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Qui suis-je ?

Hughel 2
 

Nom : Comeau-Montasse

 

Prénom : Thibault

 

Âge: 30 ans

 

Job: préparateur documentaire à la centrale nucléaire du Tricastin (prestataire pour EDF)

 

Localisation: Saint-Paul Trois Châteaux, Drôme, Rhône-Alpes, France, Planète Terre, réalité n°246820 de la simulation créatrice

 

Passions: musique, jeux vidéos, jeux de rôle, lecture et, bien sûr, écriture

 

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LIEN VERS MON NOUVEAU BLOG

Citation du jour

  « On ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires,

  et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être. »

 (Charles de Gaulle)

Ma Muse personnelle

 

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 00:00

SPOIL ALERT

Le texte qui suit contient de nombreuses révélations à propos du film The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan, et fait appelle également aux deux films qui le précèdent dans la trilogie. Si vous n’avez pas vu un ou plusieurs de ces films, il est fortement conseillé de le faire avant de lire cet article.

 

 

Je m’écarte un instant des articles publiés jusqu’ici pour présenter une analyse quelque peu dérangeante, non pas à cause de sa complexité, mais du message qu’elle véhicule. Depuis que je me suis « éveillé », comme je le dis assez souvent autour de moi, je jette un nouveau regard sur beaucoup de choses et en particulier les œuvres de cinéma. Car au-delà de l’objectif financier pour faire marcher l’industrie du septième art, certains réalisateurs et scénaristes cherchent à en profiter pour faire passer des messages aux spectateurs ou en tout cas à faire réfléchir ces derniers sur des sujets plus ou moins précis. J’ai énormément été touché en revoyant Seven, de David Fincher, dans lequel je vois nettement une critique de la normalité : dans notre société actuelle, un péché ne serait plus un péché à partir du moment où tout le monde l’accomplit ou le tolère.  Dans Braveheart j’ai vu un avertissement à tous ceux qui souhaitent guider les gens de par leur seul charisme, même pour une juste cause, car s’ils sont suffisamment influents alors les personnes du pouvoir établi chercheront d’abord à se le mettre dans la poche et, s’ils n’y arrivent pas, ils le détruiront purement et simplement pour conserver leur propre pouvoir. Peut-être avons-nous eu un exemple en France avec notre très regretté Michel Colucci, mais je ne souhaite pas lancer de polémique à ce sujet. Cette introduction était nécessaire pour entrer dans le vif de mon exposé, et qui concerne le dernier film de Christopher Nolan, The Dark Knight Rises, ainsi que les deux autres films de la trilogie qu’il conclue. Avant de continuer, je précise que l’analyse qui va suivre est personnelle et n’engage que moi, mais je vous encourage vivement à vous faire votre propre opinion et à échanger sur ce sujet pour mieux en visualiser toute la portée.


Je pense qu’il faut être vraiment étroit d’esprit ou très superficiel pour ne pas voir que cette trilogie n’est pas uniquement une trilogie sur le héros de Batman, ni même une trilogie de simples films d’action ou de fantastique. Il y a quelque chose de plus profond que ça derrière ces images, quelque chose de palpable et de vivant. Vivant car nous sommes peut-être déjà en train de le vivre aujourd’hui, et je ne parle pas de la tuerie d’Aurora (Colorado) pour ceux qui réfléchiraient plus vite que leurs neurones, même s’il s’agit d’un acte aussi abominable qu’incompréhensible selon mon propre point de vue. Le véritable lien se situe par rapport à un mouvement nommé Occupy Wall Street, apparut en septembre 2011, et qui consiste en des manifestations de protestation le plus près possible des structures financières telles que les bourses ou les banques, mais cela dévie parfois vers les comités d’entreprise et même les universités. Selon leur point de vue, les spectateurs américains disent que Nolan soutient ou au contraire condamne les actions d’Occupy Wall Street au travers de son film, mais si l’on prend en compte le fait qu’il a écrit le scénario en 2008 on peut voir qu’il s’agit plutôt d’une coïncidence ou d’une anticipation incroyablement lucide. Personnellement je n’avais encore jamais entendu parler de ce mouvement avant de lire des critiques de des spectateurs sur The Dark Knight Rises, cependant c’est la découverte de cette réalité qui m’a fait comprendre toute l’urgence de notre situation. Mais laissons de côté ce mouvement contestataire et revenons plus en détail au film lui-même, ou plutôt à la trilogie car elle présente un schéma d’évolution de situation sociale (celle de la ville fictive de Gotham City) qu’il vaut mieux présenter ici dans l’ordre chronologique pour éviter toute confusion.

