que ce que l’on fait », puisque tant que vous devez penser à agir selon la Droiture vous n’êtes pas encore parfaitement droit dans votre esprit. Lorsqu’un geste est pratiqué régulièrement, il passe progressivement du statut conscient au statut inconscient, devant au final un geste naturel que nous exécutons par la suite sans réfléchir à chaque fois qu’une situation similaire se présentera. Il en va de même pour la pensée et les raisonnements, ce qui inclue la Droiture. La Droiture doit donc constituer à se comporter de manière constante suivant notre définition de ce qui est juste pour répondre à notre devoir d’être humain. Par extension, cela signifie également répondre à nos autres devoirs hérités de notre condition social et que j’ai brièvement évoqués en début d’article.

 

Face à une vertu d’une telle importance pour moi je ne pouvais opposer qu’un mal à la dimension toute aussi grande, et je pense que la notion de Chaos est probablement celle qui convient le mieux. Le chaos tel que je le conçois ici peut exister sous deux aspects dans l’esprit des gens : en tant que forme ou en tant que fond de notre comportement. Un comportement de forme chaotique est un comportement facilement variable, incertain, changeant selon les humeurs et selon les envies, un comportement où la raison peut aisément faire place à la colère. C’est l’une des choses que je supporte le moins chez les gens car cela les rend totalement imprévisibles et insondables, rendant toute relation durable très difficile et toute discussion sérieuse quasiment impossible. Peut-être est-ce une forme d’auto-défense mentale, mais en tout cas je pense que ceux qui sont dans ce cas sont non seulement très seuls, au moins dans leur tête, mais aussi très malheureux sans aucune raison autre que cette forme de comportement chaotique. Dans les cas les plus extrêmes, c’est ce qui amène aux affaires inexcusables de femmes et d’enfants battus, aux crimes « passionnels » et aux saccages en tous genres.

 

Le chaos en tant que fond comportemental, c’est-à-dire en tant que finalité, signifie pour moi avoir des intentions volontairement malsaines et allant à l’encontre d’un ou de plusieurs de nos devoirs, qu’il s’agisse du devoir d’être humain, du devoir de parent ou de n’importe quel autre. Car, oui, il ne faut pas se le cacher, le chaos peut être un objectif plus ou moins inavoué chez certaines personnes, que ce soit par ambition personnelle, par dégoût de la société ou par folie à différents degrés, et je pense qu’il s’agit là des individus parmi les plus imperméables aux qualités qui font partie de ma Voie. Le pire, c’est que les personnes qui expriment des intentions chaotiques ont rarement un comportement de forme chaotique comme décris précédemment, ce qui les rend encore plus dangereux. Jusque-là je n’ai cité dans mes textes presque exclusivement que des hommes plus ou moins historiques, mais ici je souhaite tout de même reprendre cette bien sombre réplique du personnage d’Alfred dans le film The Dark Knight, qui a tellement de poids dans sa version originale : « some men aren't looking for anything logical, like money. They can't be bought, bullied, reasoned, or negotiated with. Some men just want to watch the world burn ».


Au final, la droiture est pour moi ce qu’est le succès pour d’autres : un objectif qui s’amplifie au fur et à mesure qu’on le réalise pour finalement ne jamais pouvoir être atteint pleinement. Certains appelleront ça du perfectionnisme, je préfère parler d’idéalisme. Albert  Schweitzer disait justement à ce sujet que « L’idéal est pour nous ce qu’est l’étoile au marin : il ne peut être atteint mais il demeure un guide ». Chacun d’entre nous doit trouver sa propre étoile pour le guider, cette étoile pouvant être soit imaginaire soit incarnée en une personne qui devient notre modèle, puis la suivre. Le problème est que, dans notre époque d’hyper-information, il est extrêmement difficile de trouver une personne qui soit totalement exempte de défauts à l’exception des personnages religieux.  Et pour conclure cet article tout en faisant une parfaite liaison avec le prochain qui concerne l’Education, je vous citerai cette très belle et très juste phrase de Gandhi : « Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours ».

 

 

Prochain article : L’ÉDUCATION

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 18:12

LA RAISON

 

 

« La Raison est la première victime de toute émotion violente »

Frank Herbert

 

 

Lorsque l’on parle de raison, on y associe souvent trop rapidement les notions de conscience et de Justice, sujet que j’ai traité dans l’article précédent, et on oublie qu’il s’agit avant tout de savoir faire preuve de discernement et de logique. Rien ne sert d’avoir un profond sens du devoir et du bien si nous avons un raisonnement illogique car nous iront dans la mauvaise direction, et de la même manière il est tout aussi improductif de s’ouvrir vers le monde et vers les autres si nous sommes incapables de discerner tout ce qui n’est pas évident. L’un des torts plus ou moins indirect de la société de l’ultra-information est que plus personne ne cherche à réfléchir : tout le monde va sur internet chercher les réponses directement – et encore, parfois ce ne sont que de mauvaises réponses. Le même reproche avait été fait par les enseignants lorsque la calculatrice a commencé à se répandre dans les lieux scolaires, faisant disparaître le calcul mental dans les esprits des élèves, et le manque de cette faculté commence progressivement à se voir non seulement dans les jeunes générations mais aussi dans les milieux professionnels.