 

 

 



 

BATMAN BEGINS (2005) : LA NAISSANCE

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“I seek… the means to fight injustice. To turn fear… against those who prey on the fearful.”

(Bruce Wayne)

 

Le premier film, Batman Begins, débute avec une société en apparence semblable à la nôtre, mais en mettant l’accent sur les aspects sombres et malsains de notre civilisation : le crime, la pauvreté, le désespoir et la corruption pour n’en citer que quelques-uns. Il n’y a en apparence rien qui différencie Gotham City de n’importe quelle ville de taille similaire, le rapprochement le plus simple étant la ville de New York qui a d’ailleurs servi en grande partie pour le tournage du troisième film. L’environnement dans lequel se trouve le héros Bruce Wayne, avant qu’il ne disparaisse pour étudier les criminels, est sans aucun doute celui qui dans toute la trilogie se rapproche le plus du monde réel que nous connaissons. On peut donc imaginer ici que, jusqu’au moment où le héros découvre la Ligue des Ombres (et que nous la découvrons par la même occasion), nous sommes dans une représentation plus ou moins fidèle de notre réalité. Il s’agit d’une situation « normale ». Triste, noire, mais normale.


Devant cette première vision très sombre du reflet notre propre réalité, la Ligue des Ombres apparaît comme une réponse potentielle pour tenter de rendre ce monde meilleur.  Le cycle de destruction présenté par le personnage de Ra’s Al Ghul sert à purger l’humanité de ses vices en faisant tomber des empires se trouvant au sommet de leur décadence (Constantinople, Rome et Londres sont présentés en exemples). Mais même s’il s’agit d’une solution extrémiste que le héros et le spectateur refuse naturellement (du moins c’est ce que j’espère), nous ne pouvons pas ignorer le fait que ce genre d’organisation puisse exister réellement sous une forme ou sous une autre. Il y a donc là selon moi une sorte d’avertissement lancé à ceux qui participent à la décadence de la société, car cette décadence pourrait appeler un jour à l’apparition ou à la réapparition d’une force purificatrice qui frapperait de manière aussi puissante qu’inattendu. Bien entendu, le personnage de Ra’s Al Ghul et la Ligue des Ombres existait depuis bien longtemps dans les comics de Batman, mais le fait que Christopher Nolan ait choisi cet ennemi bien précis parmi tous ceux qui étaient à sa disposition (les fans pourront attester ici qu’il y en a un sacré paquet) est en soit un fait des plus importants pour montrer le besoin de « réalisme maximum » dans ce film tout en gardant le meilleur pour la suite.


Dans cette version de l’histoire de Batman, Bruce Wayne décide de devenir un super-héros (mais personnellement je préfère largement le terme anglais de vigilente) par réaction à cette vision extrémiste qu’il a vu chez la Ligue des Ombres. Il cherche alors à sauver l’âme même de Gotham City en combattant le crime avec des sentiments nobles et un code de l’honneur exemplaire pour inspirer les citoyens de la ville à devenir meilleurs ou pour les dissuader d’enfreindre la loi. On assiste donc à la naissance d’un défenseur ultime de la justice : fort, incorruptible, intolérant, et doté d’une détermination apparemment sans limite. Dès lors, à part quelques péripéties fâcheuses lorsqu’il doit refaire face à la Ligue des Ombres et à son produit psychotrope, la victoire d’un tel héros dans ce genre de situation devient plus ou moins certaine. En effet, ses ennemis ne sont pas préparés à affronter un tel adversaire car ils croyaient n’avoir qu’à utiliser les faiblesses de la société contre elle-même pour la faire s’effondrer. De ce fait, ils sont totalement dépassés et impuissants à mettre leur plan à exécution.


Lorsque ce premier film se termine, nous nous trouvons dans une situation de paix forcée, où la légende qui entoure le Batman constitue une puissante dissuasion contre le crime. Malheureusement, comme nous le montre le deuxième film, cette paix forcée ne peut être que temporaire et déboucher inévitablement sur une situation bien pire, une situation qui est déclenchée par un phénomène prophétisé inconsciemment par le commissaire Gordon dans la dernière scène de Batman Begins : l’escalade. Il explique dans cette scène que lorsque les forces de l’ordre utilisent des armes semi-automatiques les criminels achètent des armes automatiques, que lorsque les policiers portent du kevlar la mafia se paye des munitions perforantes, mais que par contre ils ne peuvent pas surmonter ou contrer le problème que présente le Batman car il est trop nettement au-dessus d’eux et totalement en-dehors de leurs méthodes d’action habituelles. Selon lui, il est impossible pour la mafia de continuer l’escalade maintenant que Gotham possède son chevalier noir, mais le destin va lui prouver le contraire.


 

 


 

 

THE DARK KNIGHT (2008): L’ESCALADE

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“Those mob fools want you gone so they can go back to the way things were.

But I know the truth: there’s no going back. You changed things… forever.”

(Joker)

 

La situation de départ de Gotham City dans ce second film semble relativement positive. De par son action, Bruce Wayne semble avoir réussi son pari : la mafia se fait beaucoup plus discrète, beaucoup de petits criminels sont terrorisés à l’idée de se retrouver face-à-face avec le Batman, et de nouvelles personnes aux vertus chevaleresque font leur apparition pour protéger la Justice. Il a réussi à encourager de nombreuses personnes à suivre son exemple, à s’inspirer de ses actions pour défendre la justice. Certains le font dans l’ombre, comme les imitateurs de Batman qu’on voit dans la scène du parking où apparaît également le docteur Jonathan Crane (l’Epouvantail du premier film), tandis que d’autres le font au grand jour comme le maire de la ville ou le procureur Harvey Dent.


Le personnage de Dent apparaît suite aux actions du Batman, donc il fait partie en lui-même de l’escalade dans le combat entre les forces de l’ordre et la mafia. Jusque-là, ces deux camps ne représentaient pas forcément le bien d’un côté et le mal de l’autre, mais simplement d’un côté les défenseurs d’un système et de l’autre ceux qui cherchent à le contourner ou à le changer à leur avantage. Je ne dis pas que les notions de bien et de mal sont complètement absentes dans cet affrontement, mais simplement qu’elles ne sont pas aussi clairement séparées qu’à partir du moment où intervient le personnage du Joker. Dès sa première apparition devant les dirigeants de la mafia, alors qu’on pense qu’il n’est qu’un fou, il montre très lucidement le ton du film : « Remontons les pendules d’un an : ces flics et ces avocats n’auraient jamais osé vous contrarier. Alors quoi ? Vous avez perdu vos couilles ? […] Je sais pourquoi vous faites vos petites… thérapies de groupe en plein jour. Je sais pourquoi vous avez peur de sortir la nuit : le Batman. Vous voyez, Batman a montré à Gotham votre vrai visage, malheureusement. Dent, ce n’est que le début. […] Si nous ne réglons pas cela maintenant, bientôt notre petit Gambol ci-présent ne pourra même plus donner un sou à sa grand-mère. » En quelques phrases, il montre que la situation est en train d’échapper au contrôle des mafieux car Batman les a présenté comme de véritables agents du mal, ou du moins de l’injustice, obligeant ainsi les plus courageux habitants de Gotham à combattre le crime pour finalement se présenter comme les défenseurs du bien.