Notre cerveau est comme un muscle : si on ne le stimule pas, il ne se développe pas si je puis dire. Or, d’après les nombreuses études neurologiques sur le sujet, le cortex cérébral de l’Homme est divisé en plusieurs centres à peu près bien identifiés assurant chacun un ou plusieurs rôles précis, ce qui veut dire qu’il ne suffit pas de développer son côté émotionnel pour subitement voir sa capacité de réflexion croître de la même manière. On peut donc dire que notre cerveau n’est pas comme un unique muscle mais comme un ensemble de nombreux muscles, et ceux qui fréquentent les salles de « remise en forme » savent qu’il est important d’entretenir tous ses muscles à la fois. La même méthodologie doit être appliquée à notre mental, et cela passe par l’entretien de notre Raison, qui dans ma vision de ma Voie représente notre capacité à raisonner. Mais avant d’aller plus loin, précisons que je parle ici uniquement de la capacité d’utiliser nos connaissances et notre expérience personnelle pour trouver des idées, des solutions et des déductions. La capacité d’assimilation et de mémorisation d’informations est un procédé de bien peu d’intérêt ici et qui concerne plutôt la qualité de Culture,  aussi ne m’attarderai-je pas dessus.


De la même manière que la culture peut être segmentée en plusieurs domaines de connaissance (histoire, littérature, science, etc.) la raison telle que je la conçois est divisée en plusieurs disciplines ayant chacune leur mode de raisonnement propre, ce dernier étant plus ou moins adapté pour une situation donnée et pour l’objectif que l’on souhaite atteindre. Parmi ces types de raisonnement, on peut distinguer par exemple le raisonnement scientifique du raisonnement philosophique, ou le raisonnement politique du raisonnement économique, ou encore le raisonnement religieux du raisonnement militaire. Mais cela ne concerne pas seulement l’éducation, la profession ou les convictions idéologiques : on distingue également le raisonnement optimiste du raisonnement pessimiste, le raisonnement anticipatif du raisonnement mémoriel, ou encore le raisonnement constructif du raisonnement destructif. Selon ce que nous sommes habitués à penser, nous empruntons l’un ou l’autre de ces « moteurs de recherche », si je puis dire, pour surfer sur la toile de nos propres connaissances et expériences.


J’en profite pour me concentrer un bref instant sur deux catégories particulières qui sont le raisonnement de l’action et le raisonnement de l’inaction, deux modes de pensée qui sont très bien expliqués par un proverbe arabe disant que « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen ; qui ne veut rien faire trouve une excuse ». Lorsque l’on associe cette vision à celle de Benjamin Franklin lorsqu’il disait que « Ceux qui sont habiles à trouver des excuses ne le sont pour rien d’autre », on comprend déjà un peu mieux comment fonctionne notre société actuelle et comment se sont créé beaucoup de ses problèmes majeurs. La méfiance, la paresse et la désespérance sont trois fléaux du raisonnement car ils nous amènent à ne jamais chercher à résoudre les problèmes auxquels nous faisons face, provoquant un immobilisme qui favorise par la suite la croissance des problèmes existants et l’émergence de nouveaux problèmes annexes. Et comme disait Albert Einstein, « aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré ». Nous devons donc trouver les moyens de transformer la tendance passive des esprits actuels pour entrer dans une époque d’intense réflexion afin d’améliorer notre qualité de vie, ne serait-ce que d’un point de vue mental.


Il n’existe néanmoins selon moi aucun type de raisonnement parfait, car aucun mode de pensé pris individuellement et de façon systématique ne peut permettre de résoudre toutes les situations et problèmes que la vie nous présente. Au lieu de cela, je pense qu’il faut utiliser plusieurs raisonnements différents l’un après l’autre pour, comme le disait le personnage de Robin Williams dans le Cercle des Poètes Disparus, « changer de point de vue ». Pour simplifier, on peut dire qu’un raisonnement donné permet d’analyser une situation en la regardant depuis un certain angle, mais il est impossible de la voir entièrement sans changer de point de vue, donc de raisonnement. L’ouvrage Six chapeaux pour penser, de Edward de Bono, est probablement un très bon début pour se constituer un petit arsenal de raisonnements différents bien aiguisés pour mieux analyser chaque situation et, bien que cet ouvrage soit avant tout adressé au milieu de l’entreprise dans le cadre de réunions professionnelles, il s’ouvre également à l’amélioration de la réflexion personnelle.