Mais tout comme Bruce Wayne a refusé de voir sa ville tomber dans la corruption, la mafia refuse de voir ses bénéfices diminuer à cause de l’action d’un quelconque justicier masqué. Et tout comme Bruce Wayne a décidé de devenir le Batman pour rétablir une certaine justice à Gotham, les criminels vont se retrouvé dans un tel état de désespoir qu’ils font appel à un individu tout aussi dangereux pour tenter de reprendre le contrôle de la ville. On assiste donc à une radicalisation des deux camps : la pègre qui essayait seulement de tirer son épingle du jeu va devenir de plus en plus violente et donc mauvaise, tandis que les forces défendant l’ordre de la société vont par répercussion devenir de plus en plus idéalistes. Il y a une cassure nette et franche entre les deux partis, ce qui ne peut déboucher que sur la guerre totale, mais pendant un instant on entretient l’espoir que cela puisse être évité. La solution que présente le Joker au départ, à savoir tuer le Batman, constitue à faire redescendre l’escalade d’un cran pour rétablir une sorte d’équilibre des forces et éviter la guerre. Par la suite, le schéma d’attaque du Joker conserve une certaine retenue : il tue, certes, mais de manière ciblée, méthodique et intelligente, comme aurait pu le faire la mafia elle-même si elle en avait eu le courage. Il est important de voir que, durant toute cette première partie du film, nous n’avons pas encore assisté à la véritable escalade.


Ce n’est qu’après son premier affrontement réel contre Batman que le Joker cesse soudain d’être l’outil de la pègre pour suivre son propre but. Durant leur discussion dans la salle d’interrogatoire du commissariat, il explique bien que même si la pègre voudrait se débarrasser du Batman pour retourner au bon vieux temps, les choses ont été changées à jamais et aucun retour en arrière n’est possible. De plus, le Joker n’avait pas réalisé quel était son véritable potentiel chaotique jusqu’à ce qu’il ait besoin d’affronter Batman, et il trouve ce niveau d’affrontement tellement amusant qu’il souhaite le faire durer pour toujours. Il explique un peu plus ce changement d’objectif quelques scènes plus loin « Cette ville mérite une meilleure classe de criminels, et je vais la lui donner. […] J’ai eu une vision d’un monde sans Batman. La pègre faisaient de petits profits et la police essayait de l’arrêter un quartier à la fois. Et c’était tellement… ennuyeux. ». C’est à partir de ce moment que le Joker révèle son plein potentiel et que ses actions deviennent aussi imprévisibles que disproportionnées (cela commence ni plus ni moins que par l’explosion de tout un hôpital). Au lieu de chercher à briser l’escalade en tuant Batman comme il l’avait proposé à la mafia, il décide de continuer l’escalade en devenant l’étape suivante de cette dernière, faisant plonger Gotham dans une nouvelle guerre qui échappe totalement à tout contrôle.


Bien entendu, de par la loi du cinéma, il est impossible qu’un méchant de cette dimension gagne, et c’est pourquoi le Batman parvient à neutraliser le Joker, cependant il ne parvient pas à l’empêcher de réduire en cendre les espoirs d’une société juste sans Batman. En effet, Hervey Dent avait le potentiel pour être le nouveau modèle de droiture de la société, l’exemple parfait d’un chevalier blanc combattant l’injustice à visage découvert sans la moindre peur. En manipulant les émotions de Bruce Wayne durant l’interrogatoire pour l’amener à sauver Dent à la place de sa petite amie Rachel, le Joker fait naître le désespoir dans le cœur du chevalier blanc, un désespoir qu’il utilise ensuite pour le faire chuter d’un extrême vers l’autre et ainsi le transformer en agent du chaos. Il devient alors le personnage torturé de Double-Face en adoptant une logique binaire qu’il justifie devant Batman dans la scène finale avec cette réplique poignante : « Il ne s’agit pas de ce que je veux, il s’agit de ce qui est JUSTE ! Tu avais dit que nous pouvions être des hommes nobles dans une époque ignoble. Mais tu avais tort : le monde est cruel, et la seule morale dans un monde cruel, c’est le hasard. Impartial, équitable, juste ».