Dans ce livre, l’auteur explique que pour éviter la censure trop rapide d’idées nouvelles dans un groupe de personnes, il faut forcer ces mêmes personnes à considérer l’idée plusieurs fois en endossant à chaque fois un chapeau de couleur différente représentant un mode de pensée bien précis :

  • Chapeau blanc, la neutralité : le penseur énonce des faits purement et simplement pour alimenter le groupe en chiffre et en information. C’est l’image de la froideur, le goût de la simplicité, le minimalisme.

  • Chapeau rouge, la critique émotionnelle : le penseur rapporte ses informations teintées d’émotions, de sentiments, d’intuitions et de pressentiments et n’a pas à se justifier auprès des autres chapeaux. C’est le feu, la passion, l’intuition.

  • Chapeau noir, la critique négative : le penseur fait des objections en soulignant les dangers et risques qui attendent la concrétisation de l’idée. C’est la prudence, le jugement négatif, le pessimisme.

  • Chapeau jaune, la critique positive : le penseur admet ses rêves et ses idées les plus folles et émet des commentaires constructifs en tentant de mettre en action les idées suggérées par les autres membres du groupe. C’est le soleil, l’enthousiasme, l’optimisme.

  • Chapeau bleu, le meneur de jeu : le penseur provoque, recherche des solutions de rechange, s’inspire de la pensée latérale sort des sentiers battus et propose des idées neuves. C’est la fertilité, l’originalité, l’imagination.

Il est absolument nécessaire de tous les essayer avant de prendre une décision finale, pas forcément dans l’ordre ci-dessus bien que dans le cas d’une réflexion individuelle je ne vois pas comment débuter la réflexion sans utiliser d’abord la neutralité pour énumérer les données à notre disposition. Personnellement, je pense que nous passons tous inconsciemment par tous ces modes de pensée lorsque nous réfléchissons à un problème ou à une idée, mais que pareil à une réunion d’entreprise où certains crient plus forts ou avec plus de conviction que les autres, nous avons tous des raisonnements qui sont plus développés que d’autres et que nous écoutons donc plus facilement. J’ai beaucoup progressé dans mes relations avec les gens à partir du moment où j’ai commencé à m’efforcer de réfléchir de manière optimiste, ne serait-ce que quelques instants. C’est d’ailleurs suite à l’épanouissement de ce mode de raisonnement que j’en suis arrivé à débuter l’écriture de ces articles sur ma Voie spirituelle.


Nous avons trop tendance à nous laisser emporter par nos émotions, dont la violence nous force à réagir trop vite sans consulter les autres voix dans nos têtes avant de se forger un avis sur telle ou telle question, et la citation que j’ai placée en début d’article l’illustre très bien. De la même façon, la critique négative peut très facilement s’autoalimenter pour nous entraîner dans une spirale de pessimisme, et on fini par ne voir les choses que sous leur plus mauvais aspect en oubliant le reste. Ayant un peu voyagé à l’étranger et consulté de nombreux articles de la presse internationale, je peux témoigner que le peuple français auquel j’appartiens et je m’identifie est considéré comme un peuple extrêmement râleur, jamais content et qui a beaucoup du mal à se retenir de critiquer les autres. Bien entendu, c’est une image qui n’est probablement due qu’à une minorité, mais une minorité suffisamment nombreuse ou suffisamment active pour entretenir cette bien triste réputation. On peut d’ailleurs ici faire aisément le lien avec le phénomène d’emprunt de la crédibilité que je décris dans mon article sur l’Honneur.


Pour finir avec cet article sur la Raison, je souhaiterais parler d’un phénomène de pensée que j’ai rencontré chez beaucoup de personnes lors de récentes discussions sur des sujets faisant appel directement aux qualités de ma Voie : celui du rappel du passé. Je ne dénie pas le fait qu’il faut savoir s’appuyer sur l’Histoire, ou plus communément sur le passé pour éviter de répéter certaines erreurs ou pour comprendre comment telle culture s’est formée, comment tel ou tel mode de fonctionnement a été mis en place, et d’où nous viennent les valeurs dont nous avons héritées. Mais trop souvent je vois des gens invoquer le passé pour dire que, « ça a toujours été comme ça et ça continuera d’être comme ça pendant encore longtemps ». En gros, cela revient à dire que si une chose doit être changée, les gens préfèreraient que ça se fasse lorsqu’ils ne seront plus là, mais si ce mode de pensée se perpétue de génération en génération, on ne risque pas de faire changer les choses un jour. Et puis comme le disait si bien l’auteur américain Tom Peters,  « Le plus grand danger aux époques de turbulence, ce n’est pas la turbulence en soi, c’est de réagir avec les logiques d’hier ». Reste à déterminer à partir de quel niveau de secousse les gens considèrent que nous sommes dans une époque de turbulence…

 

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 18:10

LA JUSTICE

 

 

« Le bonheur est le résultat de l’action juste »

André Compté-Sponville

 

 

Nous attaquons là une des qualité plus délicates de ma Voie, et probablement celle qui est la plus compliquée à acquérir malgré qu’elle soit assez simple à comprendre dans son ensemble. Ayant déjà quelque peu abordé le sujet dans mon article sur le Courage, nous avons déjà une petite idée de ma notion globale de justice : savoir discerner ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Bien que, dans notre monde actuel, elle ne puisse probablement être suivie que de manière partielle, je ne pense pas qu’il me soit possible d’atteindre l’idéal de ma Voie sans une compréhension parfaite de la justice et une application la plus large possible. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que cette qualité sert de lien entre le Courage et la Droiture dans mon cercle du Soi, car la justice se doit d’être impartiale mais surtout constante, sans quoi elle devient circonstancielle et perd définitivement toute vertu.