Cette chute du chevalier blanc est, selon moi, le symbole que nul homme ne peut espérer combattre l’injustice de notre temps à un tel niveau d’engagement sans avoir à y sacrifier ses amis, sa famille et jusqu’à sa vie. Car la justice obéit à des règles, à un code, à des valeurs morales, tandis que la folie et le chaos ne respectent rien de cela, ce qui fait alors que la puissance et l’horreur de leurs actions n’ont aucune limite. C’est la preuve, dans le cadre de l’histoire du film, que le crime et l’injustice ne peuvent pas être combattus avec des armes conventionnelles, un fait qui est renforcé par la nécessité d’employer un subterfuge pour maintenir la réputation de Dent : Batman et le commissaire Gordon décident de mentir délibérément à la population, donc d’enfreindre la loi et une part de leur code d’honneur, pour éviter que la ville ne retombe dans le chaos.


Une fois de plus, la suite de la trilogie est prophétisée par un protagoniste du film, et il s’agit cette fois-ci du Joker qui dit très simplement à Harvey Dent vers le dernier quart du film « Bouscule l’ordre établi et tout tourne au chaos ». Dans cette théorie, l’élément perturbateur qui bouscule l’ordre établi, c’est-à-dire le statuquo entre la police et la pègre, n’est nullement le Joker mais Batman lui-même : c’est lui a le premier brisé trop distinctement l’équilibre entre les deux camps, amenant involontairement le chaos sur Gotham par la réaction de ses ennemis. Le Joker se présente d’ailleurs lui-même comme un agent du chaos, cependant c’est principalement par sa méthodologie et non par son but qu’il peut se présenter comme un tel agent, car il agit de façon chaotique et imprévisible pour chercher à introduire la folie dans les esprits et les cœurs des habitants de Gotham. C’est ce qui le rend extrêmement dangereux et difficile à attraper, cependant sa finalité n’est pas le chaos absolu étant donné qu’il souhaite un affrontement éternel entre lui et le Batman, donc également entre lui et les habitants de Gotham au travers d’un nouveau statuquo plus extrémiste dans les notions de bien et de mal. Le chaos absolu ne peut être atteint que par un individu qui cherche réellement à l’accomplir, et c’est ce genre d’individu qui apparaît dans le troisième film.

 


 


 

THE DARK KNIGHT RISES (2012): LE CHAOS

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“There is a storm coming, Mr. Wayne. You and your friends better batten down the hatches. Because when it hits, you’re all going to wonder how you ever thought you could live so large and leave so little for the rest of us.”

(Selina Kyle)

 

De toute la trilogie, ce dernier film est probablement celui qui porte le message le plus dur. Dur car il met de côté le principe de l’escalade entre deux factions « armées », ou tout du moins disposant de certains pouvoirs, pour faire éclater sur le grand écran la guerre secrète qui déchire notre société. Car oui, nous sommes en guerre.