Entendons-nous bien, je parle ici uniquement de justice dans son aspect idéologique, c'est-à-dire dans la phase d’analyse des faits se rapportant à un problème ou à une situation donnée. L’action de défendre ce que l’on pense être juste suite à cette première phase relève du Courage qui a absolument besoin du discernement de notre justice intérieure pour ne pas dériver dans une oppression malsaine. On insiste trop de nos jours sur l’action punitive ou menaçante de la justice en raison du pouvoir presque fascinant qu’elle renferme, mais on a tendance à oublier que cette justice est avant tout un concept : celui de ce qui est juste. Nous devons d’abord savoir dans nos cœurs et dans nos esprits ce qu’il est bon de faire et ce qu’il est bon de ne pas faire avant de condamner qui que ce soit. Pour ceux qui auraient du mal à trouver leur propre mesure de la justice en eux-mêmes, je ne peux que conseiller de réfléchir sur cette parole de Gandhi : « A chaque fois que vous êtes dans le doute, faites le test suivant : souvenez-vous de la personne la plus pauvre et la plus faible que vous ayez rencontrée dans votre vie et demandez-vous si ce que vous vous apprêtez à faire lui sera d’une quelconque utilité ». Le sentiment de justice doit cependant nous être inculqué à travers une certaine éducation, et tout comme la qualité de l’Education que je traiterai dans un prochain article, cela doit se faire en trois temps bien distincts : savoir être jugé, savoir se juger soi-même, et savoir juger les autres.


Personne ne peut comprendre la nécessité de la justice s’il n’en a ni bénéficié ni exprimé le profond besoin à un moment de sa vie, et dans les deux cas cela signifie avoir été jugé. Il s’agit donc de la première étape dans l’apprentissage de cette qualité, et bien qu’elle fasse énormément appel à l’Ecoute que je décrirai également plus tard, elle possède assez de particularité pour que je m’y attarde un peu ici. En effet, contrairement au simple fait d’écouter les idées des autres, écouter leurs jugement est beaucoup plus difficile car cela nécessite d’accepter la possibilité qu’ils nous rabaissent, dont qu’ils rabaissent notre égo. Or, un jugement peut porter sur absolument tout et c’est ce qui rend notre égo si vulnérable, car il n’a nulle part où se réfugier s’il vient à se présenter devant la justice des autres. Même le meilleur des hommes ne saurait être parfait, et il aura toujours quelque chose que l’on pourra lui reprocher. C’est cependant par la considération calme et sincère des avis et jugements de nos semblables que nous pouvons savoir si nous agissons justement ou non lorsque nous ignorons ce qu’est la justice. Toute la difficulté est de ne pas être influencé par de mauvaises pensées durant cette première phase d’apprentissage, car beaucoup de personnes prétendent ou croient exercer la justice vraie alors que leurs esprits raisonnent de telle façon qu’ils ne voient pas ce qui est juste, et comme le disais le Duc de Lévis, « Ne comptez pas sur la justice de ceux dont l’esprit manque de justesse ».


C’est par cette difficulté non négligeable que la qualité de Justice rejoint à nouveau celle de l’Education, car elle nécessite la présence d’individus la possédant déjà pour nous l’enseigner. Il existe de rare cas où une personne peut développer ces deux qualités par elle-même si elle a suffisamment de volonté, mais cela demande aussi très souvent d’avoir beaucoup souffert comme le montre cette belle phrase de l’auteur et journaliste Louis Veuillot, « Il y a des choses qu’on ne voit comme il faut qu’avec des yeux ayant pleuré ». La vie est notre éducatrice la plus sévère qui puisse exister, mais je m’étendrai plus en détail sur cette notion dans mon article sur l’Education.