Personne n’ose l’admettre mais l’humanité connaît actuellement le plus terrible conflit de son histoire. Ceux qui en ont conscience refusent d’en parler et ceux qui n’en ont pas conscience refuse d’en entendre parler. Ce dénie n’est pas dû à un quelconque éloignement de ce conflit dans le temps ni même dans l’espace par rapport à nous, car il se déroule bien ici et maintenant. Cette guerre a déjà causé de nombreux morts et elle continuera d’en causer bien d’autres tant que nous refuserons de voir la réalité en face et de nous opposer à cette folie. Nous en subissons les effets chaque jour de notre existence, le plus souvent sans en avoir conscience ni même nous en plaindre car ces effets sont devenus pour nous autant d’éléments d’une normalité malsaine, illogique et injuste. Cette guerre est partout, omniprésente et pourtant invisible dans les esprits des hommes et des femmes de la majorité du monde occidental, ce qui lui permet de grandir dans l’ombre jusqu’au jour où elle ne pourra plus être ignorée par personne. Mais ce jour-là, il sera trop tard pour réagir.


C’est cette guerre que The Dark Knight Rises fait éclater devant nous par l’action de Bane, leader charismatique de la Ligue des Ombres renaissante qui continue le travail inachevé de Ra’s Al Ghul pour détruire Gotham City. C’est la guerre contre nous-même, celle née de la haine omniprésente entre les différentes communautés d’une même société, d’une même nation, d’une même ville. Tout comme dans le premier film, Bane va chercher (et parvenir) à plonger Gotham City dans un chaos absolu. Mais à la différence de Batman Begins, le chaos amené par Bane n’est en rien le moyen de détruire Gotham comme c’était le cas pour le gaz psychotrope de Ra’s Al Ghul, ni même une étape réellement nécessaire pour provoquer cette destruction car la bombe qu’il crée à partir du réacteur à fusion de Wayne Enterprise aurait simplement pu être dissimulée quelque part le temps qu’elle n’explose. La révolution qu’il provoque, bien qu’elle rende plus difficile la tâche de neutraliser la bombe et de faire souffrir Batman, n’est justifiée que sur le plan strictement spirituel et médiatique : Bane veut faire éclater au grand jour toute la décadence de Gotham et de la civilisation qu’elle représente. Ainsi, il montre au monde entier le vrai visage de cette ville et pourquoi elle doit être détruite, afin que le message de la Ligue des Ombres soit compris par tous et probablement accepté par la majorité des gens.


Car en y réfléchissant bien, si Ra’s Al Ghul avait réussi dans Batman Begins, comment le public aurait-il réagi ? Je ne parle pas ici des spectateurs du film, mais du public imaginaire dans le monde de Batman, c’est-à-dire le reste des Etats-Unis et du monde de cet univers fictif. Comment aurait-il analysé l’autodestruction de Gotham City par ses propres habitants plongés dans la folie de la peur ? Le gaz aurait forcément été découvert à un moment où à un autre, et alors tout ceci n’aurait été considéré que comme un vulgaire attentat terroriste. Un attentat de très grande ampleur, certes, mais cela resterait néanmoins un acte criminel et donc condamnable qui porterait alors tout le poids de la responsabilité, ce qui fait que personne n’aurait vraiment compris pourquoi Gotham avait été détruite. Même si la Ligue des Ombre avait par la suite exposé au public les raisons qui l’avaient poussée à agir de la sorte (ce qui est d’ailleurs peu envisageable pour ce genre de société secrète),qui aurait pu accepter le point de vue d’aussi ignobles terroristes ?


Mais en provoquant la révolte des classes pauvres contre les riches dans une sorte de Révolution Française moderne (les similitudes ne manquent pas dans le film), Bane réussit là où Ra’s Al Ghul aurait échoué à coup sûr : convaincre le public de la nécessité de détruire Gotham City. Face à la violence causée par une partie de la population que l’on laisse totalement libre d’exprimer ses émotions les plus violentes, face à la folie de ces mêmes personnes qui mettent à bas toutes les structures et lois qui formaient jusqu’alors leur société, face au chaos né des plus sombres désirs et des plus puissantes haines dont nous sommes capables, le monde occidental voit en Gotham le reflet de sa propre décadence. Bane n’a rien changé dans le cœur des habitants de Gotham. Bien qu’il ne leur ait menti que partiellement sur le fonctionnement de la bombe, il n’a fait qu’utiliser ce qui existait depuis toujours au fond d’eux-mêmes pour faire exploser l’énorme poudrière de cette ville. L’étincelle finale n’est d’ailleurs que la stricte vérité sur le destin de Harvey Dent, et même si cela sert plutôt bien ces intérêts on peut lui accorder le fait qu’il s’est contenté d’utiliser le réservoir de haine qui existait déjà depuis longtemps parmi la population. Le discourt qu’il tient devant la prison de Black Gate aurait parfaitement pu être tenu par le leader d’un mouvement civil contestataire sans le recours des armes, car même si elles ont beaucoup aidé à déclencher la révolte on peut imaginer qu’une foule en colère aurait pu avoir le même impact.