Venons-en maintenant à la capacité de se juger soi-même qui est, selon moi, indispensable pour espérer être traité avec justesse car, comme le disait très bien le dramaturge grec Ménandre, « Tu veux qu’on te rende justice : sois juste ». Pour en parler, prenons un instant l’image classique d’une coure de justice nationale. Dans un tribunal, l’accusé, l’accusateur, le juge et les membres du jury sont tous des individus différents, mais lorsque nous devons estimer la justesse de nos propres intentions dans notre vie de tous les jours, nous sommes toutes ces personnes à la fois. Durant ces jugements internes, savoir reconnaître ce qui est juste demande donc beaucoup d’effort sur soi car il faut mettre de côté toute implication personnelle en se considérant soi-même comme un étranger. Nous devons devenir quelqu’un d’autre, devenir un observateur silencieux à l’intérieur de nous-mêmes pour incarner mentalement notre propre conscience, et ainsi juger de manière impartiale ce que nous faisons chaque jour. Si nous prenons en compte que notre propre existence dans l’équation, notre égo est seul maître à bord et peut donc se permettre tous les débordements que son imagination lui permet. Le dialogue mental entre notre égo et notre conscience, dirigée par la Raison, sert à apprendre ce qu’il est juste de faire en toute circonstance, tandis que la Droiture nous permet de cristalliser cet apprentissage en l’appliquant continuellement. Ainsi nous nous rapprochons peu à peu de la vision qu’avait Confucius lorsqu’il disait que « L’homme supérieur fait de l’équité et de la justice la base de toutes ses actions ».


J’en viens enfin à la capacité de juger les autres qui, bien qu’elle soit indispensable à la vie en société, doit être modérée en fonction de notre capacité à nous juger nous-mêmes, car les jugements de ceux qui ne savent reconnaître leurs propres erreurs ont en effet bien moins de valeur que les jugements de ceux qui s’efforcent d’être eux-mêmes justes dans leur propre conduite. Nos paroles ont d’ailleurs plus de poids lorsque les gens savent que nous appliquons rigoureusement les principes que nous défendons, mais je parlerai plus longuement de ce phénomène de l’exemplarité dans mon article sur la Droiture. Juger les autres est loin d’être chose facile car, même si cette fois-ci le juge et l’accusé sont bien deux personnes distinctes, cela ne nous donne pas pour autant le droit, les capacités et encore moins l’autorité pour diriger un quelconque petit tribunal privé à l’improviste. Ce genre de chose ne doit pas se faire à la légère, et je pense que nous pouvons trouver un premier élément de mesure pour ce genre de jugement dans les paroles de Confucius lorsqu’il dit « Sois exigeant envers toi-même et indulgent envers les autres ». Selon moi, nous devons vivre en exerçant une indulgence face aux autres au moins égale à notre exigence face à nous-mêmes, ce qui présente deux avantages principaux : d’abord nous ne concentrons nos efforts que dans la correction d’injustices suffisamment importantes pour dépasser notre niveau d’indulgence, ce qui économise notre énergie mentale et facilité la Sérénité, et ensuite nous faisons déjà un grand pas vers la Compréhension que je traiterai plus tard et qui représente une étape importante pour le respect de l’exemplarité que je défends.


Mais n’oublions pas que tout sentiment de justice doit, au final, pouvoir aboutir sur une action au travers du Courage. Par expérience personnelle, je peux vous affirmer que le fait de savoir que l’on a agit de façon juste apporte une immense satisfaction personnelle. Cela ajoute également à l’honneur des communautés auxquelles les gens nous identifient, du moins lorsque la justesse de notre action est reconnue comme telle. Cette reconnaissance est toutefois bien optionnelle si notre sentiment de justice est profond et sincère, car de doute façon comme l’expliquait parfaitement Confucius, « l’homme supérieur ne s’afflige pas d’être ignoré et méconnu des hommes ». Il ne s’agit pas là d’un mépris, mais d’une certaine compréhension des méfiances et de l’indifférence générale que peuvent exprimer bien des gens face à la justesse de certaines actions ou de certains propos. L’important est de pouvoir se dire que, malgré tout ce que peut dire votre entourage et tous les risques que cela peut comporter, si vous étiez replacés dans la même situation vous referiez le même choix sans hésiter.  


L’architecte américain Franck Lloyd Wright disait que « La simplicité, c’est l’harmonie parfaite entre le beau, l’utile et le juste… ». Je trouve que cette phrase s’applique aussi bien au comportement d’un individu qu’à un édifice, car notre comportement construit notre personnalité ainsi que nos relations avec les gens et tout ce qui en découle. Mais personnellement, et en accord avec ce que disait l’écrivain japonais Inazo Nitobe dans son magnifique ouvrage Bushido, l’âme du Japon, je préfère remplacer le terme de « simplicité » par celui de « grâce ».

 

 

Prochain article : LA RAISON

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 22:44

LE COURAGE

 

« Comprendre ce qui est juste et ne pas l’accomplir, c’est faire preuve d’un manque de Courage »

Confucius

 

 

L’espoir seul ne suffit pas toujours à décider d’agir, car les espoirs les plus grands nécessitent souvent des actions difficiles, risquées ou dangereuses dans leur réalisation même la plus partielle. Dans ce genre de situation, il est donc facile de succomber à la peur, que ce soit la peur de la douleur physique, de la souffrance mentale ou la peur de la mort, pour soi-même comme pour quelqu’un d’autre.

 

Mais avant d’aller plus loin, il est important de nous arrêter un instant sur le sentiment de peur afin de ne pas le voir comme un mal ou une faiblesse absolue, car il n’est mauvais qu’à partir du moment où il nous est imposé par des situations illogiques ou injustes. Nous ne mettons pas notre main sur une flamme par peur de nous brûler, mais devons-nous laisser quelqu’un mettre le feu à une forêt par peur qu’il ne s’en prenne à nous ? La peur de la douleur physique ou de la douleur mentale nous empêche de faire des choses dangereuses pour nous-mêmes, tandis que la peur d’être puni par la justice des hommes ou d’un pouvoir supérieur, dans cette vie ou dans un autre, nous empêche de nuire aux personnes qui nous entourent. Mais la peur d’être puni pour ses mauvaises actions lorsque l’on ne croit pas à une quelconque justice divine ne peut exister qu’à partir du moment où des gens sont prêts à défendre ce qui est juste en dépit des risques, faisant alors preuve de Courage.

 

C’est là qu’intervient inévitablement la valeur de la Justice que je développerai une autre fois. En effet, prendre des risques pour une action injuste ou stupide revient à de la témérité destructive, que ce soit pour nous-mêmes ou pour les autres, et elles n’ont que très rarement une conclusion heureuse pour tout le monde. Le Courage ne devient donc une vertu qu’à partir du moment où il permet d’accomplir ce qui est juste quels que soient les risques. C’est dans cette seule mesure que le courage devient le prolongement naturel de l’espoir. Le sentiment de Justice sert donc à tempérer le courage en lui indiquant si les moyens qu’il met en œuvre pour réaliser nos espoirs sont bons ou mauvais. On ne peut être courageux que lorsque nous faisons face à une situation injuste et que, en ayant conscience de son injustice et des risques associés, nous agissons. Car il n’y a pas de courage sans action, comme l’explique l’écrivain Paul Hawken lorsqu’il dit que « Vous pouvez blâmer les gens qui se cognent dans l’obscurité ou vous pouvez allumer des bougies. La seule erreur est d’avoir conscience d’un problème en choisissant de ne pas agir ».  

 

Toutefois, le vice que j’oppose au Courage dans mon cercle du Soi n’est pas l’inaction, car l’inaction face à l’injustice est parfois la seule solution pour éviter d’empirer les choses et peut être due à un manque d’espoir ou d’imagination quant à la manière de résoudre un problème. C’est pourquoi je préfère placer là l’oppression, qui me semble présenter une variante viciée et même corrompue du Courage, car elle consiste à prendre des risques non pas pour les autres mais uniquement pour soi-même. Elle apparaît lorsque l’énergie de volonté rassemblée pour agir est utilisée uniquement pour satisfaire notre ambition, née de l’Orgueil personnel, au lieu de défendre l’Honneur collectif. L’oppression peut exister à tous les niveaux de notre échelle sociale, et pas seulement dans le cadre d’un régime politique, car chaque individu possède en lui le pouvoir d’opprimer ses semblables du moment qu’il y voit un besoin de satisfaire ses besoins matériels ou de rassurer son égo en créant plus malheureux que soi-même. L’oppression peut avoir de nombreux objectifs, qu’ils soient issus de l’ambition personnelle ou du désir de se sentir mieux, et de ce fait elle peut prendre de très nombreuses formes allant de la plus évidente à la plus subtile. L’oppression intellectuelle en est probablement la forme la moins facile à repérer lorsqu’elle est accomplie avec stratégie et psychologie, et les spécialistes en publicités ou en communication y sont particulièrement familiers. Mais je ne dévierai pas plus loin dans le fonctionnement de notre société et je reviens si vous le voulez bien au niveau d’un seul individu. L’oppression d’un homme sur un autre porte directement atteinte à la liberté, ne serait-ce que la liberté d’expression ou même de pensée, un sujet très bien connu de Nelson Mandela qui a d’ailleurs dit « je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité ».

 

Concernant le sentiment de peur qui peut freiner le courage, l’une des peurs les plus fortes à notre époque moderne de relative paix semble être, de mon point de vue, la peur de la perte. Cette perte peut être matérielle, sociale (au travers de statuts particuliers) ou émotionnelle, mais à part pour cette dernière, ces pertes ne nous font peur qu’en raison d’un besoin personnel et non collectif. Or, plus on possède de biens matériels ou sociaux, plus on a peur de les perdre un jour. Dante disait cependant que « qui n’est pas capable d’être pauvre n’est pas capable d’être libre », et cela est toujours d’actualité aujourd’hui puisque, dans le même registre mais de manière plus extrême, Marthin Luther King disait « Tant qu’un homme n’a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n’est pas à même de vivre ». Le courage tient donc dans ce que nous sommes prêts à accepter de subir pour atteindre nos rêves ou pour que nos semblables puissent les atteindre un jour. La souffrance, quelle qu’en soit la nature, est parfois un risque à courir mais parfois également un passage obligé sur notre chemin, et le courage consiste alors à s’y lancer sans attendre qu’un autre le fasse pour nous. Et enfin, le courage peut également être de se relever après un revers du destin pour essayer à nouveau même si on risque de subir à nouveau le même revers et bien plus car, si on y réfléchie bien, l’échec n’existe pas à partir du moment où l’on chute, mais à partir du moment où l’on reste par terre.