C’est là que nous arrivons à une situation que j’ai encore aujourd’hui assez de mal à accepter : la radicalisation des deux camps. Même si la mafia présente dans les deux premiers films est inexistante dans celui-ci, on peut imaginer qu’elle est partiellement représentée par les criminels que Bane libère pour former son armée. Ces criminels acceptent d’embrasser l’idée révolutionnaire que leur tend Bane, et ainsi de renverser l’ordre établi pour instaurer un nouveau pouvoir de terreur de de fausse justice (le docteur Jonathan Crane en juge tout-puissant en est la preuve parfaite). Alors qu’ils n’étaient auparavant que des petites frappes ou des hommes de main d’une communauté qui cherchait à profiter du système sans le détruire, ils deviennent subitement des agents du chaos qui mettent à bas ce même système. De son côté, Batman doit combattre cette menace pour le bien des habitants de Gotham, ou du moins la « majorité silencieuse » qui se terre chez elle en espérant que tout rentrera dans l’ordre. Cependant pour combattre un tel mal, il est obligé de défendre un système qu’il sait ne pas être parfait, mais qui est la seule alternative possible au chaos. Ce phénomène de radicalisation est encore plus visible à travers le personnage de Selina Kyle qui, au début, semble être clairement pour la révolution jusqu’à ce qu’elle en découvre toute l’horreur et change progressivement de camp.


Alors, dans cette situation, quel espoir peut-on avoir ? Par réflexe, la seule réponse imaginée par les habitants de Gotham n’est autre que « le Batman va revenir et nous sauver ». Tout le monde pense que seul le Batman peut vaincre Bane et mener les hommes de bien vers la victoire, et c’est pourquoi les résistants de l’ancien régime se contentent presque uniquement d’attendre son retour pendant cinq mois. Ils en arrivent à un tel niveau d’urgence (moins de vingt-quatre heures avant l’explosion) qu’effectivement, à ce point-là seul Batman peut les sauver, mais peut-être que son intervention aurait été inutile s’ils avaient essayé d’agir plus tôt. Que serait-il passé si la résistance française avait attendu l’arrivée des états-uniens pour commencer à agir ? Et Batman a très justement compris le problème qu’il a lui-même créé plus ou moins volontairement : de par sa popularité et son aura quasi mystique, il est devenu indispensable. Il va donc essayer, avant de disparaître, de renverser cette situation en montrant à ceux qui croient en lui que tout le monde peut devenir un héros : “The mask is to show that Batman could be anybody” (« le masque sert à montrer que Batman peut être n’importe qui »). Ses dernières paroles dans ce film vont également dans ce sens lorsqu’il dit au commissaire Gordon « N’importe qui peut être un héros, même un homme faisant une chose aussi simple et rassurante que poser un manteau sur les épaules d’un garçon pour lui montrer que le monde ne s’est pas effondré ». On doit voir ici un message d’appel à la résistance contre la dureté et l’injustice du monde, un combat que nous pouvons mener chacun à notre manière selon nos capacités en faisant appel à notre courage et à notre sentiment de la justice. Un combat que nous pouvons commencer aujourd’hui dans nos actions de tous les jours.

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commentaires

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Très bien senti. Je ne dirai pas mieux.