 

Le philosophe romain Sénèque disait déjà, il y a deux millénaires de cela, que « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». De ce fait, on peut dire qu’oser c’est déjà réussir à moitié. Mais nous ne devons pas oser parce que d’autres nous disent qu’il est nécessaire d’agir, nous devons oser parce que nous sommes nous-mêmes convaincu de la nécessité d’agir. C’est pour cette raison que le courage a besoin d’espoir pour exister, car l’espoir nous permet de visualiser l’avenir réalisable au travers de l’action, cette vision nous donnant alors la volonté de dépasser nos limites en visant plus loin que ce que nous croyons être possible. Et je terminerais cet article sur une citation de Charles de Gaulle qui, en homme cultivé et militaire à la vision large, disait très justement que « les grands pays le sont pour l’avoir voulu ».

 

 

Prochain article : LA JUSTICE

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 22:39

L’ESPOIR

 

« Tout ce qui est fait de grand dans le monde est fondé sur l’Espoir »

Marthin Luther King

 

 

Comme vous l’aurez peut-être remarqué, toutes les vertus périphériques de mon cercle de l’éthique (présenté dans le texte d’introduction de ma Voie) nécessitent une ouverture de soi-même vers les autres, tandis que les vices du cercle de l’Orgueil nous enferment progressivement dans une solitude mentale où notre orgueil se suffit à lui-même, protégé du reste du monde par une armure de mépris. Dans le processus d’ouverture vers les autres, selon moi l’espoir est la première force qui doit être exprimée, car c’est de l’espoir que peut naître l’action. Tout ce que nous faisons dans nos relations avec les autres est basé sur un ou plusieurs espoirs portant sur des buts à courts, moyens ou longs termes. A travers ces espoirs, nous nous attribuons donc des objectifs qui nous motivent pour aller de l’avant. Il s’agit donc là de la force qui est à l’origine du Courage et de tout ce que ce dernier nous permet d’accomplir, que ce soit avec ou pour les autres personnes qui nous entourent.

 

L’espoir est en quelque sorte le reflet de notre futur idéalisé par le sentiment d’Honneur, car c’est avant tout une projection dans l’avenir, ou du moins dans un possible avenir où ce que nous souhaitons pour ceux dont nous nous sentons proche serait réalisé. Mais de ce fait, et comme l’enseigne très bien le bouddhisme à travers les deux premières des quatre nobles vérités, Dukkha et Samudaya, un espoir ne pourra presque jamais être parfaitement réalisé et nous devons en être parfaitement conscient afin de réduire la déception qui découlera inévitablement du résultat final. Cela ne signifie pas que nous devons toujours revoir à la baisse nos espérances simplement par peur de la déception, car cela reviendrait à réduire notre Courage et donc à obtenir un résultat encore inférieur, aboutissant tout de même à la déception. Comme le disait si bien le poète américain James R. Lowell, « Ce qui est criminel ce n’est pas d’échouer, c’est de viser trop bas ». C’est la peur de cette souffrance qui contribue à enfermer tant de personnes dans un immobilisme improductif qui est même source de gaspillage en ce qui concerne le potentiel des personnes affectées. L’espoir est indispensable à tout progrès social, et un projet sans espoir est un projet dans lequel on ne croit pas, donc un projet déjà à moitié mort. Nous devons par conséquent entretenir l’espoir dans nos actions au quotidien tout en sachant qu’une part plus ou moins grande de déception nous attend à l’arrivée. Notre capacité à accepter cette déception fera l’objet d’un futur article sur la Sérénité.

 

Mais de la même façon que pour l’Honneur et l’Orgueil, il existe une version pervertie de l’Espoir que je désigne sous le terme d’ambition. La différence est toujours de la même nature : l’Espoir possède une dimension vertueuse en visant des objectifs collectifs qui bénéficient également et même parfois uniquement à d’autres personnes sans en gêner d’autres, tandis que l’ambition est toujours purement personnelle et cause très souvent du tort à quelqu’un. Les objectifs que nous nous fixons peuvent ainsi être néfastes pour un individu ou une communauté, parfois physiquement, parfois virtuellement au travers d’aspects financiers ou administratifs, et parfois spirituellement au travers d’atteinte au sentiment d’Honneur. L’ambition constitue donc une forme viciée de l’espoir qui, au lieu d’être tournée vers les autres, est dirigée uniquement vers nous-mêmes, donc vers notre orgueil, ce qui est contraire à l’éthique de ma Voie. Il est nécessaire de penser à soi pour assurer sa propre survie, mais se laisser guider par ses ambitions revient à considérer les autres comme des obstacles ou des ennemis, entretenant ainsi la méfiance et la haine pour finalement devenir moins qu’un être humain. Lorsque Goethe disait que « Celui qui ne fait rien pour les autres ne fait rien pour lui-même », je pense qu’il parlait principalement ou très majoritairement de l’impact des actions de l’individu sur sa dimension spirituelle, et non sur l’aspect purement matériel ou émotionnelle de ses ambitions.

 

D’autre part, sans constante connaissance des désastres que peut avoir notre ambition personnelle sur la réputation de nos semblables, nous nous laisserions guider par des instincts presque bestiaux dont la plupart empièteraient sans vergogne sur les libertés individuelles et salirait l’Honneur collectif d’innombrables individus. Sur ce point-ci, ma pensée rejoint en partie celle d’un courant de penseurs désigné comme les conséquentialistes, qui insistaient sur l’importance de l’étude préalable des conséquences possibles de nos actions  avant d’agir. Bien que cette éthique téléologique soit critiquée sur plusieurs points, en particularité sur le fait qu’elle permettrait d’expliquer même les actes les plus atroces imaginables par l’esprit humain en jouant sur le point de vue, j’estime que la capacité d’anticiper les conséquences de nos actions est un outil indispensable à l’éthique de la vertu qui est à la base de ma Voie. En effet, on peut très bien nourrir des espoirs qui nous paraissent à première vue magnifiques et parfaitement humanistes tant que nous n’en avons pas étudié toutes les conséquences possibles. L’espoir doit donc être doublé d’une solide capacité de raisonnement logique pour étudier ces conséquences ainsi que d’une certaine notion de ce qui est juste ou non. Ces deux aptitudes seront traitées respectivement dans les articles sur la Raison et sur la Justice.

 

Une fois qu’un espoir naît en nous, il doit être protégé et nourri en permanence pour pouvoir grandir avant de se réaliser. En effet, il n’y a probablement rien de plus fragile qu’un espoir naissant, surtout dans notre monde actuel où nous pouvons si facilement trouver des justifications, des excuses ou des arguments pour absolument tout ce qui pourrait s’opposer à n’importe quel projet. Très peu de concepts ne possèdent aucun contradicteur, toute vision peut être contesté par un point de vue différent, et toute nouvelle idée doit subir l’épreuve du feu d’une l’opposition plus ou moins argumentée de la part de nos semblables. Au début de sa vie, un espoir n’est rien d’autre qu’une idée et/ou une vision d’un possible futur, ce qui correspond respectivement au moyen et/ou à la finalité idéale vers laquelle nous souhaitons aller. Ces deux aspects peuvent donc aisément être attaqués de manière plus ou moins violente selon la raison de l’attaque, toutefois c’est là le moment le plus important de la naissance de l’espoir : la confrontation avec les autres.

 

Car tout comme beaucoup de qualités qui font partie de ma Voie, l’Espoir a besoin du contact des autres pour exister, pour s’épanouir et se réaliser, faute de quoi il doit continuellement être alimenté en volonté par notre sens de l’Honneur. C’est en allant vers les autres et en joignant nos espoirs aux leurs que nous pouvons être réconfortés dans la justice de nos actions ainsi que dans la potentialité de leur succès. Toutefois bien entendu, il ne faut pas éviter le contact de ceux qui ne partagent pas vos espérances car sinon cela revient à se mettre des œillères de façon à ne voir que l’objectif que nous nous sommes fixé, seule lumière dans un paysage dont nous avons retiré tout le reste, et qui nous semble alors briller d’une absolue perfection. Certains disent en plaisantant que pour faire un bon intellectuel médiatique il ne faut lire qu’exclusivement des auteurs partageant vos idées, mais nous faisons tous cela à différentes échelles. Je pense au contraire qu’il serait très enrichissant pour chacun d’étudier de manière objective et réaliste certains textes parmi les plus controversés comme Mein Kampf, Les protocoles des Sages de Sion (en prenant bien en compte pour celui-ci qu’il s’agit d’un faux) ou Les Damnés de la Terre, pour avoir une meilleure vision d’ensemble de notre monde et de notre histoire. La discutions argumentée avec des pensées opposées et constructive est nécessaire pour mieux voir toutes les facettes de nos espoirs, et ceci sera l’objet d’un futur article sur l’Ecoute.

 

En définitive pour cet article, et pour ouvrir sur celui du Courage, je dirais que l’Espoir véritablement vertueux tel que je le conçois et tel que je l’oppose à l’ambition se doit d’être profondément inspiré par un sentiment d’honneur tout en étant tempéré par un sens de la justice. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut se définir un but qui soit bénéfique pour les autres et que l’on sait juste, donc rassembleur. Et puis, comme l’a si bien dit Albert Einstein, « Il est grand temps de remplacer l’idéal du succès par celui du service ».

 

 

Prochain article : LE COURAGE 

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